Rénovation de la Casa Falk à Stromboli – LGB architetti

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la casa Falk dans l’île Stromboli

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La casa Falk après sa rénovation par le cabinet LGB architetti

Sotto al volcan – Casa Falk à Stromboli

    La casa Falk dans le quartier de Piscità à Stromboli, près du secteur du « Sciara del Fuoco » est la maison qui avait servi de décor pour le logis dans lequel habitait Karin (Ingrid Bergman) et le pêcheur italien qu’elle venait d’épouser, Antonio (Vitale) dans le film de Roberto Rossellini, Stromboli terra di Dio. Cette maison située sur les premières pentes du Stromboli (Sciara del Fuoco veut dire l’allée de Feu), admirablement placée face à la mer, juste au-dessus de la grotta d’Eolo, mais en très mauvais état avait été mise en vente par son propriétaire peu après le tournage du film.

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L’état de la maison en 1949, au moment du tournage du film. Au premier plan, Ingrid Beregman et Vitale

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Hans Falk (1918-2002)

     La maison a été dans un premier temps acquise, dans les années soixante, par le peintre et graphiste suisse Hans Falk qui l’a rénové de manière drastique en respectant toutefois les caractéristiques de l’architecture des maisons Éolliennes. Je n’ai malheureusement pas pu trouver de documents relatifs à cette première rénovation. Le peintre y a vécu  jusqu’en 1968 créant des œuvres abstraites inspirées des de l’île. Il utilisait comme matière première pour ses toiles et ses collages des matériaux trouvés dans l’ile : sable, chaux,  lambeaux de sacs de ciment et le roseau utilisés par les artisans locaux. La lave à la teinte anthracite, la craie et la chaux immaculées, les tiges des canisses lui inspiraient des images abstraites et de secoueurs inédites.  En 1968 il déménage à Londres où il se réconcilie avec l’expression figurative, puis gagne en 1973, New York, c’est dans ces deux villes qu’il atteindra une consécration internationale. En 1977-1978, l’artiste accompagne durant trois mois la tournée du cirque Knie et réalise plus de 1.000 dessins sur le thème du cirque. Après un court retour en Suisse et une période de voyage à l’étranger, Hans Falk retourne en 1987 dans sa chère casa de Stromboli où il continuera de peindre avec passion jusqu’à sa mort survenue en 2002.

Hans Falk - Stromboli, 1961

Hans Falk – Stromboli, 1975

    Dans cette oeuvre, censée être « non figurative », peut-on se permettre de discerner la masse blanche d’une façade se détachant du fond noir de la lave avec l’amorce d’un chemin tortueux se dirigeant vers la mer ? Mais le propre de toute œuvre d’art non figurative n’est-il pas  de permettre au spectateur de laisser son imagination se projeter dans toutes les directions et d’inventer lui-même le sujet de l’œuvre…

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Sotto al volcan : le projet de rénovation de la Casa Falk par le cabinet LGB architetti

      Cinq années après la mort de Hans Falk, en 2007, la maison est acquise par son propriétaire actuel, un collectionneur d’art et de meubles qui confie le projet de rénovation complète à l’architecte Giorgi Luciano du cabinet LGB architetti. Voilà comment l’architecte présente les principes qui ont conduit à la l’étude et la réalisation de son projet.

Giorgi Luciano (né en 1966)

Giorgi Luciano

     Nous avons choisi de mener une approche basée sur un processus de minimalisation et de simplification en cherchant à affirmer le caractère presque métaphysique de l’architecture induit par ses volumes géométriques abstraits aux ouvertures sculpturales et ses volumes éblouissants créés par ce blanc mystique qui compte comme du marbre gesso dans la lumière du jour.
   Le jardin de la propriété est entouré par les murs des maisons voisines, presque comme dans une « casbah », mais en même temps il offre une ouverture vers les deux éléments essentiels de l’île, la mer et la volcan. À l’intérieur des murs de la propriété, le rôle donné à l’espace ouvert est fondamental : après être entré dans la propriété par l’entrée principale, l’un des jeux du jardin méditerranéen qui agit comme un filtre entre l’extérieur et l’intérieur est de vous conduire par un défilé de terrasses, de patios et de sentiers pavés de pierres de lave sur les différents niveaux qui jalonne la liaison entre les différents bâtiments et la mer.
      La connexion au premier étage des maisons n’est possible qu’en utilisant les escaliers extérieurs d’origine, que nous avons décidé de maintenir. Notre choix des matériaux, inspiré par la situation antérieure, est radical. L’idée, qui a été immédiatement approuvée entre le propriétaire et moi-même, a été d’utiliser des matériaux fabriqués en Italie, d’origine locale, dont la pierre de lave provenant de la zone de l’Etna, du bois de châtaignier trouvé dans les forêts de Sicile et le « statuario », le marbre tiré des célèbres grottes de Carrare qui nous rattache à la célèbre tradition de la sculpture italienne ainsi que l’utilisation de bronze pour les fenêtres et les portes, qui ont été réalisées près de Venise, là où la vieille tradition de Carlo Scarpa reste un « must » de l’architecture contemporaine.
        La même pierre de lave des terrasses et chemins est également utilisée à l’intérieur des étages pour le revêtement de sol afin de le faire ressembler à une grande plate-forme grise qui permettra de souligner dans le même temps la connexion entre l’intérieur et l’extérieur. Sur les premiers étages le marbre « statuario » est également utilisé pour s’harmoniser avec les murs blancs afin de créer une sorte de boîte où lumineuse de clarté. Portes et fenêtres sont presque invisibles pour le spectateur en raison de la manière dont nous avons joué avec les murs, et étant en bronze, leur face extérieure s’oxydera naturellement.
     Dans les chambres, le mobilier fixe a été conçu par moi-même, et réalisé principalement à base de bois de châtaignier, d’aspect très neutre, ce qui permet au propriétaire de jouer avec une sélection raffinée d’objets anciens ou en édition limitée, de meubles et d’œuvres d’art.
     les premiers étages sont dédiés aux suites privées qui comprennent chacune une chambre et une salle de bains, avec terrasse privée et une vue imprenable sur la mer et le volcan. L’une suite possède une cheminée rugueuse extravagante faite de béton et pierre de lave, conçue à l’origine dans les années soixante-dix par le propriétaire précédent Hans Falk, et dont la forme rappelle le cou d’une girafe.
    Le rez-de-chaussée des quatre bâtiments sont principalement conçu comme de grands espaces communs : la cuisine à côté de la salle à manger, un studio-bibliothèque avec une cheminée, un salon avec un spa avec bain de vapeur et une grande salle de séjour, avec en face, d’un côté la mer et de l’autre côté, un patio verdoyant que nous réalisé en démolissant une partie du bâtiment, une décision assez radicale pour souligner l’objectif principal du projet : le luxe et la nature est quelque chose qui ne peut pas aller dehors.

Traduction modifiée par Enki

 

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     La représentation de la  casa Falk rénovée par le cabinet LGB Architteti a été magnifiée par  le photographe Tommaso Sartori, qui est l’auteur de la plupart des photos de la villa présentées ici, et qui a réussi à présenter l’architecture de la villa « en situation » avec les éléments naturels constitutifs du site, volcan, rochers, nuages, aménagements extérieurs.

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Vues de l’extérieur : environnement & façades

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Vues intérieurs : volumes, aménagement et décoration

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Tentative d’analyse de l’idéologie inductrice des choix architecturaux.

     Le modèle ayant conditionné les choix choix fonctionnels, architecturaux et décoratifs des architectes est le modèle de la maison rurale type des îles Éoliennes forgé au cours des siècles passés et qui a connu son apogée et son aboutissement fin XVIIIe-début XIXe siècle lors de l’amélioration des conditions de vie liées au développement du commerce entre les îles et leur environnement géographique. C’est à cette époque que les éléments fondamentaux constitutifs de cette architecture comme la terrasse recouverte d’une pergola rustique, la bagghiu, et les frontons des façades se sont sophistiqués par l’adjonction d’éléments architecturaux complémentaires à la fois fonctionnels et décoratifs comme les bisoli, ces bancs faïencés entre piliers et les frontons à volutes surmontés de pinacles. Ce qui est surprenant, c’est que ces évolutions se sont effectuées sur l’ensemble des îles de manière unitaire en référence à des modèles types acceptés et reconduits par tous. On est surpris aujourd’hui de voir, sur l’ensemble des îles, les propriétaires, anciens ou nouveaux, respecter le plus souvent ces modèles pour la rénovation de leurs maisons tout en faisant preuve d’imagination et d’une grande liberté de choix pour la réalisation et la mise en place de ces éléments constitutifs de leur architecture notamment dans le traitement des détails et des couleurs) et du mobilier qui l’accompagne. 

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Pot-pourri des aménagements contemporains de la maison éolienne : la réutilisation systématique des éléments constitutifs de l’architecture traditionnelle n’empêche pas la fantaisie et la liberté de ton.

Ainsi, on peut distinguer trois phases dans l’évolution de la maison éolienne :

  • la phase de définition et de fixation du modèle architectural de base que l’on qualifiera de primitif correspondant à la période d’activités économiques spécifiquement rurale et halieutique qui a précédée le XIXe siècle et où sont fixés les canons des techniques et de l’art de la construction. Cette période est une période de grande pauvreté, où l’économie de moyens est recherchée dans l’utilisation des techniques et des matériaux et la part des éléments décoratifs est réduite au minimum. On est en présence d’une architecture minimaliste où l’ensemble des éléments constitutifs qui feront l’originalité de l’architecture éolienne sont présent mais de manière frustre, sans aucunes fioritures. Ce qui compte alors, pour les habitants, c’est la satisfaction des besoins suscités par la vie domestique et le travail agricole, au moindre coût en matière d’investissement et de temps passé. Les deux gravures présentées ci-après expriment bien cet aspect des choses : la terrasse couverte qui prolonge à l’extérieur le volume intérieur, le bagghiu, est réalisé de manière rustique avec une grande économie de moyen. les sièges aménagés entre les piliers de pierre support de la pergola,, les panerà, ne sont que blocs de pierre ou des murets bas mal dégrossis. Son sol est graveleux et encombré des objets nécessaires à l’exploitation agricole. On ne retrouve aucun des éléments décoratifs qui flatteront l’œil et amélioreront l’habitabilité et le confort de vie.

