Alep – Notre révolte, notre dégoût, notre impuissance, notre indifférence, notre hypocrisie, notre honte…

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

8ahetxc

°°°

Illustration de Zdzislaw Beksinski,
––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

« Jeunesse en deuil » – George Clausen, 1916

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

youth_mourning_is_a_return_to_his_early_style_of_painting-1-_the_painting_is_a_response_to_the_horrors_of_the_first_world_war_and_in_particular_the_death_of_clausens_own_daughters_fiance-_he_uses_

George Clausen – Youth Mourning, 1916

     Durant la Première guerre mondiale, le peintre George Clausen (1852-1944) peindra des tableaux de propagande montant une Grande-Bretagne idyllique  à l’intention des jeunes soldats. Il ne sera pas épargné par la tragédie de la guerre puisque le jeune mari de sa fille Kitty meurt au combat au cours de l’année 1915. Le tableau « Youth Mourning » peint en 1916 rappelle ce fait douloureux. Fortement influencé par le mouvement symboliste français, on y voit une jeune fille nue personnifiant la jeunesse, en position fœtale, pleurant sur le sol au pied d’une croix de bois qui domine un paysage dévasté parsemé de trous d’eau qui semblent être des cratères creusés par des obus. La couleur blafarde du corps de la jeune fille tranchent avec les tons bruns et sombres du décor et sa vulnérabilité révélée par sa nudité est renforcée par l’aspect menaçant du décor. Au loin, derrière la ligne d’horizon, la lueur d’une aurore sans promesse a une tonalité triste et figée comme si le jour hésitait à se lever.

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Regards (clairs) croisés

––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

War is Hell

00a7a2f63a6061eddc6ea54891181772.jpg     20-photos-ou-les-regards-des-personnes-sont-bouleversants-386505

soldat austro-hondrois en 1918 et soldat américain au Vietnam 1965 (cliché Horst Faas)

     Un demi siècle de distance séparent ces deux regards clairs qui ne se croiseront jamais et ne croiseront jamais le nôtre, bien qu’au moment où nous regardons cette photo,  nous croisons le leur à travers le temps et l’espace. On pourrait en déduire que la communication est par conséquent impossible et pourtant nous pouvons tenter d’imaginer quel était, aux moments où les photographes appuyaient sur le déclencheur de leur appareil photographique, l’état psychologique de ces deux hommes, l’un dont le visage exprime un abattement infini et une impuissance douloureuse et l’autre qui arbore un sourire forcé de circonstance qui ne trompe personne et dont l’inscription sur le casque  » War is Hell » résume finalement la situation dans laquelle, sans qu’ils l’aient choisi, leurs vies ont été projetées et broyées. Malgré cela et paradoxalement, on ne peut dire que la communication s’effectue dans un seul sens puisqu’au moment où la photo était prise, les deux hommes avaient conscience qu’au-delà du regard du photographe, d’ailleurs inexistant caché qu’il était par le viseur de l’appareil, d’autres personnes croiseraient plus tard leur regard, dans le temps et dans l’espace…

––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

À l’aube du XXe siècle : Rayons et ombres sur l’Europe

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Le monde d’hier de Stefan Zweig

Stefan Zweig

       «Le dix-neuvième siècle, avec son idéalisme libéral, était sincèrement convaincu qu’il se trouvait sur la route droite qui mène infailliblement au «meilleur des mondes possibles». On ne considérait qu’avec dédain les époques révolues, avec leurs guerres, leurs famines et leurs révoltes, on jugeait que l’humanité, faute d’être suffisamment éclairée, n’y avait pas atteint la majorité. Il s’en fallait de quelques décades à peine pour que tout mal et toute violence soient définitivement vaincus, et cette foi en un progrès fatal et continu avait en ce temps là toute la force d’une religion. Déjà l’on croyait en ce «Progrès» plus qu’en la Bible, et cet évangile semblait irréfutablement démontré par les merveilles sans cesse renouvelées de la science et de la technique […]
     On ne croyait pas plus à des retours de barbarie, tels que des guerres entre les peuples d’Europe, qu’on ne croyait aux spectres et aux sorciers ; nos pères étaient tout imbus de la confiance qu’ils avaient dans le pouvoir et l’efficacité infaillibles de la tolérance et de l’esprit de conciliation. Ils pensaient sincèrement que les frontières et les divergences entre nations et confessions se fondraient peu à peu dans une humanité commune et qu’ainsi la paix et la sécurité, les plus précieux des biens, seraient impartis à tous les hommes.»

