Un barrage contre l’Atlantique : la dernière maison de Holland Island (Maryland)

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La dernière maison de Holland Island

    Construite en 1888, cette maison victorienne a bravé les éléments et a combattu durant plus d’un siècle l’érosion du littoral de Holland Island dans la baie de Chesapeake. Malgré les efforts des anciens résidents de la maison et du propriétaire Stephen White pour protéger l’île afin de la sauver, les eaux ont été victorieuses et les ont submergées toutes les deux.
    Ce qui suit est l’histoire de de la lutte d’un homme qui a entrepris une lutte désespérée pour sauvegarder ce à quoi il tenait plus que tout : son passé…

Holland Island - Naissance d'un village

Holland Island – Naissance d’un village

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    La première occupation humaine date des années 1600, Holland Island a reçu son nom du propriétaire de l’île, le colon Daniel Holland. Pendant près de deux siècles, la vie s’est déroulée sans incident pour la petite île dont les rives n’étaient occupées que par un seul village de taille minuscule. Puis, dans les années 1850, on assista à un boom de la pêche et de l’agriculture dans la région de Chesapeake qui apporta un certaine prospérité dans l’île. Quarante années plus tard, il y avait dans l’île une importante communauté de bateliers et à l’orée du vingtième siècle, en 1910, l’île abritait 360 habitants, ce qui en faisait l’île la plus peuplée de la baie de Chesapeake. À l’apogée de sa prospérité, Holland Island comptait plus de 70 constructions comprenant des commerces, une école, un bureau de poste, plusieurs magasins généraux et une église. L’île avait aussi son propre médecin, un centre communautaire, et même une équipe de baseball qui voyageait par bateau pour participer à des matchs à l’extérieur.
  Près de 90 navires mouillaient à Holland Island, dont les propriétaires s’attachaient à bâtir leurs fortunes par la pêche, le piégeage des crabes ou la collecte des huîtres.

Holland Island tel qu'elle était encore le 18 Octobre 1953

Holland Island tel qu’elle était encore le 18 Octobre 1953

carte de Holland Island     Une des caractéristiques géologiques des îles de la baie de Chesapeake est que leur sol est constitué de boue et de limon déposés par les glaciers de l’époque glaciaire lors de la fonte des glaces. Cette particularité rend une île comme Holland Island plus sensible à l’érosion des berges causée par l’assaut permanent des vagues. Ainsi, le processus d’érosion qui s’est développé depuis des milliers d’années a peu à peu grignoté le socle terreux de l’île. Ce processus s’est accéléré ces dernières années avec la montée du niveau de l’océan résultant du réchauffement climatique.
    C’est au cours de l’année 1914 que les habitants de l’île ont commencé à sérieusement s’inquiéter en assistant à la submersion de pans entiers de rivages. Des travaux de consolidation des rivages ont alors été menés et des dépôts de pierres importées du continent ont été mis en place pour constituer des digues et des brise-lames. On a également sabordé des navires pour amortir le choc des vagues mais tous ces efforts se sont révélés inutiles.

    Cette situation a obligé la majorité des habitants à démonter leurs maisons pour les reconstruire sur le continent mais certains îliens sont restés dans l’espoir de la venue d’un hypothétique miracle mais ce dernier espoir s’est envolé sous l’effet de la tempête tropicale de 1918 qui a fortement endommagé l’église. Durant quelques années encore l’île a été partiellement occupée lors de la période de pêche mais a finalement été totalement désertée en 1922 après la fermeture de l’église.

Google Map - carte et vue satellite montrant l'érosion

Google Map – carte et vue satellite montrant l’érosion

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Un barrage contre l’Atlantique

hi-stephen-white    Le sort de l’île paraissait définitivement scellé et pendant les années qui suivirent l’action destructrice de la nature suivit son cours inexorable de délitement et d’anéantissement. Mais en 1995, un événement que l’on avait plus connu depuis longtemps vint troubler la tranquillité de ce qui restait de l’île… L’homme était de retour sur l’île et pas seulement de manière momentanée comme le faisaient les quelques pêcheurs ou navigateurs qui venaient jeter parfois l’ancre sur son rivage. Non, l’homme était de retour et était là pour y rester dans la ferme intention de contrecarrer l’œuvre de la nature sinon du Seigneur. L’homme en question s’appelait Stephen White, et en matière de navigation et de relation avec le Seigneur, il s’y connaissait puisque il était ancien batelier et pasteur méthodiste et connaissait bien l’île pour y avoir passé son enfance. Il venait d’acheter ce qui restait de l’île pour 70.000 dollars dans le but de la sauver et avait créé afin de parvenir à cet objectif une association : la Fondation Holland Island Preservation.