Casa a Serra

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  • la seconde phase est celle qui à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle correspond à l’amélioration des conditions de vie par le développement du commerce et la multiplication des échanges matériels et humains avec le continent et la Sicile. Les îles s’ouvrent au monde et le monde découvre cette poignée d’îles singulières et pittoresques. Une certaine aisance apparaît chez certaines familles qui vont alors chercher, à l’échelle des moyens limités que peuvent offrir les îles,  à imiter le modèle aristocratique et bourgeois. C’est de cette époque que datent les traitements sophistiqués des « bisoli« , ces sièges de pierres placés entre les « pannerà » dont la liaison avec ces derniers sera réalisé en forme de courbe d’adossement et qui seront revêtus de carreaux de céramiques. C’est également à cette époque qu’apparaîssent le traitement en « dentelle » du sommet des murs de façade et l’apparition à leurs angles, de pinacles et de clochetons décoratifs et le revêtement systématique des murs de pierres des façades par un enduit blanc immaculé ou teinté de couleurs vives. Des pièces ou espaces nouveaux sont aménagées comme la salle de bain et la cuisine en remplacement du coin réservé au cufularu (nom de lancine foyer).

Bagghiu, Pulera et Bisoli

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maison à Stromboli, 1999 – photographie Dominique Bollinger

    On peut considérer que la phase actuelle de rénovation de l’habitat existant et de développement des constructions nouvelles n’est que le prolongement de cette phase d’évolution expansive et de complexification du modèle architectural primitif pour le faire répondre, sur les plans pratique et idéologique, au modèle bourgeois qui n’est lui-même qu’un avatar appauvri de l’architecture aristocratique. 

  • Une troisième phase d’importance beaucoup plus restreinte est celle apparue à la fin du XXe siècle qui correspond à une démarche intellectuelle et artistique que l’on qualifierait d’élitiste visant à revenir à la simplicité formelle du modèle primitif en épurant les formes et éliminant le superflu. C’est par l’exaltation de la pureté et de l’austérité du modèle primitif qu’on va sublimer l’architecture et lui conférer un caractère presque sacré.

     L’architecte Giorgi Luciano, dans sa notice explicative de la démarche employée pour concevoir son projet, insiste sur cette recherche du minimalisme et de la « simplification » et utilise un vocabulaire mystique  : il est question notamment de « caractère presque métaphysique de l’architecture induit par ses volumes géométriques abstraits aux ouvertures sculpturales », de « volumes éblouissants créés par ce blanc mystique ». Très peu de meubles, de couleurs et de parements faïencés dans cette architecture qui, s’ils étaient employés risqueraient de rivaliser avec l’essence même de la forme et l’amoindrir, car ce qui compte vraiment dans cette architecture, c’est moins la forme elle-même que l’idée que l’on s’en fait et que l’on veut exprimer et magnifier. Comme l’écrit l’architecte, il s’agit de créer les conditions d’une atmosphère mystique propice à l’adoration de la forme ramenée à son état le plus pur.

 Déesse Artémis, vers 520 av. JC aux couleurs reconstituées     À l’instar des esthètes qui préfère la statuaire grecque ramenée à sa matière brute après que l’usure du temps l’ait débarrassé de son habillage polychrome à la statuaire multicolore authentique d’origine, les zélateurs de cette démarche veulent élever la « machine à habiter » , comme l’avait qualifié Le Corbusier, jusque là vivante et évolutive qu’était la maison éolienne à une œuvre d’art figée, certes productrice de sens, mais d’un sens artificiel très éloigné du sens pratique qui était jusque là prosaïquement attaché à une maison d’habitation. Le nouveau propriétaire de la casa Falk rénovée par le cabinet LGB architetti est un collectionneurs d’art et de meubles anciens qui ne pouvait apparemment considérer son lieu d’habitation que comme étant lui-même une œuvre d’art à exposer et à contempler.

     Si l’enveloppe architecturale de la maison doit rappeler jusqu’à l’excès le modèle rural primitif, il n’en est pas de même des revêtements intérieurs tel le carrelage qui n’est pas constitué de pierres de laves issues du volcan tout proche mais de marbre de Carrare plus à même de susciter l’ambiance « métaphysique » et « mystique » recherchée. De même les menuiseries ont été réalisées en bronze façon ancienne et le mobilier comporte des meubles anciens uniques ou de création contemporaine mais à production restreinte. Paradoxalement et en rupture avec l’idée initiale de minimalisme et de simplification, l’affirmation, dans le choix des objets d’accompagnement d’un luxe exacerbé poussé à l’extrême apparait comme l’un des moyens d’atteindre l’Unique et la Perfection. On en n’est pas à une contradiction près…

    Le problème se pose de savoir si au delà de la satisfaction de son égo, aussi démesuré soit-il, il est possible de vivre confortablement, de manière naturelle et sereine, dans une œuvre d’art…

Enki sigle°

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février 2016

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Home, sweet home : maison de ville « Eel Nest » à Los Angeles, CA, USA – Anonymous Architects, Simon Storey

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la maison « Eel Nest » à Echo Park Los Angeles, CA, USA

Données

  • Maître d’œuvre : Anonymous Architectes – Simon Storey
  • charge de projet : Ben Warwas
  • localisation : Echo Park, Los Angeles, CA, USA
  • Surface de plancher : 960 pieds carrés (environ 89 m²)
  • Surface du terrain: 780 pieds carrés (environ 72 m²)
  • Chambres : 2 – Salle de bain : 1
  • Fin des travaux : mars 2011
  • Entrepreneur : Armex construction, Los Angeles
  • photographies : Steve King et Elisabeth Daniels

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maison de ville à Los Angeles, CA, USA – Anonymous Architects, Simon Storey - photo Elisabeth Daniels

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la maison « Eel Nest » dans son quartier

Présentation

   Cette maison aurait pu être édifiée au Japon : on retrouve en effet dans ce projet les caractéristiques habituelles des maisons contemporaines japonaises : simplicité formelle, pragmatisme dans les solutions techniques adoptées pour résoudre les problème posés par le site et le programme. Le nom de la maison « Eel Nest », (nid d’anguilles) est d’ailleurs le nom donné au japon aux parcelles résiduelles d’à peine cinq mètres de largeur que l’on trouve en ville et dont l’étroitesse rend la construction difficile. C’est ainsi que la maison conçue l’agence d’architecture Anonymous Architectes a une largeur de seulement 4,5 m.
   Le quartier de Echo Park est un quartier résidentiel situé au nord de la ville bâti sur un site vallonné. L’architecture y est disparate avec une majorité de constructions avec toitures en pente dont beaucoup font référence au style hispanique. Le terrain était primitivement occupé par une petite bâtisse construite en 1929 qui a été démolie à l’exception des murs du sous-sol qui ont été intégrés à la nouvelle structure.
    Pour répondre au programme de surface fixé sur un terrain aussi étroit les architectes ont développé la maison sur trois étages et pour économiser l’espace ont supprimé les couloirs à l’intérieur du bâtiment.

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       L’entrée s’effectue au rez-de-chaussée par le volume semi-enterré conservé de l’ancienne maison dans lequel ont été aménagés un petit vestibule et un garage. Du vestibule un escalier permet l’accès au niveau 1 qui abrite l’espace séjour et la cuisine ouverte qui s’ouvrent par de grandes baies vitrées sur l’espace de la rue et sur le jardin. L’escalier a été traité en claire-voie pour ne pas réduire visuellement l’espace du séjour. Le niveau supérieur est celui des chambres (au nombre de deux) et de l’unique salle de bains. L’escalier continue sa course vers la toiture terrasse aménagée en solarium. Les grandes baies vitrées des façades et la limitation des surfaces de cloisonnement permettent à la lumière d’entrer à profusion et offrent des vues variées sur la ville.
   Parce que la maison est construite en limites de propriété, le code de l’urbanisme exigeait que ses façades soient classées coupe-feu. Pour résoudre ce problème, les architectes ont revêtu la maison d’un enduit ciment pour améliorer la résistance au feu.

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L’entrée de la maison et l’escalier d’accès au premier étage

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niveau 1 : l’espace séjour et la cuisine ouverte

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niveau 1 : l’espace séjour avec sa grande baie vitrée et l’escalier à claire-voie

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niveau 2 : la chambre côté jardin et la salle de bains

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niveau 3 : la toiture terrasse aménagée et son escalier d’accès. De la terrasse, on domine Los Angeles et la vue porte jusqu’au montagnes de San Gabriel et jusqu’au signe mythique d’Hollywood. 

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Home, sweet home au Japon : vivre à l’abri d’une cascade – architecte Hiroshi Nakamura (2012).

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Non ! M. Le Corbusier, la maison ne pouvait se réduire à n’être qu’une simple « machine à habiter », elle doit aussi être une porte ouverte sur le rêve….

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Optical Glass House à Hiroshima, architectes : Hiroshi Nakamura & NAP

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Hiroshi Nakamura : né à Tokyo, 1974.  Etudes d’architecture au Département d’architecture, diplômé de l’Université de Meiji en 1999. Hiroshi Nakamura a travaillé de 1999 à 2002 en tant qu’ingénieur en chef pour le célèbre architecte japonais Kengo Kuma & Associates En 2012 sa réalisation « Optical Glass House » a obtenu un prix pour l’architecture émergente. 
Prix et récompenses : Grand Prix, JCD Design Award 2006 / Grand Prix, GOOD DESIGN AWARD 2008 / attribution Shinkenchiku 2010 / Conception Vanguard 2010. Hiroshi Nakamura est classé au ARCHITECTURAL RECORD TOP parmi les 10 architectes qui comptent dans le monde (Etats-Unis).

