Le paradis a existé (pour les hommes…)


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Pierre Clastres (1934-1977)

     Pierre Clastres est un anthropologue et ethnologue français connu pour ses travaux d’anthropologie politique, ses convictions et son engagement libertaire et sa monographie des indiens Guayaki du Paraguay. Sa principale thèse est que les sociétés primitives ne sont pas des sociétés qui n’auraient pas encore découvert le pouvoir et l’État, mais au contraire des sociétés construites pour éviter que l’État n’apparaisse. Pierre Clastres a effectué de nombreux travaux de terrain de 1963 à 1974 en Amérique latine chez les  indiens Guayaki du Paraguay, les Guaranis, les Chulupi et les Yanomami. En 1974 il devient chercheur au  CNRS et publie son œuvre la plus connue, La Société contre l’ÉtatCritique du structuralisme, en conflit direct avec Claude Levi-Strauss, dont il dénonce notamment la vision de la guerre comme échec de l’échange, il quitte le laboratoire d’anthropologie sociale et devient directeur d’études à la cinquième section de L’École pratique des hautes études. Il meurt en 1977 à 43 ans dans un accident de la route, laissant son œuvre inachevée et éparpillée. (crédit Wikipedia)


Le paradis des hommes

       «  C’est ce qui frappa, sans ambiguïté, les premiers observateurs européens des Indiens du Brésil. Grande était leur réprobation à constater que des gaillards pleins de santé préféraient s’attifer comme des femmes de peintures et de plumes au lieu de transpirer sur leurs jardins. Gens donc qui ignoraient délibérément qu’il faut gagner son pain à la sueur de son front. C’en était trop, et cela ne dura pas : on mit rapidement les Indiens au travail, et ils en périrent. Deux axiomes en effet paraissent guider la marche de la civilisation occidentale, dés son aurore : le premier pose que la vraie société se déploie à l’ombre protectrice de l’État; le second énonce un impératif catégorique : il faut travailler.

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      Les Indiens ne consacraient effectivement que peu de temps à ce que l’on appelle le travail. Et ils ne mourraient pas de faim néanmoins. Les chroniques de l’époque sont unanimes à décrire la belle apparence des adultes, la bonne santé de nombreux enfants, l’abondance et la variété des ressources alimentaires. Par conséquent, l’économie de subsistance qui était celle des tribus indiennes n’impliquait nullement la recherche angoissée, à temps complet, de la nourriture. Donc une économie de subsistance est compatible avec une considérable limitation du temps consacré aux activités productives. Soit le cas des tribus sud-américaines d’agriculteurs, les Tupi-Guarani par exemple, dont la fainéantise irritait tant les Français et les Portugais. La vie économique de ces Indiens se fondait principalement sur l’agriculture, accessoirement sur la chasse, la pêche et la collecte. Un même jardin était utilisé pendant quatre à six années consécutives. Après quoi on l’abandonnait, en raison de l’épuisement du sol ou, plus vraisemblablement, de l’invasion de l’espace dégagé par une végétation parasitaire difficile à éliminer. Le gros du travail, effectué par les hommes, consistait à défricher, à la hache de pierre et par le feu, la superficie nécessaire. Cette tâche, accomplie à la fin de la saison des pluies, mobilisait les hommes pendant un ou deux mois. Presque tout le reste du processus agricole — planter, sarcler, récolter — conformément à la division sexuelle du travail, était pris en charge par les femmes. Il en résulte donc cette conclusion joyeuse : les hommes, c’est-à-dire la moitié de la population, travaillaient environ deux mois tous les quatre ans ! Quant au reste du temps, ils le vouaient à des occupations éprouvées non comme peine mais comme plaisir : chasse, pêche ; fêtes et beuveries ; à satisfaire enfin leur goût passionné pour la guerre. »

Pierre Clastres, la société contre l’Etat, 1974. p.165

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Articles liés

  • L’anomalie sauvage par Ivan Segré, 2017 – compte-rendu du livre de Christian Ferrié consacré à Pierre Clastres, le Mouvement inconscient du politique.
  • La Guerre Noire, l’extermination des aborigènes de Tasmanie par Runoko Rashidi (site Monde-histoire-culture générale)

Adam au Paradis

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Un Adam inhabituel

Kristian Zahrtmann (Danish 1843-1917)- ADAM IN PARADISE, 1914

Kristian Zahrtmann (Danish 1843-1917)- Adam in Paradise, 1914

La question se pose de savoir si le Paradis restait le Paradis après son arrivée…
On distingue le serpent. Il devrait se méfier… Mais où est donc passée Ève ?
Peut-être était-ce elle qui tenait le pinceau…

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Le Paradis décrit par Victor Hugo ou quand l’écrit l’emporte sur la peinture…

