Un autre visage oublié : Gladys Zielian

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Edward Thayer Monroe – portrait de Gladys Zielian,   « Ziegfeld girl », 1919

       À quoi tient un portrait réussi ? À la plastique et à la personnalité du sujet photographié ou au talent du photographe ? Aux deux, sans doute, la jeune Gladys Zielian à l’allure nonchalante et à la moue boudeuse qui jette un regard désabusé sur le photographe faisait elle aussi partie de la troupe des « Ziegfeld Follies » de Broadway à New York. C’était une « flapper », l’une de ces jeunes femmes libérées des années vingt qui avait épousé pleinement la modernité en arborant jupes et cheveux courts coupés au carré, fumant et buvant de l’alcool comme un homme et décomplexées sur le plan sexuel. Sous une autre de ses photos parue dans le Duluth Herald. de 1922, la légende précisait qu’elle venait récemment d’épouser un fils de bonne famille très influente à New-York après qu’il eut divorcé pour elle de sa femme…

    Edward Thayer Monroe (1890-1974) était un photographe réputé de New York, spécialisé dans le portrait d’artistes et de célébrité de facture néo-classique rejetant les effets artificiels et dramatiques de mise en scène appréciés par ses collègues de l’époque. Ses modèles étaient souvent représentées debout ou assises avec une grande sobriété. C’est le cas de ce portrait de Gladys Zielian dont le sex-appeal tient pour beaucoup dans le choix de l’expression du visage et de la pose et dans la mise en valeur de la nuque et de la rondeur de l’épaule par le décolleté largement échancré du corsage..

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Visages oubliés

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Kay Laurell (1890-1927), l’une des Ziegfeld girls – Shadowland magazine de décembre 1918

    Inspirées par les Folies Bergères de Paris, les Ziegfield Follies, conçues et dirigées par l’imprésario et producteur américain Florenz Ziegfeld se produisirent dans une série de spectacles musicaux de Broadway à New York de 1907 à 1931. Plusieurs de ses girls devinrent des vedettes du cinéma muet dont Kay Laurell qui joua dans trois films avant de rejoindre l’Europe en 1920.

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William J. Glackens – Kay Laurell au Café lafayette, 1914

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Photos sauvées de l’oubli

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    Toutes ces photos oubliées, enfouies au plus profond des albums de famille ou des photothèques, plongées dans un lourd sommeil, toutes ces belles au bois dormant qui ne demandent qu’à s’éveiller… J’ai décidé de les  faire renaître à la vie.

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Manhattan vu d’une voiture à partir d’un pont traversant l’East River le 29 octobre 2008 à 19h 11 (photo Enki)

    Cette photographie me fait penser à un code barre dans lequel la hauteur et l’épaisseur des constructions représentées exprimeraient la valeur du m2 construit. À ce jour, selon le  classement pour l’année 2015 de la société Emporis, c’est la ville de Hong-Kong qui compte le plus grand nombre de gratte-ciel de grande hauteur avec 1.268 contre 682 pour New-York suivi par Tokyo avec 411 et Chicago pour 302. Le gratte-ciel le plus haut du monde est le Burj Khalifa à Dubaï dans les Emirats arabes unis qui culmine à 828 m.

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      Le « Skyscraper Index » est une théorie jugée par certains fantaisiste élaborée par Andrew Lawrence, analyste immobilier à la banque d’investissement Dresdner Kleinwort Wasserstein en 1999 selon laquelle il existe une corrélation entre la construction de gratte-ciel de très grande hauteur et les crises économiques. Ces bâtiments se construiraient à la fin de cycles économiques et seraient annonciateurs d’une récession importante à venir.

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Manhattan en 1911 : « New Reekie »

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Picturialism

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Alfred Stieglitz – Lower Manhattan, 1911

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Happy ! We loved you, Debby…

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Les new yorkais en joie pour Blondie Maria

      Maria est une chanson composée et interprétée par le groupe  new-yorkais Blondie et sa chanteuse Debby Harry dans l’album No Exit. Sorti en 1999, il s’agira du dernier grand hit de ce groupe. Son auteur est le pianiste du groupe Jimmy Destri. Elle a marqué le retour du groupe qui n’avait pas sorti de chanson depuis 1982.