Stefan Zweig,  Le monde d’hier – Mémoires d’un Européen

     Quand, entre l’été 1941, date de son retour au Brésil où il s’est réfugié et février 1942, date de sa mort, Stefan Zweig écrit son livre testament Le monde d’hier, cet hymne à la fois passionné et pathétique à la gloire de la culture européenne en perdition, il a déjà pris la décision de mettre fin à ses jours. L’effondrement dans une orgie de folie et de violence du monde cosmopolite de sa jeunesse et de sa vie d’homme qu’il avait aimé passionnément et qui lui avait apporté la reconnaissance et le succès l’a brisé : « Né en 1881 dans un grand et puissant empire […], il m’a fallu le quitter comme un criminel. Mon œuvre littéraire, dans sa langue originale, a été réduite en cendres. Étranger partout, l’Europe est perdue pour moi… J’ai été le témoin de la plus effroyable défaite de la raison […]. Cette pestilence des pestilences, le nationalisme, a empoisonné la fleur de notre culture européenne ». Même si, après les années d’errance qui avaient suivi sa fuite d’Autriche en 1934, il avait été bien accueilli au Brésil, il s’y sentait coupé de ses racines et professait une vision pessimiste de l’avenir craignant à ce stade de la guerre la victoire de l’Allemagne. L’approche de la vieillesse et la maladie de sa compagne Lotte qui souffrait de sévères crises d’asthme ajoutaient encore à son désarroi. Décidément, le monde ne valait plus la peine d’être vécu, l’écrivain décide de le quitter sur la pointe des pieds. Quelques jours après avoir envoyé le manuscrit du Monde d’hier à son éditeur, mis de l’ordre dans ses affaire et laissé un mot concernant son chien, il s’empoisonne au Véronal avec Lotte qui a décidé de le suivre. On est le 22 février 1942, onze mois plus tard, ce sera la victoire de Stalingrad qui marquera le début du recul de l’armée allemande et de la libération de l’Europe.

L'Europe, gravure d'Adriaen Collaert d'après Martin de Vos, vers 1589

Allégorie de l’Europe, gravure d’Adriaen Collaert d’après Martin de Vos, vers 1589

Le monde d’hier

     J’avais ainsi vécu les dix premières années du siècle nouveau, j’avais vu l’Inde, une partie de l’Amérique et de l’Afrique : avec une joie nouvelle, mieux informée, je me remis à tourner mes regards vers notre Europe. Jamais je n’ai aimé davantage notre vieille terre que dans ces dernières années d’avant la Première Guerre mondiale, jamais je n’ai espéré davantage l’unification de l’Europe, jamais je n’ai cru davantage en l’avenir que dans ce temps où nous pensions apercevoir une nouvelle aurore. Mais c’était déjà, en réalité, la lueur de l’incendie qui allait embraser le monde.

Exposition Universelle de Paris, 1900

Exposition Universelle de Paris, 1900

Une merveilleuse insouciance avait gagné le monde

      Il est peut-être difficile  de peindre à la génération actuelle, qui a été élevée dans les catastrophes, les écroulements et les crises, pour laquelle la guerre a été une menace permanente et une attente de presque tous les jours, l’optimisme, la confiance dans le monde qui nous animaient, nous, les jeunes, au début de ce siècle. Quarante années de paix avaient fortifié l’organisme économique des pays, la technique avait accéléré le rythme de l’existence, les découvertes  scientifiques avaient inspiré de la fierté à l’esprit de cette génération : un essor commençait, qui se faisait presque également sentir dans tous les pays de notre Europe. Les villes, d’année en année, devenaient plus belles et plus populeuses, le Berlin de 1905 ne ressemblait plus à celui que j’avais connue 1901, la résidence était devenue une grande capitale cosmopolite dépassée de beaucoup par le Berlin de 1910. Vienne, Milan, Paris, Londres, Amsterdam, partout où l’on revenait, on était étonné et comblé de joie : les rues se faisaient plus larges, plus fastueuses, les édifices publics plus imposants, les magasins étaient plus luxueux et aménagés avec plus de goût. On sentait en toute chose que la richesse s’accroissait et se répandait plus largement; nous-mêmes, les écrivains, le remarquions à nos éditions qui, dans cet espace de dix années, avaient triplé, quintuplé, décuplé; partout s’ouvraient de nouveaux théâtres, des bibliothèques, des musées; toute sorte de commodités, comme les chambres de bain et le téléphone, qui avaient été le privilège de cercles très étreint, pénétraient dans le milieux petits bourgeois, et depuis que les heures de travail avaient été diminuées, le prolétariat s’élevait de son humble condition, pour prendre part au moins aux petites joies et commodités de l’existence. Partout on allait de l’avant. Quiconque risquait, gagnait à coup sûr. Qui achetait une maison, un livre rare, un tableau, en voyait monter le prix, plus une entreprise était conçue selon un plan audacieux, plus elle était d’un bon rapport. Une merveilleuse insouciance avait ainsi gagné le monde, car enfin qui pouvait interrompre cette ascension, enrayer cet essor, qui, de son propre élan, acquérait sans cesse de nouvelles forces ? Jamais l’Europe n’avait été plus puissante, plus riche, plus belle, jamais elle n’avait cru plus intimement à un avenir encore meilleur; personne, à l’exception de quelques vieillards décrépits, ne regrettait plus, comme autrefois, le «bon vieux temps».