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Lucas Cranach l’Ancien – Adam et Ève, 1526

Les différentes représentations du Paradis

Paradis : (Xe siècle) Du latin ecclésiastique paradisius « Jardin, Paradis, jardin d’éden » issu du grec ancien παράδεισος = parádeisos  « enclos pour animaux », le terme fut utilisé lors de la traduction de la bible en grec pour désigner l’Eden. Le mot était lui-même issu de *pairiḍaēza signifiant « jardin, enclos, espace clos, enceinte noble, verger clôturé ou terrain de chasse » et issu de la langue avestique, une ancienne langue indo-iranienne utilisée dans l’Avesta, l’ancien livre sacré des iraniens zoroastrien. Le mot est composé de pairi « autour » et de daēza « mur » et a été transmis en Grèce par l’intermédiaire du persan pardêz.  À noter également la proximité  de ce mot avec l’hébreu « פרדס »(qui se prononce «pardes» comme son équivalent en chaldéen)Un paradis, ce n’était donc dans les temps anciens, qu’un jardin clos, espace privilégié par la flore, la faune et l’eau qu’il renfermait et protégeait, un lieu idéal pour les hommes du désert compte tenu de sa rareté. Ce mot apparaît plusieurs fois dans la Bible hébraïque avec le sens de jardin, verger, parc.

Jardin d’Eden : Le jardin d’Éden (hébreu גן עדן, jardin des délices) (arabe عَدْن, جَنَّة عَدْن, عدن, jardin des délices) est le nom du jardin merveilleux où la genèse (chapitres 2 et 3) situe l’histoire d’Adam et Ève. Il est souvent comparé au Paradis. Le mot Éden proviendrait du terme edinu « plainesteppe » appartenant à une langue sémitique, l’akkadien, fortement influencé par l’ancien sumérien, et qui était parlée du début du IIe jusqu’au Ier millénaire avant J.C. en Mésopotamie.

Jardin des HespéridesSelon une version de la mythologie grecque, les trois nymphes du couchant, filles d’Atlas et d’Hespéris, «l’heure du soir» qui représente l’Occident, le Couchant personnifié s’appellent les Hespérides (en grec ancien Ἑσπερίδες / Hesperídes. Elles résidaient dans un verger fabuleux, le fameux jardin des Hespérides, situé à la limite occidentale du monde (rives de l’Espagne ou du Maroc) et avaient la garde d’un pommier sacré, cadeau de Gaïa à Hera, qui produisait des fruits d’or destinés à Hera mais qu’elles chapardaient sans scrupules. Hera le fit donc garder par un dragon à cent têtes, Nérée. Le onzième des travaux d’Héraclès lui imposait de rapporter des fruits de cet arbre, il y parviendra grâce à l’aide de Nérée et d’Atlas. Les historiens se querellent sur la nature des fruits de l’arbre sacré; pour certains les fruits seraient des oranges, pour d’autres des coings.

L’Île de la nymphe Calypso : La nymphe, reine de l’île d’Ogygie, la presqu’île de Ceuta en face de Gibraltar, Calypso (Gr. Καλυψώ; Lat. Calypso), qui était la fille d’Atlas tomba amoureuse d‘Ulysse qui venait de faire naufrage. Elle s’efforça vainement durant sept années de lui faire oublier sa patrie et son épouse dans sa grotte enchantée, entourée de bois de peupliers et de cyprès et décorée de vignes et lui offrit l’immortalité mais le héros  qui s’ennuyait ferme préféra quitter ce paradis et retrouver sa vie passée.

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Babur (le fondateur de l’Empire moghol en Inde au XVIe siècle) supervisant la construction d’un jardin

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Le texte magnifique de Victor Hugo décrivant le paradis ( La Légende des Siècles)

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Hieronymus Bosch – le Jardin des délices, entre 1480 et 1505

Première série – D’Ève à Jésus
I

L’aurore apparaissait ; quelle aurore ? Un abîme
D’éblouissement, vaste, insondable, sublime ;
Une ardente lueur de paix et de bonté.
C’était aux premiers temps du globe ; et la clarté
Brillait sereine au front du ciel inaccessible,
Étant tout ce que Dieu peut avoir de visible ;
Tout s’illuminait, l’ombre et le brouillard obscur ;
Des avalanches d’or s’écroulaient dans l’azur ;

