25 décembre 1886 : la « conversion » de Paul Claudel


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Paul Claudel (1868-1955)

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     Paul Claudel, (1868-1955) est un dramaturge, poète et diplomate français. Il fut membre de l’Académie française. Il était le frère de la sculptrice Camille Claudel. Devenu catholique fervent après sa conversion à l’âge de 18 ans, aux vêpres de Noël 1886, alors qu’il se tenait à côté de la statue de la Vierge du Pilier à Notre-Dame de Paris, il s’est un moment destiné à la vie monastique en tant que moine bénédictin. Après avoir effectué des retraites à l’abbaye de Solesmes puis à Ligugé à l’été 1900, il comprend qu’il n’est pas fait pour la vie monastique et va désormais pratiquer l’écriture comme un sacerdoce pour sauver les âmes perdues et les gagner à l’amour de Dieu. Il a laissé au coeur de son abondante oeuvre poétique et dramatique de nombreuses prières. Dans le texte qui suit qui date de 1913 et qui est un extrait tiré de son livre Contacts et circonstances, Œuvres en Prose, il expose les circonstances de cette conversion    –   en haut à gauche : buste de Paul Claudel, adolescent réalisé par sa sœur Camille.

Magnificat de Bach par l’Amsterdam Baroque Orchestra and Soloists dirigé par Ton Koopman


Paul Claudel : MA CONVERSION, 1913 (extrait)

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statue de la Vierge du Pilier priée sous le vocable de Notre-Dame de Paris

    Je suis né le 6 août 1868. Ma conversion s’est produite le 25 décembre 1886. J’avais donc dix-huit ans. Mais le développement de mon caractère était déjà, à ce moment, très avancé. Bien que rattachée des deux côtés à des lignées de croyants qui ont donné plusieurs prêtres à l’Église, ma famille était indifférente et, après notre arrivée à Paris, devint nettement étrangère aux choses de la Foi.

    Auparavant, j’avais fait une bonne première communion qui, comme pour la plupart des jeunes garçons, fut à la fois le couronnement et le terme de mes pratiques religieuses. J’ai été élevé, ou plutôt instruit, d’abord par un professeur libre, dans des collèges (laïcs) de province, puis enfin au lycée Louis-le-Grand. Dès mon entrée dans cet établissement, j’avais perdu la foi, qui me semblait inconciliable avec la pluralité des mondes. La lecture de la Vie de Jésus de Renan fournit de nouveaux prétextes à ce changement de convictions que tout, d’ailleurs, autour de moi, facilitait ou encourageait.

    Que l’on se rappelle ces tristes années quatre-vingts, l’époque du plein épanouissement de la littérature naturaliste. Jamais le joug de la matière ne parut mieux affermi. Tout ce qui avait un nom dans l’art, dans la science et dans la littérature, était irréligieux. Tous les soi-disant grands hommes de ce siècle finissant s’étaient distingués par leur hostilité à l’Église. Renan régnait. Il présidait la dernière distribution de prix du lycée Louis-le-Grand à laquelle j’assistai et il me semble que je fus couronné de ses mains. Victor Hugo venait de disparaître dans une apothéose.

    À dix-huit ans, je croyais donc ce que croyaient la plupart des gens dits cultivés de ce temps. La forte idée de l’individuel et du concret était obscurcie en moi. J’acceptais l’hypothèse moniste et mécaniste dans toute sa rigueur; je croyais que tout était soumis aux « lois », et que ce monde était un enchaînement dur d’effets et de causes que la science allait arriver après-demain à débrouiller parfaitement. Tout cela me semblait d’ailleurs fort triste et fort ennuyeux. Quant à l’idée du devoir kantien que nous présentait mon professeur de philosophie, M. Burdeau, jamais il ne me fut possible de la digérer.

       Je vivais d’ailleurs dans l’immoralité et, peu à peu, je tombai dans un état de désespoir. La mort de mon grand-père, que j’avais vu de longs mois rongé par un cancer à l’estomac, m’avait inspiré une profonde terreur et la pensée de la mort ne me quittait pas. J’avais complètement oublié la religion et j’étais à son égard d’une ignorance de sauvage. La première lueur de vérité me fut donnée par la rencontre des livres d’un grand poète, à qui je dois une éternelle reconnaissance, et qui a eu dans la formation de ma pensée une part prépondérante, Arthur Rimbaud. La lecture des Illuminations, puis, quelques mois après, d’ Une saison en enfer, fut pour moi un événement capital. Pour la première fois, ces livres ouvraient une fissure dans mon bagne matérialiste et me donnaient l‘impression vivante et presque physique du surnaturel. Mais mon état habituel d’asphyxie et de désespoir restait le même.

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    Tel était le malheureux enfant qui, le 25 décembre 1886, se rendit à Notre-Dame de Paris pour y suivre les offices de Noël. Je commençais alors à écrire et il me semblait que dans les cérémonies catholiques, considérées avec un dilettantisme supérieur, je trouverais un excitant approprié et la matière de quelques exercices décadents. C’est dans ces dispositions que, coudoyé et bousculé par la foule, j’assistai, avec un plaisir médiocre, à la grand’messe. Puis, n’ayant rien de mieux à faire, je revins aux vêpres. Les enfants de la maîtrise en robes blanches et les élèves du petit séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet qui les assistaient, étaient en train de chanter ce que je sus plus tard être le Magnificat. J’étais moi-même debout dans la foule, près du second pilier à l’entrée du chœur à droite du côté de la sacristie. Et c’est alors que se produisit l’événement qui domine toute ma vie.