« Maria »

She moves like she don’t care
Smooth as silk, cool as air
Ooh it makes you wanna cry
She doesn’t know your name
And your heart beats like a subway train

Ooh it makes you wanna die

Ooh, don’t you wanna take her?
Ooh, wanna make her all your own?
Maria, you’ve gotta see her
Go insane and out of your mind
Regina, Ave Maria
A million and one candle lights
I’ve seen this thing before
In my best friend and the boy next door
Fool for love and fool on fire

Won’t come in from the rain
She’s oceans running down the drain
Blue as ice and desire

Don’t you wanna make her?
Ooh, don’t you wanna take her home?

Maria, you’ve gotta see her
Go insane and out of your mind
Regina, Ave Maria
A million and one candle lights

Ooh, don’t you wanna break her?
Ooh, don’t you wanna take her home?

She walks like she don’t care
Walkin’ on imported air
Ooh, it makes you wanna die

Maria, you’ve gotta see her
Go insane and out of your mind
Regina, Ave Maria
A million and one candle lights

Maria, you’ve gotta see her
Go insane and out of your mind
Regina, Ave Maria
A million and one candle lights

Deborah Harry

Deborah Harry

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English Lessons

  • wanna : contraction de « want to »  —  gotta : contraction de « got to » et même de « have got to » ou « have to »  —  gonna : contraction de « going to ». il s’agit de locutions employées dans l’anglais parlé ou familier.
  • Il existe en anglais américain d’autres abréviations telles que gimme : « give me », dunno : « don’t know », lotta : « lot of », watcha : « what are you » ou « what you » et gotcha : « got you ».

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Reginald Marsh et le New York des années 30 : (II) des femmes belles comme des remorqueurs

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Reginald Marsh (1898-1954) – autoportraits, 1933 et 1949

  Reginald Marsh est un peintre américain connu pour ses représentations du New York de la Grande Dépression des années 1920 et 1930 avec ses divertissements populaires tels que les vaudevilles et les scènes burlesques, les clubs de strip-tease, les foules et les badauds, les scènes de plage à Coney Island, les clochard sur le Bowery, les prostituées et les chômeurs. Il rejetait l’artmoderne, le trouvant stérile préférant utiliser le style pictural qu’on appelé depuis réalisme social, et qui avait émergé de la confrontation entre l’art moderne et les mouvements sociaux et politiques nés de la contestation sociale issue de Grande dépression. Contrastant avec le style des peintres régionalistes qui présentaient une vision idéalisée de la nature sauvage et de l’Amérique rurale, les artistes partisans du réalisme social pour la plupart travaillant dans les grandes agglomérations témoignaient de la situation des pauvres en cette période de crise économiques où des millions de travailleurs avaient perdu leur emploi. Beaucoup d’entre eux étaient sympathisants des luttes politiques et syndicales du mouvement ouvrier de l’époque et avait élevé la figure du prolétaire au rang d’idéal héroïque, dans la vie comme dans l’art. Ils s’inspiraient dans leur travail des  œuvres des peintres muralistes mexicains  engagés politiquement comme Diego RiveraJosé Clemente Orozco et David Alfaro Siqueiros. Au États-Unis, ces artistes ont créé des peintures murales à caractère social mettant en scène des représentations dynamiques de la classe ouvrière. Reginald Marsh était également fasciné par les machines que l’industrialisation rapide de la ville de New York mettait en œuvre, il a ainsi peint de nombreuses locomotives et remorqueurs du port de New York.
     La foule new-yorkaise est également largement représentée dans ses tableaux dans des scènes de rue, de cabarets ou de clubs de danse, de plage (Coney Island). dans la foule les femmes sont particulièrement mises en valeur comme des figures puissantes hautement sexualisées, le plus souvent vêtues de manière courte et provocante. Durant la Grande Dépression, plus de 2 millions de femmes avaient perdu leur emploi et la société des hommes cherchait à les exploiter sexuellement. Les hommes, lorsqu’ils sont représentés sont rarement à leur avantage et s’apparentent à des voyeurs.

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Reginald Marsh - on stage, 1948

Reginald Marsh –  on stage, 1948

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Reginald Marsh - Hudson Bay, 1932

Reginald Marsh – Hudson Bay, 1932

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Reginald Marsh - Pip & Flip, 1932

Pip and Flip étaient un couple de jumelles que l’on disait venir du Yucatan au Mexique (bien que parfois aussi d’Australie). En fait elles étaient nées à New York et leurs vrais noms  étaient Elvira et Jenny Lee Snow. C’est la microcéphalie qui les avait frappées dés leur naissance qui était responsable de leur physique à  « tête d’épingle ». Elles se sont souvent produites dans des spectacles de second ordre  à Coney Island dans durant les années 1930. C’est elles que l’on voit dans le film Freaks produit par MGM en 1933.

