Leila Alaoui, photographe franco-marocaine morte pour rien…

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Leila Alaoui – (1982-2016)

     Je ne connaissais pas Leila Alaoui. J’ai appris que cette jeune photographe franco-marocaine de 34 ans qui était en mission au Burkina-Faso pour l’ONG Amnesty International dans le cadre de la campagne « Mon corps : mes droits », un projet de prévention contre le mariage précoce au Burkina-Faso et au Mali, donc pour servir une cause humanitaire, a été lâchement assassinée avec son chauffeur burkinabé par des terroristes islamistes à Ouagadougou alors qu’ils dînaient tranquillement dans le café-restaurant le Cappucino, situé devant l’hôtel Le Splendid. Un terroriste lui a envoyé par moins de cinq balles dans le corps… Lui aussi ne la connaissait pas, mais pour lui aucun doute, il fallait qu’elle meurt !
     Née à Paris, elle possédait la double nationalité. Après avoir passé son enfance au Maroc, elle avait vécu à Paris, suivi  des études de sociologie et de photographie documentaire à New-York et s’était fait une place dans les métiers de la photographie-reportage en explorant les thèmes de l’identité, des diversités culturelles et de la migration dans l’espace européens. Elle partageait son temps entre le Liban et le Maroc.

      Sa mort est un nouveau signe de l’absurdité des menées des fanatiques djihadistes. Ces individus ont quitté depuis longtemps le domaine de la raison, ils agissent sous le coup de leurs pulsions primaires malsaines et dans l’euphorie et l’ivresse de leur toute-puissance sur la vie d’autrui. Ils étaient jusque là moins que rien et ils ont cru être devenus des héros pour avoir assassiné lâchement trente personnes innocentes. Leila était belle, ils haïssait sa beauté. Leila était créative et talentueuse, ils enviaient ses dons, eux qui ne savaient rien faire d’autre que psalmodier des litanies qu’ils ne comprenaient même pas. Leila était heureuse de vivre, eux préféraient courtiser la mort. Leila était compatissante dans son travail et attentionnée à la misère du monde, eux détestait le monde et propageait le malheur. Leila était curieuse de tout et de tous, ouverte aux différences, eux étaient refermés sur eux-mêmes, en texte-à-tête exclusif avec leur petitesse et médiocrité. Leila était promise à un bel avenir, eux étaient tournés vers le passé. Leila continue à vivre dans nos cœurs, eux , on les a déjà oublié…

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Leila Alaoui - les Marocains

Leila Alaoui – Les Marocains

     Voici comme elle présentait sa dernière œuvre Les Marocains présentée dans le cadre de la Première Biennale des Photographes du Monde Arabe à l’initiative de l’Institut du Monde Arabe et de la Maison Européenne de la Photographie.

      «Les Marocains est une série de portraits photographiques grandeur nature réalisés dans un studio mobile que j’ai transporté autour du Maroc. Puisant dans mon propre héritage, j’ai séjourné au sein de diverses communautés et utilisé le filtre de ma position intime de Marocaine de naissance pour révéler, dans ces portraits, la subjectivité des personnes que j’ai photographiées. Inspirée par “The Americans”, le portrait de l’Amérique d’après-guerre réalisé par Robert Frank, je me suis lancée dans un road trip à travers le Maroc rural afin de photographier des femmes et des hommes appartenant à différents groupes ethniques, Berbères comme Arabes. Ma démarche, qui cherche à révéler plus qu’à affirmer, rend les portraits réalisés doublement “documentaires” puisque mon objectif – mon regard – est à la fois intérieur et critique, proche et distancié, informé et créatif. Ce projet, toujours en cours, constitue une archive visuelle des traditions et des univers esthétiques marocains qui tendent à disparaître sous les effets de la mondialisation.»

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Crossings (Installation vidéo en triptyque)

« Crossings » explore l’expérience des migrants sub-sahariens qui quittent leurs pays dans l’espoir d’atteindre les rivages de la Méditerranée.  L’installation vidéo révèle le traumatisme collectif provoqué par la traversée des frontières et la fragilité d’une communauté plongée dans un nouvel environnement hostile. Tout en explorant les textures expérientiels de la transition psychologique et physique, l’installation invoque aussi le concept de l’Europe comme une utopie problématique dans l’imaginaire collectif africain.