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Information sur le projet

Nom du projet: « Optical Glass House »
fonction : maison d’habitation
conception : Hiroshi Nakamura & co sieste, ltd.
conception de structures : Moribe yasushi
structure : structure en béton armé
façades : verrez et briques de verre
toiture : traitée en terrasse
entrepreneur : société Imai
emplacement: naka-ku, Hiroshima-shi, Hiroshima, Japon
surface du terrain : 243.73 m2
superficie totale de plancher: 363.51 m2
année d’achèvement : mars 2012
crédit photographique : Koji Fujii, Nacasa & Partners.

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A_Modern_Journey_to_the_West6    L’un des contes les plus fameux de la littérature chinoise classique, Le Voyage vers l’Ouest raconte les aventures de Sun Wukong (Son Gokû en japonais) surnommé le Roi des Singes, un singe de nature espiègle né d’un rocher et doué de pouvoirs magiques. Le premier de ses exploits le montre, alors qu’il vient à peine de naître, faire franchir à une troupe de singes une cascade derrière laquelle se trouve une grotte, Huaguoshan Dongtianla Caverne Céleste du Mont des Fleurs et des Fruits dont il fera son royaume et dans laquelle il vivra un moment avec sa tribu. L’un des plus grands illustrateurs japonais, Tsukioka Yoshitoshi a réalisé une série d’estampes mettant en scène les aventures du célèbre singe et l’une d’entre elles le montre en train de traverser la cascade.

    La traversée de la cascade qui cache l’entrée d’une caverne enfermant un trésor fabuleux ou permettant à des héros de se soustraire à la traque de poursuivants est un classique de de l’imaginaire tintin_falls_6859populaire et de la littérature enfantine et nous avons tous rêvé, enfants, qu’après avoir franchi la cascade, comme le font Tintin, le capitaine Haddock et le petit indien Zorrino dans le Temple du soleil, nous retrouver dans un autre monde, un monde fabuleux, comme si nous avions traversé le miroir…

    Voici à titre d’exemple l’extrait d’un dialogue tiré d’un scénario de science-fiction dans lequel deux personnages accèdent à une caverne merveilleuse en franchissant une cascade :

Jack et Tosh entreprirent de faire le tour du lac. Le projet se révéla ambitieux car la végétation était encore plus dense. Il leur fallait par moment entrer dans l’eau le long de la berge pour pouvoir passer. Jack ne lâchait pas la main de Tosh. Elle eut rapidement l’air épuisé. Il la trouvait courageuse, car elle ne se plaignait jamais. Finalement, ils arrivèrent à la hauteur de la cascade.
– Tu sais Jack, j’espère qu’il y a quelque chose derrière, car je ne me sens pas capable de  retourner de suite où nous étions!
– Viens! Approchons-nous! lui dit-il d’un grand sourire charmeur destiné à lui redonner du courage.
Il se faufila le premier derrière les trombes d’eau, tout en se tenant aux rochers afin de ne pas se faire entraîner par quelques violentes giclées. Une fois de l’autre côté, il tendit la main à Tosh qui la saisit avec force. Jack la tira vers lui et la récupéra de l’autre côté.
Tous deux se retournèrent dans un même élan et constatèrent avec stupéfaction la beauté du lieu dans lequel ils se trouvaient.
Une immense caverne se dévoilait devant leurs yeux. Un grand lac se trouvait aussi de ce côté de la cascade. Ils s’approchèrent de l’eau et constatèrent que de la vapeur s’en échappait. Jack approcha sa main de la surface avec précaution afin d’évaluer le degré de température de l’eau. La vapeur étant loin d’être brûlante, il finit par plonger la main.
– Whaou! La température idéale! Bonjour la baignoire! s’exclama Jack.
Tosh, surprise fit de même.
– Un lac chauffé par la roche magmatique profonde! déduisit Tosh.
Alors qu’ils se redressaient, ils réalisèrent que la seule ouverture visible était celle par laquelle ils s’étaient faufilés et qui était en partie masquée par le rideau d’eau.
Pourtant, l’intérieur de la caverne était suffisamment clair. En fait, elle était baignée par une lumière douce et verte. Ce lieu était vraiment aussi beau qu’à l’extérieur! Quelle planète paradisiaque!
– Regarde les parois Jack! On dirait qu’elles sont recouvertes d’une substance fluorescente!
– Il semblerait que ce soit des algues microscopiques! On dirait qu’avec le temps, elles ont colonisé presque toutes les parois de la caverne, répondit Jack en jetant un regard circulaire.

   Ces images rêvées que la plupart d’entre nous n’ont fait qu’imaginer, elles existent dans la nature et quelques privilégiés ont pu les contempler.

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Les archétypes mêlés de la cascade et de la grotte
     Dans ce cas particulier nous nous trouvons en présence d’un double archétype, celui des eaux courantes et violentes et celui de la caverne. Les eaux violentes que Bachelard a analysé de manière remarquable dans L’eau et les rêves expriment à la fois les thèmes héraclitéens du mouvement qui anime toutes choses, de la fuite de la vie et du temps et la colère que manifeste parfois les éléments naturels et il est vrai qu’une cascade inquiète; le mouvement furieux et désordonné des eaux qui dévalent les pentes et se ruent bruyamment vers l’abîme est pour nous l’expression d’une folie destructrice qui pourrait nous emporter. Le flux de la cascade est vertical et pressé ; lorsque Héraclite compare le mouvement naturel du monde au flux régulier d’un fleuve : « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve », ce flux est lent au point que l’on s’en rend à peine compte, ce qui nous permet de ne pas trop nous inquiéter du temps qui passe. Notre sérénité est encore renforcée par le fait que le flux du fleuve se développe sur un plan horizontal qui est celui de la terre où nous vivons, un monde familier et rassurant. Le flux des eaux de la cascade est lui, vertical et rapide, il provient du ciel et se rue vers les profondeurs de la Terre; véritable Axis Mundi, au sens où l’entend Mircea Elliade, il nous met en relation avec les puissances cosmiques supérieures. Les cieux, même pour les esprits matérialistes que nous sommes devenus, sont encore inconsciemment le lieu qui abritent les forces supérieures qui dirigent ou exercent une influence sur nos vies, que ces puissances soient des divinités ou simplement des astres. Les profondeurs de la Terre vers lesquelles se ruent les eaux de la cascade et parfois même s’y engouffrent et disparaissent sont le domaine des puissances négatives et infernales et le séjour des morts. Nul doute que les eaux de la cascade après un long périple dans le monde souterrain finissent par rejoindre le Styx, le fleuve que Caron fait traverser aux défunts sur sa barque pour les conduire au Royaume des Morts. La cascade inquiète par le monde sacré qu’elle révèle et de là vient sans doute le sentiment de vertige que l’on éprouve lorsque l’on s’en approche. En même temps la cascade, par ses eaux claires, bouillonnantes et écumantes venues du ciel est purificatrice et c’est effectivement l’une des fonctions qu’elle assume dans les cultures chinoise et japonaise.
    La grotte, elle, premier abri de l’homme, est le refuge, elle symbolise le sein maternel, la matrice où nous avons vécu un temps en toute sécurité dans notre état fœtal et pour lequel nous éprouvons une nostalgie. Y retourner nous est interdit parce ce désir exprime un refus ou une incapacité d’assumer notre condition d’adulte et est le signe d’une régression. Franchir la cascade est une épreuve ou une initiation, c’est le signe d’une transgression ou d’un passage au même titre que l’immersion par le baptême est le signe d’un changement fondamental, d’une métamorphose. A l’intérieur de la grotte nous sommes en sécurité, le monde extérieur est là, à portée de main, mais nous nous ne le percevons que de manière déformée à la manière des ombres projetées des prisonniers de la caverne de Platon qui apparaissaient déformées sur les parois et donnaient une fausse idée de la réalité. Nous sommes dans un « entre-deux », un « autre monde » situé en dehors de l’espace et du temps et nous sommes exclu de la réalité. Mais il faudra bien qu’à un moment, comme l’a fait l’un des prisonniers de la caverne, nous nous décidions de fuir et pour cela traverser de nouveau la cascade, cette fois dans le sens inverse, et rejoindre le monde réel…

la symbolique de la cascade dans la peinture chinoise, coréenne et japonaise
   La cascade est l’un des thèmes essentiel de la peinture chinoise et ceci très tôt dés le VIIe siècle avec la dynastie des Tang. Dans le couple fondamental qui fonde le paysage formé par la montagne et l’eau, la cascade s’oppose au rocher, comme le yin et le yang. Son mouvement descendant équilibre le mouvement ascendant de la montagne et la dynamique de son flux équilibre l’immobilité et la passivité du rocher. La cascade apparaît comme le mouvement élémentaire, indompté, des « courants de forces » qui animent l’univers et qu’il convient de canaliser et de domestiquer en vue d’un profit spirituel. Certaines légendes originaires de Chine lient les carpes Koi, les cascades et les dragons. C’est en réussissant à franchir les rapides et les cascades dans les lieux appelés « les Portes du Dragon » que les carpes Koi se métamorphosent en dragons d’eau et deviennent ainsi les symboles de lutte, de courage et d’aspiration à atteindre des objectifs élevés. 

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Les rites shintoïstes de purification au Japon
  Le shintô ou « voie des Kami » (voie des dieux) est la religion indigène du Japon. Fortement marqué par son animisme originel, il voue un culte à de multiples divinités naturelles locales et se réfère à trois grandes valeurs essentielles : le culte de la nature avec laquelle il faut rechercher l’harmonie, la pureté rituelle au travers de laquelle on atteint la simplicité dans la vie et l’harmonie avec la nature. et la communion de l’homme avec les divinités, les kamis. Pour le shintoïsme, l’univers est le jeu le jeu d’énergies indestructibles apparaissant en un changement constant dans les phénomènes naturels qui sont des divinités qu’il convient de vénérer pour obtenir leurs faveurs. Parmi ces phénomènes naturels, la cascade constitue l’un des phénomènes naturels sacrés car l’eau purifie l’ascète et le régénère.

