Sturm und Drang : Gottfried August Bürger, la ballade de Lenore (1773)

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220px-Goe.Skulptur.Bürgerstr.CA.Bürger02.detail   Gottfried August Bürger (1747-1794)

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   Gottfried August Bürger est le prototype du poète romantique allemand maudit ; sa vie aura été marquée par une longue suite de drames et de tourments. Fils de pasteur, il commence par étudier la théologie à Halle, puis le droit à Göttingen où il découvre la jeune poésie allemande alors influencée par Klopstock et Wieland.

   Marié avec Dorothea Mariann Leonart, il tombe amoureux de sa belle-sœur, Augusta Maria Wilhelmine Eva (« Molly ») qu’il finira par épouser après la mort de sa femme. Mais après un an de mariage, celle-ci meurt en couche. Titulaire d’un emploi médiocre, il sombre alors dans la dépression et la misère. Son troisième mariage avec une jeune fille de Stuttgart, Elise Hahn, qui s’était offerte à lui dans dans une épitre en vers, se termine par un divorce.

   Miné par les problèmes matériels, les critiques de ses pairs, notamment Schiller, et pour finir la tuberculose, il se pend à Göttingen à l’âge de 47 ans.

   Ses écrits les plus connus sont  la ballade de Lenore (1773), (l’Elégie (1776), une traduction de Macbeth (1783), la version allemande des Aventures du baron de Münchhausen (1786),  la petite fleur enchantée (1789),

     En 1773, année de la parution de sa ballade la plus célèbre, Lenore, Bürger fréquente à Göttingen le cercle littéraire du….composé des poètes Voss, Cramer, Leisewitz. Bürger se passionne à l’époque comme beaucoup de poètes de sa génération pour les contes populaires de l’Europe du nord; il a pour livre de chevet à cette époque un recueil de ballades écossaises,  Relicts of ancient poetry publié en 1765 en Angleterre par un ecclésiastique, B. Percy et recueille les légendes et récits populaires. La légende veut que ce serait au cours d’un voyage dans sa patrie qu’il aurait eu l’idée de cette ballade en entendant une jeune paysanne chanter les vers suivants :

La lune est claire
Les morts vont si vite à cheval
Dis, chère amie, ne frissonnes-tu pas?  

    Mais il existe dans le recueil édité par Percy une ballade au thème semblable « l’esprit de Sweet William » et l’homme de lettres William Taylor qui devait éditer plus tard la première version anglaise de Lenore rapproche pour sa part cette ballade d’une « obscure ballade anglaise » appelée « The Suffolk Miracle « .

La forme littéraire choisie par Bürger sera la ballade, dont il créera le genre en Allemagne et qui sera repris ensuite par de nombreux poètes comme Gœthe, Schiller, Uhland, Wielnad.

     A la fin de 1803, Madame de Staël se rend en Allemagne avec son compagnon d’alors Benjamin Constant où elle est reçue avec tous les honneurs, elle découvre ainsi la littérature de ce pays alors totalement inconnue en France et en particulier la ballade de Bürger alors très en vogue. De ce voyage naîtra quelques années plus tard son essai « De l’Allemagne » publié pour la première fois à Londres en 1813 et en France en 1814 (après la destruction des épreuves de la première édition de 1810 par Napoléon) qui décrit une Allemagne sentimentale et candide qui aura une grande influence sur le regard que les Français porteront sur ce pays au XIXe siècle.

     Voici ce qu’écrivait Madame de Staël au sujet de l’œuvre de Bürger :

     « en Allemagne, la terreur, les revenants et les sorciers plaisent au peuple comme aux hommes éclairés; c’est un reste de la mythologie du Nord; c’est une disposition qu’inspirent assez naturellement les longues nuits des climats septentrionaux.
      Bürger est celui qui a le mieux saisi cette veine de superstition qui conduit si loin dans le fond du cœur. Celui qui n’a pas lu Lenore dans le texte ne peut se faire une idée du mérite étonnant de cette romance : toutes les images, tous les bruits en rapports avec la situation de l’âme, sont merveilleusement exprimés par la poésie : les syllabes, les rythmes, tout l’art des paroles et de leur  sens est employé pour exciter la terreur. La rapidité des pas du cheval semble plus solennelle et plus lugubre que la lenteur même d’une marche funèbre. L’énergie avec laquelle le cheval hâte sa course, cette pétulance de la mort cause un trouble inexprimable; et l’on se croit emporté par le fantôme, comme la malheureuse qu’il entraîne avec lui dans l’abîme ».

      La ballade de Lenore a eu une influence profonde sur le développement de la littérature romantique en Europe en particulier en Angleterre où elle favorise le renouveau du mode littéraire de la ballade à la fin du XVIIIe siècle. Selon le germaniste John George Robertson :

« [Lenore] a exercé dans la littérature mondiale une influence plus étendue que peut-être tout autre poème. […] Comme une traînée de poudre, cette ballade remarquable a balayé l’Europe, de l’Ecosse à la Pologne et à la Russie , de la Scandinavie à l’Italie . L’image fantastique de l’étrange cavalier au cheval fantomatique qui porte Lenore à sa perte a retenti dans toutes les littératures et a constitué pour beaucoup de jeunes âmes sensibles la révélation d’une nouvelle forme poétique.  Aucune autre production du mouvement artistique du  » Sturm und Drang «  – pas même le Werther de Goethe, paru quelques mois plus tard – n’a eu des effets aussi profonds sur les autres littératures que le Lenore de Bürger, il a puissamment participé à la naissance du mouvement romantique en Europe».

    De la même manière,le spécialiste de la littérature britannique Marti Lee écrit que Bürger, grâce à son œuvre, est l’un des pères fondateurs de la production artistique du XIXe et XXe siècle basée sur l’exploitation du fantastique morbide et du sentiment de l’horreur et notamment les œuvres mettant en scène des revenants et des vampires.

     La première traduction anglaise de la ballade de Bürger a été réalisée en 1790 par l’homme de lettres William Taylor et été éditée en mars 1796. Elle sera suivie de nombreuses autres traductions, celles de Walter Scott en 1794,  celles de William Robert Spencer , Henry James Pye et John Thomas Stanley en 1796 et enfin des traductions de James Beresford et Dante Gabriel Rossetti publiées respectivement en 1800 et 1844, et qui sont considérées comme les traductions les plus fidèles de l’œuvre de Bürger.

      Il faudra attendre 1827 pour connaître la première traduction de la ballade en français réalisée parle journaliste et homme politique français  Ferdinand Flocon. Gérard de Nerval qui était obsédé par le texte a publié cinq traductions successives : deux en prose et trois en vers.

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–––– La ballade de Lénore, 1ère traduction en prose de Gérard de Nerval en 1829 ––––––––––––––––

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    Lénore se lève au point du jour, elle échappe à de tristes rêves : « Wilhelm, mon époux ! es-tu mort ? es-tu parjure ? Tarderas-tu longtemps encore ? » Le soir même de ses noces il était parti pour la bataille de Prague, à la suite du roi Frédéric, et n’avait depuis donné aucune nouvelle de sa santé.

    Mais le roi et l’impératrice, las de leurs querelles sanglantes, s’apaisant peu à peu, conclurent enfin la paix ; et cling ! et clang ! au son des fanfares et des timbales, chaque armée, se couronnant de joyeux feuillages, retourna dans ses foyers.

Lenore - William Blake - 1796

Lenore – William Blake – 1796

    Et partout et sans cesse, sur les chemins, sur les ponts, jeunes et vieux, fourmillaient à leur rencontre. « Dieu soit loué ! » s’écriaient maint enfant, mainte épouse. « Sois le bien venu ! » s’écriait mainte fiancée. Mais, hélas ! Lénore seule attendait en vain le baiser du retour.