plage-5

Sur la plage, après 1900

Le mot d’ordre fut d’être jeune, d’être frais et de ne plus affecter des airs de dignité

     Non seulement les villes, mais les hommes eux-mêmes devenaient plus beaux et plus sains grâce au sport, à la nourriture meilleure, aux heures de travail abrégées et à la vie au grand air. L’hiver, qui avait été une saison morne, que les hommes passaient dans des auberges à jouer aux cartes d’un air chagrin ou à s’ennuyer dans les chambres surchauffées, avait été découvert sur le montagnes comme un pressoir de soleil filtré, un nectar pour le poumons, une volupté de la peau où affluait un sang léger. Et les montagnes, les lacs, la mer n’étaient plus dans un lointain inaccessible comme par le passé. la bicyclette, l’automobile, les chemins de fer électriques avaient raccourci les distances et donné au monde un sentiment nouveau de l’espace.

459319-original1-4yxtq    Le dimanche des milliers et des dizaines de milliers de touristes en maillots de sport éclatants descendaient les pentes neigeuses sur leurs skis et leurs luges, partout on construisait des palais de sports et des piscines. et c’est justement dans ces piscines qu’on pouvait observer distinctement le changement survenu; tandis qu’au temps de ma jeunesse un homme vraiment bien fait frappait au milieu de ces gros cous, de ces panses volumineuses et de ces poitrines creuses, maintenant rivalisaient entre eux dans un joyeux concours à l’antique des corps souples, brunis par le soleil, durcis par le sport. personne, sinon les plus pauvres, ne restait plus à la maison le dimanche, toute la jeunesse partait en excursion, grimpait et luttait, rompue à toute espèce d’exercice; qui avait des vacances ne les passait plus comme nos parents dans le sentirons immédiats de al ville ou, en mettant le choses au mieux, dans le pays de Salzburg, on était devenu curieux de connaître le monde pour savoir s’il était partout aussi beau ou autrement beau; tandis que naguère seuls les privilégiés avaient vu les pays étrangers, des employés de banque et de petits industriels voyageaient en Italie, en France. Les voyages étaient devenus moins onéreux et plus commodes et par-dessus-tout, c’était un nouveau courage, la nouvelle audace des hommes qui les rendaient ainsi plus hardis dans leurs pérégrinations, moins craintifs et économes dans leur manière de vivre, — bien plus, on avait honte de se montrer craintif.

Le casino de la Jetée-Promenade, d'inspiration orientale. Construit en 1884, il est démantelé par la Wehrmacht en 1944.

La Promenade des anglais à Nice et le casino de la jetée construit en 1884

     Toute la génération décidait d’être juvénile, chacun était fier d’être jeune, au contraire de ce qui se passait dans le monde des parents; tout d’abord disparurent soudain les barbe chez les cadets, puis les aînés les imitèrent pour ne pas passer pour vieux. Le mot d’ordre fut d’être jeune, d’être frais et de ne plus  affecter la dignité. Les femmes jetèrent les corsets qui avaient comprimé leurs poitrines, elles renoncèrent à leurs ombrelles et à leurs voiles, parce qu’elles ne craignaient plus l’air et le soleil, elles raccourcirent leurs robes afin de mieux mouvoir leurs jambes au tennis, elles n’eurent plus de honte de laisser voir leurs mollets bien faits. la mode se fit toujours plus naturelle, les hommes portaient des breeches, les femmes se risquaient sur des selles d’hommes, on ne se voilait plus, on ne se cachait plus des autres. Le monde n’était pas seulement plus beau, il était devenu aussi plus libre.

charles_march_gere_tennis_canvas_print_11a

The Tennis Party, 1900

ci-dessus - la mode féminine vers 1906 – ci-dessous la boutique Chanel à Deauville

ci-dessus – la mode féminine vers 1906  – ci-dessous la boutique Chanel à Deauville

