le magazine Jugend de Munich (1896-1940) : I) – portraits de femmes


      La revue Jugend  (Jeunesse) est une revue artistique et littéraire créée par les éditeurs Georg Hirth et Fritz von Ostini en 1896 avec le sous-titre Münchner illustrierte Wochenschrift für Kunst und Leben (Hebdomadaire munichois illustré d’art et de vie quotidienne). L’une des particularités du magazine est de modifier sa page de couverture à chaque numéro en faisant appel à des artistes variésJugend est à l’origine de l’expression « Jugendstil », mouvement qui fut le pendant en Allemagne de l’Art nouveau cependant cette étiquette est trop réductrice pour rendre compte du contenu et de l’orientation de la revue, même au moment de sa plus grande popularité. À côté des illustrations de style résolument moderniste et souvent empreintes d’humour, la revue contenait également et majoritairement des textes satiriques et critiques. Les premiers artistes à collaborer sont Otto Eckmann, Josef Rudolf Witzel, Ernst Barlach, Lovis Corinth, Adolf Höfer, E. M. Lilien, Angelo Jank… puis après 1920, Kurt Tucholsky, Erich Kästner et George GroszPar deux fois la revue va perdre son âme en adoptant des points de vue nationalistes et idéologique : durant la première guerre mondiale et à partir de 1933 en s’alignant sur les positions esthétique du national-socialisme. Elle disparaît en 1940.  (crédit Wikipedia)


    Durant toutes les années de parution du magazine, parmi les principaux thèmes de représentation de la page de garde, on trouvait en premier lieu la femme avec de superbes portraits féminins. Je ne résiste pas à vous présenter aujourd’hui quelques uns de ces magnifiques portraits.

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Jugend – à gauche : numéro 38 du 19 septembre1896 – illustration de Angelo Jank (1868-1940), artiste peintre animalier, graphiste, membre de la Sécession de Munich
Jugend – à droite :numéro 43 du 24 octobre1896 – illustration de Ferdinand von Rezniček (1868-1909) peintre et dessinateur autrichien qui a travaillé pour les magazines Jugen, Simplicissimus et Fliegende Glätter. Son thème de prédilection était la jeune femme élégante et sophistiquée.

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Jugend – numéro 17 du 24 avril 1897 – illustrateur Hans Strüse

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Jugend – à gauche : numéro du 15 janvier 1898 – illustration de Franz von Stuck (1863-1928), peintre symboliste et expressionniste allemand, sculpteur, graveur et architecte, membre fondateur de la Sécession de Munich.
Jugend – à droite :numéro du 4 février 1899 – illustrateur inconnu (illisible)

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Jugend – numéro du 24 juin 1899 – illustration de Franz von Lenbach (1836-1904), peintre portraitiste allemand. Ce portait semble celui de sa fille Marion qu’il a peint à plusieurs reprises.

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Jugend – à gauche : numéro 4 de 1901 -illustrateur inconnu (I.R.V.)
Jugend – à droite : numéro 27 de 1902 – illustration de Gottfried

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Jugend – à gauche : numéro du 16 avril 1900 – illustrateur inconnu (H.H.)
Jugend – à droite : numéro 22 de 1913 – illustration de Leo Putz (1869-1940), peintre allemand qui a intégré durant sa carrière les principaux courants artistiques de la fin du XIXe siècle et de début du XXe siècle : impressionnisme, art nouveau et expressionnisme. Opposé au nazisme, il fut inquiété après 1936 par les autorités du Troisième Reich.

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Jugend – numéro 24 de 1914 – illustrateur inconnu. Ce portrait date de juin 1914, c’est encore l’insouciance qui est de mise mais plus pour bien longtemps. Quelques jours plus tard, le 28 juin, François-Ferdinand, neveu et héritier de l’empereur d’Autriche est assassiné à Sarajevo par un étudiant bosniaque lié aux milieux nationalistes serbes. La guerre mondiale va être déclencher quelques semaines plus tard avec ses vingt millions de morts et ses vingt et un millions de blessés.

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Jugend – numéro 16  et 21 de 1915 – illustrateurs inconnus. Durant la période de guerre, peu de portraits de femmes qui arborent alors des visages graves ou tristes. Le magazine qui a adopté durant cette période une attitude résolument nationaliste montre surtout dans ses pages de gardes des portraits de militaires.

