Pour ceux qui m’ont demandé des nouvelles de ma chienne Gracie…


méditation bernoise

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Sommet du Semnoz : Gracie, fière Bouvière bernoise, méditant au-dessus de la mer de nuages

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   Un rien cabotine avec son foulard, cadeau de Hsiu-Hsiu, une admiratrice taïwanaise

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Promenade matinale avec Gracie


Samedi 24 juin vers 7h du matin : petite promenade matinale pour Gracie avant la canicule – Temps gris et brumeux…

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Gracie prenant la pose près du tas de bois

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Dans le tronc d’un arbre mort, un pivert a exécuté un cône parfait

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Derrière sa vêture d’écorce, la peau nue toute ridée d’un vieil arbre

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le plan d’un labyrinthe ou un langage à déchiffrer ?

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Un petit air de Louisiane en Haute-Savoie

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Gracie incommodée par la chaleur : « vivement la neige ! »

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Effet de la canicule sur les marronniers

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Land Art (ci-git personne…)


Le Grand Nord à deux pas de chez moi


Samedi 25 février 2017 vers midi

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       Ce paysage de toundra, de prairie humide aux chaumes séchées au sortir de l’hiver où on ne perçoit aucune habitation et aucune présence humaine, il pourrait se trouver en Ecosse, dans le grand Nord d’un pays scandinave ou en lointaine Russie et pourtant il se trouve au bord du lac d’Annecy à un quart d’heure en voiture du centre de la ville d’Annecy. C’est une zone humide protégée; la nuit, les animaux sauvages descendus des pentes boisées de la montagne voisine : sangliers, cerfs et biches, viennent folâtrer sur les rives du lac.

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Heureuse, ma chienne Gracie s’en bronze le ventre…


chronique d’une randonnée suivie d’une ascension : le mont Charvin dans la vallée de Manigod (Haute-Savoie)

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Vendredi 19 août 2016 : randonnée vers les sources du Fier et ascension du Mont Charvin (2.409 m)

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       Le mont Charvin est pour moi un sommet mythique, il se détache fortement dans le paysage des sommets environnants, est souvent nimbé de nuages et j’apprécie tout particulièrement sa silhouette d’aile de requin émergeant de l’océan de vagues pétrifiées des montagnes qui l’entourent.

les photos d’Enki

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Vue du mont Charvin (c’est la pyramide située au centre contre laquelle colle un nuage) un peu avant le parking de Sous l’Aiguille qui marque la fin de la route qui suit le cours du Fier au fond de la vallée de Manigod.

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Sur le chemin d’accès aux alpages de l’Aulp et du lac du mont Charvin : vue de l’extrémité de la vallée du Fier et les sommets du massif des Aravis qui la bordent.

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Un lieu magique : « le Vargne à Reydet »

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Le « Vargne à Reydet  » avec en arrière-plan le chalet et au pied du vargne, ma chienne Gracie.

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       Un lieu magique : « le Vargne à Reydet » et son chalet de madriers massifs sur le chemin d’accès aux alpages avec ma chienne Gracie qui prend la pose. « Vargne » ou « vuargne » est le nom en patois savoyard (franco-provençal) d’un conifère, le sapin (Abies alba) qui recherche l’ombre et l’humidité et ne dépasse pas l’altitude de 1.500 m. Occupant 15% du couvert forestier cette essence est beaucoup moins répandue que son cousin la « pesse », nom savoyard de l’épicéa (Picea abies) qui en occupe 55%. Le reste du couvert est occupé par des feuillus. Reydet est le nom d’une famille anoblie au XVe siècle par le Comte de Genève, les Reydet de Vulpillières, qui possédait de nombreux biens en Savoie dont la seigneurie de Manigod (acquise en 1579 ou 1610 selon les sources). L’appellation « le Vargne à Reydet » pourrait donc être en relation avec cette famille. C’est un arbre monumental dont la circonférence atteint 4,60 m à 1,5 m du sol. Une méthode de calcul très approximative de son âge à partir de son diamètre lui donnerait un âge de trois siècles et demi (formule : 460 cm / π 3,1416 x coeff.2,5 = 366 ans), ce qui nous ramènerait à l’an 1650, date très proche de celle à laquelle les seigneurs de Reydet possédaient effectivement la vallée.
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      La magie du lieu réside dans la taille démesurée du vargne avec son pied impressionnant et sa grande hauteur qui projette sa cime bien au-dessus des arbres environnants. C’est un colosse dont la longévité nous projette dans les temps les plus anciens. Avec son chalet traditionnel fait de madriers massifs, sa fontaine rustique en bois et son environnement de montagnes, il pourrait servir de décor à une scène du Seigneur des Anneaux. Le Vargne à Reydet nous fait comprendre l’importance dans nos paysages des très vieux arbres monumentaux qui sont autant de ponts avec notre passé le plus ancien et structure d’une dimension temporelle le paysage.

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Rencontre inopportune

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     J’avais préféré quitter un moment la voie d’alpage caillouteuse et emprunter un ancien sentier très raide à travers les prairies et les bois. Il fallait pour cela franchir une clôture électrifiée qui laissait supposer la présence d’un troupeau. Effectivement, après 10 minutes de marche, je me suis soudain trouvé nez à nez avec une tarine de taille imposante qui se tenait debout sur le sentier comme si elle montait la garde et qui sembla surprise de me voir. À priori, je n’ai pas peur des vaches, à condition que ce soit bien des vaches et non pas des taureaux — ceci en référence à un événement malheureux qui s’était produit dans ma jeunesse — J’examinais donc illico les attributs pendentifs de la bestiole : c’était bien une vache si l’on en croyait la mamelle gonflée qui pendait entre ses pattes. Cela dit, les vaches ont en commun avec les taureaux d’avoir des cornes et celle ci était sur ce plan particulièrement bien montée. Ce qui m’inquiétait, c’était l’immobilité dont elle faisait preuve et la nature de son regard qui me semblait différent de celui que les tarines arborent habituellement et que je trouve pour ma part particulièrement gracieux et même un tantinet enjôleur. Cette fois, le regard semblait chargé de circonspection à mon égard et me communiquait l’impression somme toute déplaisante de vouloir me jauger. Peut-être, dans son raisonnement limité de vache, me considérait-elle comme un intrus qui violait son territoire… De ma longue expérience de rencontre alpestre avec les vaches, j’avais appris que celles-ci commençaient par manifester une certaine curiosité à votre égard puis, après un moment d’inertie dû sans doute à leur caractère placide et à l’énormité de la masse qu’elles avaient à déplacer, finissaient toujours par reconnaître la prééminence de l’homme et s’écartaient pour lui laisser le passage. Mais celle-ci semblait avoir un caractère différent et vouloir s’affranchir des règles et coutumes habituelles. Qui sait ? Peut-être était-elle la reine du troupeau qui voulait manifester les prérogatives dues à son rang… Contre toute attente, à mon approche elle restait plantée bien fermement sur ses quatre sabots et continuait à me fixer avec intensité au détail près que ses yeux ne me parurent plus exprimer la curiosité et la circonspection mais bien une attitude de défi. Ainsi, il semblait bien que cet animal n’avait aucune intention de se déplacer et me défiait ! peut-être même souhaitait-il en découdre… Cette constatation provoqua immédiatement un changement dans le déroulement de mes fonctions cognitives : la partie reptilienne de mon cerveau prit d’autorité la direction des opérations et, sans m’en avoir préalablement référé, orienta mon regard vers la paire de cornes bien aiguisées que la bête arborait fièrement sur le sommet du crâne. Un avertissement sonore  et lumineux répétitif fut alors enclenché dans mon cerveau : DANGER ! DANGER ! et je sentis que mes jambes s’apprêtaient à me propulser dans une fuite éperdue. Mais, Dieu merci, après ce moment d’égarement, ma raison, bien secondée par l’émergence d’un sentiment profond d’indignation et d’une prise de conscience des responsabilités qui m’incombaient en tant qu’humain reprit la situation bien en main. J’étais en ce lieu le représentant de la glorieuse race des Hommes et il ne sera pas dit que je devrais m’incliner devant la volonté d’un animal réduit à une vulgaire et méprisable usine à lait sur pattes qui ne trouvait pas mieux à occuper son temps que de mâcher de l’herbe à longueur de journée. J’élaborais donc une stratégie : tout d’abord, il convenait avant tout de chasser la peur de mes pensées car on sait bien que les animaux possèdent un sens inné qui leur permet de connaître votre état d’âme et il ne fallait surtout pas que dans le processus de confrontation qui venait de s’amorcer, la bestiole puisse ressentir le fait qu’elle m’inspirait la moindre crainte. Il fallait que la peur change de camp et pour cela je devais paraître sûr de moi, volontariste et dominateur. Je bombais donc le torse, pris l’air le plus viril qui soit et marchais fermement vers la bête d’un pas décidé, en opposant à son sombre regard vitreux, mon propre regard empreint d’une froide détermination. Cette rencontre avait pris un tour inattendu et une importance considérable : elle était devenue une confrontation emblématique anthropologique et cosmologique de deux volontés farouches : l’Homme contre l’animal, la pensée contre la sauvagerie, l’ordre du monde contre le chaos… Ma responsabilité était donc immense et je poursuivis mon avancée de manière déterminée vers la bête insolente mais mon action ne sembla malheureusement pas aboutir au résultat escompté : celle-ci restait immobile et ne paraissait aucunement intimidée. Bon sang, mais où était passé ma chienne Gracie ? Pourquoi n’était-elle pas à ce moment précis où j’avais besoin d’elle, à mes côtés pour me seconder : un bouvier bernois est après-tout un chien de troupeau qui gardait anciennement et même encore aujourd’hui les vaches dans l’Oberland bernois. Il est vrai que Gracie, animal citadin, a peur des vaches et, petite, se réfugiait dans mes bras pour s’en protéger… La tension avait atteint son comble lorsque j’arrivais à la hauteur de la tarine. Peut-être devrais-je dire la tsarine ? Que devais-je faire : élever la voix ? Gesticuler de manière menaçante ? Saisir ses deux cornes comme le font les cow-boys et lui faire un croc en jambe pour la déséquilibrer ? la frapper ? ou bien peut-être la contourner benoîtement en ravalant ma fierté ce qui aurait été une défaite cuisante et lourde de conséquence pour toute l’espèce humaine… On en était à ce moment fatidique où le battement d’une aile de papillon peut provoquer un cyclone dévastateur à l’autre bout du monde, où le sort des batailles, des peuples, des civilisations, des espèces même se joue, où tout peut basculer d’un côté ou d’un autre. C’est à ce moment précis que la bête, ayant enfin pris la mesure de son infériorité sinon physique mais du moins mentale et prise de vertige sans doute devant les conséquences dramatiques d’un vacillement de l’ordre du monde que son attitude risquait de créer, détourna son regard et après avoir un peu hésité, se retourna et quitta le sentier pour me laisser la voie libre dans laquelle je m’engageais, triomphant… Ouf !