    Elle parcourt les rangs dans tous les sens ; partout elle interroge. De tous ceux qui sont revenus, aucun ne peut lui donner de nouvelles de son époux bien aimé. Les voilà déjà loin : alors, arrachant ses cheveux , elle se jette à terre et s’y roule avec délire.

Lénore - illustration de Franz Kolbrand - 1920

Lénore – illustration de Franz Kolbrand – 1920

    Sa mère accourt : « Ah ! Dieu t’assiste ! Qu’est-ce donc, ma pauvre enfant ? » et elle la serre dans ses bras. « Oh ! ma mère, ma mère, il est mort ! mort ! que périsse le monde et tout ! Dieu n’a point de pitié ! Malheur ! malheur à moi !

    — » Dieu nous aide et nous fasse grâce ! Ma fille, implore notre père : ce qu’il fait est bien fait, et jamais il ne nous refuse son secours. — Oh ! ma mère, ma mère ! vous vous trompez Dieu m’a abandonnée : à quoi m’ont servi mes prières ? à quoi me serviront-elles ?

    — » Mon Dieu ! ayez pitié de nous ! Celui qui connait le père sait bien qu’il n’abandonne pas ses enfants : le Très-Saint-Sacrement calmera toutes tes peines! — Oh ! ma mère, ma mère !…. Aucun sacrement ne peut rendre la vie aux morts !…..

    — » Mon Dieu ! ayez pitié de nous. N’entrez point en jugement avec ma pauvre enfant ; elle ne sait pas la valeur de ses paroles….. ne les lui comptez pas pour des péchés ! Ma fille, oublie les chagrins de la terre ; pense à Dieu et au bonheur céleste ; car il te reste un époux dans le ciel !

Le Blasphème ou Lénore - Octave Penguilly gravure Louis - 1842

Le Blasphème ou Lénore – Octave Penguilly gravure Louis – 1842

    — » Oh ! ma mère , qu’est-ce que le bonheur ? Ma mère, qu’est-ce que l’enfer ?….. Le bonheur est avec Wilhelm, et l’enfer sans lui ! Éteins-toi, flambeau de ma vie, éteins-toi dans l’horreur des ténèbres ! Dieu n’a point de pitié…. Oh ! malheureuse que je suis ! »

    Ainsi le fougueux désespoir déchirait son cœur et son âme, et lui faisait insulter à la providence de Dieu. Elle se meurtrit le sein, elle se tordit les bras jusqu’au coucher du soleil, jusqu’à l’heure où les étoiles dorées glissent sur la voûte des cieux.

    Mais au dehors quel bruit se fait entendre ? Trap ! trap ! trap !….. C’est comme le pas d’un cheval. Et puis il semble qu’un cavalier en descende avec un cliquetis d’armures ; il monte les degrés…. Écoutez ! écoutez !… La sonnette a tinté doucement… Klinglingling ! et, à travers la porte, une douce voix parle ainsi :

— » Holà ! holà ! ouvre-moi, mon enfant ! Veilles-tu ? ou dors-tu ? Es-tu dans la joie ou dans les pleurs ? — Ah ! Wilhelm ! c’est donc toi ! si tard dans la nuit !… Je veillais et je pleurais….. Hélas ! j’ai cruellement souffert…. D’où viens-tu donc sur ton cheval ?

    — » Nous ne montons à cheval qu’à minuit; et j’arrive du fond de la Bohême : c’est pourquoi je suis venu tard, pour te remmener avec moi. — Ah! Wilhelm, entre ici d’abord ; car j’entends le vent siffler dans la forêt…..

     — » Laisse le vent siffler dans la forêt, enfant ; qu’importe que le vent siffle. Le cheval gratte la terre, les éperons résonnent ; je ne puis pas rester ici. Viens, Lénore, chausse-toi, saute en croupe sur mon cheval ; car nous avons cent lieues à faire pour atteindre à notre demeure.

Lénore - illustration 1796

Lénore – illustration 1796

     — » Hélas ! comment veux-tu que nous fassions aujourd’hui cent lieues, pour atteindre à notre demeure ? Écoute ! la cloche de minuit vibre encore. — Tiens ! tiens ! comme la lune brille !…. Nous et les morts, nous allons vite ; je gage que je t’y conduirai aujourd’hui même.

    — Dis-moi donc où est ta demeure ?

    Y a-t-il place pour moi ? — Pour nous deux. Viens, Lénore, saute en croupe : le banquet de noces est préparé, et les conviés nous attendent. »

    La jeune fille se chausse, s’élance, saute en croupe sur le cheval ; et puis en avant ; hop ! hop ! hop ! Ainsi retentit le galop…. Cheval et cavalier respiraient à peine ; et, sous leurs pas, les cailloux étincelaient.

     Oh ! comme à droite, à gauche, s’envolaient à leur passage, les prés, les bois et les campagnes ; comme sous eux les ponts retentissaient ! « — A-t-elle peur, ma mie ? La lune brille….. Hurra ! les morts vont vite. A-t-elle peur des morts ? — Non….. Mais laisse les morts en paix !

Lénore. Les morts vont vite - Ary Scheffer - début XIXe siècle

Lénore. Les morts vont vite – Ary Scheffer – début XIXe siècle

     » Qu’est-ce donc là-bas que ce bruit et ces chants ? Où volent ces nuées de corbeaux ? Écoute….. c’est le bruit d’une cloche ; ce sont les chants des funérailles : « Nous avons un mort à ensevelir. » Et le convoi s’approche accompagné de chants qui semblent les rauques accents des hôtes des marécages.

     ― » Après minuit vous ensevelirez ce corps avec tout votre concert de plaintes et de chants sinistres : moi, je conduis mon épousée, et je vous invite au banquet de mes noces. Viens, chantre, avance avec le chœur, et nous entonne l’hymne du mariage. Viens, prêtre, tu nous béniras.

Lénore - illustration tirée du Deutsches Balladenbuch, 1852 réalisé par Adolph Ehrard, Theobald con Oer, Hermann Plüddermann, Ludwig Richter et Carl Schurig

Lénore – illustration tirée du Deutsches Balladenbuch, 1852 réalisé par Adolph Ehrard, Theobald con Oer, Hermann Plüddermann, Ludwig Richter et Carl Schurig

    Plaintes et chants , tout a cessé….. la bière a disparu….. Sensible à son invitation , voilà le convoi qui les suit….. Hurra ! hurra ! Il serre le cheval de près, et puis en avant ! Hop ! hop ! hop ! ainsi retentit le galop….. Cheval et cavalier respiraient à peine, et sous leurs pas les cailloux étincelaient.

Léonore - Horace Vernet - 1839

Léonore – Horace Vernet – 1839

     Oh! comme à droite, à gauche s’envolaient à leur passage les prés, les bois et les campagnes. Et comme à gauche, à droite, s’envolaient les villages, les bourgs et les villes. — « A-t-elle peur, ma mie ? La lune brille Hurra! les morts vont vite….. A-t-elle peur des morts ? — Ah ! laisse donc les morts en paix.

     ― » Tiens ! tiens ! vois-tu s’agiter, auprès de ces potences, des fantômes aériens, que la lune argente et rend visibles ? Ils dansent autour de la roue. Çà ! coquins, approchez ; qu’on me suive et qu’on danse le bal des noces….. Nous allons au banquet joyeux. »

Leonora - William Blake - 1796

Leonora – William Blake – 1796

     Husch ! husch ! husch ! toute la bande s’élance après eux, avec le bruit du vent, parmi les feuilles desséchées : et puis en avant ! Hop ! hop ! hop ! ainsi retentit le galop. Cheval et cavalier respiraient à peine, et sous leurs pas les cailloux étincelaient.