     En un instant mon cœur fut touché et je crus. Je crus, d’une telle force d’adhésion, d’un tel soulèvement de tout mon être, d’une conviction si puissante, d’une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute, que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d’une vie agitée, n’ont pu ébranler ma foi, ni, à vrai dire, la toucher. J’avais eu tout à coup le sentiment déchirant de l’innocence, l’éternelle enfance de Dieu, une révélation ineffable.

    En essayant, comme je l’ai fait souvent, de reconstituer les minutes qui suivirent cet instant extraordinaire, je retrouve les éléments suivants qui, cependant, ne formaient qu’un seul éclair, une seule arme, dont la Providence divine se servait pour atteindre et s’ouvrir enfin le cœur d’un pauvre enfant désespéré : « Que les gens qui croient sont heureux ! Si c’était vrai, pourtant ? C’est vrai ! Dieu existe, Il est là. C’est quelqu’un, c’est un être aussi personnel que moi ! Il m’aime, Il m’appelle. » Les larmes et les sanglots étaient venus et le chant si tendre de l’Adeste ajoutait encore à mon émotion.

    Émotion bien douce où se mêlait cependant un sentiment d’épouvante et presque d’horreur ! Car mes convictions philosophiques étaient entières. Dieu les avait laissées dédaigneusement où elles étaient, je ne voyais rien à y changer, la religion catholique me semblait toujours le même trésor d’anecdotes absurdes, ses prêtres et les fidèles m’inspiraient la même aversion qui allait jusqu’à la haine et jusqu’au dégoût. L’édifice de mes opinions et de mes connaissances restait debout et je n’y voyais aucun défaut. Il était seulement arrivé que j’en étais sorti.

    Un Être nouveau et formidable, avec de terribles exigences pour le jeune homme et l’artiste que j’étais, s’était révélé que je ne savais concilier avec rien de ce qui m’entourait.

    L’état d’un homme qu’on arracherait d’un seul coup de sa peau pour le planter dans un corps étranger au milieu d’un monde inconnu est la seule comparaison que je puisse trouver pour exprimer cet état de désarroi complet.

    Ce qui était le plus répugnant, à mes opinions et à mes goûts, c’est cela pourtant qui était vrai, c’est cela dont il fallait bon gré, mal gré, que je m’accommodasse. Ah ! Ce ne serait pas, du moins, sans avoir essayé tout ce qu’il m’était possible pour résister.

     Cette résistance a duré quatre ans. J’ose dire que je fis une belle défense et que la lutte fut loyale et complète. Rien ne fut omis. J’usai de tous les moyens de résistance et je dus abandonner l’une après l’autre des armes qui ne me servaient à rien.

     Ce fut la grande crise de mon existence, cette agonie de la pensée dont Arthur Rimbaud a écrit : « Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d’hommes. Dure nuit ! le sang séché fume sur ma face ! »

     Les jeunes gens qui abandonnent si facilement la foi ne savent pas ce qu’il en coûte pour la recouvrer et de quelles tortures elle devient le prix. La pensée de l’enfer, la pensée aussi de toutes les beautés et de toutes les joies, dont, à ce qu’il me paraissait, mon retour à la vérité, devait m’imposer le sacrifice, étaient surtout ce qui me retirait en arrière.

      Mais enfin, dès le soir même de ce mémorable jour à Notre-Dame, après que je fus rentré chez moi par les rues pluvieuses qui me semblaient maintenant si étranges, j’avais pris une bible protestante qu’une amie allemande avait donnée autrefois à ma sœur Camille et, pour la première fois, j’avais entendu l’accent de cette voix si douce et si inflexible qui n’a cessé de retentir dans mon cœur. (…)

Paul Claudel, Contacts et circonstances, Œuvres en Prose, Gallimard, La Pléiade, pp.1009-1010

Paul Claudel – La Vierge à Midi dit par Gilles-Claude Thériault


Événements mystérieux au cours desquels l’âme et le corps « basculent »

    Beaucoup se sont interrogés sur ce phénomène de conversion d’un jeune homme qui, il le déclare lui-même, ne semblait pas intéressé par la religion. En dehors des croyants inconditionnels qui considèrent que le jeune Paul Claudel a été, à ce moment particulier,  « touché par la grâce » et a reçu un message de Dieu, certains esprits rationalistes ont tenté d’expliquer cette révélation par l’intéraction, dans le cerveau du jeune homme, de stimuli mentaux générés par des phénomènes extérieurs (idéologies en cours, sublimité du cadre de la Cathédrale et de la musique, ferveur des croyants) et d’une prédisposition mentale. Philosophes et psychologues ont réunis de nombreux exemples de ce phénomène de « basculement » de la personnalité qui se produit quand certaines conditions sont réunies et qui peut être momentané (c’est le cas du syndrome de Stendhal qui touche les visiteurs de monuments ou de villes remarquables) ou permanent et avoir ainsi des conséquences beaucoup plus importantes sur la vie de ceux qui en sont frappés comme c’est le cas pour les  « révélations » de caractère religieux. En dehors de  Paul Claudel, le philosophe Michel Onfray, dans un ouvrage paru en 2006, signale les cas du futur Saint Augustin qui embrassera la foi après avoir entendu des voix dans un jardin de Milan, de Montaigne dont la chute de cheval en 1568 provoquera la révélation de sa théorie épicurienne de la mort, de Descartes dont les trois rêves au cours d’une nuit de novembre 1618, enclencheront la genèse du rationalisme, de Pascal qui connaîtra un état d’exaltation extrême lors de la « nuit du Mémorial » du 23 novembre 1654  au cours duquel il notera sur un papier les sensations, émotions, et sentiments que lui inspirèrent ces minutes d’une telle densité qu’il achèvera son texte sur les mots : « Joie, joie, joie, pleurs de joie » : le philosophe connut ce soir-là un authentique ébranlement physiologique dont il ressortira métamorphosé, du philosophe et médecin matérialiste La Mettrie dont la syncope sur le champ de bataille du siège de Fribourg, lui enseignera le monisme corporel, de Jean-Jacques Rousseau dont la violente chute en octobre 1749 sur le chemin de Vincennes où il allait rendre visite à Diderot embastillé sera saisi de convulsions et découvrira à cette occasion la matière de son Discours sur l’origine des inégalités parmi les hommes, et enfin de Nietzsche en août 1881 qui, sur les berges du lac de Silvaplana, aura la révélation de l’éternel retour et du Surhomme…