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Jugend – numéro 5 de 1920 – illustrateur indéterminé

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Jugend – numéro 8 de 1920 et 4 de 1925 – illustrateurs inconnus. Années d’après guerre : cheveux courts et sport d’hiver. Durant la république de Weimar, on assiste, comme dans les autres pays européens à une émancipation de la femme et à l’éclosion de la modernité.

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Jugend – numéro 15 de 1925 – magnifique portrait dont l’illustrateur est indéterminé (illisible et non répertorié)

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Jugend – numéro 19 de 1925 – illustrateur indéterminé (illisible)


Sophie Scholl : pour l’honneur du peuple allemand

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Die Weiße Rose : « Serons-nous pour toujours le peuple haï de tous, exclu du monde ? »

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autodafé de livres interdits en 1933

« Ce n’était qu’un prélude : là où l’on brûle les livres, on finit par brûler les hommes. »   –   Heinrich Heine

     Une grande partie des allemands appuya au moins pour un temps le pouvoir nazi.  Cette adhésion allait de la compromission la plus abjecte avec une participation active aux actions barbares menées par le régime et son armée au déni de ces actions que chacun cherchait à évacuer de sa conscience. Quant aux opposants qui n’avaient pas choisi le chemin de l’exil, la plupart de ceux-ci se réfugièrent alors selon l’expression de l’écrivain allemand Frank Thiess dans une émigration intérieure (« Innere Emigration ») qui était une forme de résistance passive inactive : on prenait ses distances à l’égard du national-socialisme mais on ne menait aucune action à son encontre, attitude sévèrement jugée après la guerre par Thomas Mann. Pourtant dans le monstrueux univers monolithique de contrainte, de terreur et de lâcheté façonné par les nazis qui annihilait les consciences, quelques rares individualités eurent le courage d’agir et le payèrent de leur vie. Ils n’agissaient pas seulement pour l’honneur de l’Allemagne mais pour l’humanité toute entière.

Widerstandsgruppe "Weisse Rose" Repro eines Privatfotos der Familie Scholl: von links: Vater Robert, Kinder Inge, Hans, Elisabeth, Sophie, Werner Scholl , Ludwigsburg 1930/31

Robert Scholl et ses enfants Inge, Hans, Elisabeth, Sophie et Werner vers 1930, 1931 à Ludwigsburg.

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Sophie Scholl (1921-1943)

« Quel beau jour, quel soleil magnifique, et moi je dois mourir. Mais combien de jeunes gens, de garçons pleins d’espoir, sont tués sur les champs de bataille… Qu’importe ma mort si, grâce à nous, des milliers d’hommes ont les yeux ouverts »  –   Sophie Scholl (propos rapportés par Else Gebel, qui partageait sa cellule)

     Sophia Magdalena Scholl était une jeune fille allemande de Munich embrigadée comme tout les autres jeunes allemands dans les jeunesses hitlériennes. Issue d’une famille protestante, elle est profondément croyante et souffre de la restriction des libertés instaurée par le régime nazi. L’un de ses livres qui l’inspire et qu’elle a pu garder malgré l’interdiction de posséder des livres est les Confessions de saint Augustin. En mai 1942, elle entame des études de biologie et de philosophie à Munich et prend conscience de la situation réelle de son pays grâce à son père Robert Scholl, opposant de la première heure au nazisme et à son frère Hans, militaire et témoin des exactions allemandes sur le Front de l’Est. Avec son frère, plusieurs amis et un de leur professeur, elle fait partie d’un réseau de résistance pacifique, « La Rose Blanche » (Die Weiße Rose). Ils tiennent des réunions, diffusent des tracts hostiles au régime et mènent des actions de propagande. Après un lâcher de tracts à l’Université de Munich, elle est dénoncée par le concierge de l’université et arrêtée avec son frère Hans le 18 février 1943. Après un procès expéditif de 3 heures seulement, un tribunal la condamne à mort pour faits de « haute trahison, propagande subversive, complicité avec l’ennemi et démoralisation des forces militaires ». Elle est guillotinée le jour même, le 22 février 1943, en même temps que son frère Hans et un autre militant, Christoph Probstau mépris de la loi qui imposait un délai de 99 jours avant l’exécution d’un condamné. D’autres résistants comme Alexander SchmorellWilli Graf et le professeur Karl Huber sont décapités quelques mois plus tard. Au total, 16 membres du réseau paieront leur résistance de leur vie, soit par exécution, soit par mauvais traitements dans les camps. (Crédit Wikipedia).