     Oh ! comme s’envolait, comme s’envolait au loin tout ce que la lune éclairait autour d’eux !…. Comme le ciel et les étoiles fuyaient au-dessus de leurs têtes! » — A-t-elle peur, ma mie ? La lune brille…. Hurra ! les morts vont vite….. — Oh mon Dieu ! laisse en paix les morts.

Lénore - illustration de Uwe Pfeiffer

Lénore – illustration de Uwe Pfeiffer

     — » Courage, mon cheval noir. Je crois que le coq chante : le sablier bientôt sera tout écoulé….. Je sens l’air du matin Mon cheval , hâte-toi….. Finie , finie est notre course ! J’aperçois notre demeure…. Les morts vont vite….. Nous voici ! »

     Il s’élance à bride abattue contre une grille en fer, la frappe légèrement d’un coup de cravache….. Les verroux se brisent, les deux battants se retirent en gémissant. L’élan du cheval l’emporte parmi des tombes qui, à l’éclat de la lune, apparaissent de tous côtés.

Lenore - illustration de  Frank Kirchbach - 1896

Lenore – illustration de  Frank Kirchbach – 1896

     Ah ! voyez !… au même instant s’opère un effrayant prodige : hou ! hou ! le manteau du cavalier tombe pièce à pièce comme de l’amadou brûlée ; sa tête n’est plus qu’une tête de mort décharnée, et son corps devient un squelette qui tient une faux et un sablier.

     Le cheval noir se cabre furieux, vomit des étincelles, et soudain….. hui ! s’abîme et disparaît dans les profondeurs de la terre : des hurlements , des hurlements descendent des espaces de l’air, des gémissements s’élèvent des tombes souterraines….. Et le cœur de Lénore palpitait de la vie à la mort.

Lénore - illustration 1796

Lénore – illustration 1796

      Et les esprits, à la clarté de la lune, se formèrent en rond autour d’elle, et dansèrent chantant ainsi : « Patience ! patience ! quand la peine brise ton cœur, ne blasphème[1] jamais le Dieu du ciel ! Voici ton corps délivré….. que Dieu fasse grâce à ton âme ! »

Le cimetière ou Lénore - Octave Penguilly gravure Louis - 1842

Le cimetière ou Lénore – Octave Penguilly gravure Louis – 1842

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Pour connaître la version originale allemande de Bürger, la version anglaise et de nombreuses illustrations réalisées sur le thème, c’est ICI.

Pour connaître les différentes versions françaises et le texte original (Publication du groupe « Ebooks libres et gratuits »), c’est ICI.

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poésie et illustrateurs du romantisme allemand : la ballade de Lenore de Bürger

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220px-Goe.Skulptur.Bürgerstr.CA.Bürger02.detail   Gottfried August Bürger (1747-1794)

   Gottfried August Bürger est le prototype du poète romantique allemand maudit ; sa vie aura été marquée par une longue suite de drames et de tourments. Fils de pasteur, il commence par étudier la théologie à Halle, puis le droit à Göttingen où il découvre la jeune poésie allemande alors influencée par Klopstock et Wieland.

   Marié avec Dorothea Mariann Leonart, il tombe amoureux de sa belle-sœur, Augusta Maria Wilhelmine Eva (« Molly ») qu’il finira par épouser après la mort de sa femme. Mais après un an de mariage, celle-ci meurt en couche. Titulaire d’un emploi médiocre, il sombre alors dans la dépression et la misère. Son troisième mariage avec une jeune fille de Stuttgart, Elise Hahn, qui s’était offerte à lui dans dans une épitre en vers, se termine par un divorce.

   Miné par les problèmes matériels, les critiques de ses pairs, notamment Schiller, et pour finir la tuberculose, il se pend à Göttingen à l’âge de 47 ans.

   Ses écrits les plus connus sont  la ballade de Lenore (1773), (l’Elégie (1776), une traduction de Macbeth (1783), la version allemande des Aventures du baron de Münchhausen (1786),  la petite fleur enchantée (1789),

En 1773, année de la parution de sa ballade la plus célèbre, Lenore, Bürger fréquente à Göttingen le cercle littéraire du….composé des poètes Voss, Cramer, Leisewitz. Bürger se passionne à l’époque comme beaucoup de poètes de sa génération pour les contes populaires de l’Europe du nord; il a pour livre de chevet à cette époque un recueil de ballades écossaises,  Relicts of ancient poetry by B. Percy et recueille les légendes et récits populaires. C’est au cours d’un voyage dans sa patrie qu’il aurait recueilli dans un cabaret auprès de paysans le thème de Lenore.

La forme littéraire choisie sera la ballade, dont il créera le genre en Allemagne et qui sera repris ensuite par de nombreux poètes comme Gœthe, Schiller, Uhland, Wielnad.

     « en Allemagne, la terreur, les revenants et les sorciers plaisent au peuple comme aux hommes éclairés; c’est un reste de la mythologie du Nord; c’est une disposition qu’inspirent assez naturellement les longues nuits des climats septentrionaux.
      Bürger est celui qui a le mieux saisi cette veine de superstition qui conduit si loin dans le fond du cœur. Celui qui n’a pas lu Lenore dans le texte ne peut se faire une idée du mérite étonnant de cette romance : toutes les images, tous les bruits en rapports avec la situation de l’âme, sont merveilleusement exprimés par la poésie : les syllabes, les rythmes, tout l’art des paroles et de leur  sens est employé pour exciter la terreur. La rapidité des pas du cheval semble plus solennelle et plus lugubre que la lenteur même d’une marche funèbre. L’énergie avec laquelle le cheval hâte sa course, cette pétulance de la mort cause un trouble inexprimable; et l’on se croit emporté par le fantôme, comme la malheureuse qu’il entraîne avec lui dans l’abîme ».

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Lénore, traduction française de Gérard de Nerval et anglaise de Dante Gabriel Rossetti

–––– strophe 1 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénore - illustration de J. Chr. Ruhl - 1827Lénore – illustration de J. Chr. Ruhl – 1827

Lénore - illustration de Moritz Retzsch - 1840

Lénore – illustration de Moritz Retzsch – 1840

Lenore - 1796Lenore – 1796

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Lénore - Octave Penguilly - 1842

Lénore – Octave Penguilly – 1842

Lenore fuhr ums Morgenrot
Empor aus schweren Träumen:
« Bist untreu, Wilhelm, oder tot?
Wie lange willst du säumen? » –
Er war mit König Friedrichs Macht
Gezogen in die Prager Schlacht,
Und hatte nicht geschrieben:
Ob er gesund geblieben.

Lénore au point du jour se lève,
L’oeil en pleur, le coeur oppressé ;
Elle a vu passer dans un rêve,
Pâle et mourant, son fiancé !
Wilhelm était parti naguère
Pour Prague, où le roi Frédéric
Soutenait une rude guerre,
Si l’on en croit le bruit public.

Up rose Lenore as the red morn wore,
From weary visions starting;
« Art faithless, William, or, William, art dead?
‘Tis long since thy departing. »
For he, with Frederick’s men of might,
In fair Prague waged the uncertain fight;
Nor once had he writ in the hurry of war,
And sad was the true heart that sickened afar.