Coco Chanel, Deauville in front of first Chanel store, 1913    C’était la santé, la confiance en soi de la génération qui a suivi la nôtre qui a conquis aussi cette liberté dans les mœurs. Pour la première fois on voyait des jeunes filles sans gouvernante qui faisaient des excursions avec de jeunes amis ou se livraient au sport avec eux en toute bonne camaraderie et qui ne craignait pas de se montrer; elles n’étaient plus timides et prudes, elles savaient ce qu’elles voulaient et ce qu’elles ne voulaient pas. Ayant échappé au contrôle anxieux de leurs parents, gagnant leur vie en qualité de secrétaires ou d’employées, elles se donnaient le droit d’organiser leur vie elles-mêmes. la prostitution, seule institution de l’amour autorisé dans le monde passé, reculait sensiblement grâce à cette liberté nouvelle et plus saine, toute manifestation de la pruderie passait pour démodée. Dans les bains publics la paroi de planches qui séparait inexorablement le bassin des hommes de celui des femmes était toujours plus fréquemment abattue, des femmes et des hommes n’avaient plus de honte de laisser voir comment ils étaient bâtis; au cours de ces dix années on avait reconquis plus de liberté, de spontanéité et de naturel que précédemment en cent ans.

le Blériot XI piloté par Blériot traversant la Manche en 1909 et le Zeppelin LZ10 Schwaben en 1911

« Une invention chassait la précédente », France : le Blériot XI piloté par Blériot traversant la Manche en 1909 — Allemagne :  le Zeppelin LZ10 Schwaben en 1911 

      Car il y avait un rythme nouveau dans le monde. Une année ! Que ne se passait-il pas en une année ? une invention, une découverte chassait la précédente, et chacune devenait en moins de rien un bien commun à tous, pour la première fois les nations se sentaient plus solidaires et il y allait de l’intérêt général. (…) Grâce à la fierté qu’inspiraient à chaque heure les triomphes  sans cesse renouvelés de note technique, de notre science, pour la première fois un sentiment de solidarité européenne  était en devenir. Combien absurdes, nous disions-nous, ces frontières qu’un avion se fait un jeu de survoler, combien provinciales, combien artificielles ces barrières douanières et ces garde-drontière, combien contradictoire à l’esprit de notre temps qui manifestement désire l’union et la fraternité universelle ! Cet essor du sentiment n’était pas moins merveilleux que celui des aéroplanes; je plains tous ceux qui n’ont pas vécus jeunes ces dernières années de la confiance en l’Europe. Car l’air autour de nous n’est pas mort et vide, il porte en lui la vibration et le rythme de l’heure. Il s’insinue à notre insu dans notre sang, il se propage jusqu’au fond dans notre cerveau. Durant ces dernières années, chacun de nous a aspiré en lui la force qu’il tirait de l’élan général de notre époque, et sa confiance personnelle s’est accrue de la confiance unanime. Peut-être qu’ingrats comme le sont les hommes, nous n’avons pas su alors combien puissamment, combien sûrement nous portait le flot. Mais seuls ceux qui ont vécu cette époque de confiance universelle savent que tout, depuis, n’est que décadence et obscurcissement

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Emile Boussu - La Cathédrale de Reims en flammes, 1914