Stephen White avec en arrière-plan son île

Stephen White avec en arrière-plan son île

    S’engagea alors une lutte titanesque et inégale contre l’océan. Stephen White, aidé par son épouse, construisit tout d’abord des brise-lames en bois mais les vagues les détruisirent. Il les remplaça alors par le dépôt de sacs de sable qui finirent par percer et se dissoudre dans l’océan. Il remplaça alors les sacs de sable par des tonnes de roches importées du continent. Au total 23 tonnes de roches furent déposées sur le rivage mais là également, en vain. C’est alors qu’il apporta un engin de terrassement et se mit à créer des digues de fortune pour contrer l’action des vagues et protéger le rivage mais comme le reste, ces barrières dérisoires furent emportées par les flots. Dans un ultime recours recours, il alla jusqu’à saborder une vieille barge à proximité de la maison pour la protéger mais là encore sans succès. La maison fut envahie par les eaux. Au total Stephen White avait consacré 15 années de sa vie à lutter contre le destin et dépensé en pure perte plus de 150.000 dollars.

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L’agonie de la maison

l'engin de terrassement (2)

La dernière maison de Holland Island avec l’engin de terrassement de White

Holland Island - photo Jay Fleming

l’agonie de la maison – photo Jay Fleming

Holland Island

Holland Island avec sa barge de protection dernière trace de ce qui fut la maison

à gauche, la maison encore debout protégée par sa barge (rectangle orange) – à droite tout ce qui reste comme traces de la maison après sa submersion.

l'engin de terrassement (4)

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l'engin de terrassement (3)

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article lié

La Ballade de Holland Island House, un court-métrage d’animation réalisé par l’américaine Lynn Tomlinson sur ce thème
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The Ballad of Holland Island House

    La Ballade de Holland Island House, la réalisatrice  Lynn Tomlinson raconte l’histoire véridique d’une maison qui est la dernière de son village à résister à la montée de l’océan sur une île de la baie de Chesapeake. Après une longue lutte, elle finira par disparaître à son tour dans les flots. Dans la ballade chantée qui accompagne les images, la maison raconte l’histoire de sa vie avec les créatures qu’elle a côtoyé et abrité au cours de son voyage depuis sa vie originelle en tant qu’arbre, puis en bois de construction jusqu’à son ultime retour à la nature. Ce film est une interrogation sur le temps, le changement de l’environnement et la montée du niveau des océans.

C’est ICI

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la Mason-Dixon Line (1763-1767)

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Mason-Dixon Line

     Depuis la fin de la guerre d’indépendance des États-Unis, la ligne Mason-Dixon était la ligne de démarcation entre les États abolitionnistes du Nord et les États esclavagistes du Sud, jusqu’au Compromis du Missouri voté en 1820 qui déplaçait la limite à la latitude 36°30′ Nord (frontière sud du Missouri) pour les territoires de l’ancienne Louisiane française, achetée en 1803. Ce sont deux géomètres britanniques, Charles Mason et Jeremiah Dixon qui l’avaient établie entre 1763 et 1767. Elle était alors située à environ 39°43’20 » de latitude Nord entre le Maryland et la Pennsylvanie d’une part ; 75°47′18 de longitude ouest entre le Maryland et le Delaware et délimitait les frontières de ces deux états. Les esclaves noirs qui utilisaient le chemin de fer clandestin devaient traverser la ligne Mason-Dixon pour tenter de gagner la liberté. Même après la guerre, cette frontière est restée un fort symbole de division culturelle entre les États du Sud et du Nord. John Fitzgerald Kennedy a construit une autoroute traversant la ligne qui est aujourd’hui nommée en son honneur. Dans l’usage, elle représente aujourd’hui la démarcation formelle entre le Nord et le Sud des États-Unis.      Il existe deux hypothèses pour expliquer l’origine des expressions « Dixie » et « Dixieland » pour désigner les États du sud. La première l’attribue à la ligne Mason-Dixon et la seconde au  billet de banque américain de dix dollars ; en effet, le dit billet en circulation dans les États de l’Union au cours de la guerre de sécession portait la mention « TEN » dollars, soit dix en anglais, alors que le billet de même valeur circulant dans les États de la Confédération portait la mention « DIX » au lieu de « TEN ». D’où le « DIXIELAND », ou « pays du dix ».    