Leonora - William Blake

Leonora – William Blake

Lénore - illustration d'Eugène Forest - 1843

Lénore – illustration d’Eugène Forest – 1843

Lénora - illustration de Daniel Maclise - 1847

Lénora – illustration de Daniel Maclise – 1847

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–––– strophe 2 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénore - illustration de J. Chr. Ruhl - 1827Lénore – illustration de J. Chr. Ruhl – 1827

Der König und die Kaiserin,
Des langen Haders müde,
erweichten ihren harten Sinn,
Und machten endlich Friede;
Und jedes Heer, mit Sing und Sang,
Mit Paukenschlag und Kling und Klang,
Geschmückt mit grünen Reisern,
Zog heim zu seinen Häusern.

Enfin, ce prince et la tsarine,
Las de batailler sans succès,
Ont calmé leur humeur chagrine
Et depuis peu conclu la paix ;
Et cling ! et clang ! les deux armées,
Au bruit des instruments guerriers,
Mais joyeuses et désarmées,
Rentrent gaîment dans leurs foyers.

The Empress and the King,
With ceaseless quarrel tired,
At length relaxed the stubborn hate
Which rivalry inspired:
And the martial throng, with laugh and song,
Spoke of their homes as they rode along,
And clank, clank, clank! came every rank,
With the trumpet-sound that rose and sank.

neureuther_1855_len1

–––– strophe 3 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Le retour ou Lénore - Octave Penguilly gravure Louis - 1842 Le retour ou Lénore – Octave Penguilly gravure Louis – 1842 

Lenore - William Blake - 1796Lenore – William Blake – 1796

Und überall all überall,
Auf Wegen und auf Stegen,
Zog Alt und Jung dem Jubelschall
Der Kommenden entgegen.
Gottlob! rief Kind und Gattin laut,
Willkommen! manche frohe Braut.
Ach! aber für Lenoren
War Gruß und Kuß verloren.

Ah ! partout, partout quelle joie !
Jeunes et vieux, filles, garçons,
La foule court et se déploie
Sur les chemins et sur les ponts.
Quel moment d’espoir pour l’amante,
Et pour l’épouse quel beau jour !
Seule, hélas ! Lénore tremblante
Attend le baiser du retour.

And here and there and everywhere,
Along the swarming ways,
Went old man and boy, with music of joy,
On the gallant bands to gaze;
And the young child shouted to spy the vaward,
And trembling and blushing the bride pressed forward:
But ah! for the sweet lips of Lenore
The kiss and the greeting are vanished and o’er.

Léonore - illustration de Wilhelm Emelé -1884Léonore – illustration de Wilhelm Emelé -1884

Lénora - illustration de Daniel Maclise - 1847

Lénora – illustration de Daniel Maclise – 1847

–––– strophe 4 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lenore - illustration de Moritz Retzch - 1840Lenore – illustration de Moritz Retzch – 1840

Lénore - dessin de Carl Friedrioch LessingLénore – dessin de Carl Friedrioch Lessing

Sie frug den Zug wohl auf und ab, 
Und frug nach allen Namen; 
Doch keiner war, der Kundschaft gab, 
Von allen, so da kamen. 
Und als das Heer vorüber war, 
Zerraufte sie ihr Rabenhaar, 
Und warf sich hin zur Erde, 
Mit wütiger Gebärde.

Elle s’informe, crie, appelle,
Parcourt en vain les rangs pressés.
De son amant point de nouvelle…
Et tous les soldats sont passés !
Mais sur la route solitaire,
Lénore en proie au désespoir
Tombe échevelée… et sa mère
L’y retrouva quand vint le soir.

From man to man all wildly she ran
With a swift and searching eye;
But she felt alone in the mighty mass,
As it crushed and crowded by:
On hurried the troop, – a gladsome group,
And proudly the tall plumes wave and droop:
She tore her hair and she turned her round,
And madly she dashed her against the ground.

–––– strophe 5 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lenore - illustration de Moritz Retzch - 1840Lenore – illustration de Moritz Retzch – 1840

Lénora - illustration de Daniel Maclise - 1847Lénora – illustration de Daniel Maclise – 1847

Die Mutter lief wohl hin zu ihr: – 
« Ach, dass sich Gott erbarme! 
Du trautes Kind, was ist mit dir? » – 
Und schloß sie in die Arme. – 
« Oh Mutter, oh Mutter! hin ist hin! 
Nun fahre Welt und alles hin! 
Bei Gott ist kein Erbarmen. 
O weh, o weh mir Armen – ! »

– Ah ! le Seigneur nous fasse grâce !
Qu’as-tu ? qu’as-tu, ma pauvre enfant ?…
Elle la relève, l’embrasse,
Contre son coeur la réchauffant ;
Que le monde et que tout périsse,
Ma mère ! Il est mort ! il est mort !
Il n’est plus au ciel de justice
Mais je veux partager son sort.

Her mother clasped her tenderly
With soothing words and mild:
« My child, may God look down on thee,
God comfort thee, my child. »
« Oh! mother, mother! gone is gone!
I reck no more how the world runs on:
What pity to me does God impart?
Woe, woe, woe! for my heavy heart! »

Le Blasphème ou Lénore - Octave Penguilly gravure Louis - 1842 Le Blasphème ou Lénore – Octave Penguilly gravure Louis – 1842 

Lénore - illustration de Charles Rochussen

Lénore – illustration de Charles Rochussen

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–––– strophe 6 ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénore - illustration de Franz Kolbrand - 1920Lénore – illustration de Franz Kolbrand – 1920

Hilf Gott, hilf! Sieh uns gnädig an!
Kind, bet´ ein Vaterunser!
Was Gott thut, das ist wohlgethan.
Gott, Gott erbarmt sich Unser!” –
“OMutter, Mutter! Eitler Wahn!
Gott hat an mir nicht wohlgethan!
Was half, was half mein Beten?
Nun ist´s nicht mehr vonnöthen.”-

– Mon Dieu ! mon Dieu ! quelle démence !
Enfant, rétracte un tel souhait ;
Du ciel implore la clémence,
Le bon Dieu fait bien ce qu’il fait.
– Vain espoir ! ma mère ! ma mère !
Dieu n’entend rien, le ciel est loin…
À quoi servira ma prière,
Si Wilhelm n’en a plus besoin ?

« Help, Heaven, help and favour her!
Child, utter an Ave Marie!
Wise and great are the doings of God;
He loves and pities thee. »
« Out, mother, out, on the empty lie!
Doth he heed my despair, – doth he list to my cry?
What boots it now to hope or to pray?
The night is come, – there is no more day. »

–––– strophe 7 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

« Hilf Gott, hilf! Wer den Vater kennt, 
Der weiß, er hilft den Kindern. 
Das hochgelobte Sakrament 
Wird deinen Jammer lindern. » – 
« O Mutter, Mutter! was mich brennt, 
Das lindert mir kein Sakrament! 
Kein Sakrament mag Leben 
Den Toten wiedergeben. » –

– Qui connaît le père, d’avance
Sait qu’il aidera son enfant :
Va, Dieu guérira ta souffrance
Avec le très-saint sacrement !
– Ma mère ! pour calmer ma peine,
Nul remède n’est assez fort,
Nul sacrement, j’en suis certaine,
Ne peut rendre à la vie un mort !

