disincanto

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Bientôt l’hiver…

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    Effet paradoxal produit par cette photo (dont je ne connais ni l’auteur ni le lieu qu’elle représente) qui montre dans une ambiance grise, froide et brumeuse une ville enfouie sous la neige avec en premier plan des ceps de vignes exposant leurs moignons squelettiques et dégarnis tels des symboles de mort mais qui évoquent aussi le souvenir des beaux jours passés quand, inondés de chaleur et de lumière, ils exposaient leurs pampres chargées de feuilles et de grappes vermeilles et sucrées. Discanto, donc, désenchantement après les plaisirs de l’été et de l’automne et pourtant l’hiver peut lui aussi être incantevole, enchanteur et être source de meraviglie, merveilles, qui nous fascineront… Ce qui est paradoxal c’est que cette photo qui exprime le désenchantement nous fascine et provoque en nous un certain plaisir esthétique. D’où vient ce plaisir ? Relève t’il du masochisme ? Découle-t-il de la qualité formelle de la composition où l’on voit se succéder quatre plans très différents les uns des autres qui perdent peu à peu leur netteté sous l’effet de la brume : en premier plan, les ceps de vignes, au noir marqué et très nets, espacés et alignés de manière rigoureuse, en second plan l’espace plein de la ville avec ses constructions aux implantations désordonnée ou alignée, en troisième plan, l’espace vide et morne de la plaine et en dernier plan la masse sombre et imprécise de la montagne qui répond à la masse claire du coteau opposé où sont plantés les pieds de vigne. Le phénomène de renforcement de l’imprécision des divers éléments du paysage sous l’effet de la brume au fur et à mesure que l’on s’éloigne du premier plan peut s’apparenter à la perte de conscience qui accompagne l’endormissement et l’entrée dans le domaine du rêve…

Enki

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poésie : des traces dans la neige – regards croisés…

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Transtroemer°°°
En mars 1979, le poète suédois Tomas Tranströmer quitte le monde bruyant de ceux qui parlent pour ne rien dire pour une île couverte de neige où règne le silence. Sur l’immensité du sol immaculé, se profilent les traces du passage d’une bête… Pas un bruit mais un langage muet, celui de la nature et de la vie…
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empreinte du cerf de Virginie

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Las de tous ceux qui viennent avec des mots,
des mots mais pas de langage,
je partis pour l’île recouverte de neige.
L’indomptable n’a pas de mots.
Ses pages blanches s’étalent dans tous les sens !
Je tombe sur les traces de pattes d’un cerf dans la neige.
Pas des mots, mais un langage.

Tranströmer – En mars – 79, Baltiques

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AVT_Gustave-Roud_4619     Dans son essai Requiem, le poète vaudois Gustave Roud est lui aussi mis en présence, une nuit, de traces d’animaux dans la neige. Elles aussi lui parlent mais l’âme inquiète et tourmentée du poète y voit le signe de la cruauté implacable de la nature avec ses traques, ses combats sanglants, ses famines, actions et comportements pareils à ceux des hommes. Ces hommes dont il a fui la société pour vivre dans le refuge d’une solitude qu’il a magnifié et idéalisé. Cette solitude qu’il veut parfaite, il l’assimile à cette neige pure et immaculée qui vient de tomber et que nul animal mu par ses besoins sanguinaires n’a encore foulé. Neige vierge qui peut être parfois marquée par le simple frôlement d’une aile d’oiseau. Pour le poète, l’oiseau, cet envoyé du ciel, n’a pas vocation à fouler le sol terrestre; la marque que son battement d’aile a laissé sur la neige vierge est comme une blessure, un stigmate, le signe d’une révélation possible qu’il appelle de ses vœux. Langage muet des signes : celui du dépassement de soi et de la transfiguration.

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empreinte du renard roux

     Non pas cette neige d’une nuit sous le pâle soleil rose, où le regard au lacs de mille signes déchiffre avec ennui les feintes, les chasses, les famines de tant de bêtes glacées ! Qu’ai-je à faire de ces traces trop pareilles à celles des hommes ? Elles s’en vont toute vers la tanière et vers le sang.
     La neige a d’autres signes. Son épaule la plus pure, des oiseaux la blessent parfois d’un seul battement de plume. Je tremble devant ce sceau d’un autre monde. Ecoute-moi. Ma solitude est parfaite et pure comme la neige. Blesse-la des mêmes blessures. un battement de cœur, un sombre, et ce regard fermé se rouvrira peut-être sur ton ailleurs.