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Quelques belles photos de Leila

 « J’installe mon studio en extérieur, les jours de marché. Les gens passent, ceux qui veulent s’arrêtent. La seule chose que je leur demande, c’est de rester face à moi »  Leila Alaoui.

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Leila Aloui

Nos pensées vont vers toi, Leila…

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Merci à Zineb El Rhazoui pour son courageux combat pour l’humanité et la laïcité – Soutenons la !

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Zineb El Rhazoui  - Charlie Hebdo

Zineb El Rhazoui  – Charlie Hebdo

    Zineb El Rhazoui (marocain prononciation : [zinæb əl ɣæzwi]), née le 19 janvier 1982 à Casablanca, d’origine berbère, est une journaliste, sociologue et militante des Droits de l’homme de double nationalité franco-marocaine qui proclame son athéisme et lutte avec beaucoup d’énergie pour la laïcité. Ayant suivi des études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) d’où elle sort avec un master en sociologie des religions, elle débute dans le journalisme au Maroc au Journal hebdomadaire, titre phare et pionnier de la presse indépendante qui sera fermé par le régime en janvier 2010. Elle aura durant cette période été reporter de guerre lors de la guerre de Gaza de 2008-2009 et aura mené de nombreuses enquêtes sur les libertés individuelles et les droits de l’homme au Maroc, ce qui lui vaudra d’être arrêtée à plusieurs reprises. Elle cofonde avec le psychothérapeute Ibtissam Lachgar le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI), a l’initiative du mouvement des « Dé-jeûneurs » qui a organisé des pique-niques pendant le ramadan, et participe au Mouvement du 20-Février. Elle se fait remarquer lors d’une réunion plénière d’EELV le 18 août 2011 au Maroc, par son intervention contre Driss el-Yazami, conseiller du Roi.
    Après la fermeture de son journal elle trouvera refuge en Slovénie en 2010 dans le cadre du programme International cities of refuge network (ICORN) qui redonne la liberté d’expression aux journalistes et écrivains muselés dans leur pays d’origine puis part vivre en France. Elle devient alors porte-parole de Ni putes ni soumises en septembre 2011 et écrit dans l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo sur le thème des religions. Elle est également professeur assistante à l’Université française d’Égypte, enseignant la méthodologie de l’écrit et de la recherche.
     Alors en vacances à l’étranger, elle échappe à la fusillade au siège de Charlie Hebdo du 7 janvier 2015. Elle contribue au « Journal des survivants », qui sort en kiosques le mercredi suivant.

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Zineb El Rhazoui au centre des survivants de Charlie Hebdo à la marche républicaine du 11 janvier 2015

      Zineb El Rhazoui et son mari, l’écrivain Jaouad Benaissi sont devenus la cible de la part de fanatiques intégristes d’une fatwa relayée par des dizaines de messages sur Twitter qui ordonne leur assassinat. Des informations sur leur vie privée, leurs habitudes et leurs déplacements ont été diffusées sur le réseau social. Des syndicats et fédérations de journalistes ont dénoncé, vendredi 20 février, ces appels au meurtre : « Aujourd’hui, Zineb El Rhazoui et son mari sont visés. Les menaces sont accompagnées de la photo et d’informations sur le domicile et le lieu de travail de son mari, et diffusées sur le réseau social Twitter», explique la Fédération internationale des journalistes (FIJ).
     Zineb El Rhazoui a détaillé auprès de BFMTV ce qu’elle a notamment pu trouver sur Internet : « à défaut d’une balle ou d’un explosif, ils conseillent par exemple de m’isoler et de m’écraser la tête avec des pierres, de m’égorger, de me brûler, ou à défaut de brûler ma maison. » Mais toujours combattive, la jeune femme leur répond crânement : « Mais moi je leur dit, je vous attends de pied ferme les mecs », « Même s’ils parviennent à me tuer, contre quoi ils se battent au juste?« , s’est-elle encore demandée.

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 Zineb El Rhazoui et son mari, l’écrivain Jaouad Benaissi

Publications :
      . Nouvelles du Maroc, en collaboration avec Mohamed Leftah, Abdellah Taïa, Karim Boukhari, Fadwa Islah et Abdelaziz Errachidi, nouvelles, Magellan, en partenariat avec Le Monde diplomatique, 2011.
        . Scénario de La vie de Mahomet, dessins de Charb, Les Échappés, 2013.