Emile Boussu – La Cathédrale de Reims en flammes, 1914

    Ce qui est passionnant dans Le monde d’hier, c’est de constater l’aveuglement et l’insouciance d’une classe sociale, celle de la petite bourgeoisie de l’époque, qui dansait sur un volcan, refusant de voir la réalité en face. L‘Europe, alors en plein développement économique, était pourrie de l’intérieur par la montée des nationalismes, la méfiance entre les nations et la confrontation des ambitions. Les états se regardaient en chiens de faïence, multipliant les alliances et les trahisons. L’Allemagne, devenue un empire et énivrée par son unité récente et le succès de son développement économique à marche forcée avait hérité de l’orgueil et de l’ambition de la Prusse s’efforçait de maintenir la France dans un second rôle, tournait ses yeux vers l’Est et revendiquait une part du gâteau colonial. La France qui n’avait toujours pas digéré la perte de l’Alsace-Lorraine rêvait de revanche. L’Autriche-Hongrie lorgnait les territoires des Balkans perdus par l’empire ottoman mais trouvait sur sa route la Russie tsariste qui rêvait d’un protectorat sur le monde slave et de la conquête du détroit de Dardanelles. Les petits états nouvellement indépendants comme la Serbie, la Roumanie, le Monténégro et la Bulgarie se disputaient les restes de l’Empire ottoman faisant alliance avec l’un ou l’autre des grands états voisins. Quand à la Grande-Bretagne, comme d’habitude, elle cherchait à diviser pour régner, changeant selon les circonstances ses alliances pour empêcher un état de devenir trop puissant en Europe et en Méditerranée, ce qui aurait nui à ses intérêts. Le pire, c’est que des souverains autoritaires comme les Empereurs d’Allemagne et d’Autriche-Hongrie étaient des personnages manquant de clairvoyance et de mesure, manipulés par leurs généraux qui les poussaient à la guerre. Il ne fallait qu’un prétexte pour mettre le feu aux poudres, il sera trouvé le 28 juin 1914 avec l’attentat de Sarajevo qui coûtera la vie à l’archiduc François-Ferdinand, héritier de l’Empire austro-hongrois et son épouse. Après quatre années de guerre qui auront causés 9 millions de morts, 6 millions et demi de blessés, un déséquilibre démographique qui perdurera pendant une longue période, des dévastations considérables, des dettes colossales vis-à-vis des Etats-Unis, l’Europe sortira meurtrie et affaiblie du conflit, ayant perdu le rôle prépondérant qui avait été le sien dans le monde au profit des Etats-Unis et dans une moindre mesure du Japon. Mais surtout les conditions qui avaient prévalues pour le règlement de la guerre portent en elles l’éclosion d’une nouvelle guerre encore plus violente et dévastatrice que la première.

Dresde, la Florence de l'Elbe, en ruine en 1945

Dresde, la Florence de l’Elbe, en ruine en 1945

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

article de ce blog consacré à Stefan Zweig

  • Soif d’eau et d’amour : La femme dans le paysage de Stefan Zweig, c’est  ICI

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Notre siècle est le siècle de la peur

––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

attentasParis-750x500

    Ecouté dans l’émission de France Culture  Les nouveaux chemins de la connaissance du jeudi 26 novembre 2015, ce texte qui, bien qu’appliqué au moment de sa rédaction au XXe siècle, s’applique malheureusement parfaitement à la période dans laquelle nous vivons aujourd’hui.

°°°

      Le XVIIe siècle a été le siècle des mathématiques, le XVIIIe celui des sciences physiques, et le XIXe celui de la biologie. Notre XXe siècle est le siècle de la peur. On me dira que ce n’est pas là une science. Mais d’abord la science y est pour quelque chose, puisque ses derniers progrès théoriques l’ont amenée à se nier elle-même et puisque ses perfectionnements techniques menacent la terre entière de destruction. De plus, si la peur en elle-même ne peut être considérée comme une science, il n’y a pas de doute qu’elle soit cependant une technique.

        Ce qui frappe le plus, en effet, dans le monde où nous vivons, c’est d’abord, et en général, que la plupart des hommes (sauf les croyants de toutes espèces) sont privés d’avenir. Il n’y a pas de vie valable sans projection sur l’avenir, sans promesse de mûrissement et de progrès. Vivre contre un mur, c’est la vie des chiens. Eh bien! Les hommes de ma génération et de celle qui entre aujourd’hui dans les ateliers et les facultés ont vécu et vivent de plus en plus comme des chiens.

       Naturellement, ce n’est pas la première fois que des hommes se trouvent devant un avenir matériellement bouché. Mais ils en triomphaient ordinairement par la parole et par le cri. Ils en appelaient à d’autres valeurs, qui faisaient leur espérance. Aujourd’hui personne ne parle plus (sauf ceux qui se répètent), parce que le monde nous paraît mené par des forces aveugles et sourdes qui n’entendront pas les cris d’avertissements, ni les conseils, ni les supplications. Quelque chose en nous a été détruit par le spectacle des années que nous venons de passer. Et ce quelque chose est cette éternelle confiance de l’homme, qui lui a toujours fait croire qu’on pouvait tirer d’un autre homme des réactions humaines en lui parlant le langage de l’humanité. Nous avons vu mentir, avilir, tuer, déporter, torturer, et à chaque fois il n’était pas possible de persuader ceux qui le faisaient de ne pas le faire, parce qu’ils étaient sûrs d’eux, et parce qu’on ne persuade pas une abstraction, c’est-à-dire le représentant d’une idéologie.

        Le long dialogue des hommes vient de s’arrêter? Et, bien entendu, un homme qu’on ne peut pas persuader est un homme qui fait peur. C’est ainsi qu’à côté des gens qui ne parlaient pas parce qu’ils le jugeaient inutile, s’étalait et s’étale toujours une immense conspiration du silence, acceptée par ceux qui tremblent et qui se donnent de bonnes raisons pour se cacher à eux-mêmes ce tremblement, et suscitée par ceux qui ont intérêt à le faire. « Vous ne devez pas parler de l’épuration des artistes en Russie, parce que cela profiterait à la réaction ». « Vous devez vous taire sur le maintien de Franco par les Anglo-Saxons, parce que cela profiterait au communisme. » Je disais bien que la peur est une technique.

