Regards sur le monde actuel (1931) ou le suicide de l’Europe par Paul Valéry — Extrait (I)

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      Les extraits présentés sont tirés de l’essai « Regards sur le monde actuel » publié en 1931 qui regroupe divers articles écrits par Paul Valéry sur le thème de l’évolution des rapports de forces dans le monde et de la décadence de l’Europe. L’extrait (I) qui suit est tiré de l’avant-propos de l’essai et fait référence aux thèmes du « monde fini » et à l’émergence politique et économique dans le reste du monde de nouvelles nations rivales des nations européennes qui ont créées et qui développent leur puissance grâce à la transmission des connaissances scientifiques et techniques européennes.

Paul Valery (1871-1945)

Paul Valéry (1871-1945)

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Extrait (I) : Regards sur le monde actuel (1931) – Avant-propos

         (…)
      Je n’avais jamais songé qu’il existât véritablement une Europe. Ce nom ne m’était qu’une expression géographique. Nous ne pensons que par hasard aux circonstances permanentes de notre vie ; nous ne les percevons qu’au moment qu’elles s’altèrent tout à coup. J’aurai l’occasion de montrer tout à l’heure à quel point notre inconscience à l’égard des conditions les plus simples et les plus constantes de notre existence et de nos jugements rend notre conception de l’histoire si grossière, notre politique si vaine, et parfois si naïve dans ses calculs. Elle conduit les plus grands hommes à concevoir des desseins qu’ils évaluent par imitation et par rapport à des conventions dont ils ne voient pas l’insuffisance.
      J’avais en ce temps‑là le loisir de m’engager dans les lacunes de mon esprit. Je me pris à essayer de développer mon sentiment ou mon idée infuse de l’Europe. Je rappelai à moi le peu que je savais. Je me fis des questions, je rouvris, j’entr’ouvris des livres. Je croyais qu’il fallait étudier l’histoire, et même l’approfondir, pour se faire une idée juste du jour même. Je savais que toutes les têtes occupées du lendemain des peuples en étaient nourries. Mais quant à moi je n’y trouvai qu’un horrible mélange. Sous le nom d’histoire de l’Europe, je ne voyais qu’une collection de chroniques parallèles qui s’entremêlaient par endroits. Aucune méthode ne semblait avoir précédé le choix des « faits », décidé de leur importance, déterminé nettement l’objet poursuivi. Je remarquai un nombre incroyable d’hypothèses implicites et d’entités mal définies.

L'Europe en 1914 - Alerte ! les chiens aboient !

L’Europe en 1914 – Alerte ! les chiens aboient !

     (…)
     Considérant alors l’ensemble de mon époque, (…), je m’efforçai de ne percevoir que les circonstances les plus simples et les plus générales, qui fussent en même temps des circonstances nouvelles.
     Je constatai presque aussitôt un événement considérable, un fait de première grandeur, que sa grandeur même, son évidence, sa nouveauté, ou plutôt sa singularité essentielle avaient rendu imperceptible à nous autres ses contemporains.
     Toute la terre habitable a été de nos jours reconnue, relevée, partagée entre des nations. L’ère des terrains vagues, des territoires libres, des lieux qui ne sont à personne, donc l’ère de libre expansion, est close. Plus de roc qui ne porte un drapeau ; plus de vides sur la carte ; plus de région hors des douanes et hors des lois ; plus une tribu dont les affaires n’engendrent quelque dossier et ne dépendent, par les maléfices de l’écriture, de divers humanistes lointains dans leurs bureaux. Le temps du monde fini commence. Le recensement général des ressources, la statistique de la main‑d’œuvre, le développement des organes de relation se poursuit. Quoi de plus remarquable et de plus important que cet inventaire, cette distribution et cet enchaînement des parties du globe ? Leurs effets sont déjà immenses. Une solidarité toute nouvelle, excessive et instantanée, entre les régions et les événements est la conséquence déjà très sensible de ce grand fait. Nous devons désormais rapporter tous les phénomènes politiques à cette condition universelle récente ; chacun d’eux représentant une obéissance ou une résistance aux effets de ce bornage définitif et de cette dépendance de plus en plus étroite des agissements humains. Les habitudes, les ambitions, les affections contractées au cours de l’histoire antérieure ne cessent point d’exister. — mais insensiblement transportées dans un milieu de structure très différente, elles y perdent leur sens et deviennent causes d’efforts infructueux et d’erreurs.

