Illustres illustrateurs : lunes à la une


Gustaf Fjæstad - Moonlight over the Racken
Gustaf Fjæstad (peintre suédois 1868-1948) – Moonlight over the Racken

Ken Faulks - full moon.jpg
Ken Faulks (peintre canadien né en 1964) – Full moon

hot-summer-moonlight-1915-by-tom-thomson.jpg
Tom Thomson (peintre canadien proche du Groupe des Sept 1877-1917)
Hot Summer Moonlight, 1915

Tom Thomson (1877-1917) - Moonlight, 1915.png
Tom Thomson (peintre canadien 1877-1917) – Moonlight, 1915

Karl Schmidt-Rottluff -  Mond über der Küste, 1956.jpg
Karl Schmidt-Rottluff (peintre expressionniste allemand 1884-1976)
Mond über der Küste, 1956


Robert Walser : Der Greifensee (1899)

––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Robert Walser vers 1898-1900

Robert Walser vers 1898-1900

      Le premier texte important publié par Walser est un texte court, « Le Greifensee » qui est paru le 2 juillet 1899 dans le supplément dominical du Bund (Berne). Cette prose évoque une randonnée de Walser entre la ville de Zurich et un petit lac situé à huit kilomètres à l’est de la ville. Il est alors âgé de vingt et un ans. Le traducteur André Gabastou précise, dans un texte consacré à l’écrivain, que  » Walser y évoque le décor alpin à grand renfort d’adjectifs tels que « gentilles », tranquilles », « doux », «magnifique » qui transforment le texte en une sorte d’épiphanie kitsch à la gloire de la nature. Toutefois un tel angélisme demande à être examiné de plus près. L’auteur reprend, à coup sûr, une tradition de la description établie en son temps par Rousseau dans la lettre XXIII de La Nouvelle Héloïse, roman épistolaire publié en 1761 : « Un mélange étonnant de la nature sauvage et de la nature cultivée montrait partout la main des hommes, où l’on eût cru qu’ils n’avaient jamais pénétré : à côté d’une caverne on trouvait des maisons ; on voyait des pampres secs où l’on n’eût cherché que des ronces, des vignes dans les terres éboulées, d’excellents fruits sur des rochers, et des champs dans des précipices. »
     Cette montagne assez basse a pour fonction aux yeux de Walser non pas d’exciter ou de stimuler l’imagination, mais de la contenir, de l’apaiser comme si le sujet, ébranlé jusqu’au tréfonds de lui-même, se relevait d’un traumatisme et cherchait à le dissimuler, à le taire pour mieux l’oublier. On est aux antipodes de la montagne telle qu’elle était perçue par les romantiques allemands ou même par Thomas Mann dans La Montagne magique : « Quelques heures après le coucher du soleil, il faisait sept ou huit degrés au-dessous de zéro. Le monde semblait voué à une pureté glacée, sa malpropreté naturelle semblait cachée et figée dans le rêve d’une fantastique magie macabre ».

Greifensee - Storen, neolithische Seeufersiedlungen (photo Roland zh)

le lac de Grafen (Grafensee)