friedrich-nietzsche-1906(1)   Edvard Munch – Frederich Nietzsche, 1906


Explication « neuroscientifique » des phénomènes de conversion religieuse par Michel Thys – Le cas de Paul Claudel

      Voici comment le site Agora-Vox qui publie régulièrement ses articles présente le blogueur belge Michel Thys dont je résume un article dans le texte qui suit : Athée néanmoins intéressé par l’origine psychologique, éducative et culturelle de la foi, ainsi que par les observations neuroscientifiques qui tendent à expliquer son imprégnation souvent indélébile dans les neurones du cerveau émotionnel, ce qui, indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, affecte le cerveau rationnel, et donc l’esprit critique en matière de religion.

      Dans un article daté du 17 février 2014 (c’est ICI) Michel Thys commence par rappeler que des études psychologiques et sociologiques ont démontré « une très fréquente corrélation entre un milieu croyant unilatéral et la persistance de la foi. ». Il est donc légitime, selon lui « que certains concluent (philosophiquement et jusqu’à preuve du contraire), à l’origine exclusivement psychologique, éducative et culturelle de la foi, à sa fréquente persistance neuronale et donc à l’existence seulement subjective, imaginaire et illusoire de Dieu ». L’évolution de l’homme depuis son adoption de la station debout et de la bipédie aurait développé des « engrammes » (des impressions permanentes transmises par les gènes) d’existence d’esprits et de dieux protecteurs qui joueraient un rôle dans la marche du monde et interviendraient dans son destin. Cette « pensée magique » continuerait à influencer la pensée et le comportement des hommes modernes. Il cite à ce sujet le journaliste scientifique Michel de Pracontal qui écrivait : « La pensée magique n’a jamais disparu de nos cultures supposées modernes et rationnelles, probablement parce qu’il s’agit d’un mode de raisonnement inhérent à la condition humaine. La pensée dite rationnelle n’a rien de naturel, c’est une construction, une ascèse, un exercice qui demande un travail continuel. L’éternel « retour de l’irrationnel » n’est en fait que la manifestation récurrente d’une forme de pensée qui ne nous a jamais quittés ». La pensée magique s’appuie sur le cerveau reptilien présent chez tous les mammifères, génétiquement programmé par l’évolution pour réagir par réflexes aux dangers. La croyance irrationnelle en des puissances surnaturelles qui peuvent être nuisibles ou bienveillantes ferait donc partie de ces mécanismes de défense car elle a été intégrée génétiquement au cerveau humain par une longue pratique au cours de l’évolution.

      Pour Michel Thys, l’expression de cette composante irrationnelle et atavique qui prédispose à la croyance au surnaturel dans le cerveau humain n’est pas automatique, encore faut-il, pour qu’elle se manifeste, que son environnement soit favorable à son expression en étant lui même religieux et sensible à la pensée magique car : « à côté de cette part génétique, les influences éducatives précoces décident en grande partie de l’orientation religieuse ou athée d’un enfant » (professeur de psychologie Vassilis Saroglou)Il relève de ce qui vient d’être dit que la soumission à des entités surnaturelles extérieures (esprits, Dieu(s), prophètes, livre sacré,) serait tout à la fois génétique et acquise. C’est par l’éducation du jeune enfant que cette soumission se renforcerait et deviendrait permanente. Pour appuyer son point de vue, Thys cite  Henri Laborit qui dans son livre « Eloge de la Fuite » écrivait :  « Je suis effrayé par les automatismes qu’il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d’un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d’adulte, une chance exceptionnelle pour s’évader de cette prison, s’il y parvient jamais ». Répondant au journaliste Jacques Languirand, à Radio Canada, il ajoutait sur ce même thème : « Vous n’êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu’on a introduits dans votre cerveau, et, finalement, c’est une illusion, la liberté ! » et encore : « Tant qu’on n’aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l’utilisent et tant que l’on n’aura pas dit que jusqu’ici que cela a toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chance qu’il y ait quoi que ce soit qui change ».