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    Les déclarations de Zineb El Rhazoui qui suivent sont tirées : d’un article du blog Le Monde Société sur la tuerie de Charlie Hebdo, d’une interview et d’un échange de vue réalisés par l’universitaire Guy Haarscher de l’Université Libre de Bruxelles (ULB) ¹, de déclarations présentées sur le blog « Au Féminin – société – » ) ² et de divers textes et prises de position accessibles sur internet.

Charlie Hebdo

 Charlie Hebdo - 100 coups de fouets si vous n'êtes pas mort de rire      « Charlie, j’y suis entrée par mon engagement et non par mon CV de journaliste ou par une lettre de motivation bien tournée. En 2011, en plein printemps arabe, Sylvie, une ancienne de la rédaction, m’a appelée pour que je lui raconte mes combats marocains. Deux jours plus tard, je déjeunais avec Charb et Riss, qui m’ont proposé de « passer à la réunion du mercredi ».
     Pour m’embaucher, Luz a proposé de baisser son salaire, « pour que ça rentre dans le budget ». Depuis, Riss a pris coutume de me demander : « Qu’est-ce qui t’énerve le plus cette semaine ? », pour voir ce que j’ai à écrire. C’est ainsi Charlie, un journal énervé, mais qui ne se prend jamais au sérieux. Riss a survécu. Blessé, « il arrive à bouger les doigts », m’a confirmé un collègue. Il redessinera. Luz aussi est en vie, mais se sentait incapable de dessiner, jusqu’à ce qu’il nous envoie la « une » du prochain numéro, tragiquement drôle. C’est la première fois que Charlie a sa « une » dès le jeudi soir. Charlie n’a jamais été un journal comme un autre, et ne le sera fatalement plus jamais.
     Notre équipe a été décimée à la kalachnikov, parce que nous avons osé tourner l’islam en dérision. Avant que notre salle de réunion, lieu habitué aux blagues et aux éclats de rire, aux murs tapissés de dessins, ne se transforme en bain de sang, nous avons mille fois été menacés de mort. Tout le monde le savait, mais nous n’en étions pas moins haïs, conspués. Il a fallu douze cadavres pour que Charlie soit enfin compris. Avec Wolinski, Honoré et Cabu, ce sont trois symboles de la culture française qui sont partis. Quant à Bernard Maris ou Elsa Cayat, psychanalyste et chroniqueuse, ils n’avaient jamais dessiné qui que ce soit et ne se préoccupaient pas plus de Mahomet que du pape.
     Charb, lui, avait fait de Charlie son sacerdoce et sa croix, il ne vivait que pour que vive le journal. Charb a désespérément tapé à toutes les portes, jusqu’à celle de François Hollande, pour attirer l’attention sur l’inexorable disparition de Charlie par asphyxie financière. « J’ai l’impression de faire le tapin », m’avait-il confié, il y a un mois, alors que nous déjeunions ensemble. Charb vivait dans l’angoisse de voir mourir le journal et se souciait peu de sa propre mort, lui qui était sous protection policière depuis 2012.
     Si tu avais été là, mon Charb, si tu avais vu la place de la République, noire de monde, des gens en larmes qui portaient ton portrait, dans un silence monacal. Si seulement tu avais pu voir ça. Si seulement tu pouvais voir ce jour où les propositions d’aide affluent de toute part, pour que le journal vive, à tout prix. »

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Ses combats au Maroc

Pour la liberté d’expression : « J’ai choisi le blog comme moyen d’expression le jour où j’ai perdu mon travail de journaliste, qui était ma tribune. Le Journal hebdomadaire, le pionnier de la presse indépendante au Maroc, a été fermé un beau matin par les autorités. Des huissiers ont débarqué, ont mis tout le monde dehors et placé nos locaux sous scellé. Depuis je suis au chômage, mais surtout, je suis blacklistée à cause de mes opinions et de mes activités militantes. Il est impossible pour moi de trouver du travail au Maroc, et quand bien même j’en trouverais, je refuse de me soumettre au Roi comme le font les journaux partisans. Donc ma nouvelle tribune, c’est mon blog, qui est hébergé en France par Le Monde.fr. Je ne gagne pas ma vie mais je continue à dire ce que je pense. » ¹