Le Greifensee

     C’est par un frais matin que j’entreprends de marcher de la grande ville au grand lac célèbre vers le petit lac presqu’inconnu. Sur le chemin, je ne rencontre rien d’autre que ce qu’un homme ordinaire peut rencontrer sur un chemin ordinaire. Je dis bonjour à quelques moissonneurs zélés, c’est tout; j’observe attentivement les fleurs aimables, c’est encore tout; je me mets à soliloquer gentiment, et encore un fois, c’est tout. Je ne prends garde à aucune particularité du paysage, car je marche et je pense qu’ici il n’y a plus rien de particulier pour moi. et ainsi je vais, et comme je vais ainsi, voici que j’ai passé le premier village avec ses grandes maisons larges, ses jardins qui invitent au repos et à l’oubli, ses fontaines qui chantent, ses beaux arbres, ses fermes, ses cafés et autres choses dont je ne me souviens pas en cet instant oublieux. Je vais toujours et ne redeviens attentif que quand le lac transparaît au-dessus du feuillage vert et de la pointe sereine des sapins. Je pense, voici mon lac, vers lequel je dois aller, qui m’attire. De quelle façon il m’attire, et pourquoi, le lecteur bienveillant le saura lui-même, s’il veut bien suivre ma description qui se permet de sauter par-dessus les sentiers, les prés, la forêt, le ruisseau et les champs jusqu’au petit lac où elle s’arrête avec moi et n’en revient pas de la beauté inattendue, secrètement devinée seulement, de ce dernier. Mais laissons-là s’exprimer elle-même sur son mode traditionnellement exalté : c’est un silence blanc et vaste encadré à son tour d’un silence vert aérien; c’est de la forêt qui encercle le lac; c’est du ciel, un ciel bleu pâle un peu couvert; c’est de l’eau, de cette eau qui ressemble tellement au ciel que ce ne peut être que du ciel et celui-ci que de l’eau bleue; c’est un doux silence bleu et tiède, c’est le matin; un très, très beau matin. Je ne trouve pas de mots, bien qu’il me semble avoir déjà abusé des mots. Je ne sais de quoi parler, car tout est si beau, n’existe que pour sa pure beauté. Le soleil luit sur le lac qui devient soleil à son tour, dans lequel le sombres somnolentes de la vie environnante se bercent doucement.

le lac de Grafen (Grafensee)

le lac de Grafen (Grafensee)

     Aucune perturbation, tout est là, à proximité immédiate, à distance indéfinie; toutes les couleurs de ce monde s’harmonisent en un ravissant monde matinal ravi. Très modestes, les hauts sommets de d’Appenzell, au loin, ne forment pas un froide dissonance, non, ils semblent n’être qu’un lointain vert un peu flou qui fait partie du vert si magnifique et doux de tout l’environnement. O que ce paysage est doux et calme et vierge. –– C’est ainsi que s’exprime la description, vraiment une description enthousiaste, ravie. Que pourrais-je ajouter ? Je parlerais comme elle, s’il fallait recommencer, car c’est en tout point la description de mon cœur. Sur tout le lac, je ne vois qu’un canard qui nage de long en large. Vite, je retire mes habits et fais comme le canard; et dans la plus grande joie, je gagne le large, jusqu’à ce que ma poitrine ait de l’ouvrage, que mes bras fatiguent et mes jambes deviennent raides. Quelle joie de s’éreinter par pur plaisir ! Le ciel qui vient d’être décrit avec beaucoup trop peu de chaleur, le ciel est au-dessus de moi et sous moi sont les douces et silencieuses profondeurs; et la poitrine inquiète, un peu serrée, je peine au-dessus de ces profondeurs pour gagner la terre ferme où je tremble et ris et ne peux plus, presque plus respirer. Le vieux château de Greifensee salue d’en face, mais le souvenirs historiques m’importent peu pour l’heure; je me réjouis bien plutôt de voir tomber la nuit que je passerai ici au même endroit et je cherche à deviner comment ce sera, au bord du petit lac, quant les dernières lueurs du jour effleureront sa surface, ou bien comment ce sera, ici, quand une infinité d’étoiles flotteront là-haut –– et je repars au large.  ––

Heinrich Thomann (1748-1794) - Vue du Château de Greifensee

Heinrich Thomann (1748-1794) – Vue du Château de Greifensee

°°°

––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Entre Greifensee et Niederuster - vue du sud-ouest (photo Roland zh)

Entre Greifensee et Niederuster – vue du sud-ouest (photo Roland zh)