     On sait aujourd’hui que le cerveau émotionnel, par l’intermédiaire de ses amygdales, peut stocker inconsciemment dés le plus jeune âge le souvenir d’événements à forte charge affective ou des souvenirs émotionnels tels que, par exemple, l’atmosphère « envoûtante » d’une église, les prières et autres comportements religieux des parents, voire leurs inquiétudes métaphysiques, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur. Ces « traces » neuronales, appelées « engrammes », sont indélébiles, et se renforcent par plasticité neuronale, au fur et à mesure des expériences religieuses. En relation avec ce processus, les conversions religieuses, mais aussi la « Révélation », semblent explicables : lorsqu’on bascule de l’incroyance vers la croyance, ou d’une forme de croyance à une autre, il se produit en un instant un bouleversement d’hormones et de neurotransmetteurs, un peu comme, mutatis mutandis, dans le cas du coup de foudre amoureux… Les exemples de « hapax existentiels », selon l’expression utilisée par Michel Onfray, (circonstances exceptionnelles laissant des traces physiologiques et psychologiques indélébiles), sont très nombreux et l’influence inconsciente de deux mille ans de judéo-christianisme se réveille chez certains incroyants sujets à l’angoisse ou à la menace de la mort.

    Voici comment, dans cette optique, Michel Thys, analyse la conversion de Paul Claudel :

    « (…) les conversions religieuses, mais aussi la « Révélation », me semblent susceptibles de faire l’objet d’hypothèses explicatives. Lorsqu’on bascule de l’incroyance vers la croyance, ou d’une forme de croyance à une autre, ou encore lors d’une méditation mystique, il se produit en un instant un bouleversement d’hormones et de neurotransmetteurs, un peu comme, mutatis mutandis, dans le cas du coup de foudre amoureux … (cf « La biologie de dieu », de Patrick Jean-Baptiste), Je m’explique par exemple, la conversion de Paul Claudel, ancien croyant, en entendant le Magnificat de BACH à Notre-Dame de Paris le 25 décembre 1886. Malgré sa brillante intelligence, il ignorait forcément à cette époque que l’environnement sensoriel (les grandes orgues, l’odeur d’encens, le décorum, la génuflexion…) avait provoqué en lui un bouleversement psychophysiologique, au niveau notamment de la production de la phényléthylamine, de l’ocytocine, de la sérotonine et de la dopamine, au point de faire disjoncter son cerveau rationnel au profit de son cerveau émotionnel, ce qui lui a fait retrouver la foi. Ce n’est d’ailleurs pas surprenant puisque les sensibilités poétique, musicale, religieuse, …, y ont des « localisations » voisines, ce qui facilite les interactions. De même, Eric-Emmanuel SCHMITT, perdu sous le ciel glacial du Sahara, le Dr Alexis CARREL à Lourdes, , etc. »

Le cerveau émotionnel

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La phényléthylamine, l’ocytocine, la sérotonine, la dopamine et l’endorphine sont des hormones produites par notre organisme dans des conditions spécifiques et liées à l’activation d’émotions dites «positives». Elles jouent le rôle de «messagers chimiques» qui interviennent dans l’équilibre du corps humain conditionnant  le comportement, le sommeil, l’humeur, la corpulence, le risque de maladie, la mémoire et la cinétique du vieillissement. Elles sont ainsi les principaux acteurs de la santé.


Henri Guillemin : Le « converti ». Paul Claudel, Paris, Gallimard, 1968

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    L’historien et critique littéraire et brillant conférencier Henri Guillemin qui a bien connu Paul Claudel et a été l’un de ses proches n’a pas eu besoin de faire appel aux études portant sur la neuro-psychologie pour mettre en cause la réalité de la présentation que l’écrivain a faite de sa « conversion » (les guillemets viennent de lui) de Noël 1886 qui ne serait au pire qu’une mise en scène, au mieux une réécriture imaginative qu’il met sur le compte de l’opportunisme. Il est vrai que lorsque l’on compare les récits de Claudel et ceux de ses biographes ou commentateurs, on constate que l’écrivain a souvent dramatisé certains faits évoqués pour les rendre plus spectaculaires et renforcer ainsi l’image qu’il souhaitait donner de lui-même. En dehors de Guillemin, d’autres biographes comme le jésuite François Varillon, éditeur de ses mémoires et Paul-André Lesort ont pointé le fait que l’écrivain ne répugnait pas dans ses mémoires à retoucher les faits et les dates, 

     Pour Henri Guilleminla « conver­sion » de Claudel se réduit à la résolution d’une crise apparue à l’adolescence : « La « conversion » de 1886 n’est en fait que le retour, le prompt retour, d’un jeune homme de dix-huit ans, à la religion dans laquelle il est né et où il a grandi. Rien là d’inexplicable ni de stupéfiant». Pour lui, cet évènement de Noël 1886 ne constitue aucunement un « retourne­ment » complet, ou une une « révélation » au sens théologique du terme mais seulement d’une « conversion spirituelle » (ou « seconde conversion ») tout à fait banale dans la mesure où elle se rencontre fréquemment chez les adolescents qui, après le catéchisme et la première communion, ont abandonné la pratique religieuse et qui un peu plus tard, à l’orée de la vie d’adulte, reviennent à leur foi d’origine. Rappelons qu’entre 1885 et 1935, un mouvement puissant de conversion au catholicisme s’est manifesté au sein des intellectuels français. La fin du XIXe siècle et le début du XXe marquent un regain de l’idéalisme :  déjà en 1868, Vogüé dans son essai Le Roman russe faisait l’éloge de la littérature russe comme étant  riche de cette « qualité religieuse du cœur » et « plus pénétrée d’humanité, de charité, d’amour du prochain », l’année 1886, celle de la « conversion » de Claudel est aussi celle de la publication d’À rebours de Huysmans dans lequel celui-ci s’interroge sur la question de la foi : « Seigneur, prenez pitié du chrétien qui doute, de l’incrédule qui voudrait croire, du forçat de la vie qui s’embarque seul, dans la nuit, sous un firmament que n’éclairent plus les consolants fanaux du vieil espoir ! », durant cette période le jeune Bergson s’intéresse à l’expérience mystique lorsqu’elle contribue à faire évoluer et transformer la société, et des écrivains comme Paul Valéry, Zola, Romain Rolland ainsi que beaucoup d’autres ont eux-même des « révélations » ou sont en questionnement. Dans ce contexte de doute et d’interrogation, la conversion de Claudel n’avait donc rien d’extraordinaire, elle intervenait dans un terrain préparé