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l’œuvre des trolls ?

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       Vision étonnante sur la voie de l’alpage que cette excavation réalisée dans un immense rocher cubique. Lors de mon dernier passage il y a deux années à cet endroit, l’excavation était moins profonde et la construction de bois n’avait pas encore été réalisée. Quelqu’un s’est donc lancé patiemment depuis plusieurs années dans la réalisation d’un projet étonnant et fastidieux : creuser une cavité dans une roche très dure et l’aménager. Dans quel but ? créer un abri pour animaux ? une buvette à l’intention des randonneurs et des habitants de la vallée ? Il aurait été plus économique de bâtir une construction nouvelle mais voilà, des constructions qui ne seraient pas nécessaires aux activités agricoles ne sont pas permises dans cet espace naturel protégé alors que rien n’interdit, semble-t-il, de réaliser une cavité dans un rocher… À moins que ce soit l’œuvre d’un Troll…

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le mont Charvin finit par apparaître dans toute sa majesté (à droite de l’image)

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Une vision surréaliste 

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Une répétition du mythe grec de la création du sanctuaire d’Apollon à Delphes ?

      À tout instant de la journée, même dans les situations les plus banales, la magie, la poésie et le rêve peuvent surgir et créer un monde de merveilles et d’enchantement. À un moment de la longue marche qui me conduisait aux alpages je rencontrais un troupeau de chèvres qui s’étaient établies sur la ligne de crête d’un alignement de rochers dont la base abritait une excavation. Quoi de plus « bateau » que de photographier un troupeau de chèvres ? De plus la scène était à contre-jour : les rayons du soleil auraient causé des effets parasites et le premier plan aurait été sombre et illisible. L’intérêt de l’Iphone est que la prise de vue est rapide et ne nécessite pas de préparation. Je prenais donc la résolution de prendre malgré tout quelque photos et bien m’en a pris. C’est lorsque je vis la scène dans le viseur que je fus littéralement ébloui par l’étrangeté et la beauté de la scène. Les silhouettes de chèvres se détachaient en ombres chinoises sur le blanc lumineux d’un nuage qui avait eu la bonne idée de se trouver là au bon moment. Pour ma part, ces photos, surtout celle où le soleil apparaît en contre-jour, prenaient une dimension mythologique qui m’a ramené à la Grèce antique.

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la chèvre, animal sacré de la mythologie grecque

   Dans la mythologie grecque, certaine sources indiquent que ce serait des chèvres qui auraient indiqué le site où devait être édifier à Delphes le temple dédié à Apollon, le dieu du soleil et de la lumière. Une chèvre était d’ailleurs utilisée par les prêtres pour définir l’ordre de passage des pèlerins : des gouttes d’eau froide étaient jetées sur elle qui, si elle ne tremblait pas, faisait perdre son tour au pèlerin. Un oracle de Delphes aurait également guidé Caranos, de la race des Héraclides (les descendants d’Héraclés), à fonder le royaume de Macédoine en l’incitant de se laisser guider par  un troupeau de chèvres dans la recherche d’une terre d’accueil : « Songe, ô divin Caranos, et garde en ton esprit mes paroles: quitte Argos et la Grèce aux belles femmes et gagne les sources de l’Haliacmon ; et là, si tu aperçois d’abord des chèvres en train de brouter, c’est là précisément qu’il faut que tu mènes une existence digne d’envie, toi-même et toute ta lignée ». Dans un autre mythe, Amalthée est une chèvre qui allaita Zeus lorsqu’il était enfant, aidée par des abeilles qui le nourrissaient de miel. Zeus l’aurait par la suite  récompensée en en faisant une constellation dans le ciel  (constellation du capricorne), ou encore comme la plus grande des étoiles de la constellation du Cocher (Capella « la chèvre », c’est-à-dire α du Cocher). Cette « étoile de la chèvre » est une super géante qui fait deux mille fois la taille du soleil. C’est suite de ce mythe que la chèvre a reçu le surnom de « fille du Soleil ». Selon d’autres traditions, à la mort de la chèvre, Zeus aurait pris sa peau pour en revêtir son arme merveilleuse, symbole de la puissance souveraine, l’égide : le terme grec αἰγίς / aigís signifie en effet également « peau de chèvre ». La déesse Athéna utilisait une peau de chèvre, appelée également Egide, à la façon d’une voile pour être portée par les vents. Chez le poète latin Ovide, Amalthée est personnifiée en naïade qui a pris soin de Zeus en le nourrissant de lait de chèvre par l’intermédiaire d’une corne de chèvre brisée : « Amalthée ramassa cette corne brisée, l’entoura d’herbes fraîches, la remplit de fruits, et la présenta ainsi aux lèvres de [Zeus] ». Cette légende serait à l’origine de la corne d’abondance.

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Le versant nord-ouest du  mont Charvin (2.409 m). Le lac éponyme se situe sur le plateau situé à gauche et la voie d’accès au sommet sur l’autre versant après avoir gravi le col situé sur la gauche. Gracie a pris de l’avance et m’attends, étendue dans l’herbe.

stratigraphie des faces N-O et N-E du mont Charvin

    Lors de ma dernière visite sur le site, il y a deux années, je n’avais pas remarqué les strates rocheuses resserrées au pendage presque vertical de la pointe nord-ouest de cette montagne qui forme une pyramide presque parfaite. La face nord-ouest de la pyramide a été formée après l’effondrement, puis l’érosion d’une partie la couche rocheuse originelle qui a mis à jour la paroi extérieure de l’une des strates et formé la grande dalle lisse aujourd’hui apparente alors que la face nord-est qui lui est adjacente fait apparaître en coupe les strates rocheuses qui se succèdent en rang serré. Le guide géologique précise que la roche est constituée de calcaires argileux clairs du Sénonien qui se sont formés par des dépôts crayeux marins pendant la période du Crétacé supérieur entre 90 et 66 millions d’années. Le lac Charvin a été créé par un effet de surcreusement à l’ère glaciaire qui a laissé en place un verrou rocheux retenant les eaux du lac après la fonte des glaces

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     Le lac Charvin (2.011 m) est une étape incontournable sur la route du sommet. On pourrait penser qu’il ne reste plus qu’une dénivellation de 400 m à grimper mais ce serait négliger la descente du col à venir et la remontée équivalente sur l’autre face de la montagne qui en découle soit un dénivelle supplémentaire d’environ 320 m ce qui veut dire qu’il reste en fait encore 720 m à monter. Ainsi, en ajoutant les 100 m supplémentaires de dénivellation montés pour accéder au lac, c’est une dénivellation totale de plus de 1600 m qu’il aura fallu monter depuis le parking de Sous l’Aiguille…

     Sur les pentes descendant vers les rives du lac, un certain Manu (c’est du moins sa signature) s’est livré à une entreprise de land art ou plutôt de calligraphie caillouteuse exprimant sa vision philosophico-politique du monde : la devise « Ni dieu, ni maître », écrite en lettres géantes à l’aide de cailloux gris, tranche sur l’herbe verte et paraît totalement incongrue dans ce décor. Cela parait d’assez mauvais goût car la montagne est un endroit que l’on voudrait voir préservé de la confusion du monde. Ce monde que nous avons quitté se rappelle à nous comme il s’était rappelé à l’occasion du passage d’un bruyant petit avion qui s’est attardé au-dessus du site…

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Gracie

la devise de Gracie : « Pas de dieu, mais un maître »
C’est fini pour aujourd’hui… Ouaf ! Ouaf !