Der Greifensee

    Es ist ein frischer Morgen und ich fange an, von der grossen Stadt und dem grossen bekannten See aus nach dem kleinen, fast unbekannten See zu marschieren. Auf dem Weg begegnet mir nichts als alles das, was einem gewöhnlichen Menschen auf gewöhnlichem Wege begegnen kann. Ich sage ein paar fleissigen Schnittern „guten Tag“, das ist alles; ich betrachte mit Aufmerksamkeit die lieben Blumen, das ist wieder alles;ich fange gemütlich an, mit mir zu plaudern, das ist noch einmal alles. Ich achte auf keine landschaftliche Besonderheit, denn ich gehe und denke, dass es hier nichts Besonderes mehr für mich gibt. Und ich gehe so, und wie ich so gehe, habe ich schon das erste Dorf hinter mir, mit den breiten grossen Häusern, mit den Gärten, welche zum Ruhen und Vergessen einladen, mit den Brunnen, welche platschen, mit den schönen Bäumen, Höfen, Wirtschaften und anderem, dessen ich mich in diesem vergesslichen Augenblick nicht mehr erinnere. Ich gehe immer weiter und werde zuerst wieder aufmerksam, wie der See über grünem Laub und über stillen Tannenspitzen hervorschimmert; ich denke, das ist mein See, zu dem ich gehen muss, zu dem es mich hinzieht. Auf welche Weise es mich zieht, und warum es mich zieht, wird der geneigte Leser selber wissen, wenn er das Interesse hat, meiner Beschreibung weiter zu folgen, welche sich erlaubt, über Wege, Wiesen, Wald, Waldbach und Feld zu springen bis an den kleinen See selbst, wo sie stehen bleibt mit mir und sich nicht genug über die unerwartete, nur heimlich geahnte Schönheit desselben verwundern kann. Lassen wir sie doch in ihrer althergebrachten Überschwenglichkeit selber sprechen: Es ist eine weisse, weite Stille, die wieder von grüner luftiger Stille umgrenzt wird; es ist See und umschliessender Wald; es ist Himmel, und zwar so lichtblauer, halbbetrübter Himmel; es ist Wasser, und zwar so dem Himmel ähnliches Wasser, dass es nur der Himmel und jener nur blaues Wasser sein kann; es ist süsse blaue warme Stille und Morgen; ein schöner, schöner Morgen. Ich komme zu keinen Worten, obgleich mir ist, als mache ich schon zu viel Worte. Ich weiss nicht, wovon ich reden soll; denn es ist alles so schön, so alles der blossen Schönheit wegen da. Die Sonne brennt herab vom Himmel in den See, der ganz wie Sonne wird, in welcher die schläfrigen Schatten des umrahmenden Lebens leise sich wiegen.

1280px-Greifensee_-_IMG_2497

     Es ist keine Störung da, alles lieblich in der schärfsten Nähe, in der unbestimmtesten Ferne; alle Farben dieser Welt spielen zusammen und sind eine entzückte, entzückende Morgenwelt. Ganz bescheiden ragen die hohen Appenzellerberge in der Weite, sind kein kalter Misston, nein, scheinen nur ein hohes, fernes, verschwommenes Grün zu sein, welches zu dem Grün gehört, das in aller Umgebung so herrlich, so sanft ist. O wie sanft, wie still, wie unberührt ist diese Umgebung, wird durch sie dieser kleine, fast ungenannte See, ist selber also so still, so sanft, so unberührt.– Auf eine solche Weise spricht die Beschreibung, wahrlich: eine begeisterte, hingerissene Beschreibung. Und was soll ich noch sagen? Ich müsste sprechen wie sie, wenn ich noch einmal anfangen müsste, denn es ist ganz und gar die Beschreibung meines Herzens. Auf dem ganzen See sehe ich nur eine Ente, welche hin und her schwimmt. Schnell ziehe ich meine Kleider aus und tu wie die Ente; ich schwimme mit grösster Fröhlichkeit weit hinaus, bis meine Brust arbeiten muss, die Arme müde und die Beine steif werden. Welch eine Lust ist es, sich aus lauter Fröhlichkeit abzuarbeiten! Der eben beschriebene, mit viel zu wenig Herzlichkeit beschriebene Himmel ist über mir, und unter mir ist eine süsse, stille Tiefe;und ich arbeite mich mit ängstlicher, beklemmter Brust über der Tiefe wieder ans Land, wo ich zittere und lache und nicht atmen, fast nicht atmen kann. Das alte Schloss Greifensee grüsst herüber, aber es ist mir jetzt gar nicht um die historische Erinnerung zu tun; ich freue mich vielmehr auf einen Abend, auf eine Nacht, die ich hier am gleichen Ort zubringen werde, und sinne hin und her, wie es an dem kleinen See sein wird, wenn das letzte Taglicht über seiner Fläche schwebt, oder wie es sein wird hier, wenn unzählige Sterne oben schweben – und ich schwimme wieder hinaus.