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symbolisme de la cascade glacée
   De nouveaux sports de glace sont apparus il y a une vingtaine d’année : l’ascension de cascades gelées et l’exploration des crevasses des glaciers. Avec la cascade glacée, on pourrait penser qu’Héraclite est mis en défaut puisque le flux vital qui anime la marche du monde et le corps des choses a été stoppé. Il en est rien, d’abord parce que la glaciation et l’état de repos forcé de la matière qui en résulte n’est que momentané même si ce moment peut paraître très long à l’échelle humaine. La fonte des glaces polaires causé par le réchauffement climatique met à jour, fait fondre et recycle des glaces figées depuis de très longues périodes qui libèrent des spores dont certaines ont conservé leur capacité de germination. On ne peut traverser la paroi de glace, on ne peut accéder à la grotte qu’en la contournant, le flux d’eau vivante qui se purifiait et se régénérait par l’afflux d’oxygène n’est plus qu’une masse pétrifiée, figée dans la petite mort de son endormissement. Pour le locataire de la grotte, c’est la vie qui s’est enfuie et son lieu d’accueil a désormais l’apparence d’un sépulcre. Le phénomène de distanciation avec le monde extérieur, la réalité, s’est encore amplifiée. Les contes et les légendes foisonnent de ces situations de ralentissement ou d’endormissement du cycle de la vie. C’est tantôt le soleil qui ne revient pas et qui laisse la place à une nuit éternelle, une princesse qui tombe dans un sommeil profond dont on ne peut la tirer, un royaume où le cycle des saisons s’est interrompu. Toutes ces situations ne font que reprendre le thème du mythe grec de Perséphone, enlevée par Hadès le dieu des Enfers dont la mère Déméter avait interrompu par représailles le rythme des saisons et réduit la terre à la famine. La cascade glacée est un symbole de mort. Les fées ou les reines des glaces sont en général des créatures du mal…

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La maison de la cascade d’Hiroshi Nakamura

ml_h-nakamura    Je ne sais si Hiroshi Nakamura, l’architecte qui a conçu L’optical Glass House, avait en tête des pensées et des images de ce genre lorsqu’il a élaboré son projet mais ce qui est sûr c’est que la préoccupation poétique et l’imaginaire spécifique de la culture japonaise n’était pas absents de sa démarche et ont irrigué sa pensée et ses actions : « J’ai conçu la façade de manière à ce qu’elle apparaisse comme une chute d’eau s’écoulant vers le bas, diffusant de la lumière et remplissant l’air de fraîcheur » Il a également déclaré avoir voulu créer en plein cœur d’une zone urbaine une oasis privée protégée d’où les résidents pouvaient bénéficier de l’animation créée par les mouvements de personnes et de la circulation au-delà des murs : « La vision maintenue sur le paysage urbain avec le défilé silencieux et serein des voitures et des tramways qui passent confère une richesse à la vie dans la maison ».

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L’optical Glass House dans son environnement urbain

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Un défi à relever 
    Lorsque l’on visualise le bloc d’immeubles à l’architecture banale et triste, en bordure d’une route à grande circulation génératrice de nuisances diverses et de bruit au sein duquel est venu se nicher le projet élaboré par Hiroshi Nakamura, on se dit, que pour beaucoup, le découragement aurait pu l’emporter et la tentation grande de se fondre dans la banalité ambiante. Il est tout à l’honneur de cet architecte d’avoir relevé le défi et d’avoir eu la volonté de résoudre les problèmes posés par le site en inventant pour cela des techniques sophistiquées imaginatives empreintes de poésie.

Recherche d’intégration au bâti existant
    L’architecte n’a pas cherché à singulariser sa construction de manière formelle par rapport aux autres construction. le désordre apparent de l’architecture que nous percevons au premier coup d’œil masque en fait un ordre sous-jacent définit par la succession stricte de volumes parrallélépipédiques le long de l’avenue. C’est la différence de taille entre ces volumes, immeubles de 10 étages qui côtoient des maisons individuelles d’à peine deux niveaux qui créé le trouble. Créer dans « la dent creuse » qui  devait accueillir le projet une architecture trop originale sur le plan formel ou exubérante ne faisant pas référence au parallélépipède ou au cube aurait ajouté au désordre ambiant par l’irruption dans l’alignement urbain des façades d’un corps étranger. L’architecte a donc sagement choisi d’exprimer sur la rue son architecture par un simple rectangle se rapprochant par ses proportions du carré. Cette structure s’apparente  sur le plan formel à deux constructions existantes sur le même côté de la rue : une maison adjacente et la maison située juste après l’immeuble de dix étages construit de l’autre côté. La construction se démarque néanmoins de ses voisines par le traitement violemment coloré de son soubassement qui agit comme un signal lumineux dans un décor où le gris domine et par la transparence de sa façade supérieure qui laisse deviner les silhouettes de quelques arbres, signes de la présence d’un jardin.

le défi architectural
   L’étroitesse et la petitesse du terrain (environ 244 m2) imposait de construire de limite en limite au moins en ce qui concerne les limites latérales et en hauteur (R+2). Construire en bordure même de la route comme l’avaient fait les immeubles voisins aurait conduit à pénaliser les occupants en les mettant en contact direct avec les nuisances apportées par la route : bruits, agitation, intrusion dans l’espace privé. L’architecte a donc choisi sagement de reculer de quelques mètres la façade de la maison de la limite avec la voie publique. L’espace tampon intermédiaire a été traité en patio planté et permet ainsi la présence d’un morceau de nature dans ce milieu urbain totalement minéral. Ce patio ne pouvait rester totalement ouvert sur la voie publique car il n’aurait réglé dans ce cas que très partiellement les problèmes de nuisances. Il fallait donc le clôturer afin qu’il protège l’intimité des occupants de la maison. Cet organisation de la maison en bordure ou autour d’un jardin clos isolé de la voie publique est d’ailleurs le plan classique des maisons traditionnelles au Japon. Le problème était qu’avec cette solution traditionnelle, la maison et le patio étaient nettement séparés de la rue, privés de son animation et d’une partie de la lumière naturelle. Les désirs des occupants apparaissaient contradictoires : vouloir à la fois s’isoler de la voie publique et de ses nuisances et en même temps s’ouvrir sur celle-ci pour pouvoir bénéficier de l’apport de lumière naturelle et de son animation…

Une idée géniale
    Le génie de l’architecte réside dans le fait d’avoir imaginé une paroi séparative qui permette de résoudre la contradiction sans que l’un ou l’autre des impératifs soit sacrifié. Cette paroi est constituée de l’assemblage de 6.000 blocs de verre moulé de dimensions 50mm x 235mm x 50mm. Le verre utilisé est un verre borosilicate à teneur élevée en silice très transparent et extrêmement résistant aux chocs thermiques et de faible dilatation linéaire. C’est le verre utilisé par l’industrie nucléaire pour le confinement des déchets nucléaires. La masse de cette paroi de verre permet de lutter efficacement contre les nuisances sonores en provenance de la rue et sa transparence permet à la lumière naturelle en provenance de l’Est d’inonder le patio et les pièces de la maison ouvertes sur celui-ci. De même la vue sur la rue est maintenue. Cette paroi composite agit comme un filtre diffractant la lumière et créant sur les parois du patio et de la maison des miroitements, des reflets et des effets de lumière variés, se modifiant en permanence. L’effet produit est celui que créerait un mur d’eau ou une cascade qui diffracterait la lumière sur les parois environnantes et déformerait les vues. C’est cette paroi que l’architecte qualifie de optical glass façade De là nait un spectacle permanent empreint de poésie qui varie selon la position du soleil, la mise en route de l’éclairage urbain et les allées et venues des véhicules qui empruntent la chaussée. C’était le but recherché par Hiroshi Nakamura qui souhaitait réaliser une maison qui ne serait pas refermée sur elle-même, totalement coupée de la vile et de la nature mais au contraire ouverte sur le monde.

Aspect du mur côté rue, effets d’ombres portées et tâches lumineuses changeantes sur les murs mitoyens du patio et sur les parois des pièces donnant sur celui-ci

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Capture d’écran 2014-06-13 à 10.45.21composition de la structure et fabrication des briques de verre
   La paroi de verre forme un carré de !,6 m de côté et pèse au total 13 tonnes. Elle ne pouvait assurer sa stabilité de manière indépendante et a du être maintenue par l’incorporation d’une trame métallique et supportée par une poutre en partie supérieure. Chaque brique de verre a donc été percée de 2 trous qui permettent le passage de  75 tiges d’acier inoxydable suspendues au cadre en béton armé et en acier et a nécessité pour sa stabilité l’incorporation de  75 tiges d’acier inoxydable suspendues à un cadre en béton armé et en acier. La poutre de support, si elle avait été construite uniquement en béton aurait été massive et aurait nuit à l’effet de légèreté recherché. Ses dimensions ont été réduites au minimum par l’utilisation d’une structure composite en acier et béton précontraint. Les contraintes latérales ont été également réduites par l’incorporation de barres en acier plat de dimensions 40 x 4 mm. Ces barres sont logées à l’intérieur des blocs de verre pour les rendre invisibles et ainsi un joint d’étanchéité de 6 mm. Le résultat est une façade transparente, vue du jardin ou de la rue produisant des effets optiques inattendus dans l’espace intérieur.

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Processus de fabrication et de montage des briques de verre

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organisation de la maison : coupe et plans

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coupe longitudinale

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plan du Rez-de-chaussée : garage, hall d’entrée, chambre d’appoint, salle de jeu

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Volume de l’entrée au rez-de-chaussée, le bassin du patio du niveau 1 a son fond vitré qui permet un éclairage zénithal de ce volume et la projection des ombres portées des arbres sur les parois.

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niveau 1 : patio, séjour, salle à manger, cuisine, buanderie – photos ci-dessous : patio, séjour et salle à manger

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le séjour/salon est totalement ouvert sur le patio/oasis et n’est protégé contre les éléments extérieurs  que par un léger rideau de métal à parement réalisé par pulvérisation cathodique.