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Première neige sur le Massif des Bauges : col de Leschaux

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Col de Leschaux : la saga des bouviers bernois

la saga des bouviers bernois

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crépuscule au col de Leschaux

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de Gracie à l’écrivain japonais Dazai Osamu (I)…

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    Quand ma chienne Gracie ouvre sa gueule et découvre ses crocs impressionnants, je ne manque pas de penser avec effroi aux dégâts qu’occasionneraient sur l’un de mes bras ou l’une de mes jambes ses morsures.
   Le bouvier bernois est considéré comme un chien inoffensif et très doux et effectivement Gracie n’a jamais mordu personne, même dans les comportements agressifs qu’elle manifeste parfois auprès des étrangers s’approchant de la maison en se plantant pattes tendues devant l’intrus et en aboyant avec force. Lorsque, excitée par le jeu, elle saisit avec sa gueule la nourriture que vous tenez dans votre main, il arrive qu’elle vous mordille par accident mais ce n’est jamais très grave. Lorsque les jeunes enfants, inconscients de la brutalité de leurs jeux, exagèrent, elle se contente de changer de place sans manifester la moindre hostilité à leur égard.
     Et il vaut mieux que ce soit ainsi… J’ai relevé sur Internet que la pression exercée par la mâchoire d’un bouvier bernois peut atteindre plus de150 kg au cm2 (contre 65 kg pour un chien de taille moyenne). Rappelons que la pression exercée par la mâchoire d’un humain n’est que de 15 à 20 Kg et qu’il suffit d’une pression de 2 kg/cm2 pour briser un doigt et de 150 kg pour briser un bras.

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––– l’écrivain Dazai Ozamu et la gente canine : peur, morsure, haine, lâcheté et réconciliation – 

Dazai Osamu (1909-1948)°°°
      En relisant dernièrement le livre de l’auteur japonais Dazai Osamu, « Cent vues du mont Fuji » sur lequel j’ai déjà écrit par le passé un article (c’est ICI). Je suis retombé sur le passage hilarant qu’il consacre aux rapports complexes qu’il entretient avec la gent canine. Tout compte fait, Dazai Ozamu entretient avec celle-ci le même type de rapports qu’il entretient avec l’espèce humaine : incompréhension, haine, agressivité, complaisance, culpabilité, fausse indifférence. Le tout, raconté dans sa verve inimitable mélodramatique, ironique et pessimiste.

Lion-chien japonais

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     Le chien (extrait)
                                                                                                                      Pour Ima Uhei

   Avec les chiens, je suis sûr que d’une chose : sûr qu’un jour, je me ferais mordre. C’est ce qui m’attend. J’en ai la certitude. Je suis moi-même étonné d’avoir pu, jusqu’à présent, échapper à cette fatalité. Sache-le bien lecteur : c’est une bête féroce que le chien. Quand j’entends dire que certains chiens ont su faire tomber à la renverse des chevaux, ou parfois même se mesurer victorieusement à des lions, je réponds, en hochant gravement la tête que cela ne m’étonne pas. Il suffit d’observer leurs crocs acérés : ce n’est pas rien ! Regardez-les : ils font les innocents, affectent la modestie, vont fureter çà et là dans les poubelles; mais en fait, ce sont des bêtes féroces et capables de faire tomber un cheval. A tout instant, un chien peut être pris d’une rage soudaine et dévoiler sa vraie nature; mais on ne sait jamais à quel moment cela se produira. Il faut donc le tenir solidement enchaîné, sans relâcher son attention ne fut-ce qu’une seconde.
    D’ordinaire, son maître – tout simplement parce qu’il nourrit cette bête effrayante en lui faisant chaque jour l’aumône d’un peu de nourriture – lui accorde une confiance aveugle et spontanée : toutou, toutou ! Il l’appelle avec une joie insouciante, fait de ce chien un membre de sa famille à part entière et rit aux éclats en voyant le petit de trois ans lui tirer les oreilles – spectacle qui donne le frisson et l’envie de fermer les yeux ! Que se passerait-il si le chien se mettait à l’improviste à mordre l’enfant en aboyant ? On ne saurait être trop vigilant. Rien ne dit, d’ailleurs, qu’un chien ne puisse pas mordre son maître. (L’idée que jamais un chien ne puisse s’en prendre à qui le nourrit n’est qu’une superstition dangereuse et ridicule. Avec les crocs effrayants dont il est pourvu, le chien est fait pour mordre. Il est scientifiquement impossible d’affirmer qu’un chien ne mordra pas.) Comment peut-on laisser un tel monstre en liberté dans les rues ?

Crouching shi shi

    J’ai d’ailleurs un ami qui, l’an dernier, à l’automne a été victime de l’une de ces bêtes. Le pauvre ! Il se promenait innocemment, les mains dans le poches, lorsqu’il a aperçu un chien assis en travers de son chemin. Mon ami est passé à côté de lui comme si de rien n’était. La bête lui a jeté un regard mauvais; il n’en a pas moins poursuivi son chemin et l’a dépassée. Et c’est à ce moment là que, d’un coup, et avec un aboiement, le chien est venu le mordre à la jambe droite. Lamentable accident ! Et tout cela en l’espace d’une seconde…
    Mon ami d’abord stupéfait, a versé des larmes de colère. lorsqu’il m’a raconté cette histoire, je n’ai pas été surpris; je me suis contenté de hocher gravement la tête. Quand un évènement de ce genre se produit, que peut-on faire ? Rien.
    Avec sa jambe blessée, mon ami s’est traîné jusqu’à l’hôpital où il a reçu des soins. Il a dû ensuite y retourner pendant trois semaines : oui ! vingt et un jours ! Même quand la plaie était cicatrisée, on craignait qu’il ne soit porteur d’un terrible virus – celui de la rage : il a donc du se soumettre quotidiennement à des injections préventives. Engager des négociations avec le maître de ce chien, ou faire quelque chose du même genre, c’eût été trop pour quelqu’un d’aussi timoré que lui. Il s’est contenté de pousser des soupirs de résignation en déplorant sa malchance. De plus le traitement n’étant pas gratuit, loin de là, et mon ami – je regrette pour lui d’avoir à le dire – n’avait pas d’argent à gaspiller ainsi : il a fallu qu’à grand-peine il racle tous ses fonds de tiroirs. Pour une catastrophe, c’était vraiment une catastrophe.
    Et s’il avait eu le malheur d’oublier, ne fût-ce qu’une fois, son injection quotidienne ? Il aurait souffert d’hydrophobie, de fièvre, d’hallucinations; il aurait pris le faciès d’un chien et se serait mis à marcher à quatre pattes en aboyant ! Maladie terrifiante ! Quand il était encore en traitement, imagine-t-on l’état de peur, d’angoisse, dans lequel il pouvait vivre ? Endurant comme il est, il a encaissé le choc; sans faiblir, il est allé à l’hôpital pour ses piqures pendant trois fois sept : vingt et un jours d’affilée ! Et il a maintenant repris énergiquement toutes ses activités. Mais si moi, j’avais été à sa place, j’aurais tout fait pour ne pas laisser vivre ce chien. Je suis trois à quatre fois plus vindicatif que la moyenne des humains et, quand je me venge, cinq ou six fois plus violent : ce chien-là, je n’aurais pas attendu longtemps pour lui briser le crâne en morceaux et lui arracher les yeux – que j’aurais mâchés rageusement et recraché ensuite ! Et si cela n’avait pas suffi à me calmer, j’aurais empoisonné tous les chiens du voisinage.
   Vous ne faites rien, absolument rien, et voilà qu’avec un aboiement, on vient vous mordre la jambe ! C’est une façon d’agir qui est contraire à tous les usages : un acte de violence gratuite. Oh, bien sûr, on peut toujours alléguer de la stupidité de l’animal; ce comportement reste tout-de même inexcusable. On se laisse apitoyer par ces « pauvres bêtes » et on leur passe tout : impardonnable faiblesse ! Il faut les punir ! Et les punir sans pitié !
    A l’automne dernier donc, lorsque j’ai entendu ce qui était arrivé à mon ami, l’exécration que je vouais déjà aux chiens a été portée à son paroxysme : c’est devenu une haine dévorante, pareille à une flamme aux reflets bleus.