Gustave Roud, Requiem

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Montréal sous le blizzard (ou la poudrerie…)

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Montréal sous « la poudrerie » le 8 février 2015  –  photo Enki

Montréal sous "la poudrerie" le 8 février 2015  –  photo Enki

      Réflexion faite, ce n’est pas si mal d’aborder Montréal sous le blizzard. Le franchissement des 300 m que vous avez à parcourir à pied entre « l’embarcadère » (nom donné par les Québecquois à leurs arrêts de bus dans cette province où l’essentiel des communications s’effectuait par le fleuve Saint-Laurent) où la navette en provenance de l’aéroport vous a lâchée en pleine tempête et votre hôtel s’apparente à une expédition polaire. Un vent glacial chargé de fins cristaux de neige vous fouette le visage et vous pique les yeux au point que cela devient vite insupportable. La température est descendue à – 20° et malheur aux imprévoyants qui n’avaient pas prévus de se munir d’un bonnet, d’une veste rembourrée à haut col recouvrant et d’une paire de gants.
         Cette averse de neige poudreuse qui tombe du ciel en oblique sous l’effet d’un vent glacial venu du nord et qui parfois monte joliment en tourbillonnant dans les angles morts des constructions bordant les voies, les québécois l’appellent « la poudrerie »*. Pour l’heure la poudrerie a pour effet de transformer la ville en une cité fantôme : peu de voitures et de citadins dans les rues (nous comprendrons plus tard que dans ces conditions extrêmes les habitants de cette grande ville se terrent dans une ville bis souterraine), silhouettes aléatoires des gratte-ciel qui se perdent dans les limbes avec leurs façades rideaux dont on ne sait plus si ce sont des parois de verre ou des murailles de glace, halos lumineux des sources de lumière vite étouffées sous la densité de la neige… Au pieds de certains immeubles, un écriteau vous met en garde : « attention aux chutes de glace ». Inquiet, vous levez les yeux pour distinguer effectivement, vingt mètres au-dessus de votre tête, des masses monstrueuses de stalactites aux pointes effilées et menaçantes. L’intention de vous mettre en garde est louable mais un peu vaine car vous ne découvrez le panneau qu’au moment au vous êtes déjà en danger mortel. Je comprends mieux maintenant pourquoi un passager américain que je transportais dans ma voiture sur une route encaissée des Alpes s’était soudainement plié de rire à la vue d’un panneau « Attention, chutes de pierres ». Mais l’avertissement n’aura pas été totalement inutile; au moins aurez vous pu apprécier, au moment du choc final,  la compréhension de votre brusque passage dans l’au-delà… 

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       Ville étrange où un gratte-ciel de verre côtoie une église de style gothique ou un bâtiment de style victorien et où, dans les années soixante, on a allègrement sacrifié sans état d’âme une grande partie du magnifique patrimoine urbain du XIXe siècle sur l’autel du capitalisme débridé à peine camouflé derrière la feuille de vigne de la modernité. La neige, pure et immaculée, qui continue de tomber en abondance semble vouloir enfouir la ville sous un épais manteau blanc et la faire disparaître. Punition ou rédemption envoyée par le ciel ? Ni l’une, ni l’autre. La ville s’est donné les moyens de résister au déluge blanc. Tout d’abord, au plus fort de la tempête, ses habitants font le dos rond en s’enterrant dans les gigantesques citadelles souterraines bâties en accompagnement des différentes opérations immobilières toutes reliées entre elles et au métro souterrain par un linéaire impressionnant de galeries. Ensuite, une impressionnante armada de véhicules anti neige ne tarde pas à mener la contre attaque : ce sont d’abord des formations de chasse-neige qui raclent la neige et la rassemble en tas sales et compacts, puis des engins à la fois pulvérisateurs et aspirateurs qui la  broient et l’envoie sur des camions transporteurs qui l’évacueront hors de la ville et enfin un nouveau ballet de chasse-neige pour faire chaussée nette. 