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Reginald Marsh - chevaux de bois, 1936

Reginald Marsh –  chevaux de bois, 1936

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Reginald Marsh - Marathon de danse de Zeke Youngblood, 1932

Reginald Marsh – Marathon de danse de Zeke Youngblood, 1932

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Reginald Marsh - Coney Island Beach, 1951

Reginald Marsh – Coney Island Beach, 1951

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Reginald Marsh – Figures on the Beach

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articles liés :

  • le New York de la Grande Dépression de Reginald Marsh : (I) remorqueurs & locomotives, travailleurs & chômeurs, c’est  ICI
  • le New York des années trente et la femme américaine vus par Louis-Ferdinand Céline,  c’est  ICI
  • Les représentations du New York des années 20 de Tavik Frantisek Simon, c’est   ICI
  • New-York, le Brooklyn Bridge – (II) le poète Hart Crane à Brooklyn Heights, c’est   ICI

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New York, ville hermaphrodite

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Deux visions de New York, présentée comme ville étant à la fois mâle et femelle, qui se rejoignent, l’une racontée par le journaliste et écrivain Denis Jeambar, l’autre par un agronome reconverti dans la production de vins biodynamiques, Christophe Beau.

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Extrait du livre Portraits crachés de de Denis Jeambar – Edit. Flammarion, 2011

Capture d’écran 2015-10-29 à 10.51.46     Quand on aime, paraît-il, on ne compte pas. Je ne compte plus mes voyages à New-York. Tous se mélangent car chaque arrivée est une première fois. Bien des villes m’ont étonné ou ébloui, aucune n’a réussi à ne jamais me lasser. Sauf New York.
     Plus que tout autre, New York est unique. C’est un mirage jailli des eaux et voué à y sombrer. Venise du Nouveau Monde, soupirante comme la cité des Doges, fragile dans son gigantisme, sortie tout droit de l’imagination créative des hommes comme un défi à la raison. Ville phallus et ville utérus, féminine et masculine à la fois, elle est en même temps une matrice accueillante et une saillie jaillissante. Ville bisexuée, elle est naturellement, par son ambiguïté, faite pour les artistes. On ne créé que dans l’équivoque. Les certitudes étouffent la déraison. Il faut de l’interlope et du clean, du glauque et de l’ordre, du solide et du fragile, du dur et du mou, de l’alcool et de l’eau, du sexe et de l’abstinence, du désir et du dégoût, du soleil et de la tempête, du confortable et du sordide, du meurtre et de l’ordre, de la drogue et de l’hôpital. Plus que toute autre ville, New York se nourrit de ces contraires à tous les coins de ses rues et avenues. Angles droits qui, dans ce damier, vous ouvrent un nouvel horizon. Comme des pages qu’on tourne. Paris, par goût de l’harmonie, enchaîne les perspectives avec ses immeubles à pans coupés. New York, par esprit de rupture, les brise pour toujours vous prendre par surprise. Paris procède par séduction, New York a choisi le viol.

     J’ai beaucoup voyagé, fait deux tours du monde, arpenté une multitude de villes et de capitales, mais New York est, définitivement, ma destination finale quand j’imagine vivre ailleurs. Paris est une cité étrange qui suscite chez moi un fond d’hostilité viscérale. Cette ville est arrogante et, par jalousie de Rome, sans doute, elle se veut éternelle. comme l’a si justement écrit Jacques Roubaud dans Le Grand Incendie de Londres, ses pluies sont pourtant sales, ses hivers médiocres et ses chaleurs débilitantes. L’indifférence est la règle de vie de ses habitants. Dans le métro, sur le trottoirs ou dans les magasins, ils se pressent et s’étouffent dans une incivilité galopante et un mépris abyssal du voisin. On ne flâne guère à Paris, on participe à un gymkhana. On ne s’y pose pas à la terrasse d’un café, on se met en exposition, lunettes noires sur le nez pour créer un sentiment d’importance. On n’y travaille pas, on y est en compétition. Les petits bonheur y sont rares : pour un soleil levant sur le pont des Arts, combien de désagréments quotidiens ! Cette ville dont l’identité se fige est un musée quand New York, consciente de sa fragilité, est une cellule prolifique. Paris ne retient plus les artistes, New York les accueille. Paris est monarchique, New York est démocratique. Paris porte un bonnet de nuit et son périphérique est devenu une ceinture de chasteté, New York est un sexe ouvert, une chatte brillante et chatoyante. Hudson et East river sont ces deux cuisses, le bas Manhattan son vagin. Central Park son mont de Vénus et Midtown le gland de son clitoris. Quand on y arrive par paquebot, glissant lentement vers les eaux de son port, on ne peut que bander. Les immigrants sont tous entrés dans New York en jouissant.