« Help, Heaven, help! who knows the Father
Knows surely that he loves his child:
The bread and the wine from the hand divine
Shall make thy tempered grief less wild. »
« Oh! mother, dear mother! the wine and the bread
Will not soften the anguish that bows down my head;
For bread and for wine it will yet be as late
That his cold corpse creeps from the grim grave’s gate. »

–––– strophe 8 ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

« Hör Kind! Wie, wenn der falsche Mann,
Im fernen Ungerlande,
Sich seines Glaubens abgetan,
Zum neuen Ehebande?
Laß fahren, Kind, sein Herz dahin!
Er hat es nimmermehr Gewinn!
Wann Seel’ und Leib sich trennen,
Wird ihn sein Meineid brennen. » –

– Ces mots à ma fille chérie
Par la douleur sont arrachés…
Mon Dieu, ne va pas, je t’en prie,
Les lui compter pour des péchés !
Enfant, ta peine est passagère,
Mais songe au bonheur éternel ;
Tu perds un fiancé sur terre,
Il te reste un époux au ciel.

« What if the traitor’s false faith failed,
By sweet temptation tried, —
What if in distant Hungary
He clasp another bride? —
Despise the fickle fool, my girl,
Who hath ta’en the pebble and spurned the pearl:
While soul and body shall hold together
In his perjured heart shall be stormy weather. »

–––– strophe 9 ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénore - illustration de J. Chr. Ruhl - 1827Lénore – illustration de J. Chr. Ruhl – 1827

« O Mutter, Mutter! Hin ist hin!
Verloren ist verloren!
Der Tod, der Tod ist mein Gewinn!
O wär’ ich nie geboren!
Lisch aus mein Licht, auf ewig aus!
Sirb hin, stirb hin in Nacht und Graus!
Bei Gott ist kein Erbarmen.
O weh, o weh, mir Armen! »

strophe non traduite par Gérard de Nerval

« Oh! mother, mother! gone is gone,
And lost will still be lost!
Death, death is the goal of my weary soul,
Crushed and broken and crost.
Spark of my life! down, down to the tomb:
Die away in the night, die away in the gloom!
What pity to me does God impart?
Woe, woe, woe! for my heavy heart! »

–––– strophe 10 ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

« Hilf Gott, hilf! Geh nicht ins Gericht
Mit deinem armen Kinde!
Sie weiß nicht, was die Zunge spricht.
Behalt ihr nicht die Sünde!
Ach, Kind, vergiß dein irdisch Leid,
Und denk an Gott und Seligkeit!
So wird doch deiner Seelen
Der Bräutigam nicht fehlen. » –

strophe non traduite par Gérard de Nerval

« Help, Heaven, help, and heed her not,
For her sorrows are strong within;
She knows not the words that her tongue repeats, —
Oh! count them not for sin!
Cease, cease, my child, thy wretchedness,
And think on thy promised happiness;
So shall thy mind’s calm ecstasy
Be a hope and a home and a bridegroom to thee. »

–––– strophe 11 ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

« O Mutter! Was ist Seligkeit?
O Mutter! Was ist Hölle?
Bei ihm, bei ihm ist Seligkeit!
Und ohne Wilhelm Hölle! –
Lisch aus, mein Licht, auf ewig aus!
Stirb hin in Nacht und Graus!
Ohn’ ihn mag ich auf Erden,
Mag dort nicht selig werden. » – – –

– Qu’est-ce que le bonheur céleste
Ma mère ? qu’est-ce que l’enfer ?
Avec lui le bonheur céleste,
Et sans lui, sans Wilhelm, l’enfer ;
Que ton éclat s’évanouisse,
Flambeau de la vie, éteins-toi !
Le jour me serait un supplice,
Puisqu’il n’est plus d’espoir pour moi 

« My mother, what is happiness?
My mother, what is Hell?
With William is my happiness —
Without him is my Hell!
Spark of my life! down, down to the tomb:
Die away in the night, die away in the gloom!
Earth and Heaven, and Heaven and earth,
Reft of William are nothing worth. »

–––– strophe 12 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

So wütete Verzweifelung
Ihr in Gehirn und Adern.
Sie fuhr mit Gottes Fürsehung
Vermessen fort zu hadern;
Zerschlug den Busen, und zerrang
Die Hand, bis Sonnenuntergang,
Bis auf am Himmelsbogen
Die goldnen Sterne zogen.

Ainsi, dans son coeur, dans son âme,
Se ruait un chagrin mortel :
Longtemps encore elle se pâme,
Se tord les mains, maudit le ciel,
Jusqu’à l’heure où de sombres voiles
Le soleil obscurcit ses feux,
À l’heure où les blanches étoiles
Glissent en paix sur l’arc des cieux.

Thus grief racked and tore the breast of Lenore,
And was busy at her brain;
Thus rose her cry to the Power on high,
o question and arraign:
Wringing her hands and beating her breast,
Tossing and rocking without any rest;
Till from her light veil the moon shone thro’,
And the stars leapt out on the darkling blue.

–––– strophe 13 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénore - illustration de J. Chr. Ruhl - 1827Lénore – illustration de J. Chr. Ruhl – 1827

Und außen, horch! Ging’s trap trap trap,
Als wie von Rosseshufen;
Und klirrend stieg ein Reiter ab,
An des Geländers Stufen;
Und horch! Und horch! Den Pfortenring
Ganz lose, leise, klingeling!
Dann kamen durch die Pforte
Vernehmlich diese Worte:

Tout à coup, trap ! trap ! trap ! Lénore
Reconnaît le pas d’un coursier,
Bientôt une armure sonore
En grinçant monte l’escalier…
Et puis, écoutez ! la sonnette,
Klinglingling ! tinte doucement…
Par la porte de la chambrette
Ces mots pénètrent sourdement :

But hark to the clatter and the pat pat patter!
Of a horse’s heavy hoof!
How the steel clanks and rings as the rider springs!
How the echo shouts aloof!
While silently and lightly the gentle bell
Tingles and jingles softly and well;
And low and clear through the door plank thin
Comes the voice without to the ear within:

–––– stophe 14 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénora - illustration de Daniel Maclise - 1847

Lénora – illustration de Daniel Maclise – 1847

« Holla, Holla! Tu auf mein Kind!
Schläfst Liebchen oder wachst du?
Wie bist noch gegen mich gesinnt?
Und weinest oder lachst du? » –
« Ach, Wilhelm, du? – – So spät bei Nacht? – –
Geweinet hab’ ich und gewacht;
Ach, großes Leid erlitten!
Wo kommst du hergeritten? » –

– Holà ! holà ! c’est moi, Lénore !
Veilles-tu, petite, ou dors-tu ?
Me gardes-tu ton coeur encore,
Es-tu joyeuse ou pleures-tu ?
– Ah ! Wilhelm, Wilhelm, à cette heure !
Ton retard m’a fait bien du mal,
Je t’attends, je veille, et je pleure…
Mais d’où viens-tu sur ton cheval ?

« Holla! holla! unlock the gate;
Art waking, my bride, or sleeping?
Is thy heart still free and faithful to me?
Art laughing, my bride, or weeping? »
« Oh! wearily, William, I’ve waited for you,
Woefully watching the long day thro’,
With a great sorrow sorrowing
For the cruelty of your tarrying. »

–––– strophe 15 ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lenore - illustration de Moritz Retzch - 1840Lenore – illustration de Moritz Retzch – 1840

Lénore - illustration de Friedrich Gesellschap - 1866 Lénore – illustration de Friedrich Gesellschap – 1866 

« Wir satteln nur um Mitternacht.
Weit ritt ich her von Böhmen.
Ich habe spät mich aufgemacht,
Und will dich mit mir nehmen. » –
« Ach, Wilhelm, erst herein geschwind!
Den Hagedorn umsaust der Wind,
Herein, in meinen Armen,
Herzallerliebster, zu erwarmen! » –

– Je viens du fond de la Bohême,
Je ne suis parti qu’à minuit,
Et je veux si Lénore m’aime
Qu’elle m’y suive cette nuit.
– Entre ici d’abord, ma chère âme,
J’entends le vent siffler dehors,
Dans mes bras, sur mon sein de flamme,
Viens que je réchauffe ton corps.