à suivre…

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–––– Shishi et chiens lIons ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

shishi-panel-tsutsugaki.org-TN

Japon : shishi ou chien-lion

   Shishi (ou Jishi) est traduit par « lion » ou « chien-lion » mais il peut également se référer à un cerf ou un chien qui possède des propriétés magiques et le pouvoir de repousser les mauvais esprits. Une paire de shishi monte traditionnellement la garde devant les portes des sanctuaires shintoïstes et temples bouddhistes japonais.

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Gracie et les enfants…

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Gracie (IMG_4174) - photo Enki

Gracie (IMG_4174) – photo Enki

   Assis sur la terrasse du chalet de l’Aulp, je donne des ordres à Gracie : « Gracie! Comme here! Sit down! » Je lui parle parfois en anglais, non pas par snobisme mais parce que Gracie a été élevée juste après sa naissance par une famille où l’on parlait anglais et que sa famille d’accueil est également bilingue. L’anglais est en quelque sorte, si je peux m’exprimer ainsi, sa « langue maternelle »...
   A côté de nous une petite fille âgée d’à peine  cinq à six ans parait fascinée par Gracie et la voit obéir à mon ordre. Elle n’a évidemment rien compris à ce que je disais. Elle me regarde, interrogative, et me demande : « Tu lui a parlé en langage chien ? » 

    A une table voisine de la mienne, un petite fille encore plus jeune fixe intensément Gracie. Elle a l’air vivement intéressée. Elle est apparemment en compagnie de ses grands-parents qui la surveille de près. Elle manifeste tant d’intérêt que je lui demande si elle souhaite caresser Gracie. Sans attendre sa réponse, son grand-père s’interpose : – Oh non ! surtout pas ! elle a une terreur panique des chiens … – Il ne m’avait pourtant pas semblé que la petite fille était traumatisée. Tant pis …

   Un peu plus tard, un jeune garçon à peine plus âgé me demande si il peut la caresser. Je lui réponds par l’affirmative. Il me confie que sa famille avait, il y a encore quelques mois, elle aussi, un bouvier bernois mais que celui-ci était mort de maladie. Il a l’air tout triste. Je lui demande alors quel était le nom de son chien – Walter ! me réponds t’il vivement – Je lui indique alors que ma chienne s’appelle Gracie – Il me demande alors candidement pourquoi elle ne s’appelle pas Walter – Je tente de lui expliquer que chaque chien doit avoir un nom particulier, tout comme les humains, mais il insiste, Gracie doit s’appeler Walter ! Pour lui un bouvier bernois ne peut s’appeler que Walter… Pour ne pas le décevoir, je lui réponds que je vais y réfléchir…

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les photos d’Enki — Mont Blanc : aux marches du royaume (I), la vallée de la Gitte au-dessus de Roselend (Beaufortain)

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   Telle une troupe de hobbits se rapprochant du royaume redouté de Mordor, nous arpentons les marches du royaume de celui que Jules Michelet surnommait, à l’instar des peuples anciens à qui il était interdit de prononcer le nom de leur divinité et qui ne pouvaient alors le désigner que par qualificatifs ou métaphores, l’illustre solitaire, le grand ermite, le géant muet, le neigeux, le morne dôme, le froid géant*, je veux dire, et tant pis si je suis frappé par la foudre en prononçant son nom, le mont Blanc… Nous avions choisi de nous diriger, à partir du lac de Roselend, vers le col du Bonhomme en suivant dans un premier temps la ligne de crête des Frettes qui domine le vallon et le lac de la Giettaz puis le flanc nord du Roc des Vents mais nous dûmes bientôt rebrousser chemin, après nous être heurtés à des névés très raides, à cause du manque de carte et d’équipement. Cette courte randonnée nous aura tout de même permis de découvrir, à l’occasion d’un éclaircissement momentané du manteau nuageux, le dôme immaculé de l’auguste sommet qui resplendissait dans le lointain brumeux, comme une promesse…

* pour lire le texte de Michelet sur le mont Blanc, c’est ICI.

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Beaufortain, secteur du barrage et du lac de Roselend : le Roc du Vent (2.112 m)

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Beaufortain : lac de Roselend vu du col de sur Frêtes

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Petit aperçu historique

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la cuvette de Roselend avant la construction du barrage dont les travaux commencèrent en 1955. La mise en eau eut lieu en 1960 et entraîna l’engloutissement du village d’alpage nommé Roseland, ce toponyme étant lui-même probablement issu du nom d’un ancien propriétaire : Rozelindus, attesté au Xe siècle). Les travaux furent achevés en 1962. Mesurant 800 m de long et 150 m de haut, il peut contenir jusqu’à 185 millions de m³ d’eau. Associé aux barrages de la Gittaz et de Saint-Guérin et à la centrale de la Bâthie, ils composent le vaste ensemble hydro-électrique du Beaufortain. La réalisation du barrage a empêché la naissance d’une grande station de sports d’hiver sur le site mais les habitants ne s’opposèrent pas au projet mettant à profit les indemnités versées par EDF pour réaliser la coopérative laitière de Beaufort.

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Beaufortain : vue des pentes nord-ouest du Roc du Vent sur les Rochers des Enclaves

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Beaufortain : vue panoramique sur les deux lacs de barrage de Roselend et de la Gittaz

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Beaufortain : pour nous amuser un peu, modelons le paysage…

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Beaufortain : ruine du chalet de Grezillon au pied de la face nord-ouest du Roc du Vent qui surveille la passage, telle une sentinelle

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Beaufortain : la ruine du chalet de Grezillon nous regarde…

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Beaufortain : la face nord-ouest du Roc du Vent

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Gracie, un cabot un peu cabotin… 

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au premier plan le col du Bonhomme (2.329 m) et en arrière plan le massif du mont Blanc avec l’Aiguille de Bionnassay, le mont Blanc (dans les nuages) et l’Aiguille des Glaciers (3.816 m)

IMG_3192Beaufortain : le chemin en zig-zag reliant le lac de la Gittaz au col de la Gitte

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épanchements sur le chemin du retour

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Prises de vues effectuées par Enki le 1er juin 2014 en début d’après-midi avec son  Iphone.

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––– Au sujet de quelques toponymes du secteur –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

  • col du Bonhomme : cette appellation provient certainementrocher du Bonhomme du rocher de forme remarquable qu’on peut assimiler à une silhouette humaine qui domine le col tel une sentinelle. Il existe également un col du Bonhomme dans le massif des Vosges dont la dénomination est expliquée par l’ancien français  et en dialecte roman local ou vosgien Bon homme, « l’homme sacré, saint homme » en référence à un saint protecteur du lieu saint Dié qui perpétuait ainsi une divinité gauloise antérieure. Cette interprétation pourrait également s’appliquer à notre col qui constituait une étape essentielle pour les voyageurs qui transitaient entre le Faucigny et l’Italie par le col de la Seigne et qui sollicitaient la protection de divinités ou de saints pour cette traversée périlleuse.
  • Enclaves (Rochers des enclaves). En géographie, le terme enclave sert à désigner tout territoire ou portion de territoire entièrement entouré par un territoire étranger. Il vient du verbe latin inclavare qui signifie « enfermer à clef ». Le verbe enclore qui signifie clôturer en est dérivé.  On est donc en présence d’un lieu où des rochers dominaient ou se situaient à proximité d’une place où étaient enclos les animaux lors de leur séjour en alpage à moins que cet alpage utilisé par une communauté extérieure constituât une « enclave » dans le territoire d’une autre. Il existe effectivement sur le versant nord de la montagne au-dessus du lac de la Girotte, un lieu dénommé Les Enclaves.