Mason et Dixon, couverture du roman de Thomas Pynchon

Le romancier américain Thomas Pynchon a fait de cette ligne le sujet d’un roman halluccinant, Mason et Dixon, qui nous emmène dans l’Amérique du XVIIIe siècle et que le romancier traite comme la matérialisation d’un désir : une fuite en avant vers l’Ouest sauvage de l’hédoniste Dixon, un retour impossible vers le passé (l’Est) pour l’endeuillé Mason qui vient de perdre sa femme. « La frontière que les deux hommes vont tracer (avec leur équipe de bûcherons, cuisinier, indiens, etc.) va marquer physiquement le monde. Elle traverse à la fois un espace, un territoire et un temps. Elle est une avancée vers l’inconnu comme peut l’être aussi l’écriture. Elle doit son existence à l’accouplement de l’homme avec la nature (l’observation des étoiles pour définir sa latitude), de la science (boussole et compas) avec le pouvoir. Surtout elle donne la primauté sur la représentation du monde plutôt que sur le monde lui-même. Elle fonde ainsi une mythologie moderne comme une Odyssée fondatrice. » (le Matricule des Anges)
Mason & Dixon de Thomas Pynchon Seuil 27.50 €

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Un peu d’histoire :

   En 1681, le roi Charles II d’Angleterre remet une partie de ses propres avoirs fonciers en Amérique au Quaker William Penn pour honorer une dette auprès de sa famille. Les terres cédées étaient d’importance puisqu’elles incluaient ce qui est aujourd’hui la Pennsylvanie et le Delaware. William Penn débarque pour la première fois sur le sol américain en 1682 à New Castle, l’ancienne Nieuw-Amstel fondée par les Hollandais en 1651 et devenue anglaise après que les anglais eurent conquis la Nouvelle-Hollande en 1664.  Une partie des colons présents sur place lui prête allégeance mais Charles Calvert, 5ème baron Baltimore de confession catholique qui considérait avoir des droits sur le Maryland n’accepta pas cet accord. Ce litige territorial opposa les États de Pennsylvanie et du Maryland jusqu’au moment où les descendants des deux protagonistes,  Thomas Penn et Frederick Calvert,  se résolurent en 1763 à faire appel à l’arbitrage de deux géomètres britanniques, Charles Mason et Jeremiah Dixon, qui reprirent les travaux inachevés ou imprécis des cartographes américains . Leur première tâche consista à tracer une ligne partant du milieu de la ligne transpéninsulaire de Delmarva et arrivant au nord en tangente au cercle des 12 miles autour de New Castle, séparant la Pennsylvanie des trois comtés qui deviendront plus tard le Delaware. Grâce à leurs instruments et leur méthode astronomique plutôt que fil à plomb et boussole, ils achevèrent ce tracé avec une erreur de quelques mètres là où leurs prédécesseurs tombaient à plus de 300 mètres à cause des anomalies de gravité et de champs magnétique. Partant du cercle des 12 miles, ils tracèrent ensuite la frontière est-ouest entre la Pennsylvanie et le Maryland, qui passera à la postérité sous le nom de ligne Mason-Dixon et qui demeure réputée aujourd’hui par le rôle de frontière culturelle qu’elle a jouée entre les états du sud et du nord des USA. L’expédition ayant négocié avec les Iroquois son passage au-delà du Potomac, s’enfonça à l’ouest autant que le permettaient le courage des défricheurs et l’hostilité des autres tribus. Elle s’arrêta au bout de 233 miles (375 kilomètres) quand elle atteint le Grand Sentier de Guerre Indien que les Mohawks imposèrent comme limite.       Mason et Dixon furent nommés membres correspondants de la Société philosophique américaine en avril 1768.

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   L’épopée de Charles Mason et Jeremiah Dixon d’une chanson de Mark Knopfler intitulée Sailing to Philadelphia, tirée de l’album du même nom.