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Photos des membres de la Rose blanche et reproduction des
tracts incrustés sur les pavés devant l’université de Munich.

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le professeur Kurt Huber, Sophie et Hans Scholl, Alexander Schmorell, Willi Graf et Christoph Probst

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2 peintres à la bataille de Fromelles (1915) : Albert Weisberger et Adolph Hitler ou la stupidité des Parques


Les Parques

    Héritières des Moires grecques qui présidaient à la naissance, au déroulement de la vie puis à la mort, les trois Parques étaient, dans la religion ou la mythologie romaine, les divinités maîtresses de la destinée humaine, de la naissance à la mort. Représentées le plus souvent sous la forme de trois fileuses aux visages sévères, accablées de vieillesse, elles mesuraient la vie des hommes et tranchaient le destin. L’une, Nona, fabriquait et tenait le fil des destinées humaines, une autre, Decima, le déroulait et le plaçait sur le fuseau et la troisième, Morta, était chargée de couper le fil qui mesurait la durée de la vie de chaque mortel. Elles étaient le symbole de l’évolution de l’univers, du changement nécessaire qui commande aux rythmes de la vie et qui impose l’existence et la fatalité de la mort.

    Bon… Certes, on conçoit bien que la mort soit inévitable et qu’une Parque ait pour mission de donner le coup de ciseau fatal… Mais expliquez-moi pour quelle raison, puisque ces vieilles pies sont censées connaitre le destin de chaque humain, lorsqu’elles constataient que le fil qu’elles tenaient entre leurs mains était celui d’un humain vertueux, talentueux qui n’apporterait que des choses positives au genre humain, et qu’un autre fil était tout au contraire celui d’un être monstrueux qui n’apporterait que l’injustice, la barbarie et la souffrance, choisissent-elle de faire périr prématurément le premier et prolonger la vie du second lui permettant ainsi de commettre ses atrocités ?

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–––– mai 1915 : 1ère Guerre mondiale, Front de Fromelles près de Lille –––––––––––––––––––––––

     L’armée allemande a été contenue sur une ligne allant de la ville d’Ypres en Belgique à Arras. Les combats vont faire rage durant toute la durée de la guerre sur cette ligne de front. A 12 km de Lille, le village de Fromelles se situe à la limite de la Crête du plateau des Weppes, une éminence de faible altitude qui domine à une altitude de 15 à 20 mètres les deux vallées de la Deûle et de la Lys. Cette éminence est âprement disputée par les combattants. A partir de l’automne 1914 la guerre s’est installée dans les tranchées et le champ de batailles figé. Dans cette guerre de tranchée, l’enjeu ce sont les points hauts. Ainsi la crête d’Aubers et le talus de Fromelles sont occupés par la 1re compagnie du 16e régiment d’infanterie royale de réserve bavarois. Face à cette compagnie, les alliés alignent des combattants de l’Empire Britannique, principalement australiens.

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Le champs de bataille de Fromelles vu des lignes allemandes

     En mai 1915,  le hasard fait que les combattants bavarois comptent dans ses rangs deux peintres : un lieutenant commandant de 37 ans, Albert Weisberger, également graveur et illustrateur, installé à Munich, co-fondateur et premier président, en 1913 du mouvement avant-gardiste Muenchner Neue Secession (la Nouvelle sécession de Munich) et l’un des espoirs de la peinture allemande, le second est un petit caporal autrichien, peintre médiocre, Adolf Hitler qui allait se révéler être l’un des plus grands criminels de l’histoire.