Le jour en flamme, au fond de la terre ravie,
Embrasait les lointains splendides de la vie ;
Les horizons pleins d’ombre et de rocs chevelus,
Et d’arbres effrayants que l’homme ne voit plus,
Luisaient comme le songe et comme le vertige,
Dans une profondeur d’éclair et de prodige ;
L’Éden pudique et nu s’éveillait mollement ;
Les oiseaux gazouillaient un hymne si charmant,
Si frais, si gracieux, si suave et si tendre,
Que les anges distraits se penchaient pour l’entendre ;
Le seul rugissement du tigre était plus doux ;
Les halliers où l’agneau paissait avec les loups,
Les mers où l’hydre aimait l’alcyon, et les plaines
Où les ours et les daims confondaient leurs haleines,
Hésitaient, dans le chœur des concerts infinis,
Entre le cri de l’antre et la chanson des nids.
La prière semblait à la clarté mêlée ;
Et sur cette nature encore immaculée
Qui du verbe éternel avait gardé l’accent,
Sur ce monde céleste, angélique, innocent,
Le matin, murmurant une sainte parole,
Souriait, et l’aurore était une auréole.
Tout avait la figure intègre du bonheur ;
Pas de bouche d’où vînt un souffle empoisonneur ;
Pas un être qui n’eût sa majesté première ;
Tout ce que l’infini peut jeter de lumière
Éclatait pêle-mêle à la fois dans les airs ;
Le vent jouait avec cette gerbe d’éclairs

Dans le tourbillon libre et fuyant des nuées ;
L’enfer balbutiait quelques vagues huées
Qui s’évanouissaient dans le grand cri joyeux
Des eaux, des monts, des bois, de la terre et des cieux !
Les vents et les rayons semaient de tels délires
Que les forêts vibraient comme de grandes lyres ;
De l’ombre à la clarté, de la base au sommet,
Une fraternité vénérable germait ;
L’astre était sans orgueil et le ver sans envie ;
On s’adorait d’un bout à l’autre de la vie ;
Une harmonie égale à la clarté, versant
Une extase divine au globe adolescent,
Semblait sortir du cœur mystérieux du monde ;
L’herbe en était émue, et le nuage, et l’onde,
Et même le rocher qui songe et qui se tait ;
L’arbre, tout pénétré de lumière, chantait ;
Chaque fleur, échangeant son souffle et sa pensée
Avec le ciel serein d’où tombe la rosée,
Recevait une perle et donnait un parfum ;
L’Être resplendissait, Un dans Tout, Tout dans Un ;
Le paradis brillait sous les sombres ramures
De la vie ivre d’ombre et pleine de murmures,
Et la lumière était faite de vérité ;
Et tout avait la grâce, ayant la pureté ;
Tout était flamme, hymen, bonheur, douceur, clémence,
Tant ces immenses jours avaient une aube immense !

Herri met de Bles - Le Paradis, entre 1541 et 1550

Herri met de Bles – Le Paradis, entre 1541 et 1550

Lucas Cranach l'Ancien - Le Jardin d'Eden, XVIe siècle

Lucas Cranach l’Ancien – Le Jardin d’Eden, XVIe siècle

II

Ineffable lever du premier rayon d’or !
Du jour éclairant tout sans rien savoir encor !
Ô Matin des matins ! amour ! joie effrénée
De commencer le temps, l’heure, le mois, l’année !
Ouverture du monde ! instant prodigieux !
La nuit se dissolvait dans les énormes cieux
Où rien ne tremble, où rien ne pleure, où rien ne souffre ;
Autant que le chaos la lumière était gouffre ;
Dieu se manifestait dans sa calme grandeur,
Certitude pour l’âme et pour les yeux splendeur ;
De faîte en faîte, au ciel et sur terre, et dans toutes
Les épaisseurs de l’être aux innombrables voûtes,
On voyait l’évidence adorable éclater ;
Le monde s’ébauchait ; tout semblait méditer ;
Les types primitifs, offrant dans leur mélange
Presque la brute informe et rude et presque l’ange,
Surgissaient, orageux, gigantesques, touffus ;
On sentait tressaillir sous leurs groupes confus
La terre, inépuisable et suprême matrice ;
La création sainte, à son tour créatrice,
Modelait vaguement des aspects merveilleux,
Faisait sortir l’essaim des êtres fabuleux

Tantôt des bois, tantôt des mers, tantôt des nues,
Et proposait à Dieu des formes inconnues
Que le temps, moissonneur pensif, plus tard changea ;
On sentait sourdre, et vivre, et végéter déjà
Tous les arbres futurs, pins, érables, yeuses,
Dans des verdissements de feuilles monstrueuses ;
Une sorte de vie excessive gonflait
La mamelle du monde au mystérieux lait ;
Tout semblait presque hors de la mesure éclore ;
Comme si la nature, en étant proche encore,
Eût pris, pour ses essais sur la terre et les eaux,
Une difformité splendide au noir chaos.