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niveau 2 : 3 chambres et salles de bains

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la magie opère aussi à l’extérieur

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Optical Glass House by Hiroshi Nakamura & NAP – video YouTube

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L’avis d’Enki

    Les maisons contemporaines sont à l’image de la vie que la majorité de nos concitoyens qui vivent dans les villes mène désormais : une vie le plus souvent coupée de la nature et d’où les signes de l’existence et de la présence du Cosmos se réduisent de plus en plus. Dans nos villes, l’excès d’éclairage artificiel a fait disparaître les étoiles. Les berges des cours d’eau ont été canalisées et les plus petits d’entre eux ont été enterrés et recouverts de béton. Nous passons une grande partie de notre temps dans notre voiture, dans les transports en commun et dans des espaces clos et confinés pour nous protéger de tout ce que nous jugeons négatif ou excessif dans les effets du climat. Dans certains immeubles, les baies ne peuvent plus s’ouvrir, économie d’énergie et conditionnement de l’air oblige. Le vent, le courant d’air sont proscrits, l’air même que nous respirons peut être un ennemi.  Les habitants des grandes villes ne connaissent que rarement le bonheur de flâner le long d’un ruisseau et de jouir du spectacle des auréoles formées par la chute des gouttes de pluie sur un plan d’eau. La Nature a été évacuée de notre environnement direct et n’est la plupart du temps présente que sous une forme abâtardie. La plupart de nos maisons sont des espaces aseptisés, des « machines à habiter » comme les désignait Le Corbusier tout juste bons à satisfaire nos besoins physiques fondamentaux. En même temps, les liens entre le lieu d’habitation et la Cité s’est distendu et le lien social se délie. la ville, pour ses habitants n’apparaît plus comme le lieu des échanges sociaux mais comme un lieu de nuisances dont il faut se protéger.
   L’architecte japonais Hiroshi Nakamura a choisi de lutter contre cette réduction et cet appauvrissement. Dans une situation difficile presque désespérée résultant de la médiocrité de l’environnement ambiant – une route à grande circulation source de nuisances multiples bordée d’immeubles de dix étages à l’architecture le plus souvent médiocre –, il a réalisé une construction qui, au-delà de la performance technique et architecturale, se veut un acte de foi et de confiance dans la vie, une vie qui ne serait plus étriquée et amputée de ses relations avec la nature et la cité, mais une vie pleine, ouverte, embrassant le monde dans sa totalité. La nature, tout d’abord, Hiroshi Nakamura a réussi à la rendre omniprésente grâce à des symboles et des signes puissants visibles de toutes les pièces. L’espace tampon séparant la maison de la rue est plus qu’un patio, l’architecte magicien a réussi à en faire une oasis, une oasis de verdure, de calme et de fraîcheur où l’eau et la lumière ruissellent, un havre de paix tout en maintenant un lien visuel avec le monde minéral plein d’agitation et livré à une fureur bruyante qui l’encercle.

David contre Goliath

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   Le premier des défis à relever concernait le problème posé par l’intégration d’une construction de petite dimension dans l’alignement des grands immeubles de bureaux ou d’habitation bordant cette voie routière à grande circulation. L’architecte a choisi une solution qui lui permet tout à la fois de s’intégrer dans le bâti existant en réutilisant le vocabulaire architectural mis en œuvre sur le site et de s’en démarquer par le choix des matériaux et des couleurs et dans ce choc des deux architectures, c’est le petit David qui, grâce à ses facultés inventives en matière de technologie et d’esthétisme, sort vainqueur de la confrontation qui l’opposait aux Goliaths.

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La paroi magique
     C’est bien de magie qu’il est question : imaginez une paroi de verre qui bloque le son, filtre et réfracte la lumière, métamorphose les images en provenance de la rue en un jeu mouvant de formes et de couleurs imprécises, une paroi translucide dont on ne sait plus si elle est de verre ou si elle est constituée d’un mur d’eau figé, d’une cascade qui aurait été soudainement gelée ou pétrifiée. Cette paroi magique apparaît comme un immense kaléidoscope qui projette en permanence sur toutes les parois du patio et de la maison, murs, sols, plafonds, des reflets d’ombre et de lumière, des tâches colorées mouvantes et changeantes dans un spectacle continu. Cette paroi ne constitue pas une barrière infranchissable contre la ville, elle agit comme un filtre magique qui ne laisse passer les images qu’après les avoir lissées, rendues inoffensives et bienveillantes. L’effet de « chute d’eau » produit par  la paroi de verre est suggestif au point que Hiroshi Nakamura lui-même va jusqu’à déclarer que cette paroi a un effet de « rafraichissement » du patio.

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Les jardins
   Le jardin-patio constitue avec la paroi de verre contre laquelle il est adossé, un espace naturel tampon entre la maison et la ville. Avec la paroi de verre qui s’apparente à une cascade, la présence d’arbres et un plan d’eau sur la surface duquel se reflète les jeux de lumière provenant de la paroi de verre, il symbolise la nature dans tous ses états. Ce jardin  est visible depuis toutes les chambres, et le caractère translucide de la paroi de verre permet aux occupants de la maison de visualiser le défilé silencieux et serein des voitures et des tramways qui passent sur la voie urbaine.
    Un deuxième jardin se développant sur deux niveaux est situé à l’arrière de la maison.

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Le jardin-patio « oasis » : un jardin symbolique, à travers les quelques érables et végétaux plantés ce sont les forêts montagneuses profondes du Japon que les habitants ont en tête, la paroi de verre translucide représentent pour eux les cascades sacrées protectrices et purificatrices, le bassin représente les lacs et les eaux dormantes. On est surpris de le pas voir la présence d’un rocher à la forme remarquable comme on les trouve habituellement dans les jardins Zen…

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Le bassin des sortilèges
    La paroi verticale et ses effets se projette et se double sur le plancher horizontal du patio en se mirant dans l’eau d’un bassin. Ce bassin est l’objet d’un sortilège : il est sans fond et à travers lui on distingue, à partir du jardin-patio, le vestibule de l’entrée de la maison au rez-de-chaussée. A l’inverse, lorsque l’on se trouve dans le vestibule du rez-de-chaussée, on distingue par transparence la végétation du patio et la cascade figée. Celle ci projette sur la surface de l’eau du bassin et jusqu’au sol du vestibule ses miroitements et ses reflets. Lorsque le temps est à la pluie, les gouttes d’eau qui heurtent la surface du plan d’eau créent de multiples effets d’auréoles visibles par le haut à partir du séjour du niveau 1 et du patio mais aussi depuis le bas, en plafond, à partir du vestibule du rez-de-chaussée. Ces auréoles sont visibles une nouvelle fois sur le sol du vestibule par projection.
 La mise en scène de l’entrée dans la maison dans le passage dans le vestibule  sous le plan d’eau du jardin-patio dont les miroitements lumineux se reflètent sur les parois s’apparente à la traversée mythique de la cascade qui ouvre la voie à la caverne. La pénétration dans la maison est ainsi investie d’une haute valeur symbolique.

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la danse des voiles
     Comment perçoit-on le mieux l’effet poétique du vent dans une maison ? Par son action sur les rideaux. Dans la maison de la cascade, la pièce de séjour s’ouvre totalement sur le patio-jardin dont elle n’est séparée que par un rideau transparent de métal léger réalisé par pulvérisation cathodique que le moindre souffle d’air fait flotter. Lorsqu’il se replie, le rideau révèle une seconde paroi de blocs de verre à l’arrière de la salle, qui borde l’escalier central qui relie les différents niveaux. Lorsque l’on voit le léger voile danser sous l’action du vent on pense irrésistiblement au tableau intitulé « Vent de la mer » que le peintre André Wyeth a peint en 1947.

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le vent marin d’André Wyeth et le rideau métallique transparent de l’Optical Glass House

Enki signature °°
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le 4 juin 2014

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Sujet lié : voir l’article La maison sur la cascade de Frank Lloyd Wright (1936-1939). C’est ICI

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Home, sweet home : Two houses à Houston (2008 & 2010) – Olson Kundig architecte (E.-U.)

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Jim Olson et Tom Kundig, architectesJim Olson et Tom Kundig, architectes

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Le cabinet Olson Kundig Architects

    Le cabinet Olson Kundig Architects de Seattle a été fondé par l’architecte Jim Olson en 1967 et est aujourd’hui considéré comme l’un des meilleurs cabinets d’architectes d’Amérique du Nord. A la fin des années 1960, Jim Olson a engagé une réflexion sur le thème des relations interactives qui s’opéraient entre les habitations et le paysage du Nord-Ouest américain dans lequel elles étaient implantées. Olson a commencé son activité d’architecte en s’appuyant sur quelques idées simples : les bâtiments pouvaient servir de pont entre la nature, la culture et les habitants et, lorsqu’ils étaient bien étudiés, pouvaient exercer un effet positif sur leur vie. 

    En 1996, Tom Kundig a rejoint l’agence en tant qu’associé. Les thèmes nouveaux qu’il a exploré et la richesse de sa créativité ont permis au cabinet devenu Olson Kundig Architects de se développer et d’acquérir une réputation internationale. Par la suite, deux autres développeurs, Alan Maskin et Kirsten Murray, ont rejoint le groupe en tant qu’associés et ont permis à l’agence d’étendre ses activités dans les domaines de la conception d’expositions, de l’aménagement intérieur et du design, et de l’intégration des projets aux paysages urbains et ruraux.

    L’entreprise compte aujourd’hui plus de 90 employés. Le travail d’Olson Kundig Architectes, dans des domaines aussi variés que les musées, le design commercial, les constructions scolaires, la conception d’expositions, le design d’intérieur, les lieux de culte et des résidences de luxe (souvent pour des amateurs d’art), est maintenant connu et apprécié dans le monde entier. La filiale « interiors studio », fondée en 2000, offre une gamme complète de services dans le choix des matériaux, la conception de meubles sur mesure et leur commercialisation. Interiors studio continue la longue tradition de continuité entre l’architecture et l’aménagement des espaces intérieurs. Leur première ligne d’accessoires, La Kundig Collection Tom, a été lancée en 2012. De par sa taille et sa structure l’agence combine les avantages de la force de frappe et de moyens d’une grande entreprise avec la souplesse et la réactivité d’une petite. La participation assidue des concepteurs à des séances de brainstorming ou tous les aspects de leur pratique architecturale sont analysés et font l’objet d’une évaluation a permis d’insuffler à toute l’équipe un sens aigu de la responsabilité et de l’engagement sur chaque projet.