Le point de vue d’Enki

     Dans le texte que Paul Claudel a écrit 27 années plus tard en 1913 pour rendre compte de sa conversion, le prologue nous présente le jeune homme qu’il était alors, comme un être qui « avait perdu la foi » et « vivait dans l’immoralité ». Sa famille « bien que rattachée des deux côtés à des lignées de croyants qui ont donné plusieurs prêtres à l’Église » était « dev(enue) nettement étrangère aux choses de la Foi ». Pas un mot dans ces premières lignes des circonstances sociales, culturelles et idéologiques qui auraient pu l’influencer et le reconduire à la religion. La conversion est présentée comme une illumination soudaine et spontanée, un « rapt » violent de la conscience qui va transformer durablement tout son être.   On aura remarqué que l’élément inducteur de cet évènement n’est pas constitué par un élément qui fait appel à la raison tels que pourraient l’être un sermon qui l’aurait touché au cœur ou bien la parole d’un croyant qui par un discours convaincant lui aurait fait ressentir la présence divine mais par un élément inducteur de caractère purement esthétique : c’est l’écoute du Magnificat de Bach chanté lors des Vêpres de Noël par les voix d’enfants de la Maîtrise  sous le regard bienveillant de la Vierge du Pilier dans le décor somptueux de Notre-Dame de Paris, qui l’étreint et va l’émouvoir jusqu’aux larmes. Plutôt qu’une révélation d’essence religieuse, ne serions-nous pas là en présence d’un cas clinique qui s’apparenterait au syndrome de Stendhal, ce trouble psychosomatique de nature esthétique que certains éprouvent devant une œuvre d’art, état psychologique éminemment déstabilisateur sur lequel se serait greffé le désir conscient et inconscient qui habitait alors le jeune Claudel d’une conversion ou re-conversion au catholicisme. Le reste est l’élaboration patiente d’un mythe qui aura, pour l’écrivain à succès qu’est devenu Paul Claudel et pour l’église catholique, valeur d’exemplarité. Mais n’est-ce pas le but du décorum et des fastes de la liturgie que d’influencer les consciences pour les mener vers le bon chemin ?

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Pour en savoir plus


Plantes et jardins : le pin au Japon vu par Paul Claudel et d’illustres illustrateurs japonais

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     Cet article fait suite à l’article sur le même thème également publié et intitulé « Plantes et jardins : le pin au Japon vu par d’illustres illustrateurs japonais (Hiroshige, Hokusai, etc..) » que vous pouvez consulter ICI.

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Pin devant le Mont Fuji – photo Ricoh Caplio R3

Sōzaemon Nishimura

Pin devant le Mont Fuji par Sozaemon Nishimura

Hashimoto Gaho - Landscape with Autumn Moon about, 1885 - Museum of Fine Arts, Boston

Hashimoto Gaho – Landscape with Autumn Moon about, 1885 – Museum of Fine Arts, Boston

Shiro Kasamatsu - Pin sous la pluie, Kinokunizaka, in Tokyo, 1938

Shiro Kasamatsu – Pin sous la pluie, Kinokunizaka, in Tokyo, 1938

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Paul Claudel (1868-1955)

    Paul Claudel a mené de front une carrière d’écrivain et de diplomate. Après avoir été reçu premier au concours des Affaires étrangères en 1890, il est nommé dans un premier temps durant l’année 1893 aux Etats-Unis comme vice-consul à New York puis à Boston et enfin,  en novembre 1894, en Chine à Shangai. Il rentre alors en France où il séjournera de février à mai 1895 et rejoint la Chine qu’il parcourra durant l’été de la même année écrivant à cette occasion des poèmes qui formeront l’ossature de son futur recueil Connaissance de l’Est. Durant son séjour à Shangai, il composera Vers d’exil, une œuvre importante en alexandrins. Après Shangai, il est nommé en 1896 à Fuzhou, capitale du Fujian, la province qui fait face à l’île de Formose, puis en 1897 à Hankou (aujourd’hui intégrée à Wuhan) où la France possédait une concession. Au cours de l’année 1898, il visite le Japon avant de retourner à Fuzhou et cette expérience, beaucoup moins connue que son second séjour sera néanmoins importante par les réflexions qui en sont résultées sur l’architecture et la peinture japonaises et le marqueront profondément. A son retour en Chine, il écrira plusieurs textes qui évoqueront cette visite : deux articles écrits pour L’Echo de Chine : observations sur le Japon et La Vie d’Hôtel au Japon et quatre poèmes qui paraîtront plus tard dans son recueil Connaissance de l’Est : Le Pin, l’Arche d’Or dans la forêt, Le Promeneur et Ça et là, C’est le poème Le Pin qui est présenté ci après.