Le monde connu au moment de la découverte de l'Amérique en 1498

Limite du monde connu au moment de la découverte de l’Amérique en 1498

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      La reconnaissance totale du champ de la vie humaine étant accomplie, il arrive qu’à cette période de prospection succède une période de relation. Les parties d’un monde fini et connu se relient nécessairement entre elles de plus en plus.
      Or, toute politique jusqu’ici spéculait sur l’isolement des événements. L’histoire était faite d’événements qui se pouvaient localiser. Chaque perturbation produite en un point du globe se développait comme dans un milieu illimité ; ses effets étaient nuls à distance suffisamment grande ; tout se passait à Tokio comme si Berlin fût à l’infini. Il était donc possible, il était même raisonnable de prévoir, de calculer et d’entreprendre. Il y avait place dans le monde pour une ou plusieurs grandes politiques bien dessinées et bien suivies.
      Ce temps touche à sa fin. Toute action désormais fait retentir une quantité d’intérêts imprévus de toutes parts, elle engendre un train d’événements immédiats, un désordre de résonnances dans une enceinte fermée. Les effets des effets, qui étaient autrefois insensibles ou négligeables relativement à la durée d’une vie humaine, et à l’aire d’action d’un pouvoir humain, se font sentir presque instantanément à toute distance, reviennent aussitôt vers leurs causes, ne s’amortissent que dans l’imprévu. L’attente du calculateur est toujours trompée, et l’est en quelques mois ou en peu d’années.
       En quelques semaines, des circonstances très éloignées changent l’ami en ennemi, l’ennemi en allié, la victoire en défaite. Aucun raisonnement économique n’est possible. Les plus experts se trompent ; le paradoxe règne.
       Il n’est de prudence, de sagesse ni de génie que cette complexité ne mette rapidement en défaut, car il n’est plus de durée, de continuité ni de causalité reconnaissable dans cet univers de relations et de contacts multipliés. Prudence, sagesse, génie ne sont jamais identifiés que par une certaine suite d’heureux succès ; dès que l’accident et le désordre dominent, le jeu savant ou inspiré devient indiscernable d’un jeu de hasard ; les plus beaux dons s’y perdent.
      Par là, la nouvelle politique est à l’ancienne ce que les brefs calculs d’un agioteur, les mouvements nerveux de la spéculation dans l’enceinte du marché, ses oscillations brusques, ses retournements ses profits et ses pertes instables sont à l’antique économie du père de famille, à l’attentive et lente agrégation des patrimoines… Les desseins longuement suivis, les profondes pensées d’un Machiavel ou d’un Richelieu auraient aujourd’hui la consistance et la valeur d’un « tuyau de Bourse ».