    Parmi les récompenses de l’entreprise sont l’AIA Award 2009 National cabinet d’architecture (comme Olson Sundberg Kundig Allen Architects), prix nationaux et régionaux conception de l’American Institute of Architects,L’agence a remporté de la part de l’AIA ( American Institute of Architects) plus de 70 prix régionaux et nationaux , ainsi que des prix dessernés par l’ Athenaeum de Chicago. Tom Kundig a reçu le 2008 National Design Award en architecture de l’ Cooper-Hewitt, National Design Museum , un Academy Award en architecture de l’ Académie américaine des Arts et Lettres en 2007, et le Prix d’architecture émergente de l’ Architectural League de New York en 2004. Jim Olson a reçu l’AIA Seattle Medal of Honor en 2007. Les réalisations du cabinet ont été publié dans le New York Times , Architectural Digest , et Architectural Record, entre autres publications. 

Plusieurs livres ont été publiés pour présenter le travail de l’agence :

  • Tom Kundig: Maisons 2 (Princeton Architectural Press, 2011),
  • Jim Olson Maisons (The Monacelli Press, 2009).
  • Tom Kundig: Maisons (Princeton Architectural Press, 2006).
  • Art + Architecture: La Collection Ebsworth + Résidence (William Stout Publishers, 2006), le Musée Frye Art: Olson Sundberg Kundig Allen Architects (Documentaire médias, 2007).
  • une monographie de l’œuvre de l’entreprise, Olson Sundberg Kundig Allen Architectes: Architecture, Art et Artisanat (The Monacelli Press, 2003).

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Principales réalisations

  • Noah’s Ark Exhibit, Skirball Cultural Center, Los Angeles (2007)
  • Delta Shelter, Washington (2004)
  • Chicken Point Cabin, Idaho (2003)
  • The Brain, Seattle (2001)
  • Mission Hill Winery, Westbank, British Columbia (2001)
  • Ridge House, Washington (2001)
  • Red House, Denver (1999)
  • Studio House, Seattle (1998)
  • Frye Art Museum, Seattle (1997)
  • Hillclimb Court Building, Seattle (1985)
  • Gallery House, Seattle (1985)
  • Pike & Virginia Building, Seattle (1978)
  • Earth House, Washington (1969)

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la Wabi-Sabi House de Houston (2008)

Conception: Olson Sundberg Kundig Allen Architects (OSKA)

    L’architecte Rick Sundberg a été le concepteur principal de la maison Wabi Sabi à Houston, Texas, destinée au développeur Carol Isaak Barden + Société. L’architecture de la maison se voulait exprimer une synthèse des esthétiques orientale et occidentale et mettre en scène des matériaux naturels de manière sensuelle. 

    Rick Sundberg a expliqué la raison pour laquelle la maison avait reçue l’appellation de Wasi Sabi :  » Wabi Sabi est une expression japonaise qui signifie expression restreinte de l’humble et du simple. Au Japon et en Chine, l’attitude Zen implique que l’accent soit mis sur la simplicité et la sobriété, et les temples dédiés au Zen sont sublimement raffiné et sobre. Les moines ont toujours été conscients qu’un espace bien conçu pourrait avoir un effet positif sur le bien-être de ses occupants, ceci qu’il soit qu’il soit intérieur ou extérieur, par exemple dans un jardin. Le Wabi Sabi ne se réduit pas au travail accompli par la nature, ni à celui exclusivement accompli par l’homme. C’est la synthèse des deux « beautés discrètes, sans embellissement » qui le produit. La philosophie du Wabi Sabi invite à la sérénité et au calme et préconise un grand amour et un respect de la nature. »

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    Située dans un quartier résidentiel traditionnel de Houston, près de l’Université Rice et à proximité du centre culturel de la ville. Sa surface totale est d’environ 346 m2 et comprend 3 chambres à coucher et 3 salles de bains.  Bâtie en bois, elle exprime la beauté des matériaux naturels et des formes simples et modernes. Les vieux arbres présents sur le site ont non seulement été conservées, mais ont influencé de manière forte le projet de Sundberg en conditionnant l’emplacement des fenêtres et l’organisation des terrasses qui contournent un arbre de noix de pécan. La teinte chaude du bardage en red cedar donnée par le vieillissement naturel est repris à l’intérieur de la maison avec l’utilisation de bois de natures diverses, bambou et teck de récupération. La présence d’un puits de lumière au centre du bâtiment, de grandes fenêtres ouvrantes et d’une terrasse sur le large toit permettent de bénéficier de lumière et d’une ventilation naturelles – Photo © Don Glentzer.

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Une maison à l’architecture voisine : Handmade House à Houston (Texas)
– année 2010.

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POT-POURRI de photos de la maison Hand-made

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Home, sweet home – Douglas House à Harbour Springs (Michigan), architecte Richard Meier

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Richard MeierRichard Meier en 1967

   Richard Meier est né en 1934 à Newark, New Jersey (États-Unis). En 1963, il crée son agence dans son appartement de New York, sa première commande étant une maison pour ses parents à Essex Fells, New Jersey (États-Unis). En parallèle à son activité d’architecte, il enseigne à la Cooper Union (1962-1973), à Yale (1975-1977) puis à Harvard (1980-1981). Il est l’auteur de plusieurs maisons particulières dont la célèbre Douglas House à Harbour Springs (1973), somptueuse demeure qui surplombe le Lac Michigan. Son travail sur la lumière, la couleur blanche, l’espace et la forme le rapproche de Le Corbusier. Il s’est forgé une solide réputation en matière muséographique. Il construisit pour la première fois en France en 1989, à l’issue du concours pour la réalisation du siège de Canal+, Quai André Citroën. Il obtient le Prix Pritzker en 1984, et exerce dans le cadre de l’agence Richard Meier & Partners.

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Richard Meier – Douglas House

Richard Meier - Douglas House

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La Douglas House à Harbour Springs (Michigan)

    Cette maison, construite au début des années soixante dix  à Harbor Springs, Michigan pour Jim et Jean Douglas est l’œuvre culminante de la première période que l’on peut qualifier de rationaliste de réalisations architecturales de Meier où toutes les idées qu’il avait développé précédemment dans les expériences réalisées dans les maisons unifamiliales ont abouties à une structure plus équilibrée et imaginative. Elle est devenu un symbole de cette période de rationalisme et a été classée en 2007 par l’American Institute of Architects comme l’une des 150 meilleures réalisations dans sa liste des « architectures préférées de l’Amérique ».

   La maison a été bâtie sur les pentes d’une colline boisée dominant le lac Michigan.  Certains critiques l’ont présentée comme « flottant » sur la cime des arbres. Pour notre part, elle nous semble plutôt « jaillir » du sous-bois comme si elle voulait s’en extraire pour accrocher la lumière et la vue.  la maison est une structure parallélépipédique verticale en béton qui se développe sur 5 niveaux . Les premiers niveaux sont constitués d’une lourde enveloppe close en béton armé qui a pour mission d' »ancrer » la maison dans la pente. Les niveaux supérieurs se développent dans une structure de béton, de métal et de verre qui contraste violemment avec son assise en béton armé et apparaît comme une structure cristalline et légère qui chercherait à s’extraire de la gangue lourde et massive incrustée dans le sol. Les pièces de vie sont aménagées dans les niveaux supérieurs et bénéficient, grâce aux immenses baies vitrées, d’un éclairement maximum et de la vue sur le lac Michigan. Les parties en béton des façades sont peintes en blanc, ce qui confère à l’ensemble un aspect immaculé qui renforce encore le contraste avec l’environnement naturel.

    Richard Meier déclare lui-même qu’il n’a pas cherché à fondre la construction dans le paysage mais tout au contraire à créer avec celui-ci un fort contraste visuel. L’architecte décrit ainsi la relation qui unit son œuvre à la nature qui l’entoure :

   « Sur la raideur de la pente dominant l’eau, la maison semble avoir été déposée sur le site et abandonnée tel une sorte d’objet manufacturé qui aurait atterri dans un environnement naturel. Le dialogue dramatique entre la blancheur de la maison et les bleus et les verts primaires de l’eau, les arbres et le ciel permet à la maison non seulement d’affirmer sa présence, mais d’améliorer, par contraste, la beauté de son environnement naturel « . (Richard Meier, architecte. New York: Oxford University Press, 1976. p.87)

coupe transversale sur le terrain

Douglas House - Coupe transversale (crédit Mark Turibius Jongman-Sereno)

Douglas House – Coupe transversale (crédit Mark Turibius Jongman-Sereno)

Douglas House - vue axonométrique

    L’architecte enfonce encore le clou lorsqu’il assume, auprès de ses enfants, le choix de la couleur blanche qui augmente encore l’impact de la construction sur son environnement :

    « Une conversation en cours que j’avais eu avec mes enfants, Joseph et Ana, au cours de la dernière année, tournait autour de la question : « Quelle est ta couleur préférée ? « … Alors, deux d’entre eux se tournent vers moi et disent: ‘Papa, quelle est ta couleur préférée ? Chaque fois que nous jouions à ce jeu, ma réponse était la même: Blanc.
    «Mais papa, disait Joseph, tu ne peux pas choisir blanc. Blanc n’est pas une couleur, le blanc n’est pas dans le ciel, tu dois choisir une couleur qui est, comme le rouge ou vert ou bleu ou jaune. Et j’expliquais alors, à chaque fois, que le blanc était la couleur la plus merveilleuse de toutes, parce que dans ce l’on peut y trouver toutes les couleurs de l’arc en ciel « . (Richard Meier. de Richard Meier. Richard Meier: Architecte 1964-1984. p.8.)