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LE PIN  – Paul Claudel 

jptree      L’arbre seul, dans la nature, pour une raison typifique, est vertical, avec l’homme.
    Mais un homme se tient debout dans son propre équilibre, et les deux bras qui pendent, dociles, au long de son corps, sont extérieurs à son unité. L’arbre s’exhausse par un effort, et cependant qu’il s’attache à la terre par la prise collective de ses racines, les membres multiples et divergents, atténués jusqu’au tissu fragile et sensible des feuilles, par où il va chercher dans l’air même et la lumière son point d’appui, constituent non seulement son geste, mais son acte essentiel et la condition de sa stature.
    La famille des conifères accuse un caractère propre. J’y aperçois non pas une ramification du tronc dans ses branches, mais leur articulation sur une tige qui demeure unique et distincte, et s’exténue en s’effilant. De quoi le sapin s’offre pour un type avec l’intersection symétrique de ses bois, et dont le schéma essentiel serait une droite coupée de perpendiculaires échelonnées.
    Ce type comporte, suivant les différentes régions de l’univers, des variations multiples. La plus intéressante est celle de ces pins que j’ai étudiés au Japon.
    Plutôt que la rigidité propre du bois, le tronc fait paraître une élasticité charnue. Sous l’effort du gras cylindre de fibres qu’elle enserre, la gaîne éclate, et l’écorce rude, divisée en écailles pentagonales par de profondes fissures d’où suinte abondamment la résine, s’exfolie en fortes couches. Et si, par la souplesse d’un corps comme désossé, la tige cède aux actions extérieures qui, violentes, l’assaillent, ou, ambiantes, la sollicitent, elle résiste par une énergie propre, et le drame inscrit au dessin tourmenté de ces axes est celui du combat pathétique de l’Arbre.
     Tels, le long de la vieille route tragique du Tokkaido, j’ai vu les pins soutenir leur lutte contre les Puissances de l’air. En vain le vent de l’Océan les couche : agriffé de toutes ses racines au sol pierreux, l’arbre invincible se tord, se retourne sur lui-même, et comme un homme arc-bouté sur le système contrarié de sa quadruple articulation, il fait tête, et des membres que de tous côtés il allonge et replie, il semble s’accrocher à l’antagoniste, se rétablir, se redresser sous l’assaut polymorphe du monstre qui l’accable. Au long de cette plage solennelle, j’ai, ce sombre soir, passé en revue la rangée héroïque et inspecté toutes les péripéties de la bataille. L’un s’abat à la renverse et tend vers le ciel la panoplie monstrueuse de hallebardes et d’écus qu’il brandit à ses poings d’hécatonchire ; un autre, plein de plaies, mutilé comme à coups de poutre, et qui hérisse de tous côtés des échardes et des moignons, lutte encore et agite quelques faibles rameaux ; un autre, qui semble du dos se maintenir contre la poussée, se rassoit sur le puissant contrefort de sa cuisse roidie ; et enfin j’ai vu les géants et les princes, qui, massifs, cambrés sur leurs reins musculeux, de l’effort géminé de leurs bras herculéens maintiennent d’un côté et de l’autre l’ennemi tumultueux qui les bat.

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Maruyama Ōkyo (1733-1795) – Pine Trees in Snow, between 1781 and 1789

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     Il me reste à parler du feuillage.
    Si, considérant les espèces qui se plaisent aux terres meubles, aux sols riches et gras, je les compare au pin, je découvre ces quatre caractères en elles : que la proportion de la feuille au bois est plus forte, que cette feuille est caduque, que, plate, elle offre un envers et un endroit, et enfin, que la frondaison, disposée sur les rameaux qui s’écartent en un point commun de la verticale, se compose en un bouquet unique. Le pin pousse dans des sols pierreux et secs ; par suite, l’absorption des éléments dont il se nourrit est moins immédiate et nécessite de sa part une élaboration plus forte et plus complète, une activité fonctionnelle plus grande, et, si je puis dire, plus personnelle. Obligé de prendre l’eau par mesure, il ne s’élargit point comme un calice. Celui-ci, que je vois, divise sa frondaison, écarte de tous côtés ses manipules ; au lieu de feuilles qui recueillent la pluie, ce sont des houppes de petits tubes qui plongent dans l’humidité ambiante et l’absorbent. Et c’est pourquoi, indépendant des saisons, sensible à des influences plus continues et plus subtiles, le pin montre un feuillage pérennel.
     J’ai du coup expliqué son caractère aérien, suspendu, fragmentaire. Comme le pin prête aux lignes d’une contrée harmonieuse l’encadrement capricieux de ses bois, pour mieux rehausser le charmant éclat de la nature il porte sur tout la tache de ses touffessingulières : sur la gloire et la puissance de l’Océan bleu dans le soleil, sur les moissons, et interrompant le dessin des constellations ou l’aube, sur le ciel. Il incline ses terrasses au-dessous des buissons d’azalées en flammes jusqu’à la surface des lacs bleu de gentiane, ou par-dessus les murailles abruptes de la cité impériale, jusqu’à l’argent verdi d’herbe des canaux : et ce soir où je vis le Fuji comme un colosse et comme une vierge trôner dans les clartés de l’Infini, la houppe obscure d’un pin se juxtapose à la montagne couleur de tourterelle.