(Juli 1899 in “Sonntagsblatt des Bund“, Bern)

David Herrliberger - Greifende schloss, 1740

David Herrliberger – Greifende schloss, 1740

°°°

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

textes et articles liés :

  • Robert Walser, Seeland : Récit de voyage (1920), c’est   ICI

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Regards croisés : deux photographies anciennes du Fuji San (Fuji Yama)

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Dans le pays de Yamato,
Il est notre trésor, notre dieu tutélaire.
Nos yeux ne se lassent jamais de regarder
Le pic élevé du Mont Fuji

Manyoshu (premier recueil de poésie du Japon, au VIIIe siècle)

Okinawa Soba (Rob) - Two versions of Fuji san publised by K. Ogawa - Herbert Ponting, 190

photo du Fuji San  et du lac Shoji publiée K. Ogawa – photographe Herbert Ponting, 1905.

Okinawa Soba (Rob) - Two versions of Fuji san publised by K. Ogawa - T. Enami, circa 1907 from a stereo view

photo du  Fuji San et du lac Shoji publiée K. Ogawa – vue par stéréogramme par le photographe T. Enami, vers 1907.

     Ces deux photographies prises par deux photographes différents à deux années d’intervalles et selon un cadrage différent représentent la même vue, prise rigoureusement du même endroit, du Fuji San, 3.776 m (Fuji Yama).

       C’est en 1905 que Ogawa K., un éditeur de Tokyo, publie un livre présentant vingt-cinq photos du Fuji San prises par un photographe britannique, Herbert G. Ponting. Si l’édition était de qualité irréprochable et rencontra un grand succès, les japonais critiquaient la manière dont Herbert G. Ponting avait photographié leur montagne sacrée en particulier au niveau du cadrage. Selon eux, seul un japonais avait la faculté de représenter, selon l’esprit et l’âme japonaise, le Fuji San. C’est ainsi que quelques années plus tard, en 1912, Ogawa K. rééditera le même titre mais avec vingt-quatre photos réalisées par trois photographes cette fois japonais dont il faisait partie lui-même. Les deux autres photographes étaientt son ami K. Tamamura et son ancien élève et assistant T. Enami.  

       Le photographe japonais Okinawa Soba qui a comparé le deux éditions regrette que les photographes japonais aient repris pour la plupart de leurs photos (sans doute par la volonté de leur éditeur) les vues initiales choisies par Herbert G. Ponting. Il aurait préféré qu’ils choisissent leurs thèmes en toute liberté. Pour la vue représentée ci-dessus du Fuji San en arrière-plan du lac Shoji, il déclare préférer la version de la photographie réalisée par son compatriote Enami car celui-ci a ménagé dans son cadrage un écart suffisamment important entre le sommet de la montagne et la branche d’arbre qui le coiffe, ce qui permet une meilleure visibilité du Fuji San en le détachant de son décor. Il aurait pu également ajouter que la part plus importante prise par le plan d’eau dans la photographie d’Ennemi (elle occupe 37 % de la hauteur de la photo contre 21% dans la photo de Ponting) a pour effet de mettre en valeur la montagne et que le choix d’un cadrage vertical pour la photo a pour effet d’accentuer le sentiment d’élévation que l’on ressent à la vue de celle-ci.