Les divins paradis, pleins d’une étrange sève,
Semblent au fond des temps reluire dans le rêve,
Et, pour nos yeux obscurs, sans idéal, sans foi,
Leur extase aujourd’hui serait presque l’effroi ;
Mais qu’importe à l’abîme, à l’âme universelle
Qui dépense un soleil au lieu d’une étincelle,
Et qui, pour y pouvoir poser l’ange azuré,
Fait croître jusqu’aux cieux l’Éden démesuré !

Jours inouïs ! le bien, le beau, le vrai, le juste,
Coulaient dans le torrent, frissonnaient dans l’arbuste ;
L’aquilon louait Dieu de sagesse vêtu ;
L’arbre était bon ; la fleur était une vertu ;

C’est trop peu d’être blanc, le lis était candide ;
Rien n’avait de souillure et rien n’avait de ride ;
Jours purs ! rien ne saignait sous l’ongle et sous la dent ;
La bête heureuse était l’innocence rôdant ;
Le mal n’avait encor rien mis de son mystère
Dans le serpent, dans l’aigle altier, dans la panthère ;
Le précipice ouvert dans l’animal sacré
N’avait pas d’ombre, étant jusqu’au fond éclairé ;
La montagne était jeune et la vague était vierge ;
Le globe, hors des mers dont le flot le submerge,
Sortait beau, magnifique, aimant, fier, triomphant,
Et rien n’était petit quoique tout fût enfant ;
La terre avait, parmi ses hymnes d’innocence,
Un étourdissement de sève et de croissance ;
L’instinct fécond faisait rêver l’instinct vivant ;
Et, répandu partout, sur les eaux, dans le vent,
L’amour épars flottait comme un parfum s’exhale ;
La nature riait, naïve et colossale ;
L’espace vagissait ainsi qu’un nouveau-né.
L’aube était le regard du soleil étonné.

The garden of Eden with the fall of man, by Jan Brueghel de Elder and Peter Paul Rubens

Pierre Paul Rubens et Jan Brueghel l’Ancien – Le Jardin d’Eden et la chute de l’homme, vers 1615

III

Or, ce jour-là, c’était le plus beau qu’eût encore
Versé sur l’univers la radieuse aurore ;

Le même séraphique et saint frémissement
Unissait l’algue à l’onde et l’être à l’élément ;
L’éther plus pur luisait dans les cieux plus sublimes ;
Les souffles abondaient plus profonds sur les cimes ;
Les feuillages avaient de plus doux mouvements ;
Et les rayons tombaient caressants et charmants
Sur un frais vallon vert, où, débordant d’extase,
Adorant ce grand ciel que la lumière embrase,
Heureux d’être, joyeux d’aimer, ivres de voir,
Dans l’ombre, au bord d’un lac, vertigineux miroir,
Étaient assis, les pieds effleurés par la lame,
Le premier homme auprès de la première femme.

L’époux priait, ayant l’épouse à son côté.

°°°Jan Bruegel l'Ancien - Ulysse et Calypso, 1616

Jan Bruegel l’Ancien – Ulysse et Calypso, 1616

Marc Chagall - Adam et Ève chassés du paradios, 1961

Marc Chagall – Adam et Ève chassés du paradis, 1961

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Imaginaire de la montagne : perception de l’espace montagnard au Moyen Âge

–––– L’espace montagnard au Moyen Âge : un monde hostile à l’homme –––––––––––––––––––––––––

     Au Moyen Âge l’espace montagnard est appréhendé de deux manières différentes et opposées :
La première manière, positive, relève du symbolisme religieux et est nourrie par les Saintes Ecritures. Elle est héritière de la mythologie et des textes antiques pour lesquels la montagne, dans son essence, est proche des cieux Incorruptibles et est considérée pour cette raison comme le « sommet du monde », expression de pureté et siège du Paradis terrestre.
A cette vision de la montagne se rattachent les montagnes mythiques connues à cette époque telles que le Caucase avec le mont Arara (où repose l’Arche de Noé…), le mont Sinaï, le mont Athos, le mont Olympe,  le pic d’Adam à Ceylan, proche du Paradis terrestre (75 km…) où les Arabes situaient la chute d’Adam, l’Etna (associé à l’Enfer).

