Notre Dame de Paris : tristesse et colère


Touchés au cœur !

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Regardez cette photo terrifiante, ne voyez-vous pas Notre Dame
au visage effaré agiter un bras en proie aux flammes.
Quelqu’un dans la foule la comparait à « une bête blessée. »

***

       L’inconcevable s’est produit et les larmes me viennent aux yeux. Que dire face à ce spectacle affligeant, sinon que quelque chose en nous s’est brisé peut être définitivement car nous portions en nous cette cathédrale et elle nous habitait comme habitent au plus profond de nous-mêmes d’autres chef-d’œuvres du génie humain tels le Mont Saint-Michel, le château de Versailles, la Basilique de Vézelay et la Tour Eiffel et au-delà le Taj Mahal et l’Alhambra de Grenade et bien d’autres encore.  Nous sommes aujourd’hui comme amputés d’une part vitale de nous-mêmes. Notre-Dame de Paris, c’était notre fierté, notre assurance, l’un des socles sur lequel s’appuyait notre culture, notre identité, notre histoire. Elle apparaissait au dessus des toits de Paris comme un fantastique éperon de pierre qui avait résisté à toutes les tempêtes de l’histoire et à l’usure du temps et semblait pour cela indestructible. C’était le lien qui nous rattachait à des moments forts de notre passé, celui du Moyen-Âge, où la foi de notre peuple et son génie avait, pour se lancer à l’assaut du ciel, inventé l’élégance et la légèreté de l’architecture gothique dont Notre Dame de Paris était l’un des plus purs exemples et qui allait se répandre par la suite dans toute l’Europe, celui de l’épopée napoléonienne lorsque la cathédrale servit de cadre au couronnement de l’empereur, celui du siècle de Victor Hugo avec son roman Notre-Dame de Paris que nous dévorions, enfants, fascinés par les personnages d’Esmeralda et de Quasimodo, et de Viollet-le-Duc qui avait sauvé de la ruine de nombreux monuments de France et avait « achevé » Notre-Dame en la coiffant du point d’orgue que constitue la flèche centrale faite de bois de chêne recouverte de plomb, Flèche que je viens de voir tomber en flammes sur elle-même après avoir longtemps résisté au brasier et enfin, siècle de l’occupation et de la libération lorsque le 26 août 1944, le général De Gaulle, après avoir descendu à pied les Champs-Élysées se rendit à la cathédrale pour assister à un Te Deum. Combien de fois me suis-je recueilli dans ce haut-lieu de l’esprit lors de mes études à Paris, bien que je n’avais pas la foi, simplement pour me sentir en communion étroite avec la beauté, le sublime, l’histoire. Lors de ma dernière visite, j’avais recherché la Vierge à l’Enfant, cette statue du XIVe siècle, près de laquelle Paul Claudel, le 25 décembre 1886, à l’âge de 18 ans, avait été touché par la révélation et s’était converti. Je n’avais été touché par aucune grâce ce jour là mais j’avais ressenti une nouvelle fois la grandeur et la sérénité du lieu. Au moment même où j’écris ces lignes, j’apprends par la télévision que les pompiers tentent de sauver « le maximum d’œuvres d’art », Peut-être cette statue de Notre-Dame sera-t-elle sauvée mais qu’en sera-t-il des joyaux de la chrétienté que constituent les trois magnifiques rosaces  datant du Moyen-âge dont l’une, la Rose Sud avait été offerte par le roi Saint-Louis ? Sans doute, le pays tout entier s’attachera-t-il à reconstruire au mieux ce monument emblématique, et se mobilisant, y parviendra sûrement. Mais rien ne sera plus comme avant. L’âme du monument se sera envolée de la même manière que « la cathédrale dans la cathédrale » que constituait l’immense charpente faites d’arbres qu’on avait abattu au Moyen-Age en Île-de-France et qu’on appelait « la Forêt » se sera métamorphosée en fumée.