Contre la répression : « Je suis militante des libertés individuelles, et je me suis clairement positionnée pour la laïcité. De ce fait, je subis une grosse répression de la part du régime. Le trône marocain est une monarchie sacrée de droit divin, qui tire sa légitimité du religieux. Alors forcément, la première répression que je subis, c’est celle de l’Etat. ¹
     L’année dernière j’ai été arrêtée trois fois. Jamais jugée. Le 4 juin, par exemple, à 5h 45, 15 policiers ont débarqué chez moi, où j’étais avec mon copain. Ils ont mis des préservatifs dans ma salle de bain et les ont pris en photo dans le but de me coller un procès de mœurs. Car au Maroc, les rapports sexuels hors mariage sont toujours passibles de prison (article 490 du code pénal marocain) !
     Cette peur ne m’arrête pas. Soit je vis avec, soit je quitte le pays et je renie ma marocanité. Et ça je ne peux pas. Je ne peux que m’indigner et dénoncer. »

Pour les droits des femmes » En 2003, le Roi a réformé le code de la famille, ce qui a permis de réparer certaines injustices archaïques. Mais les droits de la femme ne sont toujours pas inscrits dans la loi. La polygamie n’est pas abolie ; en tant que femme marocaine, j’hérite toujours de la moitié de mon frère (alors que je ne paye pas la moitié de mes impôts !) ; il n’y a pas d’égalité constitutionnelle, le trône du Maroc se transmettant toujours par ordre de primogéniture mâle, etc.
    Ce qui me tient à cœur aujourd’hui c’est que la femme marocaine puisse enfin marcher la tête haute dans la rue, qu’elle gagne sa citoyenneté, ne soit plus assujettie au patriarcat de l’homme ou du Roi, qu’elle gagne une égalité constitutionnelle. Et cela passera par la laïcité
    Car disons-le, ce sont les lois musulmanes qui font des femmes d’éternelles mineures. Pour moi, la clef de voute de la condition féminine au Maroc, c’est un statut personnel civique, et non pas théologique. » ¹

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Au sujet de « la responsabilité » des journalistes en matière de caricature

marrakech-jamma-el-fna-henna   « J’ai exercé le journalisme dans un pays au fonctionnement dictatorial comme le Maroc. J’ai l’habitude d’entendre ce discours. Les hommes politiques me disent qu’en cas de troubles que mes articles sur la religion suscitent, je dois en assumer la responsabilité. On comprend vite que l’objectif de cette soi-disant responsabilité du journaliste, c’est la censure. Or, le journalisme est déjà encadré par des règles déontologiques. Un journaliste ne doit absolument pas s’imposer cette logique de responsabilité qui n’incombe qu’à l’Etat. Le maintien de l’ordre doit être assuré par les pouvoirs publics. C’est la raison pour laquelle les déclarations du Premier ministre français sont scandaleuses, d’autant plus qu’elles sont formulées par un homme de gauche dans une République qui se veut la patrie des droits de l’homme. Rama Yade, ancienne secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, a même parlé de « la Une de trop » de Charlie Hebdo ! Ces politiques ont outrepassé leurs prérogatives : ils n’ont pas vocation à faire la leçon à des journalistes indépendants et à leur dicter quand et comment ils doivent traiter une question d’actualité. » ²

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 4552552_6_5efd_zineb-el-rhazoui-journaliste-et-membre-de-la_d06c1ca358e38d0e5c60d9f3ace78ded   Il faut d’abord délimiter sur quel terrain on se situe. Si on juge ces caricatures du point de vue artistique, on a le droit de trouver ces dessins excellents ou mauvais, vulgaires ou grivois, bêtes et méchants. 
    Mais si on les juge sur le terrain du droit, est-ce que ceux qui jugent ces caricatures seraient prêts à affirmer qu’on a quand-même le droit de les faire en tant que journalistes?
Ils sont prêts à tergiverser sur la liberté de pensée et attaquent le travail de Charlie. Je comprendrais que l’on dise que ces caricatures sont de mauvais goût, chacun peut en faire la lecture qu’il veut. Mais, je pense que Charlie en a tout à fait le droit, sans entrer dans des considérations de goût. 
    Ensuite, sur le moment choisi pour publier ces dessins. Cela a été l’élément massue de nos détracteurs. Mais, que voulaient-ils que l’on fasse? On est journalistes ou on ne l’est pas. 
    Nous nous devons de commenter l’actualité comme tout le monde, mais aussi à notre façon. Et l’actualité de la semaine c’était cela: des hordes de barbus enragés qui ont tué un ambassadeur, qui ont brûlé des bâtiments au Bangladesh et à Téhéran. On ne pouvait pas manquer cela. 
     On a commenté cette actualité avec la méthode de Charlie, qui est avant tout un journal satirique. Et la caricature écorche par définition. Elle est irrévérencieuse même. Elle n’est pas là pour faire plaisir aux caricaturés ou pour les caresser dans le sens du poil. 
     On nous a également reproché de vouloir jeter de l’huile sur le feu, en mettant en danger la vie des Français vivant à l’étranger. Je pense qu’on ne peut pas faire endosser la responsabilité à des journalistes d’actes violents qui seraient commis à Tripoli ou à Kaboul.
     Il faut être clair: les seuls responsables de ces actes, ce sont leurs auteurs, pas les journalistes. En tant que journalistes, nous n’avons pas à nous substituer à une logique de responsabilité d’Etat. Ce n’est pas notre devoir. Le nôtre c’est de travailler sur l’actualité, de respecter la déontologie journalistique qui est très claire et qui est de ne pas faire d’appel à la haine, ni de diffuser de propos racistes ou ou de faire des appels à la violence, etc. Tant que nous n’enfreignons pas ces règles je ne vois pas pourquoi, nous devrions nous en priver. (Interview sur le site SlateAfrique du 27/09/2012)