      Eh bien les Parques, au mépris de toute logique, ont voulu que le lieutenant Albert Weisgerber tombe sur le front le 10 mai 1915 et que le caporal Hitler soit sain et sauf. Le contraire aurait fait que le peintre de talent Weisberger aurait poursuivi après la guerre sa brillante carrière et que le monde aurait échappé à la vision de vieilles croutes de peintures indigestes mais surtout aurait fait l’économie de 70 millions de morts, 30 millions de déplacés et d’un volume de destruction incommensurable… Nous n’avons pas de précisions sur les circonstances de la mort de Weisgerber; nous savons simplement que son corps, en Juin de la même année a été transféré à Munich et enterré dans le cimetière du Nord, à Nordfriedhof et que Hitler, contrairement à la légende qu’il s’était ensuite forgé, a poursuivi la guerre, pépère, comme estafette entre le commandement allemand et la ligne de front.

le caporal Hitler (assis à gauche) sur le front du Nord de la France. Dans un article de Valeurs actuelles, l’historienne Claire L’Hoër a décrit la réaliste de la guerre menée par Hitler dans le Nord de la France entre 1914 et 1916, c’est ICI


le peintre illustrateur Albert Weisberger (1878-1915)

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Albert Weisberger – auto-portrait à l’Attersee, 1911

In Flanders fields the poppies grow
Between the crosses, row on row,
That mark our place: and in the sky
The larks still bravely singing fly
Scarce heard amid the guns below.

We are the dead: Short days ago,
We lived, felt dawn, saw sunset glow,
Loved and were loved: and now we lie
In Flanders fields!

Poème composé par John McCrae’s le 3 mai 1915 durant la bataille d’Ypres en Belgique.

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     Albert Weisberger est né en 1878 à Saint-Ingbert, une petite ville de la Sarre, proche de la frontière française. Son père était l’aubergiste et le boulanger de la commune. En 1894, il débute une formation de peintre décorateur à Francfort puis, de 1897 à 1901, étudie à l’académie des arts de Munich ou il aura comme professeurs Gabriel Hacki et plus tard Franz von Stuck. Il se lie d’amitié pendant ces années à Hans Purrmann, Paul Klee, Wassily Kandinsky, Max Slevogt et Karl Arnold. En 1898, il créé le cercle d’artistes Sturmfackel avec son ami Alfred Kubin. Durant la période qui va suivre, il collaborera au magazine Die Jugend pour lequel il réalisera de nombreuses illustrations. Il maintient des liens avec sa ville natale, St. Ingbert où il a créé une série d’images du jardin de la bière. En 1906, il effectue son premier voyage à Paris pour le compte de Die Jungend, fréquente le Café du Dôme où il se confronte aux impressionnistes français, fait la connaissance de Matisse et sera fortement influencé dans ses productions par Henri de Toulouse-Lautrec, Paul Cézanne, Édouard Manet, ce qui se manifestera clairement par l’évolution de son style de peinture. La même année, il visite l’exposition Hodler à Munich. En 1904 il a fait la connaissance à Munich de Margarete Pohl, artiste peintre et fille de banquiers juifs, qu’il épousera en 1907, année de son second voyage à paris. En 1909, il entreprend un voyage en Italie A partir de 1911, il rencontre enfin le succès lors d’expositions d’art à Munich et à Dresde, Berlin, Cologne et Zurich.

Supra

Weisgerber, Purrmann et Matisse à Munich

   En 1913, Weissgerber est le président fondateur du collectif d’artistes Münchner Neue Secession, qui allie des peintres tels qu’Alexej von Jawlensky, Paul Klee et Alexander KanoldtLa première exposition de la Sécession à l’automne de 1914 alors que l’Allemagne vient de déclarer la guerre début août à la Russie, la France et la Belgique. L’artiste n’a plus que quelques mois de répit avant sa mobilisation et son départ pour le front où il trouvera la mort.

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–––– quelques  illustrations parues dans la revue de Munich, Die Jungend –––––––––––––––––––––

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Albert Weisgerber – revue Jugend, la gazelle, 1904

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Albert Weisgerber – revue Jugend – Sirènes, 1904

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     La revue Jugend, créée en 1896 par l’éditeur munichois Georg Hirth, fédérait tous les mouvements artistique d’avant-garde de Munich et jouissait d’une grande notoriété dans toute l’Europe, elle s’était attirée la collaboration de nombreux artistes, Albert Weisgerber en était l’un des principaux. Il a collaboré activement à la revue de 1903 à 1906.