« Till the dead midnight we saddled not,
I have journeyed far and fast
And hither I come to carry thee back
Ere the darkness shall be past. »
« Ah! rest thee within till the night’s more calm;
Smooth shall thy couch be, and soft, and warm:
Hark to winds, how they whistle and rush
Thro’ the twisted twine of the hawthorn-bush. »

–––– strophe 16 ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Le Départ ou Lénore - Octave Penguilly gravure Louis - 1842 Le Départ ou Lénore – Octave Penguilly gravure Louis – 1842 

Lénore - illustration 1796Lénore – illustration 1796

« Laß sausen durch den Hagedorn,
Laß sausen, Kind, laß sausen!
Der Rappe scharrt ; es klingt der Sporn.
Ich darf allhier nicht hausen.
Komm, schürze, spring’ und schwinge dich
Auf meinen Rappen hinter mich!
Muß heut noch hundert Meilen
Mit dir ins Brautbett eilen. » –

– Laisse le vent siffler, ma chère,
Qu’importe à moi le mauvais temps,
Mon cheval noir gratte la terre,
Je ne puis rester plus longtemps :
Allons ! chausse tes pieds agiles,
Saute en croupe sur mon cheval,
Nous avons à faire cent milles
Pour gagner le lit nuptial.

« Thro’ the hawthorn-bush let whistle and rush,
Let whistle, child, let whistle!
Mark the flash fierce and high of my steed’s bright eye,
And his proud crest’s eager bristle.
Up, up and away! I must not stay:
Mount swiftly behind me! up, up and away!
An hundred miles must be ridden and sped
Ere we may lie down in the bridal-bed. »

–––– strophe 17 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénora - illustration de Daniel Maclise - 1847Lénora – illustration de Daniel Maclise – 1847

« Ach, wollest hundert Meilen noch
Mich heut ins Brautbett’ tragen?
Und horch! Es brummt die Glocke noch,
Die elf schon angeschlagen. » –
« Sieh hin, sieh her! Der Mond scheint hell.
Wir und die Toten reiten schnell.
Ich bringe dich, zur Wette,
Noch heut ins Hochzeitsbette. » –

– Quoi ! cent milles à faire encore
Avant la fin de cette nuit ?
Wilhelm, la cloche vibre encore
Du douzième coup de minuit…
– Vois la lune briller, petite,
La lune éclairera nos pas ;
Nous et les morts, nous allons vite,
Et bientôt nous serons là-bas.

« What! ride an hundred miles to-night,
By thy mad fancies driven!
Dost hear the bell with its sullen swell,
As it rumbles out eleven? »
« Look forth! look forth! the moon shines bright:
We and the dead gallop fast thro’ the night.
‘Tis for a wager I bear thee away
To the nuptial couch ere break of day. »

–––– strophe 18 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

« Sag an, wo ist dein Kämmerlein?
Wo? Wie dein Hochzeitsbettchen? » –
« Weit, weit von hier! – – Still, kühl und klein! – –
Sechs Bretter und zwei Brettchen! » –
« Hat’s Raum für mich? » – « Für dich und mich!
Komm, schürze, spring’ und schwinge dich!
Die Hochzeitsgäste hoffen;
Die Kammer steht uns offen. » –

Mais où sont et comment sont faites
Ta demeure et ta couche ? – Loin :
Le lit est fait de deux planchettes
Et de six planches…. dans un coin
Étroit, silencieux, humide.
– Y tiendrons-nous bien ? – Oui, tous deux ;
Mais viens, que le cheval rapide
Nous emporte au festin joyeux !

« Ah! where is the chamber, William dear,
And William, where is the bed? »
« Far, far from here: still, narrow, and cool:
Plank and bottom and lid. »
« Hast room for me? » – « For me and thee;
Up, up to the saddle right speedily!
The wedding-guests are gathered and met,
And the door of the chamber is open set. »

–––– strophe 19 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénore - illustration de J. Chr. Ruhl - 1827Lénore – illustration de J. Chr. Ruhl – 1827

La Course ou Lénore - Octave Penguilly gravure Louis - 1842

La Course ou Lénore – Octave Penguilly gravure Louis – 1842 

Schön Liebchen schürzte, sprang und schwang
Sich auf das Roß behende;
Wohl um den trauten Reiter schlang
Sie ihre Liljenhände;
Und hurre hurre, hop hop hop!
Ging’s fort in sausendem Galopp,
Daß Roß und Reiter schnoben,
Und Kies und Funken stoben.

Lénore se chausse et prend place
Sur la croupe du noir coursier,
De ses mains de lis elle embrasse
Le corps svelte du cavalier…
Hop ! hop ! hop ! ainsi dans la plaine
Toujours le galop redoublait ;
Les amants respiraient à peine,
Et sous eux le chemin brûlait.

She busked her well, and into the selle
She sprang with nimble haste,
And gently smiling, with a sweet beguiling,
Her white hands clasped his waist:
And hurry, hurry! ring, ring, ring!
To and fro they sway and swing;
Snorting and snuffing they skim the ground,
And the sparks fly up, and the stones run round.

–––– strophe 20 ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lenore - illustration de Moritz Retzch - 1840Lenore – illustration de Moritz Retzch – 1840

Lénore - illustration de CL. KohlLénore – illustration de CL. Kohl

Lénore - détail de l'illustration de CL. Kohl

Lénore - illustration de J. Chr. Ruhl - 1827

Lénore – illustration de J. Chr. Ruhl – 1827

la Ronde du sabbat ou Lénore - Louis Boulanger - 1828

la Ronde du sabbat ou Lénore – Louis Boulanger – 1828

La course des suppliciés ou Lénore - Octave Penguilly gravure Louis - 1842

La course des suppliciés ou Lénore – Octave Penguilly gravure Louis – 1842 

Lénore - illustration de Neureuther - 1855

Lénore – illustration de Neureuther – 1855

Zur rechten und zur linken Hand,
Vorbei an ihren Blicken,
Wie flogen Anger, Haid’ und Land!
Wie donnerten die Brücken! –
« Graut’ Liebchen auch? – – – Der Mond scheint hell!
Hurra! Die Toten reiten schnell!
Graut Liebchen auch vor Toten? » –
« Ach nein! – – Doch laß die Toten! » –

Comme ils voyaient, devant, derrière,
À droite, à gauche, s’envoler
Steppes, forêts, champs de bruyère,
Et les cailloux étinceler !
– Hourrah ! hourrah ! la lune est claire,
Les morts vont vite par le frais,
En as-tu peur, des morts, ma chère ?
– Non !… Mais laisse les morts en paix !

Here to the right and there to the left
Flew fields of corn and clover,
And the bridges flashed by to the dazzled eye,
As rattling they thundered over.
« What ails my love? the moon shines bright:
Bravely the dead men ride through the night.
Is my love afraid of the quiet dead? »
« Ah! no; – let them sleep in their dusty bed! »

Léonore - Gustave Moreau -1885

Léonore – Gustave Moreau -1885

Léonore - Horace Vernet - 1839

Léonore – Horace Vernet – 1839

–––– strophe 21 ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénore - illustration de J. Chr. Ruhl - 1827Lénore – illustration de J. Chr. Ruhl – 1827

Lénore - illustration 1796Lénore – illustration 1796

Was klang dort für Gesang und Klang?
Was flatterten die Raben? – –
Horch Glockenklang! Horch Totensang:
« Laßt uns den Leib begraben! »
Und näher zog ein Leichenzug,
Der Sarg und Totenbahre trug.
Das Lied war zu vergleichen
Dem Unkenruf in Teichen.