°°°

  • Pour voir le contenu complet et inédit de l’édition japonaise de 1905, c’est  ICI .
  • Pour voir le contenu complet et inédit de l’édition japonaise de 1912, c’est  ICI .
  • Pour la présentation de vues comparatives des deux éditions sur flickr, c’est ICI  .
°°°
     –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Autres comparaisons de photos entre Herbert G. Ponting et les photographes japonais

Capture d’écran 2015-09-22 à 14.56.45
     Ponting n’a pas eu de chance car, au moment de sa prise de vue, e sommet du Fuji était caché par un nuage, la montagne sacrée des japonais n’apparaît ainsi pas dans toute sa splendeur mais en dehors de cette malencontreuse circonstance le photographe japonais Enami me semble avoir fait un meilleur choix que le photographe anglais en privilégiant la représentation verticale du paysage qui a pour effet ramener le Fuji au centre de la photo et de lui conférer de cette manière l’importance qu’il mérite. De la même manière les deux personnages n’apparaissent pas, comme dans la prise de vue de Ponting, « noyés » dans l’horizontalité de l’espace mais voient leur présence renforcée. Enfin, le fait de présenter la photo en mode verticale permet d’affirmer l’axe vertical de symétrie qui relie le sommet du Fuji au personnage qui se tient debout sur l’embarcation, effet accentué par le reflet de celui-ci dans l’eau du lac. On remarquera aussi que la structure verticale de l’eau donne plus d’importance à l’étendue d’eau sur laquelle le mont Fuji semble flotter, en équilibre entre l’eau et le ciel.
Capture d’écran 2015-09-22 à 14.57.36
       Peu de différence entre les deux photographies. Il semble que Enami a bénéficié d’une meilleure luminosité qui a permis d’accentuer le conteste entre la côte et la surface du lac. On remarquera problème récurrent chez Ponting de « coller » le sommet de la montagne au bord supérieur de la photo qui nuit à sa mise en valeur.
Capture d’écran 2015-09-22 à 14.58.29
     Photos également très semblables mais toujours le problème du « collage » du sommet de la montagne au bord supérieur du cadre. On a l’impression que Ponting cherche à « remplir » au maximum le cadre de sa photo. 
Capture d’écran 2015-09-22 à 14.58.43
     Une nouvelle fois le choix de la présentation verticale de la photo nous semble judicieux. Enami a eu raison de rapprocher les deux personnages et de les placer au centre de la composition. Peut-être aurait-il du donner un peu moins d’importance au premier plan rocheux qui emplit presque la moitié de la photon au détriment du paysage et du ciel qui le domine.

°°°

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

lac d’Annecy, ces derniers jours… (photos Enki)

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

photo Enki (IMG_9941)

une pépite luit au fond du fleuve

Aurore - photo Enki (IMG_0060)

Aurore

IMG_0062

capture

°°°

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

meraviglia

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

le sillage de la barque de Väinämöinen…

Akseli Gallen-Kallela - Gezicht op een meer

Akseli Gallen-Kallela – Vue sur le lac, 1901

     En Finlande, le peuple nomme les raies claires et luisantes que l’on voit sur la mer après un orage le « Sillage de la barque de Väinämöinen ». Ce dieu d’origine slave, fils de Rava et frère ainé d’Ilmarénen est le personnage principal de la poésie et de l’épopée finnoise et carélienne, le Kalevala. Il est le créateur du feu, a apporté la civilisation aux hommes, inventé les arts et l’instrument de musique mélodieux nommé Kandéla, une sorte de lyre. A la manière d’Orphée, lorsqu’il joue de cet instrument, les ours et les rennes font cercle autour de lui,  la mer se calme pour l’écouter, les arbres se meuvent en cadence, et les meules de foin accourent en dansant dans les granges. Lui-même, séduit par sa propre musique, tombe dans un délire extatique et verse au lieu des larmes un torrent de perles éblouissantes. On le représente comme un vieillard sage à la voix mélodieuse.