  • Frette, Fretaz, Fréty : pour Hubert Bessat et Claudette Germi dans leur ouvrage « Les noms du Patrimoine alpin – Atlas toponymique II » (éditions ELLUG), ces termes désignent des « arêtes et crêtes de montagne, des sommets », liée au terme même dialectal utilisé en construction pour désigner « la panne faîtière d’un toit » ou « le sommet » de celui-ci (« à la frette »). Ces termes serait issu du germanique *First, « faîte », attesté en vieux français, en occitan alpin et en franco-provençal et dont le R aurait subi une métathèse (déplacement d’une consonne dans un mot).
  • Gitte, Gittaz, Giette, Giettaz, Gietroz, Agitte : Pour certains, le nom (d)ziettâ désignerait en francoprovençal alpin moyen un lieu de rassemblement des troupeaux lors de la montée ou la descente d’alpage, apparenté au mot français gîte. Selon d’autres, il signifierait « bois de taillis », taillé régulièrement pour en exploiter les repousses issu de l´ancien français gitte, « rejet ». Hubert Bessat et Claudette Germi classent cette série de toponymes dans les noms de lieux de montagne ayant fonction de « reposoirs » pour les animaux (gîtes pour la nuit, aire de traite, etc.). Ils font remonter ces termes à la même racine latine qui exprime l’état de repos, le verbe jaceo (à ne pas confondre avec le verbe Jacio, « jeter » qui a donné les toponymes Get, Jet, Giet, Geay, « lieux où l’on lance le bois » pour le faire descendre dans la vallée, équivalent de Châble.  Jules Guex (La Montagne et ses noms, 1976) donne pour les noms de lieux de Suisse romande Le Getty (prononcer la djyette) et Gietaz  (prononcer djitte) et son dérivé Giètroz la même origine qu’il attribue au participe neutre pluriel latin jacita, « le gîte » qui aurait également donné les noms de lieux Les Agittes, Agettes, Agiettes (Suisse romande) ainsi que Jas et Jasse  (Savoie) à partir du latin jacium, « lieu àù le bétail se couche, se repose ».
  • Entre deux Nants : En franco-provençal, un nant est un ruisseau, un torrent. C’est un terme d’origine celtique issu du gaulois *nantu, vallée que l’on retrouve ailleurs en France (exemple Nantua et Nantes) et en Grande-Bretagne. de la même manière que l’appellation de la rive : « rivière » a finit par désigner le cours d’eau qu’elle bordait, le terme nanti, nanto désignant la vallée a fini par désigner le cours d’eau qui y coulait  Le lieu auquel s’applique ce toponyme est effectivement encadré de manière étroite par deux torrents sur les pentes sud dominées par les Rochers des Enclaves.
  • Pennaz (Aiguille de la Pennaz). Ce toponyme appartient à la série des formes en pen : alpes Pennines, Apennins, Péna, Pna du patois penna, « pointe, sommet » s’apparentant à l’ancien français penne, « éminence, hauteur ; arête, pointe » dérivant du latin pinna, « faîte », adjectif latin pennus, pinnus, « pointu » ou du gaulois penno- « tête, extrémité » de la racine celtique *pen-, « tête » qui toujours ce sens en breton.
  • Ven : la facilité serait de penser que le Roc des Vents doit son nom à la présence de vents particulièrement violents et permanents à cet endroit, mais on ne voit pas pourquoi le lieu où se dresse cette montagne se distinguerait des autres lieux de montagne similaires pour ce qui est de l’action du vent. On pense plutôt, compte tenu de la forme remarquable de cette montagne, à une appellation très ancienne utilisant la racine vraisemblablement d’origine pré-indo-européenne (et donc antérieure à l’arrivée des celtes) Van, Ven, Vin qui désignait le rocher et la hauteur et que l’on retrouve dans certains noms de sommets du sud de la France comme le Mont Ventoux (désigné comme Vintur dans certaines inscriptions latines), la Tête de Vene, la montagne Sainte-Victoire (autrefois dénommée Venturi), Ventabren et Ventabrun, etc… (Voir à ce sujet l’ouvrage de Paul-Louis Rousset : « Les Alpes et leurs noms de lieux »).

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Sous l’emprise du rayon vert – les photos d’Enki.

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   Mardi 8 avril 2014, Lac d’Annecy au lieu-dit Le Piron dans la commune de Sévrier, aux environs de 17 h 30. Le ciel était resté couvert toute la journée et il avait plu abondamment. Brusquement, en début de soirée, le plafond neigeux s’est dégagé en divers points  et  des rayons de lumière obliques ont illuminé intensément certaines parties du paysage contrastant fortement avec les lourds nuages sombres pleins de menaces encore présents . Au bout de l’allée, entre les haies bordant les propriétés du bord du Lac, une tache lumineuse de couleur vert opaline, presque phosphorescente s’est imposée, vous attirant comme un aimant tel le petit pan de mur jaune de Vermeer dans  La Recherche du Temps perdu…   (Photos prises avec mon IPhone.)

Lac d'Annecy, le Piron - mardi 8 avril 2014, vers 17 h 30 - IMG_2465

   Mardi 8 avril 2014, Lac d’Annecy  au lieu-dit Le Piron dans la commune de Sévrier, aux environs de 17 h 30. Le ciel était resté couvert toute la journée et il avait plu abondamment. Brusquement, en début de soirée, le plafond neigeux s’est dégagé en divers points  et  des rayons de lumière obliques ont illuminé intensément certaines parties du paysage contrastant fortement avec les lourds nuages sombres pleins de menaces encore présents . Au bout de l’allée, entre les haies bordant les propriétés du bord du Lac, une tache lumineuse de couleur vert opaline, presque phosphorescente s’est imposée, vous attirant comme un aimant tel le petit pan de mur jaune de Vermeer  dans La Recherche du temps Perdu…   (Photos prises avec mon IPhone.)

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Lac d'Annecy, le Piron - mardi 8 avril 2014, vers 17 h 30 - IMG_2468Lac d'Annecy, le Piron - mardi 8 avril 2014, vers 17 h 30 - IMG_2469Lac d'Annecy, le Piron - mardi 8 avril 2014, vers 17 h 30 - IMG_2470

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Rien à voir, me direz-vous ? Pas si sûr…

    Dans La Recherche du Temps Perdu, l’un des personnage du roman, l’écrivain Bergotte, visitant une exposition de tableaux de Vermeer, tombe en arrêt devant la toile « Vue de Delft » sur laquelle figure un petit pan de mur au jaune lumineux traité par le peintre de manière si extraordinaire que la couleur semble vibrer.  

« Enfin il fut devant le Ver Meer qu’il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu’il connaissait, mais où, grâce à l’article du critique, il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient ; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu’il veut saisir, au précieux petit pan de mur. ‘C’est ainsi que j’aurais dû écrire, disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune.’  » (III, p. 692)*

      En atteignant l’entrée de l’allée qui conduisait au lac, ce rectangle lumineux de couleur vert opaline si inhabituelle, bien délimité par les deux haies latérales et les rives du Lac qui l’entouraient comme le cadre d’un tableau, émettait lui aussi des vibrations visuelles qui m’ont fait penser immédiatement au petit pan de mur jaune de Proust. « Artialisation », c’est par ce terme, déjà utilisé par Montaigne, que le spécialiste du paysage, Alain Roger, nomme le processus de « médiation du paysage par l’art » par lequel le paysage devient une construction culturelle, subjective et relative… Ceci dit, je constate que le tableau de Vermeer représente une vue de Delft un jour d’orage, puisque l’on voit de lourds nuages noirs dominer la scène et plus loin des nuages immaculés resplendissants de lumière; des conditions semblables à celles qui prévalaient sur le Lac d’Annecy lorsque j’ai pris ces photos. La luminosité exceptionnelle qui s’attache à certains points des deux paysages est liée au contraste fort qui résulte de leur opposition aux zones encore ombrées : ombres des nuages et ombres portées. Pour cette couleur verte qui est apparue si intensément un cours moment, je n’ai trouvé aucune explication satisfaisante. On attribue généralement cette couleur au plancton qui est abondant au printemps mais pourquoi disparaîtrait-il aussi brusquement ? Si certains ont une explication sur ce sujet, je serais intéressé qu’ils veuillent bien m’en faire part…

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Qui sont les ancêtres de Gracie ?

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Gracie

Gracie

  Encore une vérité bien établie qui va peut-être rejoindre les poubelles de la science. J’avais toujours cru, jusqu’à présent, que les différentes races de chiens descendaient toutes du loup. C’est du moins ce que prétendaient de nombreuses publications de vulgarisation scientifique ou consacrées à la gente canine. L’histoire décrite était toujours la même : l’homme préhistorique et le loup partageaient le même habitat et se nourrissaient des mêmes proies. Des louveteaux auraient été recueillis par les hommes et domestiqués. Voici un extrait de l’article décrit par Wikipedia à ce sujet :

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La domestication du chien est intervenue au Paléolithique (période de la Préhistoire allant de – 200.000 ans à – 12.000 ans), longtemps avant celle de toutes les autres espèces domestiques actuelles. Elle précède de plusieurs dizaines de milliers d’années la sédentarisation de l’homme et l’apparition des premières civilisations agricoles. C’est l’unique espèce domestique ancienne dont la domestication n’est pas liée à l’apparition de l’agriculture et à la sédentarisation. Cette place que le chien occupe auprès de l’espèce humaine en fait un cas particulier parmi les espèces domestiques. Les chiens pourraient être issus de plusieurs lignées lupines différentes, domestiquées à plusieurs endroits du monde. Avant les progrès de la génétique, l’identité exacte de l’ancêtre du chien à longtemps été un mystère, mais au début du XXIe siècle, les progrès en matière de comparaison de génomes ont permis d’établir que le chien est plus proche génétiquement des sous-espèces actuelles de Canis lupus (le loup gris) que de tout autre canidé. Le loup grisest donc son unique ancêtre. La divergence génétique entre la lignée des chiens domestiques actuels et celle des représentants sauvages actuels de l’espèce Canis lupus date d’entre 150 000 ans et 100 000 ans. La relation entre humains et canidés sauvages est très ancienne. Des restes de loup ont été retrouvés en association avec ceux d’hominidés datant de 400 000 ans. Les chasseurs-cueilleurs et les loups avaient plusieurs points communs : ils appartenaient à des espèces sociables, ils partageaient le même habitat et ils se nourrissaient des mêmes proies. Des études ont montré que les louveteaux capturés tout jeunes et élevés par des hommes s’apprivoisent et se socialisent facilement, d’autant plus qu’ils dépendent de leurs maîtres pour leur alimentation. L’adaptation à la vie avec les hommes a transformé ces animaux autrefois sauvages.