Denis Jeambar

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Extrait de l’essai de Christophe Beau Regard sur New York… ou l’anatomie d’une ville – (Biodynamis – n°66 été 2009)

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Anatomie phallique

c-beau     De quoi s’agit-il ? New York a une anatomie phallique. Regardez-moi ces deux schémas côte à côte (ci-dessus) ; cela vaut tous les discours ou presque, et je ne triche pas. Alors en avant, il m’a fallu deux jours pour sillonner cette anatomie ; la décrypter, la relier, l’associer, la disséquer, la vivre ; du dessous, de long en large, du dessus (je suis même (re) monté à l’Empire State Building…), et même par avion (qui par chance m’a fait la grâce de survoler l’ensemble comme pour parfaire mon « étude »). Mais clairement, Manhattan «phallique» pénètre le gynécée Brooklynien… Et puis, j’ai osé des questionnements timides à une géographe, à un écologue,…, et à des Mesdames et Messieurs tout le Monde. J’ai écumé les rayons « New York » des grandes librairies. Que se passe-t-il dans ce quartier ? Quelles ethnies s’y sont succédé ? Et les immigrations successives ? Quels sont les sous-sols de NY ? Je me suis mis à poser des questions pour explorer cette interpénétration féminin/masculin de New-York. Mon envol de pensées new-yorkaises n’a alors plus cessé. Une fois admise cette anatomie féconde de phallus manhatannien accouplé au vagin brooklynien, il est bien entendu vite remarquable que le lieu d’accostage des premiers migrants (et les implantations indiennes de tout temps…) s’est fait par l’extrémité sud de la presqu’île, le prépuce, le bout du gland ; de là même où, en quelque sorte, la semence et la vie jaillissent. Point stratégique de l’Upper Bay, entre le fleuve Hudson à gauche (qui sépare Manhattan du New Jersey) et l’East river à droite (qui sépare Manhattan de Brooklyn), le tout à quelques kilomètres à l’intérieur des terres, protégé de la pleine mer, du rivage atlantique… pas bien pacifique. Et puis, cette presqu’île relativement vallonnée (Manah (île) Atin (collines) en Algonquian) fut un lieu de ressources naturelles inépuisables; en bois, en pierre, en eau. Si Brooklyn se trouve sur des moraines tendres, Manhattan est, quant à lui, sur un socle granitique. À l’exception sans doute de certaines parties du sud (proche du « gland »), également sur moraines où justement est bâti le «village», seule partie sans gratte ciel. Ailleurs, sur du solide donc, organe masculin, sur lequel la ville verticale, peuplée de phallus de granit, puis de béton, d’acier ou de verre (silice), a germé en même pas deux siècles. Phallus horizontal donc, sur lequel a poussé une forêt de phallus verticaux, remplaçant ces forêts primaires dont les arbres majestueux de Central Park restent le plus beau témoignage. La verticalité est maximale entre les 35ème et 50ème rue ; c’est-à-dire justement au niveau anatomique du renflement maximal du gland. Les rues inférieures qui descendent vers le sud ont une verticalité décroissante, à mesure que l’on se dirige vers Wall Street… et les deux ex-tours du World Trade Center. Est-il opportun de dire que les deux tours disparues, qui seront bientôt remplacées par un projet mémorial, étaient une avant-proue à la verticalité fière et finalement curieuse par rapport à cette cohérence (retrouvée…) de l’anatomie de Manhattan ? Plus au nord, c’est-à-dire lorsque l’on va vers Central Park (très vaste et fameux lieu boisé, tout rectangulaire, et qui occupe le tiers médian de la partie nord de la presqu’île), les verticalités redeviennent modérées, pour s’évanouir peu à peu en lisière du Bronx. Et puis faut-il rajouter l’étonnante constatation (fournie par une géographe de l’Université de New York), que la projection cartographique est, semble-t-il, disproportionnée, enflée, pour Manhattan, par rapport aux quatre autres boroughs de New York (les cinq quartiers au total donc, avec Manhattan), pour des raisons sans doute de densité urbanistique et donc de lisibilité ? Tout comme dans nos planisphères, l’Europe et les USA sont également « enflés » par rapport à l’Afrique ou l’Inde par exemple. En bref, le phallus Manhattan est membré (sa forme) ; est bandé (sa constitution dure, granitique). Manhattan, man at an, est éminemment masculin et fécond. Peut-on même oser dire que, vu d’avion, la noria des bateaux qui sillonnent l’Upper Bay, bras de mer qui baigne le prépuce de la presqu’île, paraisse autant de spermatozoïdes vibrionnant et se dirigeant vers l’île de Staten. Et reste à comprendre ce que pourrait évoquer à cet endroit si proche le petit îlot sur lequel se dresse la statue de la liberté. Je laisse cela à l’ap- préciation des lecteurs… 