         Sailing To Philadelphia (Mark Knopfler et les Dire Straits)

I am Jeremiah Dixon                                    Je m’appelle Jeremie Dixon
I am a Geordie boy                                       je suis un Geordie boy
A glass of wine with you, sir                      Un verre de vin avec vous, Monsieur
And the ladies I’ll enjoy                              Et je charmerais toutes les femmes
All Durham and Northumberland           Tout le pays de Durham et du Nothumberland
Is measured up by my own hand             a été cartographié par mes propres mains
It was my fate from birth                           J’étais destiné dés ma naissance
To make my mark upon the earth            à apposer ma marque sur cette terre

He calls me Charlie Mason                         Il m’appelle Charlie Mason
A stargazer am I                                            chasseur d’étoiles je suis
It seems that I was born                              il semble bien que je sois né
To chart the evening sky                             pour tracer le ciel du soir
They’d cut me out for baking bread         Ils me voyaient boulanger
But I had other dreams instead                 Mais j’avais d’autres rêves
This baker’s boy from the west country  le petit mitron du sud-ouest
Would join the Royal Society                     voulait rejoindre la Royal Society

We are sailing to Philadelphia                  Nous naviguons vers Philadelphie
A world away from the coaly Tyne          un monde éloigné de la charbonneuse Tyne
Sailing to Philadelphia                                Nous voguons vers Philadelphie
To draw the line                                           Pour tracer une frontière,
A Mason-Dixon Line                                    la Mason-Dixon line

Now you’re a good surveyor, Dixon        Sûr, tu es un bon géomètre, Dixon
But I swear you’ll make me mad              Mais tu finiras par me rendre fou
The West will kill us both                           l’Ouest nous tuera tous les deux
You gullible Geordie lad                             Toi, le crédule Geordie
You talk of liberty                                        Tu parles de liberté
How can America be free                          Comment l’Amérique peut elle être libre
A Geordie and a baker’s boy                      Un Geordie et un mitron
In the forests of the Iroquois                     Dans les forêts des Iroquois

Now hold your head up, Mason                Maintenant, relève la tête, Mason
See America lies there                                Vois l’Amérique qui s’étend devant toi
The morning tide has raised                      la marée du matin dévoile
The capes of Delaware                                les caps du Delaware
Come up and feel the sun                          Vient sentir le soleil sur ta peau.
A new morning has begun                         Une nouvelle matinée commence
Another day will make it clear                  qui doit nous éclairer sur les raisons
Why your stars should guide us here      qui ont fait que les étoiles nous ont guidées ici

We are sailing to Philadelphia                  Nous avons pris la mer pour Philadelphie
A world away from the coaly Tyne          un monde éloigné de la charbonneuse Tyne
Sailing to Philadelphia                                Nous voguons vers Philadelphie
To draw the line                                           Pour tracer une frontière,
A Mason-Dixon Line                                   La Mason-Dixon Line

Songwriters: KNOPFLER, MARK
Sailing To Philadelphia lyrics © Universal Music Publishing Group
 
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Geordie boy :   garçon originaire de Tyneside dans le NE de l’Angleterre
gullible : crédule
surveyor :  géomètre, arpenteur
to swear : jurer
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Home, sweet home : BlackWhite résidence à Bethesda dans le Maryland – David Jameson Architect’s

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David Jameson, architecteDavid Jameson, architecte

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 Pour lire la biographie de David Jameson, la présentation générale de son architecture et d’une autre villa qu’il a réalisé dans la même ville, la Jigsaw résidence, c’est ICI.

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BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect 

principal responsable: David Jameson, FAIA, David Jameson Architect, 
concepteurs du projet : Christopher Cabacar, David Jameson Architect
Entrepreneur général: Michael T. Puskar, MT Puskar Construction Co., Manassas,  Virginie,
ingénieur en structure : David Linton, PE, Linton Ingénierie, Potomac Falls, Virginie
la taille du projet: 5500 pieds carrés soit 511 m2
Taille du site: 1,06 hectares
coût de la construction : inconnu
photographie: Paul Warchol