Autres illustrations réalisées par Weisgerber pour la revue Die Jungend

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–––– Weisgerber peintre ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Albert Weisgerber - Biergarten, 1904

Albert Weisgerber – Biergarten, 1904

Weisgerber - Procession à St Ingbert, 1907

Albert Weisgerber – Procession à St Ingbert, 1907

Weisgerber - Autoportrait, 1908

Albert Weisgerber – Autoportrait, 1908

Weisgerber - promenade dans le jardin anglais, 1910

Albert Weisgerber – promenade dans le jardin anglais, 1910

Albert Weisgerber - Gefesselter Sebastian im Walde, 1910

Albert Weisgerber – Gefesselter Sebastian im Walde, 1910

Albert Weisgerber - Schlafender Knabe im Wald, 1912

Albert Weisgerber – Schlafender Knabe im Wald, 1912

Albert Weisgerber - Absalom, 1912

Albert Weisgerber – Absalom, 1912

Weiblicher - Akt auf rotem Diwan, 1914

Albert Weißgerber – Weiblicher Akt auf rotem Diwan, 1914

Albert Weisgerber - David et Goliath, 1914

Albert Weisgerber – David et Goliath, 1914

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–––– illustration des contes des Frères Grimm ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Weisgerber - illustration du conte Die Fieben Raben des Frères Grimm

Weisgerber – illustration du conte Die Sieben Raben (les sept corbeaux) des Frères Grimm

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D’autres illustrations des contes des Frères Grimm réalisées par Weisgerber

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––– articles et documentation liés ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Sur ce blog : 
. Poèsie de l’expressionnisme allemand (I) : de mortelle amertume à l’apocalypse : c’est ICI
. pessimisme, cynisme et ambiguïté : Gottfried Benn, poète expressionniste et dermatologue – c’est ICI
. illustres illustrateurs : Jeanne Mammen, période Weimar (1914-1933) : c’est ICI
Peter Behrens (1868-1940), pionnier de l’architecture moderne et du design – (I) 1885-1907 : les années de formation – c’est ICI


 

Peter Behrens (1868-1940), pionnier de l’architecture moderne et du design – (I) 1885-1907 : années de formation

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Peter Behrens (1868-1940) - portrait par Max Liebermann, 1923

Peter Behrens (1868-1940) – portrait par Max Liebermann, 1923

    Peter Behrens, né le 14 avril 1868 à Hambourg et mort le 27 février 1940 à Berlin était un artiste visionnaire qui réunissait les talents les plus divers. Tout à la fois architecte, peintre, graveur, designer et typographe. Il passait allègrement d’une discipline à l’autre : de la peinture à l’architecture en passant par la conception graphique et le dessin d’appareils ménagers ou de meubles et la création de polices d’écriture. Il contribué de manière importante au développement de l’Architecture moderne en Allemagne et a été le premier designer industriel en étant l’ inventeur du design d’entreprise (Corporate Design) par son travail au sein de l’entreprise AEG avant la Première Guerre Mondiale. Cofondateur de la Deutscher Werkbund, il a participé à tous les mouvements d’avant-garde dans les domaines de l’art, de l’artisanat et de la production industrielle.

Peter Behrens (1868-1940) - portrait par Max Liebermann

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–––– période 1885-1899 : le Jugendstil et la Sécession de Munich –––––––––––––––––––––––––––––––––

jungend, Munich    Après avoir étudié la peinture à l’Académie préscolaire de Karlsruhe et suivi les cours de l’École des beaux-arts à Hambourg, Behrens part à Munich en 1890 où il travaille comme peintre et artiste graphique, il y rejoint le mouvement Jugendstil , une variante munichoise du modern style, et produit alors des gravures sur bois, des illustrations en couleurs, des dessins pour les métiers du livre et des objets selon le style en vogue produit par ce mouvement. En avril 1892, plus de 100 artistes créent la Sécession de Munich (Verein bildender Künstler Münchens e. V. Secession), parmi eux figure Peter Behrens en compagnie de Franz von Stuck, Max Liebermann et Lovis Corinth. Il s’agissait pour tous ces artistes de rejeter l’historicisme, le style officiel «du temps de la fondation» ( Gründerzeitstil) qui s’était développé au cours de la fondation du second empire (Reich) en 1871 qu’on estimait alors lourd, trop baroque et démodé. Le moment était venu de trouver un nouveau style. et créer du neuf. La Sécession de Munich poursuivra son activité jusqu’à sa dissolution par les nazis en 1938, durant leur « purification culturelle ».  Un peu plus tard, en pleine période de la renaissance des Arts and Crafts en Allemagne, Behrens uni ses forces avec Hermann Obrist, Août Endell, Bruno Paul, Richard Riemerschmid et Bernhard Pankok pour fonder en 1898, toujours à Munich, les Ateliers réunis pour l’art dans l’artisanat (Vereinigte Werkstätten für Kunst und Handwerk) afin de produire des objets utilitaires façonnés à la main, mouvement qui exercera une influence considérable sur al suite du design germanique. Tous ces mouvements étaient fédérés autour de la revue Jugend créé en 1896 par l’éditeur munichois Georg Hirth. 