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Au sujet des initiatives visant à instaurer le délit de blasphème dans le monde

 Une de Charlie Hebdo    « Ces initiatives font partie d’une stratégie globale. Les religions cherchent à se substituer aux législations civiles et laïques pour imposer leur ordre moral à l’ensemble de la société. La volonté d’instaurer le délit de blasphème fait partie d’un processus plus large où les droits des femmes sont aussi remis en cause. Il faut donc être très vigilant par rapport à ces initiatives, surtout lorsqu’on observe que Charlie Hebdo est critiqué par les responsables politiques français pour avoir caricaturé le prophète. La prochaine étape peut être d’accepter de légiférer sur le blasphème. Dans ce contexte, il est important que des journaux comme Charlie Hebdo et des écrivains comme Salman Rushdie puissent défendre ce droit au blasphème qui apparaît précisément comme cette différence fondamentale entre la démocratie et la dictature, la civilisation et la barbarie. » ²

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    Disons que c’est la ligne éditoriale de Charlie. Il a caricaturé dans des positions extrêmement délicates le pape, Jésus ou encore Nicolas Sarkozy (ex-président français). Je ne vois pas pourquoi Mahomet ferait exception.
     Il faut que les détracteurs nous disent clairement s’ils veulent que nous respections une interdiction religieuse musulmane. Je crois que, nous, en tant que journalistes satiriques français, dans un pays où, jusqu’à nouvel ordre, il n’y a pas de délit de blasphème, on a le droit de le faire. 
     Je sais que le blasphème ne fait pas plaisir à tout le monde mais il faut être conscient que ces groupuscules de barbus —qui prétendent s’exprimer au nom d’un milliard et demi de musulmans, comme moi, parce que je suis de culture musulmane, même si je suis athée, et au nom d’une majorité de musulmans croyants et peut être même pratiquants— même s’ils n’apprécient pas le contenu de Charlie, ils n’iraient jamais égorger un ambassadeur. 
     A chaque fois que nous aurons des réactions violentes, nous aurons la confirmation qu’on a là un tabou bien coriace. Et à ce moment-là, en tant que journalistes satiriques, nous aurons le choix entre deux options: soit on se couche en nous disant que c’est dangereux et qu’on ne touche plus à Mahomet, soit on se dit qu’on a le devoir de repousser les lignes de la liberté d’expression. (Interview sur le site SlateAfrique du 27/09/2012)

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Au sujet de la fatwa de condamnation à mort sur Salman Rushdie lancée par certains pays

     « Que ceux qui nous disent que l’islam est une religion de paix et de tolérance viennent nous dire comment des autorités religieuses reconnues promettent des primes à des assassins. Beaucoup d’intellectuels et de responsables politiques européens se dérobent et mettent en sourdine ce débat, parce qu’ils ont peur d’être accusés de racisme. Ils pensent que s’ils se montrent intransigeants sur la nécessité pour l’islam de respecter les règles démocratiques, ils vont passer pour d’affreux racistes. Ils se trompent complètement, car le véritable racisme, c’est le différentialisme. Je suis marocaine de culture musulmane et je n’ai pas pour autant un degré de civilisation inférieure aux Français de culture chrétienne. Le racisme consiste donc à dire que les musulmans sont différents et que les autorités françaises doivent leur permettre de respecter leurs coutumes barbares et archaïques, et ainsi les exclure de la République. » ¹