Domination masculine

     Et les quatre autres quartiers de New York ? Le Bronx d’abord : très composite, très polymorphe, la diversité incarnée : une vraie  » bourse  » d’expérimentation sociale et économique ! N’en disons pas plus sur l’évocation… Reste Brooklyn (étymologiquement « au bord du fossé ») et qui est constitué en réalité de deux boroughs, à savoir le Queens (reine) et le Kings (roi), X et Y à la fois donc… Brooklyn est la diversité également, mais Brooklyn est surtout, par opposition, un lieu d’horizontalité étonnante : nappes urbaines de deux ou trois étages à une dizaine d’étages maximum, et avec un tissu urbain moins systématiquement quadrillé que l’est Manhattan. Des nervures irriguant le tissu urbain, plus en souplesse, plus organique que mécanique. Une anatomie urbaine, en définitive, beaucoup plus féminine. La population de Brooklyn est la plus importante de New York, dix millions d’habitants au total, alors que Manhattan, comme Paris intra-muros, ne compte que deux millions d’habitants tout au plus. En clair, Brooklyn, de fait cinquième ville des USA, n’est qu’un « borough » de New York, sous la domination « masculine » de Manhattan qui anciennement se superposait avec New York. Continuons sur la lancée. Si Brooklyn est plutôt résidentielle, pour des populations laborieuses, Manhattan est évidemment une zone de bureaux par excellence, un centre d’affaires et de finances. De fait, Brooklyn, c’est le travail, et Manhattan c’est le capital ! Une illustration grandeur nature des rapports travail/capital apparaîtrait donc caricaturalement sous nos yeux ! Et si dans Brooklyn, les lieux de spiritualité traditionnelle sont apparents (synagogues et églises en tous genres), ceux-ci sont tout à fait enfouis sous la verticalité bâtissière de la presqu’île, comme inondée sous les lieux saints du matérialisme historique. Le « fil » de cette anatomie urbaine doit-il être tiré sans cesse jusqu’à se perdre dans un déterminisme excessif ? Non, sans doute pas. D’ailleurs, si l’on zoome dans un sens ou dans l’autre les contours de cette fameuse carte de New York, tout cela devient de moins en moins évocateur. Pourtant, est-ce un hasard si celle-ci fut ainsi délimitée ? Il est tentant de poursuivre chacun à sa manière. Exemple ; comment se fait-il que Queens était une zone de pâturage et de production laitière au XIXème siècle, alors que Manhattan était zone de production forestière : féminin-masculin… il serait étonnant de voir ce que nous ferait découvrir New York si l’on continuait de « tirer le fil ». Et pourquoi pas sur Paris, anatomie sans doute plus féminine ? Sans oublier ce qui est plus commun dans nos regards géographiques, de caractériser les anatomies continentales, ou les contours des nations.

Christophe Beau

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article lié :

  • Le New York des années trente et la femme américaine vus par Louis-Ferdinand Céline, c’est   ICI  (où l’on constate que le fait que NY soit une ville « raide », donc pas  horizontale, donc pas féminine, donc pas « baisable » a beaucoup fait rire Céline…)

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