    Cette anecdote est révélatrice de l’idéologie et de l’attitude des architectes se rattachant au mouvement rationaliste. Pour ces architectes, qui défendaient une architecture fondée sur des concepts nouveaux tels que la réalisation d’un espace créé de manière libre à partir des besoins réels et des possibilités offertes par les nouvelles structures et les matériaux modernes, le rejet de toute ornementation superfétatoire, l’assujettissement des formes aux fonctions, l’architecture était un combat et chaque construction était étudiée pour être un « manifeste » des idées nouvelles. De là, une certaine affirmation voire une agressivité vis à vis de l’architecture traditionnelle et de l’environnement. Le choix de la couleur blanche faisait partie de cette stratégie. En dehors de l’architecture méditerranéenne, le blanc était peu utilisé dans l’architecture occidentale, les façades exprimaient les teintes naturelles des matériaux utilisés dans leur construction (marbre, calcaire, granit, molasse, briques, etc..), ou bien des teintes naturelles pour leurs enduits (ocre, pastels ou blanc cassé). Par l’utilisation du blanc pur, les nouvelles constructions se distinguaient du tout-venant et accédaient au statut d’œuvre d’art à l’instar de ces sculptures antiques au marbre immaculé.

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Meier - Douglas House - passerelle d'accès au dernier niveau

Douglas House – passerelle d’accès au dernier niveau

Richard Meier - Douglas house - plan de toiture avec passerelle

Richard Meier – Douglas house – plan de toiture avec passerelle

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Plan et aménagement intérieur

    Pour les volumes intérieurs, Richard Meier a créé de riches compositions formelles. L’accès à la maison s’effectue à deux niveaux différents par l’intermédiaire de passerelles, à la façon de pont-levis donnant accès à une tour. L’entrée principale s’effectue à l’arrière de la construction par un volume étroit et sombre qui débouche sur le grand espace vitré qui se développe sur deux niveaux. Cette organisation de l’espace crée pour les arrivants un effet de surprise et d’éblouissement.

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Richard Meier

   Si la façade côté lac est largement vitrée et abrite les pièces de vie, la façade arrière qui donne sur le versant de la colline ne possède que de petites ouvertures et abritent selon les niveaux, les chambres, les sanitaires et la cuisine. Pour ne pas obstruer la vue sur le lac, les escaliers ont été positionnés aux angles de la construction côté colline. Richard Meier s’est également occupé de l’ameublement la maison pour ses clients, Jim et Jean Douglas, il a conçu une partie du mobilier lui-même et s’est aussi inspiré de dessins de Le Corbusier et Mies van der Rohe.

Richard Meier - Douglas House - niveau  supérieur d'entréeRichard Meier – Douglas House – niveau  supérieur d’entrée

Richard Meier - Douglas House - niveau supérieurRichard Meier – Douglas House – niveau supérieur

Richard Meier - Douglas House - niveau intermédiaireRichard Meier – Douglas House – niveau intermédiaire

Richard Meier - Douglas House - niveau inférieur

Richard Meier – Douglas House – niveau inférieur

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Home, sweet home – villa « Le bateau ivre » à l’Isle-sur-Sorgue, architecte Jacques Patingre, 2010

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Jacques Patingre, architecte_dplgJacques Patingre, architecte DPLG

Jacques Palingre, architecte DPLG est également directeur associé de la société Villas La Provençale, un constructeur de maisons individuelles bien implanté en Provence avec des agences implantées à Marseilles, Arles, Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône), Avignon et Sarrians (Vaucluse). La société, née en 1987 et qui s’est développée depuis par  croissance naturelle ou absorption d’autres sociétés cumulent depuis 2007, collectionne les récompenses et a dépassé aujourd’hui le seuil des 5000 maisons construites.

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villa « Le Bateau Ivre »

Caractéristiques

  • dénomination : maison « Le Bateau Ivre »
  • lieu d’implantation : L’Isle-sur-Sorgue (Vaucluse), France.
  • caractéristiques du terrain :  Le terrain de 830 m2 était situé dans une zone inconstructible en bordure de la Sorgue. L’orientation du terrain, avec la présence de la Sorgue au Nord, était défavorable à l’implantation d’une maison bioclimatique pour laquelle une orientation Sud est préconisée.
  • maître d’ouvrage : famille Cruz
  • maître d’œuvre : Jacques Patingre, architecte DPLG
  • date des travaux : 2009-2010
  • constructeur : Villas La Provençale – marque de maisons contemporaine Villas Concept
  • surface de plancher : 200 m2 habitables
  • performances énergétiques : BBC objectif de consommation de 37 kWh/m2.an.
  • système constructif : murs en briques Optibric PU4G d’Imerys Structure,
    toiture en tuiles plate béton Perspective de Monier ,
    revêtement de façade Monoblanco de Parexlanko,
    planchers Milliwatt KP1,
    doublages PSE Placomur® Ultra 32 et des cloisons 
    et plafonds en plaques de plâtre Placo impact de Placo®,
    conduit et une sortie de cheminée Poujoulat,
    installation électrique/domotique Celiane My Home de Legrand.
  • techniques de chauffage : pompe à chaleur de 16 kW raccordée à un plancher chauffant/rafraichissant,  un chauffe-eau Thermodynamique Atlantic, et une VMC double flux à récupération d’énergie avec des entrées d’air et bouches d’extraction hygroréglables. A l’avenir, 21 m² de panneaux photovoltaïques devraient être installés ainsi qu’un chauffe-eau solaire pour que la maison devienne passive. Un projet de cheminée centrale est également à l’étude. Le propriétaire qui avait aménagé avec sa famille à la fin de l’année 2010 déclarait que « durant  toute la période hivernale, quelle que soit la température extérieure, il a fait aux alentours de 21 °C dans la maison, y compris au rez-de-chaussée où les espaces sont très ouverts. Notre consommation électrique pour l’eau chaude sanitaire et le chauffage ne devrait pas dépasser les 470 euros par an »
  • développement durable & données bioclimatiques : la façade sud comporte de nombreuses ouvertures qui font entrer un  maximum de lumière naturelle dans la maison : baie vitrée au salon et paroi constituée de 24 pavés de verre. Côté nord, la façade possède de multiples ouvertures de petites dimensions, rondes, carrées ou rectangulaires et de larges baies vitrées équipées de triple vitrages. Les chenaux de toiture canalisent les eaux de pluie et les dirigent vers une cuve de rétention pour les besoins d’arrosage.
  • labels et prix :  BBC-Effinergie et RT 2012 – Médaille d’or du challenge des Maisons Innovantes 2011 de l’Union des Maisons Françaises catégorie Figure Libre – Architecture Contemporaine. Primée lors des Trophées habitat Bleu Ciel d’EDF 2010. Lauréat du concours EDF Bleu Ciel Régional Médaille d’or Catégorie Maison Idéale. Lauréat du concours EDF Bleu Ciel Régional Médaille d’or Catégorie BAS CARBONE. Lauréat du concours EDF Bleu Ciel National Médaille d’or Catégorie Maison Idéale. Lauréat du concours EDF Bleu Ciel National Grand Prix du Jury.
  • coût : 2.400 euros le m2

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Plan et organisation intérieure

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    Le confort de vie et la communication sont également privilégiés par le choix de volumes distincts et ouverts. Ainsi, le rez-de-chaussée est dédié aux activités « jour », avec des espaces très ouverts favorisant la circulation : d’un côté, un vaste séjour de 50 m2 ; de l’autre, la partie technique avec la cuisine. Au centre, on trouve un hall cathédrale, faisant office de bureau, qui profite d’un immense escalier métallique à marches en verre. Une baie vitrée toute en hauteur le relie directement à deux terrasses, à la cuisine d’été, à la piscine en L et au jardin donnant sur la rivière. Un chemin au sol d’ardoise et de galets entoure la maison et isole ainsi ses fondations de l’humidité du jardin.
   L’espace nuit est réservé à l’étage, où deux volumes reliés par une passerelle également en métal et verre séparent, d’un côté, la suite parentale et la chambre du plus jeune des enfants, de l’autre, deux autres chambres d’enfant avec leur salle de bains privative. Une verrière dans l’atrium central permet de plonger le regard sur la piscine en L, tandis que les hublots de la chambre parentale apportent une lumière diffuse sans trop ouvrir la façade.
     Un aspect original avec une patine à effet couteau est décliné dans plusieurs coloris dans toute la villa (rouge dans le cuisine, prune dans les toilettes et gris sur les murs de l’étage)

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le point de vue d’Enki

   Réalisation exemplaire que cette maison conçue par Villa Concept, une marque du constructeur provençal Villas La Provençale sous la direction de Jacques Patingre, architecte DPLG. Celui ci déclare avoir été influencé, dans sa formation par les architectes Le Corbusier et Richard Meier et plus localement par Fernand Pouillon et Raymond Perrachon. Il est vrai que l’on retrouve dans cette construction un peu de la rigueur d’un Meier et un peu de la magie formelle de Le Corbusier. L’appellation de la maison « Le Bateau Ivre », outre un clin d’œil au poème de Rimbaud, fait référence à l’image archétypale du bateau à voile qui aurait guidé le crayon des concepteurs. Effectivement un croquis fourni par l’architecte et portant comme légende « comme un bateau ivre sur la ligne de parage des eaux… à l’Isle sur la Sorgue » montre un esquif à deux voiles dont la configuration générale rappelle la façade principale Nord de la villa.

Façade nord correspondant au positionnement des toitures et des murs extérieurs et façade nord « retravaillée » dans un but décoratif.

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La perception des façades
      Sur le plan formel, cette façade Nord est un modèle d’équilibre et d’harmonie et l’on est d’emblée séduit par l’agencement des volumes et la manière dont les formes jouent et se répondent. Il est à noter que cet effet est produit pour une grande part par les déformations de certains murs de la structure de base dans un but décoratif : en façades Nord et Sud les murs de façade principales sont étirés vers le haut et latéralement pour provoquer des effets d’obliques et de courbes. Il est dommage que ces déformations n’aient pu être justifiées par des raisons fonctionnelles dans le cas où les toitures auraient été elles-mêmes courbes et les murs extérieurs obliques plutôt que droits, mais tel n’est pas le cas, peut-être pour des raisons économiques. C’est le point faible de ce projet qui péche par un manque de vérité des formes. Si l’on tente de décrypter les raisons qui motivent notre empathie à l’égard des façades, au sens premier et esthétique du terme, on peut émettre l’hypothèse que les formes mises en scène dans cette façade nous rappellent des formes familières de type archétypal qui agissent sur notre jugement et l’influence de manière inconsciente.