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Au sujet de la liberté religieuse que l’on pourrait opposer à la liberté d’expression

 zineb_0   « C’est un fantasme de leur part. La Cour européenne des droits de l’homme protège les droits de l’homme, mais pas Dieu ! La liberté religieuse permet surtout aux croyants d’exercer leur culte. Elle n’implique en aucun cas le droit d’être choqué par des œuvres d’art, des livres ou des films. Et dans ces cas, on est choqué que si on le veut bien, c’est-à-dire si on prend volontairement connaissance de ces œuvres « choquantes ». Personne n’a jamais contraint quiconque à lire Charlie Hebdo ni à regarder sur internet des caricatures sur le prophète. Dire qu’on porte atteinte à la liberté religieuse parce que des gens montrent des images que personne n’est obligé de regarder est un sophisme absurde. De cette manière, on construit artificiellement une tension entre liberté d’expression et liberté religieuse pour faire croire que c’est un conflit entre deux droits de l’homme. » ²

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Au sujet des risques de populisme et de racisme antimusulman

maxresdefault    « Je suis consciente que ce débat est instrumentalisé par l’extrême droite. Sous couvert de défense de la laïcité et des principes républicains, elle ne fait qu’affirmer que les musulmans n’ont pas leur place en France. Marine Le Pen est paradoxalement la seule femme politique qui a condamné clairement toute atteinte à la liberté d’expression lorsque Charlie Hebdo a publié le numéro comprenant les caricatures de Mahomet. Nous ne sommes pas dupes : Marine Le Pen a déjà intenté des procès contre Charlie Hebdo et aujourd’hui encore, elle nous poursuit pour une affiche électorale qui la représente en étron fumant. Marine Le Pen estime donc que la liberté d’expression est fondamentale et sans limites quand il s’agit de l’islam, mais extrêmement limitée quand il est question du Front national. Quand on découvre qu’un beau matin, l’extrême droite est féministe et incarne la défense de la laïcité parce que cela l’arrange bien de taper sur les musulmans, on comprend que cette posture n’a rien d’honnête ni de sincère. D’autant que l’extrême droite n’a jamais brillé tout au long de son histoire par son attachement à la cause des femmes ni à la défense de la laïcité. Dans ce contexte, il est dangereux de laisser l’extrême droite s’approprier la laïcité. Tant la droite républicaine que la gauche doivent s’emparer de la laïcité pour l’aborder sans tabou. Il faut combattre les religions lorsqu’elles cherchent à occuper l’espace public, et non pas les individus identifiés comme appartenant à une communauté religieuse. De la même manière, lorsque les religieux disent qu’il faut respecter les religions, il faut s’y opposer. Je n’ai aucun respect pour les religions parce qu’elles ne me respectent pas en tant que femme. En revanche, je respecte les personnes qui pratiquent une religion. Cette nuance est essentielle. » ²

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    le problème tel que je le vois de mon côté, c’est que beaucoup se font traiter de racistes ou d’islamophobes, dès qu’ils critiquent l’islam. D’ailleurs pour moi ce mot est un non-sens.
     C’est quoi l’islamophobie? Avoir la phobie de l’islam? C’est ridicule. J’ai grandi parmi les musulmans, c’est mon père, c’est ma famille, c’est aussi la majorité de mon entourage. Je refuse d’être qualifiée d’islamophobe parce que je critique cette religion. 
      Je connais des gens qui développent une critique très rationnelle de l’islam, mais qui ne le critiqueront jamais de peur d’être taxés de racistes. Cela aussi, c’est un racisme à l’envers. Je ne permets à personne de faire un argumentum ad hominem. Lorsque je dis quelque chose, que mon idée soit intelligente ou pas, j’exige que la personne réponde à mon idée et non pas à mes origines. (Interview sur le site SlateAfrique du 27/09/2012)

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Sa critique véhémente de Driss El Yazami, militant des Droits de l’Homme et conseiller du Roi du Maroc

Intervention véhémente de Zineb El Rhazaoui lors d’un colloque du parti Europe écologie les Verts, le 18 août 2011, à l’encontre de Driss El Yazami, militant contesté franco-marocain des droits de l’homme pour ses relations avec le roi de Maroc et ses dénégations du centre de torture de Tamara

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