Paul Claudel : Le Pin dans Connaissance de l’Est (séjour au Japon de 1898)

Pine Trees, six sided screen, by Hasegawa Tohaku (1539-1610), JapanesePine Trees, six sided screen, by Hasegawa Tohaku (1539-1610), Japanese

   Avec quelques coups de pinceau, un peintre japonais traduit la présence forte, de pins gris qui se tiennent debout dans la nuit de l’hiver. Associés à Confucius et aux immortels taoïstes, le pin est un sujet de prédilection des peintres et des poètes chinois et japonais. En raison de sa rusticité et du fait qu’il conserve ses feuilles vertes, même pendant l’hiver, le pin est devenu un symbole de longue vie, d’immortalité, de constance, de courage, de force dans l’adversité, et de fermeté face aux coups assénés par la nature ». 

Hozugawa-River-leftMaruyama Okyo – Hozu River (保津川), Edo period 1795

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    Ce travail est la dernière œuvre de Maruyama Okyo, et est constitué de 2 paires de huit panneaux pliés représentant deux aspects de la la rivière Hozu près de la ville de Okyo. Le premier ensemble représente  lune portion de rivière en amont avec son  flux violent qui déferle entre les rochers et dévale vers l’aval. Le second ensemble représente une scène plus calme qui montre le ruisseau s’écouler tranquillement en présentant divers aspects. Pour chacune des scènes un pin vert a été représenté.

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Maruyama Okyo – Hozu River (保津川), détail,  Edo period 1795

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Auspicious pines, bamboo, plum, cranes and turtles (detail), Edo period (1615 –1868), by Kano Sansetsu (1590–1651). Japan.

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Auspicious pine, bamboo, plum, crane, and turtles, Edo period (1615 –1868), by Kano Sansetsu (1590–1651). Japan

One of a pair of six-fold paper screens Japan Edo period 18th century

One of a pair of six-fold paper screens Japan Edo period 18th century

    Pins et rochers peint à l’encre et en couleur sur un fond doré. La partie inférieure du panneau est traité pour donner l’aspect de sable et de gravier. Le sujet représenté était très populaire durant les 16e et 17e siècle au Japon sous le nom de Shorin-zu byobu (forêt de pins sur panneaux). Les pins avec leur feuillage persistant sont une référence à l’immortalité.

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Fusen –  » Crane Birds & Matsu Tree « 

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Terada Seikan (1898 -?) –  » Arashiyama Valley « 

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Uezuma Yonen ( 1883 – ?) –  » Horaisan Mountain « 

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Kinryo –  » Horaisan Mountain « 

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Hashimoto Gaho (1835-1908) cerisiers en fleur et feuilles d'automne (diptych), vers 1893Hashimoto Gaho (1835-1908) cerisiers en fleur et feuilles d’automne (diptych), vers 1893

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Katsushika Hokusai - Pine tree and full Moon, 1848Katsushika Hokusai – Pine tree and full Moon, 1848

moule "Kashigata" à motif mats (pin)

moule « Kashigata » à motif mats (pin)

     Il s’agit d’un moule de pâtisserie en bois appelé « kashigata ». En japonais, le pin est appelée « matsu ». Souvent réalisé en sakura (bois de cerisier) préalablement mis à sécher 3 années avant d’être travaillé, les kashigatas ont été utilisés pour faire des confiseries séché à base de farine de riz et de sucre appelé rakugan. Cette pratique remonte au milieu du 17e siècle. Ces friandises ont été utilisés comme offrandes et des collations pour les occasions festives et même des événements malheureux. Par exemple, quand une personne décédait, les gens faisaient des bonbons ou des pâtisseries en forme de fleurs, poissons, etc qui étaient ensuite placés sur le « butsudan » (sanctuaire de famille de la maison) pour la personne décédée. Les Kashigatas ont également été utilisés dans la fabrication de wagashi (nama-gashi ou fraîchement gâteau et salut-gashi ou confiserie séché) pour les cérémonies de thé. 

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Shokei Kenko - Landscape, Sansuizu Muromachi period, late 15th-early 16th century - Museum of Fine Arts, Boston

Shokei Kenko – Landscape, Sansuizu Muromachi period, late 15th-early 16th century – Museum of Fine Arts, Boston

Unkoku Togan - Landscapes, 16th-17th century - Museum of Fine Arts, Boston

Unkoku Togan – Landscapes, 16th-17th century – Museum of Fine Arts, Boston

Sesshu Toyo - Birds in Trees, Saru taka zu byobu, 17th-18th century - Museum of Fine Arts, Boston

Sesshu Toyo – Birds in Trees, Saru taka zu byobu, 17th-18th century – Museum of Fine Arts, Boston

Soga - Hawk, 17th century - Museum of Fine Arts, Boston

Soga – Hawk, 17th century – Museum of Fine Arts, Boston

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Regards croisés : l’alpiniste et le pin au sommet de la montagne

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Gaston Rébuffat photographié par Lionel Terray sur le gendarme du Pic du Roc

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   L’arbre seul, dans la nature, pour une raison typifique, est vertical, avec l’homme. Mais un homme se tient debout dans son propre équilibre, et les deux bras qui pendent, dociles, au long de son corps, sont extérieurs à son unité. L’arbre s’exhausse par un effort, et cependant qu’il s’attache à la terre par la prise collective de ses racines, les membres multiples et divergents, atténués jusqu’au tissu fragile et sensible des feuilles, par où il va chercher dans l’air même et la lumière son point d’appui, constituent non seulement son geste, mais son acte essentiel et la condition de sa stature. (Le Pin – Connaissance de l’Est, Paul Claudel, 1920 – crédit Wikisource)