– Pourquoi ce bruit, ces chants, ces plaintes,
Ces prêtres ?… – C’est le chant des morts,
Le convoi, les prières saintes ;
Et nous portons en terre un corps. –
Tout se rapproche : enfin la bière
Se montre à l’éclat des flambeaux…
Et les prêtres chantaient derrière
Avec une voix de corbeaux.

On the breeze cool and soft what tune floats aloft,
While the crows wheel overhead?
Ding dong! ding dong! ’tis the sound, ’tis the song,
« Room, room for the passing dead! »
Slowly the funeral-train drew near,
Bearing the coffin, bearing the bier;
And the chime of their chant was hissing and harsh,
Like the note of the bull-frog within the marsh.

–––– strophe 22 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

« Nach Mitternacht begrabt den Leib,
Mit Sang und Klang und Klage!
Jetzt führ’ ich heim mein junges Weib.
Mit, mit zum Brautgelage!
Komm, Küster, hier! Komm mit dem Chor,
und gurgle mir das Brautlied vor!
Komm, Pfaff’, und sprich den Segen,
Eh wir zu Bett’ uns legen! » –

– Votre tâche n’est pas pressée,
Vous finirez demain matin ;
Moi j’emmène ma fiancée,
Et je vous invite au festin :
Viens, chantre, que du mariage
L’hymne joyeux nous soit chanté ;
Prêtre, il faut au bout du voyage
Nous unir pour l’éternité ! –

« You bury your corpse at the dark midnight,
With hymns and bells and wailing;
But I bring home my youthful wife
To a bride-feast’s rich regaling.
Come, chorister, come with thy choral throng,
And solemnly sing me a marriage-song;
Come, friar, come, – let the blessing be spoken,
That the bride and the bridegroom’s sweet rest be unbroken. »

–––– strophe 23 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Still Klang und Sang. – – Die Bahre schwand. – –
Gehorsam seinem Rufen,
Kam’s hurre hurre! nachgerannt,
Hart hinters Rappen Hufen.
Und immer weiter, hop hop hop!
Ging’s fort in sausendem Galopp,
Daß Roß und Reiter schnoben,
Und Kies und Funken stoben.

Ils obéissent en silence
Au mystérieux cavalier :
– Hourrah ! – Tout le convoi s’élance,
Sur les pas ardents du coursier…
Hop ! hop ! hop ! ainsi dans la plaine
Toujours le galop redoublait ;
Les amants respiraient à peine,
Et sous eux le chemin brûlait.

Died the dirge and vanished the bier:
Obedient to his call,
Hard hard behind, with a rush like the wind,
Came the long steps’ pattering fall:
And ever further! ring, ring, ring!
To and fro they sway and swing;
Snorting and snuffing they skim the ground,
And the sparks spurt up, and the stones run round.

–––– strophe 24 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Wie flogen rechts, wie flogen links,
Gebirge, Bäum´ und Hecken!
Wie flogen links, und rechts, und links
Die Dörfer, Städt´ und Flecken!
“Graut Liebchen auch? – – Der Mond scheint hell!
Hurrah! die Todten reiten schnell!
Graut Liebchen auch vor Todten?” –
“Ach! Laß sie ruhn, die Todten!” –

Ô comme champs, forêts, herbages,
Devant et derrière filaient !
Ô comme villes et villages
À droite, à gauche, s’envolaient ! –
Hourrah ! hourrah ! les morts vont vite,
La lune brille sur leurs pas…
En as-tu peur, des morts, petite ?
– Ah ! Wilhelm, ne m’en parle pas !

How flew to the right, how flew to the left,
Trees, mountains in the race!
How to the left, and the right and the left,
Flew town and market-place!
« What ails my love? the moon shines bright:
Bravely the dead men ride thro’ the night.
Is my love afraid of the quiet dead? »
« Ah! let them alone in their dusty bed! »

–––– strophe 25 ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénore -   - vers 1860Lénore –   – vers 1860

Lénore - illustration tirée du Deutsches Balladenbuch, 1852 réalisé par Adolph Ehrard, Theobald con Oer, Hermann Plüddermann, Ludwig Richter et Carl SchurigLénore – illustration tirée du Deutsches Balladenbuch, 1852 réalisé par Adolph Ehrard, Theobald con Oer, Hermann Plüddermann, Ludwig Richter et Carl Schurig

Lénore - illustration de Franz Kolbrand - 1920

Lénore – illustration de Franz Kolbrand – 1920

Sie da! sieh da! Am Hochgericht
Tanzt´ um des Rades Spindel
Halb sichtbarlich bey Mondenlicht,
Ein luftiges Gesindel. –
“Sasa! Gesindel, hier! Komm hier!
Gesindel, komm und folge mir!
Tanz´ uns den Hochzeitreigen,
Wann wir zu Bette steigen!” –

Tiens, tiens ! aperçois-tu la roue ?
Comme on y court de tous côtés !
Sur l’échafaud on danse, on joue,
Vois-tu ces spectres argentés ? –
Ici, compagnons, je vous prie,
Suivez les pas de mon cheval ;
Bientôt, bientôt je me marie,
Et vous danserez à mon bal.

See, see, see! by the gallows-tree,
As they dance on the wheel’s broad hoop,
Up and down, in the gleam of the moon
Half lost, an airy group:
« Ho, ho! mad mob, come hither amain,
And join in the wake of my rushing train;
Come, dance me a dance, ye dancers thin,
Ere the planks of the marriage bed close us in. »

Lénore - illustration de Heinrich Jenny - 1904Lénore – illustration de Heinrich Jenny – 1904

–––– strophe 26 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénore - illustration 1796Lénore – illustration 1796

Leonora - William Blake - 1796

Leonora – William Blake – 1796

Und das Gesindel husch husch husch!
Kam hinten nachgeprasselt,
Wie Wirbelwind am Haselbusch
Durch dürre Blätter rasselt.
Und weiter, weiter, hop hop hop!
Ging’s fort in sausendem Galopp,
Daß Roß und Reiter schnoben,
Und Kies und Funken stoben.

– Houch ! houch ! houch ! les spectres en foule
À ces mots se sont rapprochés
Avec le bruit du vent qui roule
Dans les feuillages desséchés :
Hop ! hop ! hop ! ainsi dans la plaine
Toujours le galop redoublait ;
Les amants respiraient à peine,
Et sous eux le chemin brûlait.

And hush, hush, hush! the dreamy rout
Came close with a ghastly bustle,
Like the whirlwind in the hazel-bush,
When it makes the dry leaves rustle:
And faster, faster! ring, ring, ring!
To and fro they sway and swing;
Snorting and snuffing they skim the ground,
And the sparks spurt up, and the stones run round.