Peter Behrens - Der Kuss, 1898

Peter Behrens – Der Kuss, 1898

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–––– période 1899-1907 : la colonie de la Mathildenhöhe à Darmstadt ––––––––––––––––––––––––––––

Mathildenhöhe à Darmstadt

Mathildenhöhe à Darmstadt

Mathildenhöhe : le credo de Joseph maria Olbrich :
« Nous devons construire une ville, une ville complète ! Quelque chose de plus petit ne servirait à rien ! Le gouvernement devrait nous donner […] un champ, et il nous appartient de créer un monde. Construire une seule maison ne signifierait rien. Comment pourrait-elle être belle si une maison laide est construite à ses côtés ? À quoi serviraient trois, cinq, voire dix belles maisons […] si les fauteuils qui sont placés à l’intérieur sont laids ou les plaques ne sont pas beaux ? Non – il nous faut un grand champ, un vaste domaine vide ; et nous pourrons montrer ce que nous pouvons faire. De la conception générale jusqu’au dernier détail, tout sera régi par le même esprit, les rues et les jardins, les palais et les maisons, les tables et les fauteuils , les lampes et les cuillères exprimeront tous la même sensibilité, et au milieu de tout cela, comme un temple dans une rainure sacré, sera bâti une maison de travail, l’atelier de deux artistes et un atelier d’artisans […] » (Joseph Maria Olbrich, cité dans: Hermann Bahr, ». Ein Dokument deutscher Kunst « , dans Bildung Essais , Leipzig 1900, p. 45 .) 

    Au cours du XIXe siècle, l’art décoratif était devenu une branche économique importante en Allemagne. Le Grand-Duc de la Hesse Ernst Ludwig, petit-fils de la reine Victoria, avait passé beaucoup de temps en Angleterre où il avait apprécié les écrits de Morris et Ruskin et l’essor des Arts and Crafts. Dans son Nouveau Palais érigé à Darmstadt, il avait d’ailleurs engagé deux artistes de ce mouvement pour décorer des chambres. Son projet était de profiter de la vogue de l’art décoratif pour développer l’industrie régionale et en même temps de faire de Darmstadt un centre culturel important. C’est ainsi qu’en automne 1899, il réunit sept artistes reconnus dans les domaines de l’architecture, de l’art décoratif, de la sculpture et de la peinture et fonda une colonie d’artistes sur la Mathildenhöhe (colline de Mathilde), un parc situé non loin du centre ville. Peter Behrens et l’autrichien Joseph Maria Olbrich, cofondateur de la Sécession viennoise, figuraient parmi ces artistes. la colonie devint un champ d’expérimentation sensationnel en matière d’innovations artistiques, à travers lesquelles les jeunes artistes s’efforçaient de concrétiser leur idéal de fusion entre l’art et la vie. Leur intention était de révolutionner l’architecture et la décoration d’intérieur afin de créer une nouvelle culture qui serait l’expression de la vie moderne Les efforts du Grand-Duc étaient secondés à Darmstadt par l’éditeur-mécène Alexander Koch dont les revues d’art Innendekoration (La décoration intérieure) et Deutsche Kunst und Dekoration (L’art et la décoration allemands) devinrent des porte-voix importants du nouveau style. La première exposition de la colonie d’artistes avait lieu en 1901 sur la Mathildenhöhe. Les membres de la colonie, dont Peter Behrens, avaient construit un bâtiment d’exposition et neuf maisons du style Art Nouveau et du Jugenstil allemand, entièrement meublées et décorées afin de donner l’exemple comment construire et habiter de façon moderne. Les sept artistes invités ont reçu une bourse de 7 ans. Cet exposition était un grand succès international même si ici et là on critiquait certaines formes trop bizarres. Ainsi Darmstadt, avec Nancy, Paris, Vienne et Glasgow, était devenu un centre de l’Art Nouveau européen, et trois autres expositions en 1904, 1908 et 1914 faisant sensation avaient lieu. En 1902, le duc de Saxe-Weimar s’inspirera de la démarche du Grand-Duc de la Hesse en invitant Henry Van de Velde à ouvrir une Ecole des arts.