     Cette blessure qui nous accable ne sera malheureusement pas la seule. Il est une autre blessure morale qui va désormais nous hanter : le sentiment de honte de ne pas avoir été capables de préserver ce joyau d’architecture si important pour nous Français parce qu’il fondait notre existence et notre avenir. Nous avons failli, nous n’avons pas été dignes de l’héritage qui nous avait été légué. Il n’y a pourtant pas de fatalité. On sait, on devrait savoir, que réaliser des travaux dans une cathédrale de bois sec est extrêmement dangereux. Les cas d’incendies dévastateurs intervenus dans ce genre de circonstances sont nombreux. On pense à l’incendie du Parlement de Bretagne à Rennes causé par le jet par un manifestant d’une fusée de détresse. Comment se fait-il qu’à l’occasion de ces travaux si délicats dans un monument si important les précautions nécessaires n’aient pas été prises. Y avait-il un service de sécurité permanent sur le site ? Avait-on pris la précaution de mettre en place de manière préventive des tuyaux d’incendie au niveau de la charpente qui auraient pu permettre de stopper l’incendie à ses prémisses ? Que l’on ne vienne pas nous dire que ces précautions n’avaient pas été prises pour raisons d’économie. Il ne peut y avoir aucune excuse à une telle tragédie. Elle révèle notre vulnérabilité due à notre faillite collective. Dans ces conditions que peux-t-il arriver encore demain ? La destruction du Château de Versailles ? une catastrophe dans un réacteur nucléaire ? N’est-ce pas l’EDF, maître d’œuvre de l’EPR de Flamanville, qui s’insurge contre les retards et les surcoûts qu’occasionneront les réparations des soudures défectueuses dans le réacteur qu’impose l’autorité de sûreté nucléaire ? Il serait temps à notre société de faire son examen de conscience et de réagir contre l’irresponsabilité. Il faut considérer ce terrible événement comme un avertissement, notre pays est de moins en moins armé à répondre aux défis civilisationnels que nous avons et aurons à relever. C’est le prix de l’individualisme, de l’ignorance, de l’irresponsabilité, de l’absence de volonté et du renoncement.

Enki sigle

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La Rose Sud de Notre-Dame de Paris


Récolté depuis sur les médias :

  • « l’État n’accorde pas assez d’importance au patrimoine » : Maxime Cumunel, secrétaire général de l’Observatoire du patrimoine religieux, interviewé sur RMC, critique les conditions de restauration des chantiers, déplore le manque de précautions et la faiblesse de leur encadrement et demande que l’État prenne des mesures pour qu’un tel incendie ne se reproduise plus.   :  c’est ICI.
  • Julien Le Bras, représentant l’entreprise Europe Échafaudages le 15 avril : « Il n’y avait absolument aucun ouvrier au moment de l’incendie de Notre-Dame » sur actu.orange. fr, c’est ICI.

Ainsi il semble bien qu’il n’y aurait eu aucune présence sur le chantier après le départ des ouvriers. Questions : combien va coûter la reconstitution de la cathédrale et combien aurait coûté durant la durée du chantier le coût d’une permanence de sécurité de 2 personnes qualifiées durant les travaux ?

Commentaire entendu le 16 avril de la part d’un spécialiste de ces chantiers : « dans ces chantiers où l’on travaille des matières comme le plomb, on utilise des système de chauffage électrique qui continuent à produire de la chaleur même après leur extinction ».

  • Ce soir, mardi 16 avril, sur la chaîne Public Sénat, l’académicien Jean-Marie Rouard a tenu les mêmes propos que moi sur le scandale du manque de protection contre l’incendie de ce type de travaux et demande des comptes aux responsables.
  • Toujours ce mardi soir 16 avril, on apprend sur une chaîne de télévision que l’une des alarmes contre l’incendie  placées dans la « Forêt » a fonctionné vers 18 heures, ce qui a conduit plusieurs employés à effectuer un rapide contrôle qui s’est révélé être négatif or un quart d’heure plus tard de la fumée puis des flammes sont apparues à la base de la flèche. Commentaire d’un responsable : « c’était difficile de tout vérifier, la forêt était tellement grande…»

le feu à la maison Europe !

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Mais où sont les pompiers ?

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House Fire by Becca Stadtlander

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