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    Ce monde limité et dont le nombre des connexions qui en rattachent les parties ne cesse de croître, est aussi un monde qui s’équipe de plus en plus. L’Europe a fondé la science. La science a transformé la vie et multiplié la puissance de ceux qui la possédaient. Mais par sa nature même, elle est essentiellement transmissible ; elle se résout nécessairement en méthodes et en recettes universelles. Les moyens qu’elle donne aux uns, tous les autres les peuvent acquérir.
    Ce n’est pas tout. Ces moyens accroissent la production, et non seulement en quantité. Aux objets traditionnels du commerce viennent s’adjoindre une foule d’objets nouveaux dont le désir et le besoin se créent par contagion ou imitation. On arrive bientôt à exiger de peuples moins avancés qu’ils acquièrent ce qu’il leur faut de connaissances pour devenir amateurs et acheteurs de ces nouveautés. Parmi elles, les armes les plus récentes. L’usage qu’on en fait contre eux les contraint d’ailleurs à s’en procurer. Ils n’y trouvent aucune peine ; on se bat pour leur en fournir ; on se dispute l’avantage de leur prêter l’argent dont ils les paieront.
    Ainsi l’inégalité artificielle de forces sur laquelle se fondait depuis trois siècles la prédominance européenne tend à s’évanouir rapidement. L’inégalité fondée sur les caractères statistiques bruts tend à reparaître.

La guerre russo-japonaise de 1904

Guerre russo-japonaise de 1904-1905 – Destruction de l’escadre russe de Port-Arthur

    L’Asie est environ quatre fois plus vaste que l’Europe. La superficie du continent américain est légèrement inférieure à celle de l’Asie. La population de la Chine est à soi seule au moins égale à celle de l’Europe ; celle du Japon supérieure à celle de l’Allemagne.
    Or, la politique européenne locale, dominant et rendant absurde la politique européenne universalisée, a conduit les Européens concurrents à exporter les procédés et les engins qui faisaient de l’Europe la suzeraine du monde. Les Européens se sont disputé le profit de déniaiser, d’instruire et d’armer des peuples immenses, immobilisés dans leurs tradition, et qui ne demandaient qu’à demeurer dans leur état.
    De même que la diffusion de la culture dans un peuple y rend peu à peu impossible la conservation des castes, et de même que les possibilités d’enrichissement rapide de toute personne par le commerce et l’industrie ont rendu illusoire et caduque toute hiérarchie sociale stable, — ainsi en sera‑t‑il de l’inégalité fondée sur le pouvoir technique.
    Il n’y aura rien eu de plus sot dans toute l’histoire que la concurrence européenne en matière politique et économique, comparée, combinée et confrontée avec l’unité et l’alliance européenne en matière scientifique. Pendant que les efforts des meilleures têtes de l’Europe constituaient un capital immense de savoir utilisable, la tradition naïve de la politique historique de convoitise et d’arrière-pensées se poursuivait, et cet esprit de Petits‑Européens livrait, par une sorte de trahison, à ceux mêmes qu’on entendait dominer, les méthodes et les instruments de puissance. La lutte pour des concessions ou pour des emprunts, pour introduire des machines ou des praticiens, pour créer des écoles ou des arsenaux, — lutte qui n’est autre chose que le transport à longue distance des dissensions occidentales, — entraîne fatalement le retour de l’Europe au rang secondaire que lui assignent ses dimensions, et duquel les travaux et les échanges internes de son esprit l’avaient tirée. L’Europe n’aura pas eu la politique de sa pensée.

Carte du monde en 1930

Carte du monde et des empires coloniaux en 1930

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   Il est inutile de se représenter des événements violents, de gigantesques guerres, des interventions à la Témoudjine, comme conséquences de cette conduite puérile et désordonnée. Il suffit d’imaginer le pire. Considérez un peu ce qu’il adviendra de l’Europe quand il existera par ses soins en Asie, deux douzaines de Creusot ou d’Essen, de Manchester ou de Roubaix, quand l’acier, la soie, le papier, les produits chimiques, les étoffes, la céramique et le reste y seront produits en quantités écrasantes, à des prix invincibles, par une population qui est la plus sobre et la plus nombreuse du monde, favorisée dans son accroissement par l’introduction des pratiques de l’hygiène.