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     David Jameson a repris pour ce projet de rénovation d’une maison individuelle implantée dans la ville de Bethesda sur un vaste terrain entouré d’arbres d’un hectare, la recette déjà mise en œuvre dans une autre résidence située dans la même ville, la Jigsaw résidence. C’est ainsi que la maison ancienne a été en partie détruite ne laissant en place pour des raisons économiques qu’une partie des murs et qu’à partir de cette « coque originelle » ont été rajoutés des volumes nouveaux répondant au programme du projet et répondant sur le plan architectural  aux principes d’organisation et de fonctionnement habituellement défendus par l’architecte. Ces principes, rappelons-le, consistent essentiellement à briser la compacité de la maison traditionnelle en l’éclatant en volumes de base différenciés et à renforcer et à affirmer l’individualité et la spécificité de ces volumes nouveaux par la mise en place d’espaces intermédiaires « vides » et en assurant leur mise en valeur par une recherche formelle très poussée. Le résultat est une maison « éclatée » à l’architecture riche et dynamique où les espaces intérieurs et extérieurs s’interpénètrent et où les différentes pièces ont vue, à travers leurs baies vitrées, les unes sur les autres. Cette interpénétration des volumes ne se limite pas au plan horizontal mais agit également sur le plan vertical grâce à  la création, à l’intérieur de la maison, d’espaces vides englobant deux niveaux, largement vitrés eux aussi,  qui permettent la perception visuelle verticale. L’unité architecturale de ces ensembles qui pourraient sombrer facilement dans la disparité et le chaos est assuré par l’affirmation d’une « matrice » centrale à laquelle se rattache les différents volumes qui, dans les deux cas de maisons rénovées citées, est constituées par une partie de la structure originelle et par la répétition d’éléments constitutifs et particuliers de l’architecture tels que éléments structuraux, type d’ouverture, etc…

     Pour la Jigsaw residence, l’architecte avait choisi d’apparenter sur les plans structurel et formel les nouveaux volumes bâtis aux volumes conservés de l’ancienne maison. Le résultat était une maison d’aspect homogène malgré la complexité de son assemblage de volumes où les parties « pleines » des parois extérieures l’emportaient sur les parties « vides » constituées par les ouvertures. La cohérence d’ensemble était renforcée par la monochromie des façades peintes en blanc. A l’opposé, pour la  BlackWhite résidence, l’architecte a choisi de traiter de manière totalement différente les anciens et les nouveaux volumes : c’est ainsi que de la « coque pleine » maçonnée peinte en blanc des volumes anciens conservés du rez-de-chaussée, l’architecte a fait jaillir quatre volumes à structure métallique noire essentiellement vitrée que certains compareront à une obsidienne sertie dans sa monture et d’autre à une fleur vénéneuse sur le point d’éclore de son réceptacle floral… (la plupart des critiques en référence à l’Acropole parlent de temples de verre modernes jaillissant de leur socle maçonné…) Ces volumes de verre permettent une vue panoramique sur le paysage environnant, laissent entrer généreusement la lumière dans les espaces intérieurs et « resplendissent dans l’obscurité de la nuit » (présenté comme une qualité par une critique).

    Comme d’habitude, les critiques sont enthousiastes concernant ce projet de ce jeune architecte adulé de la côte Est qui collectionne les prix et les récompenses : « superbe réalisation contemporaine » de « style unique en son genre », « chef-d’œuvre architectural contemporain exceptionnel »,  « architecture fascinante » qui « submerge la vue et enchante le cœur », « modernité fascinante », « maison de rêve », « le Yin et le Yang de l’architecture moderne », etc…

Enki signature.
le 20 septembre 2013

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BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect - Plan Masse

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect – Plan Masse

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect - Plan du Rez-de-Chaussée

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect – Plan du Rez-de-Chaussée

     Le plan développe de manière classique les espaces de jour au rez-de-chaussée et les espaces de nuit à l’étage. Le rez-de-chaussée regroupe les espaces du barge, de l’entrée avec son vestibule et un sanitaire, les escaliers des circulations verticales, une salle de sport, la cuisine, la salle à manger et le séjour dont l’espace pour ces deux pièces se développe sur deux niveaux, ce qui permet grâce à l’importance considérable des vitrages un éclairement naturel maximal et une vue dégagée sur le paysage environnant. Si le plan des espaces habitables du rez-de-chaussée apparait relativement compact (du bow-window en saillie du salon), c’est dans le plan de l’étage que l’espace apparait totalement éclaté, les quatre chambres et les espaces annexes ayant été placé dans deux volumes d’acier et de verres séparés par des espaces interstitiels. Deux autres de ces volumes d’acier et de verre sont occupés par des espaces vides sur lesquels s’ouvrent des mezzanines et qui se développent sur deux niveaux intégrant le Rez-de-chaussée avec les salles de séjour et à manger. La partie centrale non éclairée naturellement a été réservée aux circulations verticale et horizontale, à la buanderie et à certains sanitaires.