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   Or voila que cette belle théorie risque d’être mise en cause par les travaux de scientifiques qui échafaudent l’hypothèse que les ancêtres des 350 espèces différentes de chiens pourraient se trouver parmi d’autres animaux tels le coyote, chacal, le renard et même le dingo… Le séquençage du génome d’un boxer, a été réalisé en 2005 aux États-Unis.  On sait maintenant que le génome de Canis familiaris contient 39 chromosomes et environ 20.000 gènes. «Tous les chiens ont le même génome, ce sont les variations dans l’assortiments des allèles qui différencient les races et qui donnent la diversité que l’on connaît». Un autre travail ne fait donc que commencer : analyser ces variations. Pour cela les généticiens partent à la recherche des variations génétiques les plus courantes, les polymorphismes nucléotidiques simples ou SNP (prononcer  »snip »). Un catalogue de 2,5 millions de SNP identifiés sur une dizaine de races canines est publié dans Nature par la même équipe. «L’identification est une première étape : il faut ensuite connaître la fréquence de ces variations pour pouvoir établir des corrélations avec telle ou telle maladie» . Ce travail, également en cours pour l’homme, sera plus facile à mener chez le chien dont les populations n’ont presque pas été brassées, contrairement à ses maîtres.

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Le journaliste Olivier Postel-Vinay avait écrit un article très intéressant sur les ancêtres possibles du chien dans le site LA Recherche – L’actualité des sciences, en avril 2004 (c’est ici : Le chien, une énigme biologique | La Recherche)

LA Recherche L'actualité des sciences

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    «Chihuahua ou grand danois, tout chien est le descendant de loups domestiqués par les chasseurs de la Préhistoire». Tel est le consensus sur l’origine du chien, exprimé ici par Juliet Clutton-Brock dans son ouvrage de référence sur l’histoire des mammifères domestiques. Voici le scénario. Vers la fin du dernier âge glaciaire, il y a 20.000 ans, l’homme préhistorique était, comme le loup, occupé à chasser le gros gibier. En situation de concurrence, hommes et loups se rencontraient. Des bébés loups ont été adoptés, pratique observée aujourd’hui chez des chasseurs-cueilleurs. Ou bien ils ont été pris pour constituer une réserve de nourriture, et certains adoptés en raison des liens d’attachement créés. «En grandissant, certains de ces louveteaux devenaient rétifs et devaient être tués ou écartés, écrit Juliet Clutton-Brock dans un livre précédent. Quelques-uns, cependant, ont dû rester avec les hommes et être accouplés avec d’autres loups apprivoisés se nourrissant des déchets laissés autour du lieu d’habitation.» De fil en aiguille, des groupes de loups apprivoisés ont accompagné l’homme dans ses déplacements. Ils lui ont rendu des services croissants, l’alertant sur la présence d’un danger, lui permettant de repérer du gibier et l’aidant à chasser. En quelques milliers d’années, d’apprivoisés les loups sont devenus domestiqués. Comme tous les animaux domestiqués, ils ont perdu certains de leurs caractères sauvages et en ont acquis d’autres. Quand, beaucoup plus tard, vers 12000 av. J.-C., les hommes ont commencé à se sédentariser, le chien était déjà une espèce à part entière: c’est le Canis familiaris de Linné.

    Ce scénario est étayé par l’archéologie. Des ossements de loups ont été trouvés à proximité de ceux d’humains en Chine et en Europe à partir de –400.000 ans. Dans la grotte du Lazaret –125.000 ans, un crâne de loup est placé à l’entrée de chaque abri humain. Les premiers restes de chiens, eux, sont beaucoup plus tardifs: ils datent du Mésolithique, période qui précède immédiatement le Néolithique. Découverts en 2003 en Russie centrale, les plus anciens ossements attribués à des chiens sont deux crânes, datés de 12.000 av. J.-C. Il s’agissait d’animaux puissants, comparables aux grands chiens de berger du Caucase. Les premiers sites où le chien est culturellement associé à l’homme sont ceux de Hayonim et de Ein Mallaha, en Israël. On y trouve des chiens beaucoup plus petits, enterrés avec leur maître, vers 10.000 av. J.-C. Dans une tombe, on voit même un humain âgé, sans doute une femme, dont la main est posée sur un chiot de 4 ou 5 mois. Il n’est pas exclu que ce chiot soit un louveteau ou un petit chacal, car à cet âge tendre les squelettes se ressemblent beaucoup, mais c’est peu probable. Les restes avérés de chiens se multiplient à partir de 9.000 av. J.-C. C’est la date à laquelle apparaissent, en Iran, les premiers vestiges de la domestication de ruminants: des chèvres.

    Dans les années 1995-2002, ce consensus s’est vu couronné par une série d’analyses génétiques confirmant que le chien descend du loup. «L’origine du chien domestique à partir du loup a été établie», rappelle un article de recherche paru dans Science en novembre 2002. Seuls resteraient à connaître «le nombre d’événements fondateurs ainsi que le lieu et la date où ils se sont produits». Grâce à l’analyse génétique, les auteurs «suggèrent» une origine en Asie orientale Chine entre 38.000 et 13.000 av. J.-C. L’estimation précédente plaçait la date de divergence entre le loup et le chien entre 133.000 et 74.000 av. J.-C. Aujourd’hui, l’affaire est close, ou presque. Sans l’annonce attendue du séquençage du génome d’un boxer, plus approfondi que celui déjà fait d’un caniche, il n’y aurait plus grand-chose de neuf à attendre. Par centaines, les sites Web vous expliquent que le chien descend du loup, comment et pourquoi.

Pas une espèce ?
    C’est très satisfaisant. Depuis Darwin, la domestication est considérée comme le geste fondateur de la «sélection artificielle», action par laquelle l’homme se substitue à la nature pour diriger l’évolution d’une espèce. Première espèce à avoir été domestiquée, le chien est l’une des grandes innovations de l’homme, après la maîtrise du feu et avant l’agriculture.

    À moins qu’il s’agisse seulement d’une belle histoire. C’est le point de vue du biologiste américain Raymond Coppinger, un vétéran de la recherche sur les chiens. Pour lui, «il n’y a pas l’ombre d’une chance que des gens aient apprivoisé et entraîné des loups sauvages et les aient transformés en chiens». Il pense que le chien ne descend pas du loup, mais d’une espèce apparentée au loup, au chacal et au coyote. Ce n’est pas l’homme qui a domestiqué le chien, c’est le chien qui est venu à l’homme. «Il s’est domestiqué lui-même .» Comment une thèse aussi contraire au consensus peut-elle être sérieusement défendue ?

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 chihuahua et Berger anatolien

Le chien est une espèce sans équivalent dans le règne animal. Aucune ne regroupe un si grand nombre de variétés plusieurs centaines et une telle gamme de différences morphologiques et comportementales entre les variétés. Le chihuaha mexicain mesure 13 centimètres de haut. Un berger anatolien peut peser 90 kilos. Un chien de traîneau court plus longtemps qu’un loup, un lévrier plus vite. Le basenji égyptien n’aboie pas. Comment expliquer ces variétés? Il y a plus curieux : bien que le chien soit considéré comme une espèce, il se reproduit sans problème avec ses cousins les loups, les coyotes en Amérique du Nord, et les chacals en Afrique, au Moyen-Orient et en Inde. La définition classique de l’espèce ne lui est donc pas applicable. Comment est-ce possible?

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chien de traîneau et lévrier

  Le grand nombre de variétés et la faculté de se croiser avec ses cousins avaient amené Darwin à considérer l’hypothèse que le chien descende à la fois du loup, du coyote et du chacal. Les analyses génétiques récentes qui prétendent en finir avec cette hypothèse sont fondées sur la comparaison de l’ADN mitochondrial de séries d’individus chiens, coyotes, chacals et loups.