        Entre la peur très générale d’une guerre, que tout le monde prépare et la peur toute particulière des idéologies meurtrières, il est donc bien vrai que nous vivons dans la terreur. Nous vivons dans la terreur parce que la persuasion n’est plus possible, parce que l’homme a été livré tout entier à l’histoire et qu’il ne peut plus se tourner vers cette part de lui-même, aussi vraie que la part historique, et qu’il retrouve devant la beauté du monde et des visages; parce que nous vivons dans le monde de l’abstraction, celui des bureaux et des machines, des idées absolues et du messianisme sans nuances. Nous étouffons parmi les gens qui croient avoir absolument raison, que ce soit dans leurs machines ou dans leurs idées. Et pour tous ceux qui ne peuvent vivre que dans le dialogue et dans l’amitié des hommes, ce silence est la fin du monde.

        Pour sortir de cette terreur, il faudrait pouvoir réfléchir et agir suivant la réflexion. Mais la terreur, justement, n’est pas un climat favorable à la réflexion. Je suis d’avis, cependant, au lieu de blâmer cette peur, de la considérer comme l’un des premiers éléments de la situation, et d’essayer d’y remédier. Il n’est rien de plus important. Car cela concerne le sort d’un grand nombre d’Européens qui, rassasiés de violences et de mensonges, déçus dans leurs plus grands espoirs, répugnant à l’idée de tuer leurs semblables, fût-ce pour les convaincre, répugnent également à l’idée d’être convaincus de la même manière.

°°°

Cet article a été écrit par Albert Camus en novembre 1948 dans le journal Combat.

––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Albert Camus (1913-1960) en 1957

    Albert Camus (1913-1960), né en Algérie était un écrivain et philosophe, français. Il a aussi été journaliste militant engagé dans la Résistance française et, proche des courants libertaires, dans les combats moraux de l’après-guerre. Son œuvre développe un humanisme fondé sur la prise de conscience de l’absurde de la condition humaine mais aussi sur la révolte comme réponse à l’absurde, révolte qui conduit à l’action et donne un sens au monde et à l’existence, et « alors naît la joie étrange qui aide à vivre et mourir ». Dans le journal Combat, ses prises de position sont audacieuses, aussi bien sur la question de l’indépendance de l’Algérie que sur ses rapports avec le Parti communiste français, qu’il quittera après un court passage de deux ans. En marge des courants philosophiques, Camus n’a cessé de lutter contre toutes les idéologies et les abstractions qui détournent de l’humain. Il s’opposera à l’existentialisme et au marxisme ce qui l’amènera à se brouiller avec Sartre et d’anciens amis. Il aura incarné une des plus hautes consciences morales du xxe siècle. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1957. (Crédit Wikipedia)

°°°

––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Histoire sombre : reprendrez-vous encore un peu de cette succulente sirène ?

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Femme ou poisson ?

Curzio Malaparte (1898-1957)

     Cette scène macabre est tirée du roman de Curzio Malaparte « La Pelle » (la Peau) qui décrit de manière romancée et fantastique l’occupation en 1944 de Naples par les troupes américaines et alliées. Le chapitre VII intitulé Le Dîner le général Cork décrit un dîner organisé par le commandant américain dans un palais napolitain en l’honneur de l’épouse d’un sénateur américain influent, Mrs Flat, que Malaparte, qui fait partie des invités,  surnomme avec ironie  « générale en chef des Wacs de la Ve Armée américaine ».
    Sur le menu édité pour l’occasion, un met provoque l’étonnement de Jack, l’un des convives : « Sirène à la mayonnaise ». Dans une ville de Naples en proie à l’anarchie et à la misère où tout se vend et tout s’achète pour survivre, où les femmes vendent leur corps et les mères livrent leurs enfants à la soldatesque pour pouvoir nourrir leur famille, tout semble possible même l’inconcevable, l’horreur suprême…

