Enfance : ravissement


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Julia Margaret Cameron – I wait, 1872 (photo recadrée)

Ravissement d’une âme d’enfant

     — Non, pour la musique, je ne dirais pas que j’ai éprouvé, jadis, quand j’étais enfant, un coup de foudre. Ça n’a pas été non plus une vocation. Ç’a été plus terrible et j’étais encore beaucoup trop petite pour que ce soit une vocation. C’est très proche d’une sensation de vertige panique. Mon père était musicien —  et pourtant cela ne concernait pas mon père. C’était comme dans l’angoisse. On a l’impression d’être engloutie par un tourbillon d’émotions dont on ne resurgira pas. On ne remontera pas. On coule. Il n’y a plus de bord. on ne retrouvera plus l’équilibre. Cela arrive quand on est très amoureuse. Pour moi c’est la définition. Sentez-vous ce vertige ? C’est le signe. L’abîme est là et il s’ouvre vraiment et il aspire vraiment. J’ai connu cette sensation totale, qui fait tomber corps et âme, une seule fois. J’étais vraiment petite. Je ne savais pas encore lire.

      Nous, les deux enfants, nous n’avions pas le droit de monter à l’étage de mon grand-père. […]
      Je fonce dans l’escalier, je fonce sur le parquet noir du couloir, je ne sais plus quel est le motif, je ne sais plus quel peut bien être le défi, j’ouvre la porte. Ils étaient tous les quatre en train de jouer. Cela faisait un bruit si intense. Plus fort que l’océan. Je n’avais jamais rien entendu d’aussi fort. Chacun avait son lampadaire auprès de lui. Chacun avait son pupitre en bois devant lui. Mon grand-père avait le visage couché sur son violon. Il était le plus vieux des quatre et il tenait les yeux fermés. Mon père  — qui avait tous les dons  — était capable de jouer n’importe quel instrument. Il devait tenir la partie d’alto. Personne ne m’avait entendue entrer. Ils jouaient quelque chose d’incroyablement rapide. Ils jouaient une œuvre bouleversante. Je pense maintenant que c’était du Schubert.

     Une jeune femme très belle, au violon, les yeux grands ouverts, face à moi, ne me voyait pas. Elle me souriait mais elle ne me voyait pas.
    C’était une tristesse trop grande, vertigineuse, qui ne cessait pas, qui même s’accroissait.
    Tristesse trop grande même s’il n’y a jamais de tristesse trop grande pour les petits. Les petits connaissent les terreurs qui sont les premières, les terreurs princeps, celles qui sont sans référence dans l’expérience, qui plus jamais ne se retrouvent sur leur chemin. Les pires. Les tristesses abyssales.
     Je restai assise par terre, le dos contre la porte. Toute la surface de ma peau était couverte de grains de poule. Tous mes petits poils à peine poussés d’enfant étaient hérissés. Je tremblais. Ce n’était pas du bonheur ou du malheur. Ce n’était pas psychologique. Je ne sais pas de quoi mon corps tremblait. je les ai écoutés jusqu’au bout. Quand tout a été fini, pendant qu’ils rangeaient leurs instruments dans les boîtes noires, je suis allée demander à mon grand-père  — lui parlant tout bas dans son oreille — si je pouvais venir les autres fois où ils joueraient.

     —  Si tu restes assise dans un coin bien sage comme tu l’as fait aujourd’hui, bien sûr, Éliane.

Pascal Quignard, Villa Amalia – édit. folio Gallimard, pp. 169 à171


Franz Schubert String Quartet : La Mort et la jeune fille, Second mouvement

     Une musique à la fois rapide, bouleversante et triste de Franz Schubert jouée par un quartet, je n’ai pas trouvé mieux que la Mort et la Jeune fille (Der Tod und das Mädchen) dans son deuxième mouvement…


Brothers in Arms du groupe Dire Straits par Mark Knopfer (1985)

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Mark Knopfer interprétant Brothers in Arms à Berlin en 2007

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Mark Knopfler 2006

Mark Knopfler 2006

    » Brothers in Arms  » est une chanson du groupe de rock Dire Straits, composée par Mark Knopfler et apparaissant comme la piste de clôture de l’album du même nom paru en 1985. Brothers in Arms est assez différent des autres morceaux du groupe, plus calme et planant. Il a été réédité en 2007 dans une édition spéciale pour commémorer le 25e anniversaire de la guerre des Malouines. Il existe deux versions de studio de cette chanson enregistrée : la version de l’album qui est de 6 h 55 minutes et une version plus courte qui est de 6 h 05 minutes et dispose solos plus courts au début et à la fin de la chanson. La version qui apparaît sur ​​greatest hits album de Dire Straits, The Very Best of Dire Straits , est de 04 h 55 minutes. La version présenté sur l’album live dans la nuit contient un supplément de guitare pedal steel solo et est de 08 h 55. La pleine longueur, version album studio (06 h 55 minutes) a également été inclus sur la compilation 2005 The Best of Dire Straits et Mark Knopfler et Private Investigations .

 

Brothers in Arms

These mist covered mountains                     Ces montagnes couvertes de brouillard
Are a home now for me                                 Sont maintenant un foyer pour moi
But my home is the lowlands                        Mais ma patrie est dans les Basses Terres
And always will be                                          Et Toujours le sera

Some day youll return to                               Un jour vos retrouverez
Your valleys and your farms                         Vos  vallées et vos fermes
And youll no longer burn                              Et vous n’aurez plus à détruire et brûler
To be brothers in arms                                   avec vos frères d’armes


Through these fields of destruction            Dans les champs de destruction
Baptisms of the fire                                        Et les baptèmes du feu
I’ve witnessed all your suffering                  j’ai été témoin de vos souffrances
As the battles raged higher                           comme les combats qui faisaient rage

And though they did hurt me so bad          et bien qu’ils nous ont fait si mal
In the fear and alarm                                     dans l’angoisse et l’alarme
You did not desert me                                     vous ne m’avez pas abandonné 
My brothers in arms                                      mes frères d’armes


Theres so many different worlds                 Il y a tant de mondes différents
So many different suns                                  Tant de soleils différents 
And we have just one world                         Et nous n’avons qu’un seul Terre
But we live in different ones                         Et pourtant nous vivons dans des mondes si différents.


Now the suns gone to hell                             Maintenant les soleils sont partis en enfer
Moon riding high                                            et la Lune chevauche très haut
Let me bid you farewell                                 Laissez-moi vous dire adieu
Every man has to die                                     Chaque homme doit mourir

But its written in the starlight                      mais c’est écrit dans les étoiles
And every line on your palm                        et sur calque ligne de votre main
Were fools to make war                                Nous sommes fous de faire la guerre
On our brothers in arms                                à nos frères d’armes

 Mark Knopfler

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Joan Baez interprétant Brothers in Arms en 1988

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