    Mais le témoignage de l’ADN mitochondrial est de plus en plus contesté. Coppinger, qui a pratiqué la méthode, a fini par conclure qu’elle apporte plus de faux-semblants que de certitudes. Robert Wayne, qui s’est appuyé sur elle pour tracer de beaux arbres phylogénétiques des canidés, fait aujourd’hui machine arrière: «Nous devons aller au-delà, a-t-il dit en février à la grand-messe annuelle des scientifiques américains, ne pas nous contenter de comparer quelques centaines de paires de bases, mais séquencer tout le génome des mitochondries, séquencer aussi une grande variété de marqueurs, y compris dans le chromosome Y.» Dans l’un de ses derniers arbres, il ne fait d’ailleurs pas descendre le chien du loup. Coppinger, lui, pense désormais qu’il est illusoire de vouloir placer le chien sur un arbre phylogénétique, car les loups, les chiens, les coyotes et les chacals sont, à ses yeux, des variations d’une seule et même espèce. Ce sont bien des espèces au sens écologique du terme à chacun sa «niche», mais pas au sens phylogénétique. Ces animaux apparentés évoquent plutôt, dit-il, ce que les biologistes appellent un «cline», c’est-à-dire un spectre de caractères relevant de la même espèce mais en évolution constante en fonction de la géographie et de l’environnement.

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   Les chiens partagent quantité de caractères avec leurs trois cousins. Ils ont le même nombre de chromosomes, le même nombre et la même forme de dents, le même rapport entre la longueur du crâne et celle du palais la voûte osseuse de la gueule. Ils ont tous une gestation de soixante-trois jours. Ils naissent aveugles et ouvrent les yeux au même moment le treizième jour.

    Mais, en dépit de leur grande variété, les chiens ont aussi des caractères communs qui leur sont propres. Ils ont les molaires et prémolaires resserrées, le pelage variable d’un individu à l’autre. La queue a tendance à remonter en faucille. Les mâles sont fertiles toute l’année, et les femelles peuvent mettre bas deux fois par an au lieu d’une. Par rapport au loup, les dents sont plus petites, la longueur du crâne et le volume du cerveau sont réduits, les yeux arrondis. La maturation sexuelle se fait avant la fin de la première année, alors que le loup doit attendre deux ans. Et ils ont un comportement de soumission qu’on ne rencontre, dans une meute de loups, que chez les individus en état de sujétion par rapport au couple dominant.

   Plusieurs de ces caractères sont courants chez les animaux domestiques. La réduction de la taille du cerveau est une constante. Pensons aussi à la variété du pelage de la vache ou du chat, à la queue en tire-bouchon du cochon, au compor-tement de soumission. Chose étonnante, ces traits de la domestication sont souvent de nature juvénile: tout se passe comme si l’animal adulte avait conservé des traits propres au jeune, voire au jeune de l’espèce ancestrale. Par exemple, la plupart des chiens ont les oreilles plus ou moins tombantes, comme le louveteau. De même, la queue du louveteau pointe en tournant vers le haut. D’autres traits juvéniles concernent le comportement. Les louveteaux aboient, ce que les loups adultes font rarement, et la plupart des chiens un peu trop. La quête affective d’un chien adulte rappelle aussi celle d’un louveteau. Beaucoup de chiens aiment pleurnicher et jouer, ce qui n’est pas le cas des loups adultes, même apprivoisés. Plus fondamental, le cerveau du chien correspond en gros à celui d’un loup de 4 mois.

Quand les renards aboient
    À première vue, ces traits juvéniles, dits néoténiques, accréditent le scénario standard. L’adoption de louveteaux par l’homme préhistorique aurait entraîné des transformations dans le rythme de développement des petits loups. Ce point de vue semble encore renforcé par une expérience extraordinaire menée en Sibérie. Depuis la fin du XIXe siècle, des renards argentés y sont élevés pour leur fourrure. Bien qu’ils se reproduisent en captivité depuis des générations, ils restent des animaux sauvages, difficiles à gérer. À la fin des années cinquante, un généticien de Novossibirsk, Dimitri Biéliaev, ayant constaté que certains renards étaient moins craintifs, et donc plus dociles, lança un programme consistant à sélectionner systématiquement les renards les moins craintifs et à les faire se reproduire entre eux. Le succès dépassa l’attente: il obtint une lignée de renards en aussi forte demande affective que des toutous. Ce fut aussi une belle surprise. Car en 18 générations ces renards ont acquis des traits physiologiques des chiens: oreilles pendantes, pelage multi-colore, queue remontante, reproduction biannuelle, etc. Pour couronner le tout, ils aboient! Comment une transformation aussi rapide a-t-elle pu se produire chez un mammifère?

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renard argenté

    Mais cette expérience, qui se poursuit aujourd’hui, fournit aussi un argument à l’encontre du scénario standard. Depuis d’autres travaux célèbres menés à la fin des années quarante au Jackson Laboratory, aux États-Unis, on sait que les chiens connaissent entre l’âge de 2 et 16 semaines une période critique de socialisation pendant laquelle ils acquièrent l’essentiel de leurs compétences sociales. «À 16 semaines, la personnalité sociale d’un chien est fixée pour la vie», écrit Coppinger. Elle est câblée dans le cerveau du chien.

    Cette fenêtre est liée à la date d’apparition d’une conduite motrice stéréotypée, celle de peur et de fuite devant l’inconnu. Ce réflexe n’apparaît chez le chiot que vers la sixième ou la huitième semaine, donc au milieu de la fenêtre de socialisation. Chose curieuse, ce réflexe apparaît aussi vers la sixième semaine chez les renards en captivité de Novossibirsk, ceux qui n’ont pas été sélectionnés pour l’expérience. Autrement dit, ces renards disposaient d’une fenêtre de socialisation comparable à celle des chiens. Or, qu’en est-il de la fenêtre de socialisation du loup? Elle ne dépasse pas une semaine. La conduite de fuite se déclenche six jours après l’ouverture des yeux et s’achève dans la foulée. Comment nos ancêtres préhistoriques ont-ils pu mettre à profit une fenêtre aussi courte?

   Depuis des décennies, des loups en captivité sont étudiés et choyés par des éleveurs attentifs qui seraient évidemment enchantés de voir se développer chez eux certains au moins des caractères du chien. Or, contrairement à un mythe tenace, ils n’y parviennent pas. On peut accoutumer des loups à la présence humaine, à condition de s’y prendre avant qu’ils ouvrent les yeux et de mener l’apprentissage avant la fin de la fenêtre de socialisation. Mais les loups les plus dociles ne sont que partiellement apprivoisés, en aucun cas domestiqués. Avec tout le savoir-faire du monde, des loups captifs depuis des générations, chouchoutés pendant la fenêtre de socialisation, restent des animaux sauvages, dangereux pour l’homme. À l’âge de la maturité sexuelle 2 ans, la nature reprend ses droits: tous leurs caractères ancestraux sont au rendez-vous, y compris l’irré-pressible désir de monter dans la hiérarchie de la meute pour obtenir le droit à la reproduction. Le loup adulte n’a qu’une idée: s’enfuir. Pour ce faire, il développe des trésors d’ingéniosité dont un chien serait bien incapable. Aucun éleveur n’a obtenu d’un loup qu’il réponde à une injonction du genre: «Assis !» ou «Couché !» On voit des tigres au cirque, pas des loups. Pas plus d’ailleurs que des coyotes ou des chacals. Il ne saurait, à plus forte raison, être question d’élever un loup pour en faire un gardien de troupeau, ni même, contrairement à une légende, pour l’atteler à un traîneau.

Chiens sans maître
   Supposons cependant qu’une expérience contrôlée semblable à celle menée sur les renards russes soit conduite avec des loups, et qu’elle donne certains résultats ce qui est loin d’être acquis. Que nous apprendrait-elle sur la capacité des hommes du Paléolithique à transformer des loups en chiens? Rien, sans doute. On voit mal comment ils auraient pu s’engager dans cette galère, ni pourquoi ils l’auraient fait. D’où le scénario alternatif proposé par Coppinger. Selon lui, ce n’est pas la sélection artificielle qui était à l’œuvre, mais la vieille et bonne sélection naturelle.

   Comment les choses ont-elles pu se passer? Pour étayer son hypothèse, Coppinger s’est intéressé aux chiens les plus nombreux de la planète, les chiens sans maître. Ils sont 200 ou 300 millions, on ne sait. Beau succès! Ce sont les chiens de village des populations rurales. Ces chiens que toute visite dans un pays pauvre permet d’observer, pullulant en liberté auprès des lieux d’habitation. Avec son équipe, Coppinger a en particulier mené une étude approfondie sur l’île de Pemba, au large de Zanzibar.