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    Telles furent mes réflexions très simples devant mon atlas, quand les deux conflits dont j’ai parlé, et d’autre part, l’occasion de la petite étude que j’ai dû faire à cette époque sur le développement méthodique de l’Allemagne, m’eurent induit à ces questions.
    Les grandes choses survenues depuis lors ne m’ont pas contraint de modifier ces idées élémentaires qui ne dépendaient que de constatations bien faciles et presque purement quantitatives. La Crise de l’Esprit que j’ai écrite au lendemain de la paix, ne contient que le développement de ces pensées qui m’étaient venues plus de vingt ans auparavant. Le résultat immédiat de la grande guerre fut ce qu’il devait être : il n’a fait qu’accuser et précipiter le mouvement de décadence de l’Europe. Toutes ses plus grandes nations affaiblies simultanément ; les contradictions internes de leurs principes devenues éclatantes ; le recours désespéré des deux partis aux non‑Européens, comparable au recours à l’étranger qui s’observe dans les guerres civiles ; la destruction réciproque du prestige des nations occidentales par la lutte des propagandes, et je ne parle point de la diffusion accélérée des méthodes et des moyens militaires, ni de l’extermination des élites, — telles ont été les conséquences, quant à la condition de l’Europe dans le monde, de cette crise longuement préparée par une quantité d’illusions, et qui laisse après elle tant de problèmes, d’énigmes et de craintes, une situation plus incertaine, les esprits plus troublés, un avenir plus ténébreux qu’ils ne l’étaient en 1913. Il existait alors en Europe un équilibre de forces ; mais la paix d’aujourd’hui ne fait songer qu’a une sorte d’équilibre de faiblesses, nécessairement plus instable.

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Aspergopolis en 1955 : le pinard

–––– Années cinquante / soixante : une certaine France ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

rue Mouffetard à Paris, 1954 - Cartier-Bresson

rue Mouffetard à Paris, 1954 – Cartier-Bresson

Ce gamin aurait pu être moi quand j’avais 10/11 ans à Aspergopolis — c’est ainsi que Maupassant surnommait Argenteuil — et que l’on m’envoyait acheter du vin chez le grossiste des Vins du Postillon dont la boutique était située juste à côté du cinéma Le Majestic, dans l’ancienne Grande Rue que l’on persistait à nommer ainsi alors qu’elle avait été rebaptisée rue Paul Vaillant-Couturier par la municipalité communiste, du nom d’un militant très estimé directeur de l’Humanité et dirigeant du Front populaire, mort prématurément en 1937.

imagesLa boutique des Vins du Postillon était une boutique haute sous plafond dans lequel trônaient 3 ou 4 citernes en métal contenant des vins de qualité différente. A 10 ans, elles me semblaient gigantesques. A la base de chacune d’elle était fixé un robinet qu’on enfonçait dans le goulot de nos bouteilles pour les remplir. A la base des citernes, sous les robinets, une goulotte métallique permettait de recueillir le vin qui avait débordé des bouteilles pour éviter qu’il ne se répande sur le sol. Dans le fond de cette goulotte  s’étalait une mixture de couleur rouge carmin exhalant  forte odeur âcre de vinasse. Car ce n’était pas du Bourgogne ou du Bordeaux,  ces vins de rupins,  comme on qualifiait dans mon entourage les bourgeois à cette époque, qu’on allait chercher dans cette boutique, c’était le gros pinard, la picrate du peuple travailleur en bleu de travail et aux mains pleines de cambouis en arrivage direct du Languedoc où l’on faisait pisser la vigne et qu’on devait mélanger avec du vin d’Algérie… C’était ce vin que l’on buvait alors chez moi et que mon beau-père Lucien ajoutait à son reste de soupe sous le prétexte que c’était une tradition du pays de Somme d’où il était originaire (en fait, il semble que cette coutume est originaire d’Occitanie) et qu’il nous encourageait à pratiquer également . Il appelait cela « faire chabrot ». Je me souviens du goût étrange, pas désagréable, que prenait alors la soupe de légumes quand les poireaux, les carottes et les haricots avaient eux aussi « un coup dans l’aile ». Ma mère, elle, avait plutôt l’habitude de rajouter du lait à notre soupe. 

