sublime arabesque musicale pour l’amour d’un arbre


Ombra mai fù, Largo from the Serse (Xerxes) de George Friedrich Händel, 1738.

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chanté magnifiquement par le contre-ténor Philippe Jaroussky
accompagné du Konzerthausorchester de Berlin dirigé par Vasily Petrenko.

Frondi tenere e belle
del mio platano amato
per voi risplenda il fato.
Tuoni, lampi, e procelle
non v’oltraggino mai la cara pace,
nè giunga a profanarvi austro rapace.

Ombra mai fu
di vegetabile,
cara ed amabile,
soave più.


Douces et belles branches
de mon platane bien-aimé
qui donne à resplendir la destinée.
Tonnerre, éclairs et tempêtes,
Ne venez jamais offenser 
cette paix si précieuse,
et que le rapace venu du sud
n’ose le profaner !

Jamais l’ombre d’un arbre
ne fut plus douce, bienfaisante
et plus suave.

Essai de traduction, Enki

     L’une des dernières compositions de Haendel dans le domaine de l’opéra, Serse est considéré comme le plus « mozartien » et l’un des meilleurs qu’il ait composés. La passion s’y mêle à la farce et à la satire. Classé parmi les opéras bouffe ou même désigné comme une farce, cet opéra en 3 actes s’éloigne de l’opera seria traditionnel et a été mal accueilli par le public lors de sa création en 1738 bien que la folie de la nature humaine y soit présentée sans être ridiculisée. L’action se passe dans l’Empire Perse en 480 av. J.C. et fait référence avec une grande liberté à l’empereur Xerxès Ier (Serse), fils de Darius le Grand, connu dans l’histoire pour avoir tenté de soumettre vainement la Grèce et d’avoir fait fouetter la mer coupable d’avoir détruit ses vaisseaux lors d’une tempête. Le rôle-titre Serse était chanté à l’origine par un soprano castrat, il est aujourd’hui interprété par un rôle masculin chanté par une femme à la tessiture de soprano ou par par un contreténor, un contralto ou un mezzo-soprano. Dans le bel aria d’amour « Ombra mai fù », le roi Serse déclame son admiration sans bornes pour l’ombre bienfaisante d’un platane qu’il avait pour le récompenser couvert d’or et de bijoux. Cet aria a souvent été arrangé pour d’autres types de voix et instruments, notamment l’orgue solo, le piano solo, le violon et d’autres instruments,  piano et ensembles à cordes, souvent sous le titre « Largo from Xerxes », bien que le tempo initial soit larghetto. (sources Wikipedia et diverses)


Le platane dans l’antiquité et la légende du platane de Xerxès Ier

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Le Spectateur Belge par L. de Foere (1820), extrait


      Vous préférerez peut-être pour Ombra mai fù la belle interprétation de Cécilia Bartoli qui suit mais pour ma part je suis un inconditionnel de la version éthérée de Philippe Jaroussky

***


« Andromeda liberata » de Vivaldi par Jaroussky… Sublissime !


Le contreténor Philippe Jaroussky interprète « Sovente il Sole » (Perseo)
Orchestre Ensemble Matheus sous la direction de Jean-Christophe Spinosi

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Sovvente il sole
Risplende in cielo
Più bello e vago
Se oscura nube Già l’offuscò.
E il mar tranquillo
Quasi senza onda
Talor si scorge,
Se ria procella
Pria lo turbò.

(aria « Sovente il Sole », dall’Andromeda liberata »)

      Dans la musique occidentale, un contreténor (ou falsettiste) utilise le registre le plus aigu de sa voix qu’on appelle de tête (ou de fausset) ainsi appelée parce qu’elle s’oppose à la voix plus habituelle dite de poitrine. Cette technique de chant a connue son heure de gloire au XVIIe siècle durant la Renaissance et la période baroque, surtout en Allemagne et en Espagne pour la musique sacrée. Moins en Italie et En France.


     Précisons que la paternité de l’ensemble de l’Andromeda liberata attribuée à Vivaldi suite à sa découverte en avril 2002 par le musicologue français Olivier Fourès d’un manuscrit ancien daté du 18 septembre 1726 dans les archives du Conservatorio Benedetto Marcello à Venise soulève des questions. Les musicologues semblent néanmoins d’accord pour attribuer le morceau « Sovente il Sole » interprété ci-dessus par Philippe Jaroussky au maître vénitien.

Perseus and Andromeda, 1570 - Giorgio Vasari..jpgGiorgio Vasari – Persée délivrant Andromède, 1570

     Le livret s’inspire de la légende grecque d’Andromède. Celle-ci, célèbre par sa beauté, était la fille du roi d’Éthiopie Céphée, et de son épouse Cassiopée. Celle-ci provoqua la fureur des Néréides, filles de Poséidon et nymphes de la mer, en prétendant que la beauté de sa fille surpassait de loin la leur. En représailles le dieu, irrité, envoya un monstre marin qui ravagea le royaume. La punition ne prendrait fin que quand Andromède serait attachée, nue, à un rocher livré aux fureurs de l’océan et du monstre. Elle sera délivrée par Persée, tombé amoureux d’elle mais dans le livret l’histoire prend des libertés avec le mythe : Andromède avoue à Persée être amoureuse d’un certain Daliso, personnage inventé mais elle sera néanmoins donnée en mariage à Persée.


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