    Les habitants de Pemba sont mi-chasseurs-cueilleurs, mi-agriculteurs. Leur mode de vie n’est pas très éloigné de celui des habitants de Mahalla, vers 10000 ans av. J.-C., là où l’on a retrouvé le squelette de la femme au chiot. À Pemba, tous les chiens se ressemblent. Ce sont des animaux que nous qualifierions de bâtards, d’apparence quelconque: de taille moyenne, le pelage court avec des taches de couleurs variées, les oreilles plus ou moins pendantes, la queue vers le ciel. Ils vivent des détritus laissés par l’homme. Ils circulent en bonne harmonie. Les habitants ne les aiment pas, ne les touchent pas, mais les tolèrent. Certains sont élevés pour participer à la chasse aux animaux qui ravagent les récoltes.

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  chacal

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   Pourquoi ce type de chien ne serait-il pas le digne représentant des premiers chiens? Dans ce scénario, des chiens sauvages, de la taille des chacals ou des coyotes, donc moins exigeants en calories que les loups, se seraient approprié les alentours des premiers villages humains, à l’époque du site de Mahalla ou un peu avant. Ils auraient profité des déchets laissés par les villageois, tout en continuant à se nourrir de petits animaux aux alentours. Moins dangereux que les loups, ils auraient été tolérés par l’homme, d’autant qu’ils nettoyaient les immondices, mangeaient les animaux nuisibles, avertissaient du danger et constituaient, de surcroît, une source de nourriture supplémentaire.

    Il existe aujourd’hui en Nouvelle-Guinée un chien sauvage qui chante au lieu d’aboyer. Ce chien chanteur vit dans la forêt et, la nuit, vient compléter son menu quotidien en mangeant des détritus aux alentours des villages. Il est très proche du dingo australien. Son origine est inconnue, comme celle du dingo. Pour certains, il descendrait d’un chien domestique qui serait revenu à l’état sauvage voici plus de 6.000 ans. Mais il n’y a pas de témoin. Il n’est pas exclu qu’il soit un descendant direct de l’ancêtre des chiens de village, des chiens sans maître comme ceux de Pemba. L’ancêtre de tous les chiens. L’hypothèse est défendue par une chercheuse américaine, Janice Koler-Matznick. Elle constate que l’archéologie ne nous a pas livré d’ossements d’animaux intermédiaires entre le loup et le chien. De fait, le dingo ressemble aux plus anciens restes osseux de chiens trouvés en Europe du Nord.

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Dingo

   Poursuivons le raisonnement induit par ce scénario. Le dingo et le chien chanteur ont, comme les autres chiens, un cerveau plus petit que celui des loups et atteignent la maturité sexuelle avant un an. Ces caractères ne sont pas forcément dus à la domestication; ils peuvent être, plus simplement, propres à cette sous-espèce. Par ailleurs, ces chiens ont tous les traits d’animaux sauvages. Leur cerveau mis à part, ils n’ont pas les traits juvéniles des autres chiens. Leur pelage n’est pas variable, ils n’ont pas les oreilles tombantes, ni la queue relevée, ils sont apprivoisables mais, comme les loups, s’enfuient dès qu’ils atteignent la maturité sexuelle. On ne peut en faire des chiens de garde ou de chasse au gros gibier. Quand ils capturent une proie, ils la dépècent. Comment de tels chiens ont-ils pu connaître le processus de domestication?

   Par l’effet de la sélection naturelle, répond Coppinger. Comme les renards de Sibérie, certains individus sont moins farouches que d’autres. D’éboueurs nocturnes, certains ont pu devenir des éboueurs diurnes. Ils se sont intégrés à l’environnement des premiers villages du Mésolithique ou des premières installations stables de la période immédiatement précédente. Ils auraient constitué peu à peu une nouvelle niche écologique, dont les chiens restés pleinement sauvages auraient été exclus, peut-être avec l’aide de l’homme qui y aurait trouvé son intérêt. Peu à peu, les détritus des villages et les carcasses du gibier chassé par l’homme seraient devenus leur principale source de nourriture. Leur fenêtre de socialisation aurait intégré l’homme dans leur univers. La pression de la sélection exercée par la vie sauvage se serait relâchée, produisant l’émergence de premiers traits juvéniles.

   Des chiots auraient été adoptés. Leurs maîtres auraient découvert, sans le savoir, les potentialités ouvertes par la fenêtre de socialisation. Fenêtre sans doute moins longue qu’aujourd’hui mais plus longue que celle du loup. Les chercheurs russes ont d’ailleurs constaté qu’au fur et à mesure du processus de domestication la fenêtre de socialisation de leurs renards s’allongeait: l’apparition de réflexe de fuite a été retardée, passant de six à neuf semaines. Certains de ces chiens adoptés, protégés par l’homme, se seraient alors reproduits entre eux, accusant la fixation de traits juvéniles. Accompagnant les hommes dans leurs activités, certains de ces chiens auraient manifesté des compétences intéressantes. Celle, par exemple, de suivre un troupeau sans lui faire de mal tout en représentant une menace pour les prédateurs. N’oublions pas que les premiers ruminants domestiqués apparaissent presque immédiatement après les premiers restes de chiens culturellement associés à l’homme. Pour Coppinger, les premiers chiens domestiques, au sens où nous entendons ce terme, sont contemporains des débuts du Néolithique. Les premiers chiens sélectionnés pour des tâches spécifiques sont apparus dès cette époque. Des archéologues ont trouvé des vestiges de traîneaux tirés par des chiens en 6.000 av. J.-C. au nord de la Sibérie.

   Maintenant, comment expliquer biologiquement la mise en place des traits propres au chien domestique et l’extraordinaire variété des races ? Là, les deux scénarios se rejoignent. Chez le loup, le coyote, le chacal et le chien, certains caractères apparaissent plus tôt ou plus tard au cours du développement, certains organes se développent plus ou moins vite. Si le cerveau du chien est plus petit que celui du loup, c’est que la tête du loup croît plus longtemps que celle du chien. C’est vrai aussi d’une race de chien à l’autre, et même d’un individu à l’autre. Comparer finement le développement de ces espèces ou sous-espèces, races ou individus, revient à pointer une quasi-infinité de déphasages relatifs on parle d’hétérochronies. Ils concernent aussi bien les os du crâne que l’apparition de conduites motrices stéréotypées, comme le réflexe de fuite ou les séquences successives du comportement de prédation. Or, tout déphasage a des implications en cascade, physiques et comportementales.

Plasticité canine
   A la naissance, les bébés du loup, du chacal, du coyote et du chien ont la même taille microchiens mis à part. Ils développent tous les mêmes réflexes de succion, les mêmes signaux d’appel et de détresse. C’est dans les jours et les mois qui suivent que la plupart des hétérochronies interviennent. Selon l’animal, le museau, par exemple, commence à croître à un moment différent, puis change de forme à un rythme différent, trouve sa forme définitive à un âge différent. Le museau du bouledogue se met à croître très tard, comme chez le loup, mais croît ensuite très lentement, alors que celui du loup continue de croître rapidement. À l’inverse, le museau du lévrier barzaï, c’est une exception, commence à croître avant la naissance. La forme finale du crâne et du palais dépend de ces événements. La position des yeux aussi, ce qui a un impact sur le comportement. Le barzaï a les yeux rapprochés, ce qui lui donne une bonne perception de la profondeur et en fait un excellent chasseur de lapins. Au contraire, le bouledogue a les yeux rejetés sur le côté, ce qui lui donne une bonne vision périphérique, un peu comme celle d’un oiseau.

   La sélection artificielle, celle qui a conduit à la diversité des races de chiens, consiste donc d’abord à sélectionner des traits jugés intéressants chez un chiot pour tenter de les reproduire. La face écrasée du bouledogue et le long museau du barzaï sont le résultat d’une sélection poussée à l’extrême. Elle consiste ensuite à agir sur la fenêtre de socialisation pour diriger les compétences du chiot dans la direction désirée. Tout chiot ne peut devenir chien de traîneau ou chien de transhumance, mais des chiens d’origine très diverse peuvent acquérir pendant cette période des compétences que l’on croit souvent réservées à d’autres races. Élevés au contact physique de moutons pendant la fenêtre de socialisation, la plupart des chiens peuvent faire de bons gardiens de troupeau. À la surprise générale, un éleveur écossais a obtenu d’excellents tueurs de lapins à partir de toutous de compagnie considérés comme tels depuis des siècles, l’épagneul King Charles. La plasticité de la gent canine est telle que la grande majorité des races de chien aujourd’hui recensées ont en réalité été créées très récemment, à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe.

    Reste la question de l’origine. Comment l’ancêtre des chiens a-t-il surgi? Peut-être par hybridations successives entre diverses variétés de loups et de chacals. Dans la nature, il suffit qu’une population diminue fortement, en raison d’une épidémie par exemple, pour qu’elle soit tentée de se croiser avec une autre. On le voit aujourd’hui avec les loups d’Europe, menacés, dont les dernières analyses donnent un taux d’hybridation avec les chiens allant jusqu’à 40%. L’hypothèse que le chien soit issu d’un ou plusieurs hybrides reste donc d’actualité. Retour à Darwin.

Par Olivier Postel-Vinay
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