     D’autres montagnes avaient la réputation d’abriter à leur sommet des merveilles. C’est ainsi que dans les Alpes, on voyait flotter au sommet du mont Aiguille, jugé inaccessible, des draps blancs selon l’usage des lavandières, au mont Ventoux, la Baume de la Mène, une grotte de la face nord, était une porte ouverte sur le monde infernal d’où l’on pouvait observer les démons,  que dans les Pyrénées le mont Canigou était censé abriter des sorcières et des fées, qu’au pays de Galles le Snowdon était réputé être le siège de manifestations extraordinaires et qu’au début du XIIIe siècle la Topographia hibernica de Giraud de Cambrie décrit son sommet comme comportant un lac possédant une île flottante et des poissons à œil unique…

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    Voici comment le mont Olympe en Grèce est décrit au XIVe siècle par Jean de Mandeville, médecin et explorateur, auteur du Livre des merveilles du monde :

« Au sommet l’air est si pur qu’il n’y court aucun vent , ce pourquoi ni oiseau ni bête n’y pourraient vivre car l’air y est trop sec. Et on dit que les philosophes jadis y montèrent, tenant en mains une éponge humide pour avoir de l’air moite, sans quoi ils n’auraient pu respirer et auraient défailli à cause de l’air trop sec. Et sur le sommet ils écrivirent avec leurs doigts des lettres sur le sable, et remontant un an plus tard ils trouvèrent les mêmes lettres telles qu’ils les avaient écrites, sans être en rien corrompues ou défigurées. Par quoi il apparaît bien que les montagnes montent jusqu’au pur air. »

Gervais de Tilbury, quant à lui, décrit ainsi le Canigou :

A son sommet, il y a un lac aux eaux très noires et au fond insondable : il s’y trouve, rapporte-t-on, une demeure des démons, aussi vaste qu’un palais, à la porte close; mais la demeure et les démons eux-mêmes restent inconnus et invisibles au commun des gens. Si l’on jette une pierre ou quelque chose pesante dans le lac, une tempête éclate aussitôt, comme si les démons étaient courroucés. »

Dans l’un de ses essais, en 1442, l’écrivain satirique Antoine de la Salle décrit le Paradis terrestre au sommet d’une montagne. Il faut savoir qu’au Moyen Âge, le Paradis terrestre, à la différence du Paradis céleste, était imaginé sur Terre, en un endroit inaccessible au commun des mortels.

Maintenant, nous allons parler du Paradis terrestre, qui est la tête du corps formé par toute la terre, après avoir parlé des trois parties du monde. Ce Paradis est situé dans les contrées de l’Orient, c’est-à-dire tout au bout et à l’extrémité de l’Asie ; il est d’une hauteur extrême, comme rempli des quatre éléments des sept planètes et des douze signes, qui règnent tous en lui dans leur meilleure harmonie.
C’est dans ce Paradis que furent créés et formés nos premiers parents, Adam et Ève, de la main de notre vrai Dieu, notre Créateur. Mais dès qu’ils succombèrent au péché de désobéissance, ils furent sur-le-champ chassés de ce Paradis que Dieu avait consacré. Dans ce Paradis vivent Enoch et Elie, et ils y vivront jusqu’à la destruction de l’Antéchrist.
C’est là que se trouve l’Arbre de vie, et de son pied sortent quatre ruisseaux ; l’un s’appelle le Pison (Gange/Indus), l’autre le Guion (le Nil), le troisième le Tigre et le quatrième l’Euphrate ; ils coulent tous les quatre dans les veines du corps formé par la terre, c’est-à-dire dans la mer et hors de la mer, et font jaillir de grandes sources sur la terre en diverses régions.
C’est de là que viennent le plus grand fleuve de l’Asie, le Tanaïs ; le plus grand de l’Europe, le très grand fleuve appelé Norveyan ; et le plus grand de l’Afrique, appelé le Nil ; tous les trois partent des quatre ruisseaux du Paradis. Personne ne peut entrer ni monter dans ce Paradis, à cause des montagnes escarpées qui l’entourent tout entier, sauf à l’entrée.
Il y a tant de sortes de dragons, de serpents, de coquecigrues et d’autres bêtes venimeuses très féroces qui vivent là, dans ces très hautes montagnes, que les bêtes de ces montagnes ont une nature très proche de l’élément du feu ; c’est là ce qui explique leur férocité et leur ardeur, comme l’a voulu Dieu qui en a décidé ainsi.
Selon les savants, tandis que le Paradis terrestre est la tête de la terre en raison de son extrême hauteur, les Enfers se trouvent au fin fond du corps formé par la terre, là où aboutissent toutes les ordures et toutes les puanteurs des quatre éléments.  (cité par S.Jouty – 1991)

Le Paradis de la reine Sibylle par Antoine de La Sale

Le Paradis de la reine Sibylle par Antoine de La Sale
Double carte du mont de Pilate et du mont de la Sibylle (1437 et 1443).
Chantilly, musée Condé.