  • Capture d’écran 2014-02-26 à 15.01.09la forme des voiles gonflées par le vent d’un navire est l’un de ces archétype et la présence d’un cours d’eau tout proche, la Sorgue, qu’accompagne l’horizontalité de son rivage sur lequel flotte le navire-maison renforce cette hypothèse. D’ailleurs, certaines fenêtres ne sont-elles pas des hublots ?
  • une autre hypothèse ramène à l’archétype de la Image 4maison-personnage décrit par Bachelard : la maison est une personne et est souvent représentée de manière anthropomorphique dans les dessins d’enfants, sauf qu’en regardant la façade nord et dans une moindre mesure la façade sud, il faudrait plutôt parler d’une trinité de trois volumes sur jambes ou sur pattes ou de visages à large bouche : le volume haut et étroit à deux yeux, le volume haut et large à trois yeux et le volume bas et allongé que constitue le garage. Ces volumes ne sont pas hiératiques et figés, à la façon du baroque, le jeu des obliques et des courbes les animent et les fait vivre comme des personnages de bande dessinée. La façade est vivante, elle nous parle de l’enfance et son langage est un langage rassurant et sympathique. Pour les enfants qui y habitent, cette maison doit avoir l’apparence d’un jouet.

    Il serait vain de croire que l’effet produit par une architecture se réfère de manière automatique à une forme primaire de type archétypal spécifique. Ce cas peut effectivement dans certains cas se produire mais il est très rare.  Il me semble que le mécanisme inconscient de reconnaissance des formes s’effectue de manière confuse et s’applique le plus souvent de manière conjointe à plusieurs types de formes  voisines aux significations diverses. C’est l’effet d’ensemble produit par les références multiples à des modèles différenciés et parfois même contradictoires qui produira chez chaque individu un effet esthétique qui lui sera propre puisque ses connaissances, son expérience et sa personnalité sont différentes de chacun de ses semblables.

l’organisation intérieure
L’architecte a souhaité dissocier la construction en quatre volumes distincts qui s’expriment effectivement en façades :

  • 2 volumes principaux regroupant au rez-de-chaussée aux pièces de jour (séjour, salon, cuisine) et les chambres et les salles de bains à l’étage. Au rez-de-chaussée les pièces de vie se prolonge sur l’extérieur par des terrasses en partie protégées
  • 1 volume intermédiaire assurant l’articulation entre les deux volumes principaux, ouvert sur toute hauteur et abritant l’escalier et à l’étage une passerelle de liaison entre les espaces de chambre
  • 1 volume accolé à l’un des volumes principaux abritant pièces de service et garage.

    On peut s’étonner du parti adopté, dans le cas d’un projet qui se proclamait bioclimatique et qui avait l’ambition d’être économe en matière de consommation d’énergie, d’avoir dissocié le volume habitable en deux parties séparées reliées par un volume charnière de faible surface possédant au nord une grande surface vitrée. Ce parti a en effet pour conséquences d’augmenter la surface totale des façades et donc d’augmenter les déperditions. Une surface d’ensemble. plus compacte obtenue en alignant la façade nord du volume d’articulation avec les façades nord des deux volumes principaux aurait permis, pour un coût très faible puisque le gros-œuvre et les menuiseries extérieures  étaient déjà programmées, permis d’augmenter la surface habitable et réduire les déperditions, ceci sans que l’aspect des façades soit trop modifiées.

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 Le système constructif

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Home, sweet home : une maison de Claude Veyret, architecte – 2006

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maison Claude Veyret

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     Architecture très simple et contemporaine pour cette maison de 195 m2 réalisée en 2006 par l’architecte Claude Veyret, architecte DPLG à Villeurbanne près de Lyon, dans un grand lotissement de la banlieue lyonnaise. Le volume de base est un parallélépipède étroit dans lequel se superposent : au rez-de-chaussée, l’entrée, le séjour, le salon et la cuisine et à l’étage les chambres, salles de bains et espace mezzanine ouvert sur le séjour par l’intermédiaire d’une trémie dans laquelle a été placé l’escalier métallique d’accès.
     Devant la trémie, une grande baie vitrée se développe sur une hauteur de deux niveaux et permet ainsi d’éclairer généreusement de manière naturelle les espaces séjour et mezzanine ainsi que l’escalier d’accès en même temps qu’elle permet la vue sur le jardin.

     Le volume offert par ce parallélépipède aurait pu suffire pour répondre au programme de surface fixé mais l’architecture de l’ensemble aurait alors souffert d’un excès de rigueur et de simplicité qui n’aurait pas permis d’exprimer au niveau des façades l’organisation intérieure de la maison. L’architecte a donc astucieusement encastré dans le volume de base deux autres volumes de taille réduite qui impriment à l’ensemble un dynamisme et une tension. L’un des volumes, parallélépipèdique lui aussi, sur la façade côté jardin, abrite l’espace cuisine et l’autre possédant une face courbe, côté route d’accès, qui renferme des espaces de rangement. Le contraste entre le volume des base et ces volumes secondaires est encore accentué par un traitement chromatique différent, clair pour le volume de base et gris foncé pour les volumes secondaires. Enfin, pour protéger la grande baie vitrée et la porte d’entrée des intempéries, l’architecte a rapporté sur les façades des auvents en dalle béton qui se retournent jusqu’au sol sur l’un des côtés. Outre la mise en valeur de la grande baie vitrée sur la façade côté jardin par effet d’encadrement, cette disposition permet de mieux singulariser l’espace terrasse par rapport au jardin. Ces auvents-encadrements sont traités de la même couleur gris sombres que les volumes secondaires et semblent « faire écho » à ceux-ci dans la lecture des façades. A noter les quelques ouvertures de l’étage type hublots qui préservent grâce à leur forme circulaire l’effet de surface des parties pleines des façades.

    Le résultat génère une harmonie d’ensemble qui s’exprime bien sur les façades côté jardin et latérale de l’entrée de la maison. Une telle simplicité formelle basée sur l’utilisation de volumes de base de type parallélépipèdique impliquait une toiture plate. Une toiture en pente aurait nuit à la simplicité et l’harmonie d’ensemble et apporté une complexité et un alourdissement inutile.   Il semble que le reste du lotissement soit occupé par des maisons traditionnelles avec toits à double pente. Quel peut être l’effet produit par une maison à l’architecture franchement contemporaine érigée au milieu d’un ensemble de constructions traditionnelles avec toitures à deux pans ? Tout dépend, me semble t’il, de la qualité architecturale de ces maisons traditionnelles. Si ces maisons s’intègrent à un ensemble bâti pour lequel un effort de coordination et d’intégration a été mis en œuvre, la présence, à proximité immédiate, d’une construction à l’architecture totalement différente paraîtra certainement incongrue et provocatrice. Si par contre, les architectures des autres maisons ne sont aucunement intégrées et apparaissent disparates, dans ce cas la réalisation d’une maison franchement contemporaine se trouve pleinement justifiée et peut constituer un exemple et un même un manifeste pour aider à l’évolution de l’architecture de la maison individuelle.

coût : 1.600 € le m2.
développement durable et économie d’énergie : aucune information obtenue.

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façade côté jardin : noter la grande baie vitrée sur deux niveaux qui occupe près de la moitié de la surface de la façade encadrée par l’auvent béton et son retour vertical, le  « jeu de volumes » que créé par le volume secondaire abritant la cuisine qui semble jaillir du volume principal de la construction et dont la teinte gris foncé tranche avec la teinte claire de la façade principale, les ouvertures secondaires de forme différenciée : rectangle pour la cuisine et cercle pour une pièce de l’étage, la terrasse en partie protégée par l’auvent et son retour vertical, prolongement de l’espace extérieur sur le jardin.

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Angle des façades côté jardin et de l’entrée de la maison : à noter les éléments architecturaux complémentaires aux volume parallélépipèdique principal : volume cuisine, auvent de protection de la grande baie vitrée sur deux niveaux et auvent de l’entrée avec leurs retours verticaux qui sont colorés de la même manière, ainsi que la reprise des ouvertures circulaires qui se «  »font écho de façade en façade assurant ainsi l’unité architecturale d’ensemble. A noter également la présence d’une deuxième terrasse d’angle qui visuellement « rattache » et assied la construction sur le sol et le jardin.

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La baie vitrée double hauteur met en relation la salle à manger avec l’espace repas extérieur.

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Vue depuis le salon sur l’ensemble du séjour et sur l’escalier.

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La cuisine communique avec une terrasse Sud par la grande porte-fenêtre et possède une fenêtre bandeau sur le jardin.

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Escalier d’accès à la mezzanine de l’étage vu du séjour.

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La mezzanine traversante permet au soleil couchant de pénétrer dans la maison.
Vue sur le jardin depuis la mezzanine desservant les chambres.

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A l’étage, la chambre des parents possède une terrasse réalisée sur le toit du volume de la cuisine.

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façade Est côté rue : à noter l’aspect minimaliste et même austère du traitement de cette façade qui exprime ainsi le désir de protection de l’intimité de la maison et de ses occupants par rapport à l’espace public. Peu d’ouvertures, traitées de manière simple et fonctionnelles (fenêtres des chambres et de l’espace mezzanine). Seuls, la fenêtre hublot de rez-de-chaussée et le volume arrondi de l’espace rangement en saillie du volume principal apportent un peu de fantaisie à cette façade et rappellent certains éléments constitutifs des autres façades assurant ainsi l’unité architecturale d’ensemble.

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La façade d’arrivée sur la maison préserve l’intimité de la partie nuit de la maison par ses ouvertures réduites .
La fermeture de la maison sur la rue est accentuée par un portail plein, prolongeant l’enceinte.

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–––– Autres projets réalisés par le cabinet Claude Veyret ––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Pour le site internet de Claude Veyret, c’est ICI.

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maison construite en 1995

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maison construite en 2002 surplombant un joli village traditionnel

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