Akseli Gallen-Kallela - Sunrise over Lake

Akseli Gallen-Kallela – Coucher de soleil sur le lac Ruovesi

°°°

––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Poésie : traduttore, tradittore : « Alone » de James Joyce

James Joyce

James Joyce (1842, Dublin -1941, Zurich)

 En 1916, Joyce séjourne à Zurich où il séjournait dans une maison de la Seefeldstrasse au numéro 54, occupant une chambre au rez-de-chaussé, ironie du sort, la chambre était dernièrement occupée par un certain Blum L., dont le nom se prononce comme le nom de  deux des personnages d’Ulysse, Léopold et Molly Bloom… Joyce et sa maîtresse Nora Barnacle avait quitté Trieste et s’étaient réfugiés à Zurich en juin 1915 pour se protéger des conséquences de la guerre austro-italienne.

 Le poème Alone est l’un des treize poèmes du recueil Pomes Penyeach publié en 1927 par Shakespeare and Co à Paris. Pomes est la transcription phonétique de Poems mais certains y ont vu l’utilisation du français pomme; le titre sera d’ailleurs traduit en français par Pommes d’Api. Le premier poème Tilly (tuilleadh en irlandais) est un bonus; il était en effet coutume en Irlande d’offrir le treizième objet pour le prix de douze à l’instar des boulangers anglais qui appliquaient ce principe pour leurs pains. Le prix était de 12 francs, ou un shilling, soit 12 pence conformément au titre Penyeach (un penny chacun).

 Alone évoque la promenade d’un soir sur les rives du lac de Zurich. En 1916, Joyce a 34 ans et n’a pas encore rencontré Martha Fleischmann, la jeune et jolie suissesse dont il tombera amoureux deux ans plus tard et qui aurait servi de modèle pour les personnages de Gerty MacDowell dans Nausikaa et Martha Clifford dans Ulysse. Alone est un fantasme au sujet d’une femme imaginaire. Son ami, le peintre Frank Budgen, déclarera plus tard que Joyce lui avait confié qu’un artiste comme lui avait besoin de vivre des expériences extra-conjugales.

Nuit étoilée - van Gogh, 1888 Nuit étoilée – Van Gogh, 1888

                  « Alone »                                                    Seul (traduction de Guy Lafaille)

The moon’s greygolden meshes make             Les mailles grises dorées de la lune font
All night a veil.                                                       toute la nuit un voile

The shorelamps in the sleeping lake                Les lumières du rivage dans le lac qui dort
Laburnum tendrils trail.                                     traînent des vrilles de cytise.

The sly reeds whisper to the night                     Les roseaux rusés murmurent à la nuit
A name — her name —                                         un nom — son nom —

And all my soul is a delight,                                Et toute mon âme est en délice,
A swoon of shame.                                                Une pâmoison de honte.

––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

   Seul (traduction de Schouch & Enki)                   Seul (traduction d’Enki)

Sous les reflets gris et jaunes de la lune           Sous les reflets mordorés de la lune
L’immense nuit s’est parée d’un voile.               la nuit toute entière a pris l’aspect d’un voile.

Sur le lac assoupi, les feux du rivages              Sur les eaux dormantes du lac, 
se tordent en vrilles de cytise                               les feux du rivage                                                
                                                                                     se tordent en vrilles de cytise.

Dans la nuit les roseaux malicieux                    Dans la nuit, les roseaux pleins de malice
chuchotent un nom – son nom –                          chuchotent un nom — son nom —

Et mon être entier se pâme de délice,                 Et mon être tout entier se pâme de délices,
de délice, et de honte...                                            de délices, et de honte…

°°°

________________________________________________________________________________