ancien vigneron faisant chabrot — source Wikipediaancien vigneron faisant chabrot — source Wikipedia

le vigneron de Cavignac en Gironde,  1945 - Willy Ronis

le vigneron de Cavignac en Gironde,  1945 – Willy Ronis

Mais revenons à la boutique du Postillon… La phase la plus délicate dans la mission si importante que l’on m’avait confiée était le moment où la montée du vin s’accélérait dans la bouteille à cause du rétrécissement du goulot. Il fallait alors bien calculer son coup, anticiper la montée du vin et tourner le robinet juste avant que le vin sous pression ne vous explose en plein visage. Le problème était que quelque chose en moi s’ingéniait à me faire retarder au maximum le moment où le robinet devait être fermé…

Ensuite, il fallait voir de quelle manière je déambulais dans les rues d’Argenteuil, les bras chargés de bouteilles emplies jusqu’à ras bord du précieux jaja. J’étais un grand à qui l’on avait confié une mission délicate entre toutes et j’étais pas peu fier d’exhiber mes bouteilles tel le gamin de Cartier-Bresson. Evidemment, il y avait parfois de la casse…

buvard publicitaires des Vins du Postillon

A l’époque, pas encore de stylos, on écrivait à la plume Sergent major avec évidemment un encrier. Le buvard était indispensable pour éviter les tâches. Les vins du Postillon distribuaient aux enfants des buvards publicitaires sur lesquels étaient écrits des histoires.

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Capture d’écran 2013-07-12 à 00.49.58

Savoureuse publicité de la marque Vins du postillon en 1950. Je n’ai pas réussi à coller cette vidéo, voici le lien : http://www.culturepub.fr/videos/vin-du-postillon-pique-nique
Etaient-ce les publicitaires seuls ou bien les français dans leur ensemble qui étaient idiots ?

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–––– variations sur le thème du pinard –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Le pinard est l’un des nombreux qualificatifs argotiques qui désignent en français le vin rouge : bleu, bluchet, brutal, gingin, ginglard, ginglet, gros qui tache, jaja, pichtegorne, picrate, picton, pive, pivois ou rouquin. L’origine du mot est controversée : il a existé en 1911 à Colmar un cépage nommé pinard résultant d’un croisement de deux variétés de raisin, en patois franc-comtois  le verbe piner signifie siffler mais l’explication la plus admise lie le nom à une altération du nom pinaud, l’un des cépages de Bourgogne.
C’est durant la Guerre 14-18 que le pinard conquit sa notoriété auprès des poilus qui surnommaient le vin qui leur était servis Saint Pinard ou Père Pinard.  Le maréchal Joffre, fils d’un tonnelier de Rivesaltes, glorifiait le général Pinard qui avait soutenu le moral de ses troupes. Dans la guerre contre l’ennemi allemand, le pinard devient un symbole prouvant la supériorité de la civilisation française contre la barbarie germanique. C’est ainsi que Jean Richepin célébrait le vin français :

Le barbare au corps lourd mû par un esprit lent
Le barbare en troupeau de larves pullulant
dans l’ombre froide, leur pâture coutumière
Tandis que nous buvons, Nous, un vin de lumière
A la fois frais et chaud, transparent et vermeil.

Le salut au pinard. Dessin de R. Serrey. 1917.Le salut au pinard. Dessin de R. Serrey. 1917.