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect - Plan du niveau 1

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect – Plan du niveau 1

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

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     les deux photos (ci-dessus et ci-dessous) illustrent bien l’objectif d’interpénétration des espaces intérieurs et extérieurs défendu par David Jameson. De l’intérieur d’une pièce, on a vue sur une autre pièce à travers un espace extérieur résiduel qui s’immisce entre les volumes de la construction. Les habitants de la maison ont alors un double statut : ils sont à la fois « en dedans » et « en dehors » comme si ils contemplaient la maison de l’extérieur. Ce rapport particulier avec l’espace s’oppose à la perception de l’espace basé sur la perspective que nous a légué la Renaissance, c’est à dire la vision immobile à partir d’un point privilégié d’où l’on perçoit le bâtiment dans son ensemble.

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

le salon se développe sur deux niveaux et est éclairée de manière zénithale.

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

vue de la mezzanine du niveau 1 sur le séjour de rez-de-chaussée. La grande baie vitrée d’angle  monte sur toute hauteur et offre pour les deux niveaux une vue sur le paysage

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Home, sweet home : Jigsaw résidence à Bethesda dans le Maryland – David Jameson Architect’s

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David Jameson, architecteDavid Jameson, architecte

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Jigsaw résidence dans le Maryland – crédit photo, Paul Warchol Photographie

     David Jameson est établi dans la partie médiane de l’Est des Etats-unis dans la ville d’Alexandria en limite de la Virginie et du Maryland et apparait aujourd’hui comme l’un des architectes les plus doués de sa génération. A 43 ans et en seulement une année, il a remporté 27 prix ou nomination dans des concours d’architecture.

       Après des études à la Virginia Tec où il avait été admis en 1986 après l’obtention d’une bourse obtenue grâce à sa pratique du base-ball, sa formation professionnelle a débuté en 1991 chez l’architecte tenant du style moderne Hugh Newell Jacobsen de Washington ancien condisciple à Yale des architectes  Louis Kahn, Vincent Scully et Joseph Albers sous l’aile formatrice de l’architecte Ernie Schickler. A cette époque le modernisme auquel on reprochait son style trop minimaliste et dépouillé était tombé en disgrâce au profit des tenants des styles postmoderne et déconstructiviste emmenés par Robert Venturi et Peter Eisenman et dans les banlieues des grandes ville, la prolifération des McMansion, terme péjoratif pour désigner ces maisons imposantes et prétentieuses mal adaptées à leur quartier, faisait des ravages. En 2006, à 37 ans, il est le plus jeune architecte de l’histoire a avoir bénéficier d’une bourse de l’American Institute of Architects. A ce jour, Jameson est un architecte principalement résidentiel local, pratiquant essentiellement dans la région de Washington, DC.

    David Jameson déclare s’inspirer pour la conception de ses maisons du bâti traditionnel du Maryland rural où les constructions agricoles, ferme, grange, silo à grains, sont séparées par des espaces et où la composition issue de l’assemblage des constructions sont plus intéressants que leur architecture propre : « Là où j’ai grandi, il y avait ces complexes agraires avec différentes échelles de bâtiments, des volumes annexes séparés par des vides ». 
     C’est sur ce principe d’individualisation de volumes séparés par des espaces interstitiels, volumes qui se parlent et se répondent dans un jeu de relations complexes que David Jameson va s’appuyer pour élaborer son architecture. Le résultat induit une architecture étonnante par son dynamisme dans laquelle les espaces, les parois et les formes s’enchevêtrent, s’interpénètrent et créent des évènements visuels en nouant un dialogue riche et varié.

     Dans une région à l’esprit très conservateur dominée jusque là par les styles architecturaux colonial et géorgien, les conceptions de Jameson détonnent d’autant plus qu’il est difficilement cataloguable, n’apparaissant aucunement attaché à un style particulier son architecture étant fortement éclectique s’adaptant librement au site et au client. Aucune de ses maisons ne ressemble à une autre.

    La Jigsaw résidence qu’il a construit à Bethesda sur les bases d’une ancienne construction d’un seul niveau obéit à ces principes, c’est ainsi que l’architecte a organisé les différents volumes de la maison autour d’un patio central. Les pièces sont de hauteurs variables et les fenêtres de tailles différentes mais l’unité d’ensemble est assuré par la répétition d’éléments ou de formes architecturales simples comme le rectangle. Grâce aux baies vitrées donnant sur le patio, chaque pièce a vue sur les autres créant un effet d’interpénétration des espaces et de « kaléidoscope ». Le patio central devient le centre autour duquel s’ordonnent les différentes pièces qui semblent entraînées dans un flux spatial dynamique créant un état d’incertitude.

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Jigsaw-House-11

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