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les galeries marchandes et les cathédrales de la ville souterraine

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     Dans ces gigantesques ensembles commerciaux, la profusion d’espace disponible, la qualité des matériaux mis en œuvre tels que les carrelages et autres revêtements, la propreté rigoureuse que l’on constate partout ne parviennent pas à faire oublier la sensation de claustrophobie que l’on ressent et l’impression de laideur inhérente à la nature et à l’excès d’utilisation des matériaux habituels de décoration. La réalisation de vastes centres commerciaux intégrés et souterrains est présenté par les autorités politiques, économiques et les professionnels de l’architecture et de l’urbanisme comme résultant d’un choix fonctionnel pour répondre aux problèmes posés par une période hivernale au climat rigoureux. Mais ce choix a en contrepartie induit des conséquences négatives pour le reste du développement urbain. Les activités de service et de commerces abritées par ces centres se seraient implantées, si ceux-ci n’avaient pas été réalisés, dans les quartiers anciens de la ville et permis ainsi de les valoriser et de les revivifier. De plus l’implantation d’activités dans un bâti ancien s’effectue le plus souvent de manière autonome alors que les implantations dans des centres commerciaux s’effectuent de manière contrôlée et centralisée.

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des éléments de l’armada anti-neige au travail

     Les galeries souterraines et les centres commerciaux où règnent quantités de fast-food dispensateurs d’une nourriture frankenstein ne sont pas notre tasse de thé… La féérie de la ville, nous la retrouveront plus tard en soirée, toujours sous la neige, en déambulant dans les rues du vieux port heureusement préservées et sur les rives du Saint-Laurent, transformées en gigantesque complexe de loisir ou les montréalais peuvent flâner, patiner, pêcher sous la glace. Le lieu a échappé in extrémis dans les années soixante à la construction d’une immense autoroute qui aurait eu pour effet de couper la ville de son fleuve.

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immeubles du centre ancien près du vieux port

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les bords du Saint-Laurent

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Poudrerie ou blizzard ?

   En météo, il est très fréquent au Québec d’entendre parler de poudrerie et de blizzard sans pour autant qu’on définisse exactement de quoi il s’agit. La plupart des gens les associent simplement tous les deux à de la neige forte et à de forts vents sans trop savoir ce qui les différencie. Voici donc, selon les services autorisés québecquois de MétéoMédia, certains critères permettant de s’y retrouver : 

Poudrerie
    La poudrerie est le plus souvent formée d’une neige fine et légère qui se forme le plus souvent dans des températures très basses. Afin de répondre aux critères météorologiques, elle doit être accompagnée par des vents soutenus d’au moins 30 kilomètres à l’heure et réduire la visibilité sur une distance d’au moins 800 mètres pendant au moins 3 heures. 
    Il existe deux types de poudrerie. La poudrerie basse peut être générée même en l’absence de chute de neige. «Il faut toutefois qu’il y ait une neige fraîche légère au sol. Les vents peuvent soulever la neige jusqu’à deux mètres, ce qui peut nuire à la visibilité», explique Anne-Sophie Colombani, météorologue à MétéoMédia. 
     La poudrerie normale nécessite de son côté la chute d’une neige fine au moment où elle se forme. Elle nuira à la visibilité à une plus grande hauteur et de façon plus soutenue. 

Blizzard 
    Le blizzard est une version très intense de la poudrerie. Des vents d’au moins 40 kilomètres doivent accompagner les chutes de neige et la visibilité doit être réduite sur une distance de 400 mètres pendant au moins 24 heures. Ces conditions donnent lieu à de fortes chutes de neige en peu de temps et à des conditions routières très risquées.

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Première neige sur le Massif des Bauges : col de Leschaux

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Col de Leschaux : la saga des bouviers bernois

la saga des bouviers bernois

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crépuscule au col de Leschaux

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les photos d’Enki – graphisme d’hiver : le col de Leschaux dans les Bauges (Haute-Savoie)

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Graphisme d'hiver - col de Leschaux dans les Bauges - photo Enki le 16/02/2014 à 12h 51 (IMG_157)6

Graphisme d'hiver - col de Leschaux dans les Bauges - photo Enki le 16/02/2014

Graphisme d'hiver - col de Leschaux dans les Bauges - photo Enki le 16/02/2014 à 13h 07 (IMG_1604)

Graphisme d'hiver - col de Leschaux dans les Bauges - photo Enki le 16/02/2014 à 13h 08 (IMG_1610)

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Graphisme d'hiver - col de Leschaux dans les Bauges - photo Enki le 16/02/2014 à 14h 00

Graphisme d'hiver - col de Leschaux dans les Bauges - photo Enki le 16/02/2014 à 13h 09 (IMG_1612)

Graphisme d'hiver - col de Leschaux dans les Bauges - photo Enki le 16/02/2014 à 13h 09 (IMG_1616)

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