     L’essayiste Sylvain Jouty relève que cette description fait apparaître le fait que le Jardin d’Eden, pour les chrétiens du Moyen Âge, est une montagne, la plus haute montagne de la Terre. Cette matérialisation étant repris par les Fioretti della Bibbia  qui décrit ainsi le Paradis : « De cette montagne l’on dit qu’elle est si haute et si dure à gravir, à cause de sa bonté, qu’on n’a jamais vu personne n’y monter, ni entrer à l’intérieur du Paradis ». Et Sylvain Jouty d’ajouter : « La Divine Comédie de Dante ne fera que reprendre, de façon géniale il est vrai, un schéma cosmologique largement partagé, tout en reprenant l’image de la difficulté d’escalade du Paradis ». la raison qui place le Paradis terrestre au sommet de la plus haute montagne tient à la nécessité de le relier au Paradis Céleste, séjour futur des Justes, et en même temps de le rendre inaccessible aux hommes. Si les hautes montagnes sont assimilées au Paradis, les volcans, eux, sont assimilés à l’Enfer.

     Au yeux du Moyen Âge religieux et savant la montagne est un monde « hors des hommes » assimilé au désert,  à l’instar du désert des premiers anachorètes, elle devient le lieu privilégié pour la méditation, la pénitence et la rencontre avec Dieu. De nombreux ermites et établissements religieux s’installeront au fond de vallées reculées, loin de la société des hommes. Voici ce qu’écrit l’évêque de Grenoble, en 1086, lorsqu’il ratifie la charte de donation des terres de la Chartreuse : « Par la grâce de la sainte et indivisible Trinité, nous sommes avertis avec miséricorde de ce qui est nécessaire à notre salut (…) C’est pourquoi nous donnons un vaste désert en possession pour toujours à maître Bruno et aux frères qui sont venus avec lui, cherchant une solitude pour y habiter et vaquer à Dieu… »

    Ainsi, dans l’imaginaire du Moyen Âge, la représentation de la montagne est liée au sacré, au paradisiaque, au merveilleux. Elle est également, comme le signale un historien, une porte pour l’au-delà, une frontière entre deux mondes : « Lieu de punition et de réconciliation, demeure des fées et des sorcières, abri du paradis et l’enfer, des ermites et des démons, la montagne est frontière entre les dieux et les hommes, entre les chrétiens et l’Antéchrist, entre le bien et le mal. Elle est le lieu où s’affrontent deux mondes diamétralement opposés qui tentent de communiquer par le biais des héros et des élus. » (Claude Lecouteux. Aspects mythiques de la montagne). L’état de limite détermine un ailleurs; c’est ainsi qu’en cas de bannissement, le banni est souvent envoyé « outre-monts », les versants invisibles situés de l’autre côté de la montagne étant considérés comme  ténébreux et maléfiques.

     La seconde manière d’appréhender la montagne est chargée de négativité et  s’applique au monde physique de la montagne qui s’oppose à l’homme et lui impose ses lois dés lors qu’il souhaite le franchir pour se rendre d’un point à un autre, ce qui est le cas lorsque l’on voyage entre l’Europe du Nord et l’Italie et l’Espagne.
     Pour les clercs cultivés du Moyen Âge, la Nature en général est considérée comme un monde sauvage et hostile récalcitrant à la parole de Dieu. Ils sont en cela, dans ce cas également, les héritiers de la vision antique de l’Univers qui distinguait le monde civilisé du chaos extérieur peuplé de barbares et de créatures monstrueuses. Il ne faut donc pas s’étonner que la montagne où tous les aspects et caractères de la Nature apparaissent exacerbés de part ses paysages tourmentés, ses sombres forêts, ses étendues désolées et désertiques sièges de manifestations naturelles étranges et inexpliquées, soit perçue comme un lieu répulsif chargé de valeurs négatives, plein de dangers, repère de brigands, de dragons et autres créatures démoniaques.
     Cette négativité se nourrit également des aléas induits par les conditions physiques et climatiques propre au monde montagnard : rigueurs de l’hiver avec un froid plus vif que dans la plaine, afflux de neige qui occasionne des avalanches, crues dévastatrices des cours d’eau, glissements de terrain et éboulements de rochers auxquels il faut ajouter la pénibilité de la marche et de l’ascension sur de mauvais chemins escarpés avec le risque de chute toujours possible, la violence et la dangerosité des orages. Il n’est donc pas étonnant que durant une longue période la montagne ait été perçue comme un milieu peu accueillant et hostile.