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la maison de Behrens à Mathildenhöhe

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Peter Behrens - chaise, vers 1902

mobilier de la maison Berhens à Mathildenhöhe et objets conçus par Behrens

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–––– période 1903-1907 : enseignement à Dusseldorf, premières commandes en architecture  ––––

    En 1902, Berhens commençait à se sentir à l’étroit à Mathildenhöhe où l’architecte Olbrich monopolisait la conception de la plupart des constructions principales et des dissensions étaient apparues entre les artistes de la colonie. Le poste de directeur de la Kunstgewerbeschule (école des arts appliqués) de Dusseldorf était vacant, Bahrens y postula. C’est grâce à l’architecte Hermann Muthesius, fonctionnaire d’état qui rentrait d’un séjour à Londres où il avait été attaché culturel, qu’il obtint le poste. Mathesius voulait réformer les écoles d’art et de design allemandes en s’inspirant de ce qu’il avait appris en Angleterre. A peine installé à Dusseldorf, Behrens effectua en juin 1902 un voyage d’étude en Angleterre et en Ecosse qui lui fit une grande impression : « Ce voyage m’a permis d’approfondir et de renforcer mes notions sur la culture moderne, que j’honorerai jusqu’à la fin de mes jours » (lettre à Muthesius du 9 août).
   Behrens s’entourera à Dusseldorf de jeunes artistes et architectes de talents engagés dans le courant moderniste qui exercèrent une influence notable sur son propre travail. C’est le cas notamment de Rudolf Bosselt, sculpteur de la colonie de Darmstadt, Fritz Ehmcke, graphiste berlinois, Max Benirschke, décorateur d’intérieur viennois, Joseph Bruckmüller, peintre viennois et surtout J.L. M. Lauweriks, architecte hollandais qui exercera une grande influence sur sa pratique architecturale. Sous sa direction des réformes fondamentales changeront le visage de cette école. 

Réalisations architecturales entre 1904 et 1907

. 1904 : Garten und Kunstausstellung à Düsseldorf et restaurant Jungbrunnen
. été 1904 : séjour en Italie, à Rome et Pompéi pour étudier les antiquités.
. 1905 : lieu de conférence pour le Folkwang musuem  à Hagen en Westphalie
. 1905 : salon et mobilier de la maison Schede sur la Ruhr près de Hagen.
. 1905 : salle de lecture de la bibliothèque de Düsseldorf
. 1905 : bâtiments de la Nordwestdeutsche Kunstausstellung (exposition d’art du nord-ouest de l’Allemagne) à    Oldenburg.
. 1905 : chambre à coucher et salon pour exposition organisée par les magasins Wertheim à Berlin
. 1905 : aménagement de l’exposition de peintures Deutsche Jahrhundertausstellung du Musée national de            Berlin.
. 1905-1906 : maison Obenhauer à St-Johann-Saarbrücken
. 1906 : salle de concerts de l’exposition Deutsche Kunstgewerbeausstellung de Dresde
. 1906 : salle de concerts La Tonhaus pour l’exposition artistique du parc floral de Cologne.
. 1906-1907 : crématoire de Delstern en Prusse
. 1906-1907 : atelier pour la société Josef Klein à Hagen
. 1906 : projets non réalisés d’un temple protestant à Hagen et des grands magasins Warenhaus Leonard Tietz    à  Düsseldorf.
. fin 1906-1907 : salle d’Exposition Internationale de l’Art de Mennheim.

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Peter Behrens, Crematorium in Hagen-Delstern, Germany

Peter Behrens, fenêtre du crématorium de Hagen-Delstern, Germany

Crédit photographique : livre d’Alan Windsor « Peter Behrens, architecte et designer » – Pierre Mardaga, Editeur à Bruxelles, 1981

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