Lénore - illustration de Alfred W Elmore - 1871

Lénore – illustration de Alfred W. Elmore – 1871

–––– strophe 27 ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Wie flog, was rund der Mond beschien, 
Wie flog es in die Ferne! 
Wie flogen oben über hin 
Der Himmel und die Sterne! – 
« Graut Liebchen auch? – – – Der Mond scheint hell! 
Hurra! Die Toten reiten schnell! 
Graut Liebchen auch vor Toten? » – 
« O weh! Laß ruhn die Toten! » – – –

strophe non traduite par Gérard de Nerval

How flew the moon high overhead,
In the wild race madly driven!
In and out, how the stars danced about,
And reeled o’er the flashing heaven!
« What ails my love? the moon shines bright:
Bravely the dead men ride thro’ the night.
Is my love afraid of the quiet dead? »
« Alas! let them alone in their dusty bed! »

–––– strophe 28 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénore. Les morts vont vite - Ary Scheffer - début XIXe siècleLénore. Les morts vont vite – Ary Scheffer – début XIXe siècle

Rapp´! Rapp´! Mich dünkt der Hahn schon ruft.
Bald wird der Sand verrinnen
Rapp´! Rapp´! Ich wittre Morgenluft
Rapp´! Tummle dich von hinnen !
Vollbracht, vollbracht ist unser Lauf !
Das Hochzeitbette thut sich auf !
Die Todten reiten schnelle !
Wir sind, wir sind zur Stelle.”

– Mon cheval ! Mon noir !… Le coq chante,
Mon noir ! Nous arrivons enfin,
Et déjà ma poitrine ardente
Hume le vent frais du matin…
Au but ! au but ! Mon coeur palpite,
Le lit nuptial est ici ;
Au but ! au but ! Les morts vont vite,
Les morts vont vite. Nous voici ! –

« Horse, horse! meseems ’tis the cock’s shrill note,
And the sand is well nigh spent;
Horse, horse, away! ’tis the break of day,
‘Tis the morning air’s sweet scent.
Finished, finished is our ride:
Room, room for the bridegroom and the bride!
At last, at last, we have reached the spot,
For the speed of the dead man has slackened not! »

Lénore - illustration de Uwe PfeifferLénore – illustration de Uwe Pfeiffer

–––– strophe 29 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénore - illustration de Peter carl Geissler - 1812Lénore – illustration de Peter carl Geissler – 1812

Lénore - illustration de J. Chr. Ruhl - 1827

Lénore – illustration de J. Chr. Ruhl – 1827

Lenore - illustration de  Frank Kirchbach - 1896

Lenore – illustration de  Frank Kirchbach – 1896

Lenore - détail de l'illustration de  Frank Kirchbach - 1896

Rasch auf ein eisern Gitterthor
Ging´s mit verhängtem Zügel.
Mit schwanker Gert´ein Schlag davor
Zersprengte Schloß und Riegel.
Die Flügel flogen klirrend auf,
Und über Gräber ging der Lauf.
Es blinkten Leichensteine
Rund um im Mondenscheine.

”Une grille en fer les arrête :
Le cavalier frappe trois coups
Avec sa légère baguette. –
Les serrures et les verrous
Craquent… Les deux battants gémissent,
Se retirent. – Ils sont entrés ;
Des tombeaux autour d’eux surgissent
Par la lune blanche éclairés.

And swiftly up to an iron gate
With reins relaxed they went;
At the rider’s touch the bolts flew back,
And the bars were broken and bent;
The doors were burst with a deafening knell,
And over the white graves they dashed pell mell:
The tombs around looked grassy and grim,
As they glimmered and glanced in the moonlight dim.

Lénore - aquarelle de Daniel Chodowiecki - 1784Lénore – aquarelle de Daniel Chodowiecki – 1784

Lenore - illustration de Carl von Heudeck.

Lenore – illustration de Carl von Heudeck.

Lénore - illustration de Daniel Chodowiecki - 1789

Lénore – illustration de Daniel Chodowiecki – 1789

–––– strophe 30 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénore - illustration de J. Chr. Ruhl - 1827Lénore – illustration de J. Chr. Ruhl – 1827

Ha sieh! Ha sieh! Im Augenblick,
Huhu! Ein grässlich Wunder!
Des Reiters Koller, Stück für Stück,
Fiel ab wie mürber Zunder.
Zum Schädel, ohne Zopf und Schopf,
Zum nackten Schädel ward sein Kopf;
Sein Körper zum Gerippe,
Mit Stundenglas und Hippe.

Le cavalier près d’une tombe
S’arrête en ce lieu désolé : –
Pièce à pièce son manteau tombe
Comme de l’amadou brûlé…
Hou ! hou !… Voici sa chair encore
Qui s’envole, avec ses cheveux,
Et de tout ce qu’aimait Lénore
Ne laisse qu’un squelette affreux.

But see! But see! in an eyelid’s beat,
Towhoo! a ghastly wonder!
The horseman’s jerkin, piece by piece,
Dropped off like brittle tinder!
Fleshless and hairless, a naked skull,
The sight of his weird head was horrible;
The lifelike mask was there no more,
And a scythe and a sandglass the skeleton bore.

–––– strophe 31 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lenore - illustration de Dabiel Chodowiecki - 1789Lenore – illustration de Dabiel Chodowiecki – 1789

Lénore - illustration 1796

Lénore – illustration 1796

Lénore - illustration 1796

Lénore - illustration de Franz Kolbrand - 1920

Lénore – illustration de Franz Kolbrand – 1920

Lénore - illustration de Neureuther - 1855

Lénore – illustration de Neureuther – 1855

Hoch bäumte sich, wild schnob der Rapp`,
Und sprühte Feuerfunken;
Und hui! war´s unter ihr hinab
Verschwunden und versunken.
Geheul! Geheul aus hoher Luft,
Gewinsel kam aus tiefer Gruft.
Lenorens Herz, mit Beben,
Rang zwischen Tod und Leben.

Le cheval disparaît en cendre
Avec de longs hennissements….
Du ciel en feu semblent descendre
Des hurlements ! des hurlements !
Lénore entend des cris de plainte
Percer la terre sous ses pas….
Et son coeur, glacé par la crainte,
Flotte de la vie au trépas.

Loud snorted the horse as he plunged and reared,
And the sparks were scattered round:
What man shall say if he vanished away,
Or sank in the gaping ground?
Groans from the earth and shrieks in the air!
Howling and wailing everywhere!
Half dead, half living, the soul of Lenore
Fought as it never had fought before.

Lénora - illustration de Daniel Maclise - 1847Lénora – illustration de Daniel Maclise – 1847

Lenore - illustration de Moritz Retzch - 1840

Lenore – illustration de Moritz Retzch – 1840

–––– strophe 32 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénore - illustration de J. Chr. Ruhl - 1827Lénore – illustration de J. Chr. Ruhl – 1827

Lénore - Octave Penguilly - 1842Lénore – Octave Penguilly – 1842

Lénore - illustration de Franz Kolbrand - 1920

Lénore – illustration de Franz Kolbrand – 1920

Nun tanzen wohl bey Mondenglanz,
Rund um herum im Kreise,
Die Geister einen Kettentanz,
Und heulten diese Weise:
“Geduld! Geduld! Wenn´s Herz auch bricht!
Mit Gott im Himmel hadre nicht!
Des Leibes bist du ledig;
Gott sey der Seele gnädig!”

C’est le bal des morts qui commence,
La lune brille… les voici !
Ils se forment en ronde immense,
Puis ils dansent, chantant ceci :
– Dans sa douleur la plus profonde,
Malheur à qui blasphémera !… –
Ce corps vient de mourir au monde…
Dieu sait où l’âme s’en ira !

he churchyard troop, – a ghostly group,
Close round the dying girl;
Out and in they hurry and spin
Through the dancer’s weary whirl:
« Patience, patience, when the heart is breaking;
With thy God there is no question-making:
Of thy body thou art quit and free:
Heaven keep thy soul eternally! »

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Le cimetière ou Lénore - Octave Penguilly gravure Louis - 1842 Le cimetière ou Lénore – Octave Penguilly gravure Louis – 1842

Lénore - illustration de Neureuther - 1855Lénore – illustration de Neureuther – 1855

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