Liliana-Cavani-La-Pelle-3

L’extrait

    Jack avait fait remarquer au général Cork, que dans un dîner de style Renaissance, le poisson bouilli devait être servi après la friture et non avant. En effet, sur le menu, le poisson bouilli venait après le spam et le maïs. mais ce qui troubla Jack ce fut le nom du poisson.
    « Sirène à la mayonnaise ? dit Jack.
    — Yes, a Syren… I mean… not an old lady of the sea… Of course ! répondit le général Cork un peu gêné, ce n’est pas une de ces femmes à queue de poisson… I mean… not a Syren, but a Syren… I mean… un véritable poisson, de ceux qu’à Naples on appelle Sirènes.
    — Une Sirène ? un poisson ? dit Jack.
    — A fish… un poisson, dit le général Cork en rougissant, a very good fish. Je n’en ai jamais goûté, mais on m’a dit que c’est un poisson excellent. »
     Et se tournant vers moi il me demanda si cette variété de poisson convenait à un dîner de style Renaissance.
     « A vrai dire, répondis-je, il me semble qu’elle conviendrait mieux à un dîner dans le style homérique.
    — Dans le style homérique ? dit le général Cork.
   — I mean… Yes… dans le style homérique : bien qu’une Sirène s’adapte à toutes les sauces », répondis-je, uniquement pour le tirer d’embarras. Et cependant je me demandais quel genre de poisson cela pouvait bien être.
     « Of course ! » s’écria le général Cork avec un soupir de soulagement.
    Comme tous les généraux de l’U. S. Army, le général Cork avait une sacrée peur des Sénateurs et des Clubs féminins d’Amérique. Malheureusement, Mrs Flat, arrivée en avion quelques jours plus tôt des Etats-Unis pour prendre le commandement des Wacs de la Ve armée, était la femme du fameux sénateur Flat et la présidente du Club féminin le plus aristocratique de Boston. Le général Cork en était atterré.
    (…)

     A ce moment la porte s’ouvrit, et sur le seuil, précédés par par le majordome, quatre valets en livrée apparurent apportant, sur une espèce de brancard recouvert d’un magnifique brocard rouge aux armes des ducs de Tolède, un énorme poisson couché au milieu d’un immense plateau d’argent.
     Un « oh ! » de joie et d’admiration parcourut la  table, et s’écriant : « Voici la Sirène ! » le général Cork se tourna vers Mrs Flat, et s’inclina.
     Le majordome, aidé des valets, déposa le plateau au milieu de la table, devant Mrs Flat, et recula de quelques pas.
    Tous regardèrent le poisson, et pâlirent.
   Un petit cri d’horreur s’échappa des lèvres de Mrs Flat, et le général Cork blêmit.

La pelle de Liliana Cavani

     Une petite fille, quelque chose qui ressemblait à une petite fille, était étendue sur le dos au milieu du plateau, sur un lit de feuilles de laitue, dans une grande guirlande de branches de corail. Elle avait les yeux ouverts, les lèvres demi-closes : et contemplait d’un regard étonné le Triomphe de Vénus peint au plafond par Luca Giordano. Elle était nue : mais sa peau brune, luisante, du même violet que la robe de Mrs Flat, modelait exactement comme une robe ses formes encore hésitantes et déjà harmonieuses, la ligne souple de ses hanches, la légère éminence de son ventre, ses petites seins virginaux, ses épaules larges et pleines.
     Elle ne devait pas avoir plus de huit ou dix ans, bien qu’à première vue, tant qu’elle était précoce et ses formes déjà féminines, elle parût en avoir quinze. Déchirée çà et là, ou élimée par la cuisson, surtout sur les épaules et sur les hanches, la peau laissait entrevoir à travers les cassures et le fêlures la chair tendre, tantôt argentée, tantôt dorée, si bien qu’elle semblait vêtue de violet et de jaune, tout à fait comme Mrs Flat.
     Et tout comme celui de Mrs Flat, son visage (que l’eau bouillante avait fait éclater comme un fruit trop mûr hors de son écorce) était semblable à un masque brillant de porcelaine ancienne. elle avait, comme Mrs Flat, les lèvres aillantes, le front étroit et haut, les yeux ronds et verts. Ses bras étaient courts, des espèces de nageoires se terminant en pointe, en forme de main sans doigts. Une mèche de soies, presque des cheveux, ornait le sommet de sa tête, tombant le long du petit visgae, tout ramassé et comme recroquevillé, dans une espèce de grimace pareille à un sourire, autour de la bouche. Les hanches, longues et fines, se terminaient comme dit Ovide, in picem, en queue de poisson.
     la petite fille gisait dans son cercueil d’argent, et semblait dormir. Mais par suite d’un oubli impardonnable du cuisinier, elle dormait comme dorment les morts auxquels personne n’a eu le soin pieux de fermer les paupières, elle dormait les yeux ouverts. Elle contemplait les Tritons de Luca Giordano soufflant dans leurs conques marines, les dauphins, attelés au char de Vénus, galopant sur les ondes. vénus toute nue assise dans son char d’or, au milieu du cortège blanc et rose de ses Nymphes, et Neptune, debout dans sa coquille, brandissant son trident, emporté par al fougue de ses chevaux blancs, encore altérés du sang innocent d’Hippolyte. Elle contemplait le Triomphe de Vénus peint au plafond, cette mer bleue, ces poissons argentés, ces verts monstres marins, ces blancs nuages errant au fond de l’horizon : cette mer, c’était sa patrie perdue, le pays de ses rêves, le royaume heureux des Sirènes.

