Ils ont dit… (9)


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Imagination et sublimation

     « On a reconnu que le royaume de l’imagination était une « réserve », organisée lors du passage douloureusement ressenti du principe de plaisir au principe de réalité , afin de permettre un substitut à la satisfaction instinctive à laquelle il fallait renoncer dans la vie réelle. L’artiste, comme le névropathe, s’était retiré loin de la réalité insatisfaisante dans ce monde imaginaire, mais à l’inverse du névropathe il s’entendait à trouver le chemin du retour et à reprendre pied dans la réalité. Ses créations, les oeuvres d’art, étaient les satisfactions imaginaires de désirs inconscients, tout comme les rêves, avec lesquels elles avaient d’ailleurs en commun le caractère d’être un compromis, car elles aussi devaient éviter le conflit à découvert avec les puissances de refoulement. Mais à l’inverse des productions asociales narcissiques du rêve, elles pouvaient compter sur la sympathie des autres hommes, étant capables d’éveiller et de satisfaire chez eux les mêmes inconscientes aspirations du désir. De plus elles se servaient, comme « prime de séduction », du plaisir attaché à la perception de la beauté de la forme. Ce que la psychanalyse pouvait faire, c’était — d’après les rapports réciproques des impressions vitales, des vicissitudes fortuites et des oeuvres de l’artiste — reconstruire sa constitution et les aspirations instinctives en lui agissantes, c’est-à-dire ce qu’il présentait d’éternellement humain. »

FreudMa vie et la Psychanalyse, éd. Gallimard, « Idées », pp. 80-81, cité par Frédéric Laupies dans Leçon philosophique sur l’imagination, PUF.


Qu’est-ce que tu aimes le plus ?

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Knut Hamsen (1859-1952)

     Dans son roman Pan, l’écrivain norvégien Knut Hamsun a dépeint un personnage égal à lui-même, il s’agit du lieutenant Thomas Glahn de caractère instable, inconstant, impulsif, en fuite perpétuelle vis à vis de la société, se réfugiant dans une relation fusionnelle avec la Nature (il vit seul dans une cabane dans la forêt avec son chien Aesop) et préférant le monde des idées à celui de leur accomplissement. Bref, le héros romantique personnifié.  Ces traits de caractère ressortent bien dans un des dialogues qu’il a avec Eva, la femme du forgeron qui l’aime secrètement :

— Il y a trois choses que j’aime (…). J’aime un rêve d’amour que j’ai eu jadis, je t’aime     et j’aime ce bout de terre.
— Et qu’est-ce que tu aimes le plus ? lui demande-t-elle.
— Le rêve…

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