     Les récits des premiers voyageurs relataient de manière exagérée, les frayeurs qu’ils avaient pu ressentir. Elisée Reclus, dans « Histoire d’une montagne », rapporte que la terreur inspirée par les avalanches en masse aux montagnards et aux voyageur a valu aux vallées les plus exposées des noms sinistres tels que « Val-de-l’Epouvante » ou « Gorge-du-Tremblement ». Il raconte « qu’aux beaux jours de printemps, les voyageurs savent que l’avalanche attend simplement un choc, un frémissement de l’air ou du sol, pour se mettre en mouvement. Aussi marchent-ils comme des larrons, à pas discrets et rapides; parfois même, ils enveloppent de paille les grelots de leurs mulets, afin que le tintement du métal n’aille pas irriter là-haut le mauvais génie qui les menace. »

Sarrasins et Brigands
     Dans le dernier quart du IX° siècle, les Sarrasins sont implantés au Fraxinet près de La Garde-Freinet d’où ils mènent des razzias en Provence et dans les Alpes remontant très loin dans le nord jusqu’au Valais. En 906, ils détruisent l’abbaye de la Novalaise située près de Cluses. En 921, ils lapident dans des défilés alpestres de nombreux anglos-saxons en route pour Rome. Des massacres de « romieux » seront de nouveau commis en 936 et 939, l’année suivante, en 940, ils occupent le village de Saint-Maurice en Valais bloquant de nombreux pèlerins sur le versant italien des Alpes. En juillet 972, ils parviennent à capturer dans les environs d’Orcières un personnage important, Mayeul, le quatrième abbé de Cluny qui ne sera libéré qu’en échange d’une énorme rançon. A l’insécurité causée par les Sarrazins s’ajoute celle provoquée par des bandes de brigands et de pillards, les marrones (marrons). Les nobles eux-mêmes profitent de cette situation troublée pour régler leurs différents. Une ère de crainte, sinon de terreur, s’abat sur la région et Il est fortement recommandé aux voyageurs de « redouter tout sentier tournant et être toujours armé et sous bonne garde ». Le col du Mont-Joux (l’actuel col du Mont Saint-Bernard), lieu de passage privilégié des commerçants et des pèlerins entre le nord-ouest de l’Europe et l’Italie, était notamment le lieu de nombreux brigandages. Il faudra attendre l’an 968 que sous l’égide de Saint-Bernard de Menthon, alors archidiacre d’Aoste, une expédition sécurise le passage et reconstruise l’hospice pour héberger et secourir les voyageurs. C’est ainsi qu’en reconnaissance le col prit par la suite le nom de son bienfaiteur.

En 1512 encore, cette fois dans les Pyrénées, Guichardin, au passage du Perthus signale : « on y trouve des assassins… L’endroit est très exposé aux brigands car, outre le fait d’avoir des voies très étroites, des ravins en vérité, et très sombres, il se rattache à d’autres montagnes qui vont jusqu’en Gascogne où il serait quasi impossible de découvrir les assassins. »

Démons et dragons
    Pour ne pas arranger les choses, les montagnes sont réputées être peuplées de démons à qui, comme en témoigne Charles Durier en 1877, on attribuait le déclenchement des avalanches et de créatures monstrueuses tels les dragons, comme en témoigne la légende des Lindorms* en Autriche et en Suède, celle du Tatzelworm en Bavière et dans les Alpes suisses, ou encore celle du dragonnet des Monts Pilates vaincu par Winckelriedt. L’origine de la montagne du Lubéron ne serait autre qu’un dragon occis, dans la mer des Alpes où il sévissait, par le glaive d’une cohorte d’anges exterminateurs, et que Dieu fossilisa pour l’éternité. La chute du monstre fût si épouvantable qu’il ne restera de l’océan primitif qu’un large cours d’eau, la Durance. 

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le dragon-glacier

      Un manuscrit du XVe siècle conservé à Verceil, contient une vie de saint Bernard, assimilent les brigands qui tenaient le col du Mont-Joux (aujourd’hui col du Mont-Saint Bernard) à des démons :

«Un jour, saint Bernard traversa une montagne où autrefois les habitants rendaient un culte à Jupiter dans son temple. Il y avait là une multitude de mauvais esprits, et l’un d’eux molestait les voyageurs ; dans les régions voisines, avec la permission de Dieu — les péchés des habitants l’exigeaient — les anges mauvais provoquèrent des rafales funestes de tempêtes. L’homme de Dieu voyant l’affliction des habitants commença à leur parler de la miséricorde de Dieu et de sa sévérité à l’égard des pécheurs. Lors de sa prédication, touchés aux larmes, tous lui dirent « Ordonne ; quoi que tu commanderas, nous obéirons à tes préceptes pourvu que la colère de Dieu se détourne de nous. » Le saint leur ordonna un jeune de trois jours, et le peuple fit pénitence… Et peu de jours après qu’il se fut lui-même adonné au jeune et à l’oraison, le saint, muni du signe de la croix, se porta vers le lieu fameux. Lorsque le démon, rugissant et horrible à voir, vint au-devant de lui, l’homme de Dieu le saisit aussitôt et lui ordonna de se taire; le démon se laissa lier comme un petit animal; le saint le conduisit alors en un lieu désert et lui ordonna, au nom de la Sainte Trinité et de Jésus-christ, de ne plus jamais nuire à personne ; une fois le temple de Jupiter ainsi débarrassé, ce lieu retrouva la paix; et jusqu’à ce jour, en cet endroit où un monastère fut construit, il accourt beaucoup de voyageurs envers lesquels on exerce aussi les devoirs de l’hospitalité… »