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Noms des bouteilles de vin et leur contenance :

. Le piccolo :                                            20 cl (1/4 de bouteille)
. La chopine ou le quart :                     25 cl (1/3 de bouteille)
. Le demi ou la fillette :                         37,5 cl (1/2 bouteille)
. Le pot :                                                    46 cl (2/3 de bouteille)
. La bouteille :                                         75 cl
. Le magnum :                                         1,5 L (2 bouteilles)
. La Marie-Jeanne ou
  Le double magnum :                             3 L (4 bouteilles)
. Le réhoboam :                                        4,5 L (6 bouteilles)
. Le jéroboam :                                          5 L (presque 7 bouteilles)
. Le mathusalem ou impériale :            6 L (8 bouteilles)
. Le salmanazar :                                      9 L (12 bouteilles)
. Le balthazar :                                         12 L (16 bouteilles)
. Le Nabuchodonozor :                          15 L (20 bouteilles)
. Le melchior :                                          18 L (24 bouteilles)

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Vive le Pinard

La chanson créée par Bach au 40e de ligne durant la guerre de 14-18 « Vive le Pinard » est incontournable

Le pinard c’est de la vinasse
Ca réchauffe par ousse que ça passe,
Vas y marsouin, 1, 2, remplis mon quart, 3, 4,
Vive le pinard, vive le pinard.

2. Sur les chemins de France et de Navarre,
Le soldat chante en portant son barda,

Une chanson aux paroles bizarres
Dont le refrain est « Vive le pinard ! »

3. Dans la montagne culbute la bergère
De l’ennemi renverse le rempart,
Dans la tranchée fous-toi la gueule par terre
Mais nom de Dieu ne renverse pas le pinard.

4. Aime ton pays, aime ton étendard,
Aime ton sergent, aime ton capitaine,
Aime l’adjudant même s’il a une sale gueule
Mais qu’ça t’empêche pas d’aimer le pinard.

5. Dans le désert on dit que les dromadaires
Ne boivent pas, ça c’est des racontars.
S’ils ne boivent pas c’est qu’ils n’ont que de l’eau claire,
Ils boiraient bien s’ils avaient du pinard.

6. Petit bébé, tu bois le lait de ta mère
Tu trouves ça bon, mais tu verras plus tard, petit couillon
Cette boisson te semblera amère
Quand tu auras goutté au pinard.

7. Ne bois jamais d’eau, même la plus petite dose,
Ca c’est marqué dans tous les règlements!
Les soldats disent : « Danger l’eau bue explose »
Va donc chantant sur tous les continents.

8. Si dans la brousse, un jour tu rendais l’âme
Une dernière fois, pense donc au vieux pinard!
Si un giron a remplacé ta femme,
Jamais de l’eau n’a remplacé le pinard!

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Les Fleurs du mal : l'âme du_vin_schlussvignette

Carlos Schwabe, illustration du poème l’Âme du Vin de Baudelaire dans les Fleurs du mal. Ambigüe est cette allégorie du vin avec ses traits avinés et son sourire sarcastique.

Et, pour remonter le niveau, le poème de Baudelaire, l’Âme du vin (Les Fleurs du Mal, 1857.)

L’âme du vin

BaudelaireUn soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles :
 » Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité,
Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles,
Un chant plein de lumière et de fraternité !

Je sais combien il faut, sur la colline en flamme,
De peine, de sueur et de soleil cuisant
Pour engendrer ma vie et pour me donner l’âme ;
Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant,

Car j’éprouve une joie immense quand je tombe
Dans le gosier d’un homme usé par ses travaux,
Et sa chaude poitrine est une douce tombe
Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux.

Entends-tu retentir les refrains des dimanches
Et l’espoir qui gazouille en mon sein palpitant ?
Les coudes sur la table et retroussant tes manches,
Tu me glorifieras et tu seras content ;

J’allumerai les yeux de ta femme ravie ;
A ton fils je rendrai sa force et ses couleurs
Et serai pour ce frêle athlète de la vie
L’huile qui raffermit les muscles des lutteurs.

En toi je tomberai, végétale ambroisie,
Grain précieux jeté par l’éternel Semeur,
Pour que de notre amour naisse la poésie
Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur ! « 

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Carlos Schwabe, les Fleurs du mâle,  l'âme du vin

Carlos Schwabe, les Fleurs du mâle,  l’âme du vin

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