– Mais toi, Zarathoustra,
tu aimes aussi l’abîme, semblable au pin ?
Le pin agrippe ses racines,
là où le rocher lui-même
regarde dans les profondeurs en frémissant…
(Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra)

    L’Homme et l’arbre ont toujours été sujets à comparaison; le tronc de l’arbre qui s’élève en direction du ciel s’apparente au corps de l’homme dans sa stature verticale, ses racines qui l’arriment solidement au sol et ses branches qui se déploient à l’extérieur du tronc aux membres humains : jambes, pieds, bras et mains. L’imagination humaine va jusqu’à envisager la métamorphose de l’une des espèce en l’autre. Dans les contes, les légendes et le mythes, les arbres se déplacent et sont animés de sentiments humains et ces derniers se transforment et se figent en végétaux. Comme l’on comprend les mécanismes mentaux qui induisent cette imagination lorsque l’on contemple ces deux images mises côte à côte : D’un côté, l’homme debout, en équilibre précaire sur une minuscule plateforme rocheuse surplombant un abîme qui paraît sans fond… de l’autre un arbre isolé, un pin perché au sommet d’un monolithe de pierre où la terre est inexistante, où l’eau s’enfuit aussi vite que l’orage l’a amené, exposé sans protection aux brûlures du soleil et aux vents desséchants et glacés… Même sensation de vulnérabilité et d’admiration pour les efforts et  les qualités que chacun d’entre eux doit mettre en œuvre pour se préserver dans cet environnement hostile et l’on prête tout naturellement à l’arbre les mêmes qualités que l’on attribue à l’homme…

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     Première photo : Gaston Rébuffat au sommet de l’aiguille du Roc

Gaston Rébuffat photographié par Lionel Terray sur le gendarme du Pic du Roc

« Celui qui sait respirer l’atmosphère qui remplit mon œuvre sait que c’est une atmosphère des hauteurs, que l’air y est vif. Il faut être créé pour cette atmosphère, autrement l’on risque beaucoup d’y prendre froid. La glace est proche, la solitude est énorme – mais voyez avec quelle tranquillité tout repose dans la lumière ! Voyez comme l’on respire librement ! Que de choses on sent au-dessous de soi ! » (Friedrich Nietzsche, Ecce homo)

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Gaston Rébuffat (1921-1985)    La première photo représente Gaston Rébuffat, le célèbre alpiniste et écrivain français, auteur de nombreux ouvrages consacrés à la montagne, au sommet de l’une des aiguilles de Chamonix dans le massif du Mont-Blanc, l’aiguille du Roc (3.409 m) dont il a réalisé la première ascension en 1944. L’aiguille du Roc est en fait un pinacle détaché de l’arête Sud-Est de l’aiguille du Grépon (3.482 m). Elle est parfaitement visible de la station du Montenvers et du col des Montets. On distingue en arrière-plan sur la gauche l’aiguille du Géant, sur la frontière italienne. La photo a été prise par le photographe George Tairraz et a servie à illustrer la couverture de l’ouvrage de Gaston Rébuffat « La montagne est mon domaine ». Elle est l’une des photos choisies par la NASA pour être embarquées dans les sondes du programme Voyager, afin d’illustrer les réalisations humaines. J’ai découvert une autre photo de Gaston Rébuffat, apparemment sur le même sommet avec en arrière-plan sur la droite l’aiguille de la Tour Ronde.

Gaston-Rébuffat

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Deuxième photo : un pic des monts  Huang en Chine

Arbre_perché_-_HuangShan

  « Le picéa n’a plus les grandes ailes du sapin blanc. Il sacrifie les branches, et s’enrichit en feuilles. Il en met tout autour du rameau qui dardent et aspirent de tous côtés, qui l’alimentent, le fortifient. Tout son souci, c’est de se dresser en colonne, d’être un puissant mât de navire, qui brave aujourd’hui la tempête de la montagne, et demain l’Océan. Ces vaillants arbres ne font nul frais pour eux. Point de luxe. Nul ornement. Ils ont bien autre chose à faire aux pentes dangereuses où ils montent à l’assaut. Vent glacé, rocher nu. Ils montent, ils étendent, ils attachent, comme ils peuvent, leurs maigres racines et tiennent à peine au sol. C’est en se pressant, en serrant leurs rangs, leurs légions, qu’ils se soutiennent entre eux et soutiennent aussi la montagne. » (Jules Michelet, La montagne)

     La deuxième photo représente l’un des sommets du massif des monts Huang, (ou Huang Shan) (sinogrammes simplifiés 黄山  ; hanyu pinyin huángshān, littéralement « la montagne jaune ») qui est un massif montagneux granitique de la province de l’Anhui méridional, à l’est de la Chine. La région est connue pour la magnificence de ses paysages à l’aspect changeant formés d’une multitude de pics piquetés de pins aux formes tourmentées émergeant de mers de nuages et de bruines. Ces montagnes mythiques ont toujours constituées un sujet privilégié pour la peinture et la littérature chinoises traditionnelles et sont aujourd’hui une destination touristique prisée. Un million de visiteurs les visitent chaque année. 

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Pic_-_HuangShan

黄海树石_渐江

Pic dans la brume Huang Shan

Pic dans la brume, Huang Shan

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