Liliana-Cavani-La-Pelle

     C’était la première fois que je voyais une petite fille cuite, une petite fille bouillie : et je me taisais, étreint par une terreur sacrée. tous les convives étaient pâles d’horreur.
     Le général Cork regarda ses hôtes, et d’une voix tremblante s’écria :
    « Mais ce n’est pas un poisson !… C’est une petite fille !
    — Non, dis-je, c’est un poisson.
    — Êtes-vous sûr que c’est un poisson, un vrai poisson ? » me demanda le général Cork en passant sa main sur son front baigné d’une sueur froide.
     « C’est un poisson, dis-je, c’est la fameuse Sirène de l’Aquarium. »

* les photos sont tirées du film de Liliana Cavani  » La Pelle  » sorti en 1981
* Pour visualiser la scène  du film de Liliana Cavani sur VIMEO : c’est   ICI

°°°

Face de raie

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Brothers in Arms du groupe Dire Straits par Mark Knopfer (1985)

––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Mark Knopfer interprétant Brothers in Arms à Berlin en 2007

°°°

Mark Knopfler 2006

Mark Knopfler 2006

    » Brothers in Arms  » est une chanson du groupe de rock Dire Straits, composée par Mark Knopfler et apparaissant comme la piste de clôture de l’album du même nom paru en 1985. Brothers in Arms est assez différent des autres morceaux du groupe, plus calme et planant. Il a été réédité en 2007 dans une édition spéciale pour commémorer le 25e anniversaire de la guerre des Malouines. Il existe deux versions de studio de cette chanson enregistrée : la version de l’album qui est de 6 h 55 minutes et une version plus courte qui est de 6 h 05 minutes et dispose solos plus courts au début et à la fin de la chanson. La version qui apparaît sur ​​greatest hits album de Dire Straits, The Very Best of Dire Straits , est de 04 h 55 minutes. La version présenté sur l’album live dans la nuit contient un supplément de guitare pedal steel solo et est de 08 h 55. La pleine longueur, version album studio (06 h 55 minutes) a également été inclus sur la compilation 2005 The Best of Dire Straits et Mark Knopfler et Private Investigations .

 

Brothers in Arms

These mist covered mountains                     Ces montagnes couvertes de brouillard
Are a home now for me                                 Sont maintenant un foyer pour moi
But my home is the lowlands                        Mais ma patrie est dans les Basses Terres
And always will be                                          Et Toujours le sera

Some day youll return to                               Un jour vos retrouverez
Your valleys and your farms                         Vos  vallées et vos fermes
And youll no longer burn                              Et vous n’aurez plus à détruire et brûler
To be brothers in arms                                   avec vos frères d’armes


Through these fields of destruction            Dans les champs de destruction
Baptisms of the fire                                        Et les baptèmes du feu
I’ve witnessed all your suffering                  j’ai été témoin de vos souffrances
As the battles raged higher                           comme les combats qui faisaient rage

And though they did hurt me so bad          et bien qu’ils nous ont fait si mal
In the fear and alarm                                     dans l’angoisse et l’alarme
You did not desert me                                     vous ne m’avez pas abandonné 
My brothers in arms                                      mes frères d’armes


Theres so many different worlds                 Il y a tant de mondes différents
So many different suns                                  Tant de soleils différents 
And we have just one world                         Et nous n’avons qu’un seul Terre
But we live in different ones                         Et pourtant nous vivons dans des mondes si différents.


Now the suns gone to hell                             Maintenant les soleils sont partis en enfer
Moon riding high                                            et la Lune chevauche très haut
Let me bid you farewell                                 Laissez-moi vous dire adieu
Every man has to die                                     Chaque homme doit mourir

But its written in the starlight                      mais c’est écrit dans les étoiles
And every line on your palm                        et sur calque ligne de votre main
Were fools to make war                                Nous sommes fous de faire la guerre
On our brothers in arms                                à nos frères d’armes

 Mark Knopfler

°°°

Joan Baez interprétant Brothers in Arms en 1988

°°°

––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––