    Jusque vers la fin du Moyen Age, les hommes évitèrent les sommets alpins, qu’ils entouraient de rumeurs et de Légendes, les croyant peuplés de démons. En 1387 encore, les édiles de Lucerne enfermèrent le moine Niklaus Bruder et cinq autres religieux coupables d’avoir tenté de gravir le Mont Pilate qui domine la ville et où était censé se terrer un dragon. Ce dragon y sera observé en 1499 et deux autres en 156.
Il ne faut donc pas s’étonner que vers 1430, c’est en montagne, plus précisément entre le Valais et le Dauphiné que seront attestés les indices indiquant l’existence du « sabbat des sorcières » et que se déclenchera la grande offensive de l’église contre la sorcellerie et qui s’étendra par la suite au reste de la chrétienté. C’est pour lutter contre ces manifestations du Malin que la montagne se couvrira de lieux de cultes et de monuments consacrés à des saints protecteurs tels que Saint Nicolas, Saint Jacques, Saint Bernard et Saint Théodule sensés exorciser les démons et faire disparaître les anciennes croyances locales.

* les lindorms ou lindworms étaient en Allemagne et en Autriche des dragons (Drache) ou des « vouivre » (voivre). Cette appellation est issue des deux racines germaniques lind (« attraper ») et worm (« ver »). Dans le Nibelungenlied de Richard Wagner, Fafnir, le dragon/géant est clairement décrit comme un lindworm.

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* les tatzelworms des Alpes (aussi appelé arassas dans les Alpes françaises, springwurm auTyrolstollwurmstollemvurm, ou tazzelwurm en Suisselindwurm ou praatzelwurm en Autrichekuschka en Slovénie) sont des sortes de vers de grade taille à tête de chat et munis de deux pattes antérieures pourvues de griffes. Elles sont  capables de faire des bonds prodigieux et dégagent une puanteur insupportable qui peuvent être mortelles. On racontait qu’il s’échappait de l’Aar, en Suisse (à l’époque complètement inaccessible et par conséquent propice au développement d’une légende) pour commettre divers méfaits sur le bétail.

Fontaine du Lindworm de Klagenfurt_- gravure sur bois de 1880Fontaine du Lindworm de Klagenfurt_- gravure sur bois de 1880

     Curieusement ces croyances persistèrent longtemps jusqu’à l’aube de l’ère moderne : en 1814, un chercheur et scientifique berlinois nommé Samuel Studer déclara qu’un monstre hantait bel et bien les gorges de l’Ara  De nombreuses personnes ont ensuite déclaré l’avoir vu, notamment en 1921 àHochfilzen, dans le sud de l’Autriche, puis le phénomène s’est reproduit en 1954 à Palerme en Sicile, vingt ans après la prise d’une photographie qui immortaliserait un tatzelwurm par le photographe suisse Balkin.

Paolo_Uccello_047bPaolo Uccello, saint Georges et le démon, vers 1470

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–––– L’image négative des populations montagnardes ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

     Cette dichotomie dans la perception du Moyen Âge savant entre une montagne mythique siège de merveilles et une montagne réelle mystérieuse et hostile au voyageur laissait peu de place aux habitants qui peuplaient ces lieux qui étaient soit totalement ignorés, soit dénigrés. Ces régions étant considérées comme maléfiques, cette négativité rejaillissait sur leurs habitants qui étaient mal considérés, ayant la réputation d’être très laids, voire repoussants, stupides et plus proches des animaux que des hommes.

     Voici comment Aimery Picaud, un clerc poitevin présentent les paysans basques au XIIe siècle :  (d’après Emmanuel Filhol : L’image de l’autre au Moyen Age. La représentation du monde rural dans le Guide du pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle).

 » Ce sont des gens féroces et la terre qu’ils habitent est hostile aussi par ses forêts et par sa sauvagerie  » 
« la férocité de leurs visages et semblablement, celle de leur parler barbare, épouvantent le cœur de ceux qui les voient » ;
«Quand on les regarde manger, on croirait voir des chiens ou des porcs dévorer gloutonnement »

et encore :

« un peuple barbare, différent de tous les autres peuples et par ses coutumes et sa race, plein de méchanceté, noir de couleur, laid de visage, débauché, pervers, perfide, déloyal…. semblables aux Gètes et aux Sarrasins par sa malice et de toute façon ennemi de notre peuplade France ».

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