Aenne Biermann : quatre portraits de sa fille Helga


Aenne Biermann - Helga

Aenne Biermann – Betrachtung (contemplation), 1930

      Ces quatre portraits de sa fille Helga sont caractéristiques du style photographique d’Aenne Biermann pour le portrait. Cadrage au plus près qui privilégie le sujet et nous projette au plus près de son intimité profonde. Savant dosage des ombres et de la lumière dont le contraste fait vivre le visage. Choix du moment qui dans le déroulé temporel des attitudes et des apparences fait ressortir celle qui sera la plus expressive du cheminement de la pensée ou d’un état d’âme. C’est le désir de fixer sur la pellicule la vie de ses enfants qui a amener Aenne à la photographie et la volonté à cette occasion de capturer en plein vol « le bon moment » et la représentation la plus vraie qui a éveillé son esprit à la technique photographique et a forgé son style. Sa mort précoce lui a épargné les persécutions nazies mais, malheureusement pour nous, pas son œuvre dont la plus grande partie a ensuite été détruite.

65dced537351ec038561b89698319a57    aenne-biermann-mein-kind-(helga-biermann,-la-fille-du-photographe, vers 1931)

My Child 1931 by Aenne Biermann 1893-1933


aenne-biermann-untitled-(self-portrait), vers 1931

    Aenne Biermann est née Anna Sibilla Sternfeld en 1898 dans une famille juive allemande aisée de la ville de Goch près de Clèves à deux pas de la frontière néerlandaise. En 1920 elle épouse Herbert Biermann un marchand de textile grand amateur d’art. Le couple s’installe à Gera, une petite ville de Thuringe qui possède des manufactures de textile et cultive une sensibilité artistique de modernité. De belles villas sont construites pour les entrepreneurs de la ville par des architectes renommés dont Van de Velde et elle est la ville natale du peintre et graveur expressionniste Otto Dix, l’un des fondateurs du courant artistique de la Nouvelle Objectivité. Deux enfants naîtront à Gera de cette union, Helga en 1921 et Gershon en 1923. Autodidacte, c’est en photographiant ses enfants que la jeune femme va développer une passion pour la photographie, rompant avec le style conventionnel du portrait et, influencée par la « Nouvelle Objectivité », un mouvement artistique d’avant-garde de la République de Weimar,  va porter son intérêt sur la représentation d’architectures géométriques et de natures mortes : minéraux, matériaux, plantes, objets du quotidien. À partir de 1926, elle va connaître une certaine notoriété; ses œuvres sont exposées dans plusieurs manifestations en Allemagne, en Suisse et en Belgique et des publications lui seront dédiées. Aenne Biermann ne connaîtra pas les exactions nazies contre les juifs; elle décède des suites d’une maladie du foi en janvier 1933 quelques jours avant la prise de pouvoir d’Hitler. Quelques mois plus tard, son mari et ses deux enfants émigreront en Palestine emportant avec eux 3.000 négatifs de ces œuvres qui seront malheureusement confisqués lors du passage de la frontière à Trieste et renvoyés en Allemagne. On ne retrouvera jamais leur trace.

biermann-betrachtung-tochter-helga.jpg

Aenne Biermann – autoportrait avec monocle


chaises vides sur des terrasses désertées

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Funny haïkus d’Enki (II)

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Capture d’écran 2015-10-23 à 19.01.01

Ma seigneurie

Longues et fines jambes,
Belle cambrure de rein,
et toutes ses dents,
J’en pince pour elle…

Capture d’écran 2015-10-25 à 02.35.34

la femme-fleur

à chaque fleur
son bourdon
butineur

Capture d’écran 2015-10-24 à 16.46.46

le cadenas

United States of America
Street letter box padlock
la NSA a t’elle la clé ?

Capture d’écran 2015-10-24 à 16.17.07

imperméabilisé

Toutou imperméabilisé
par manipulation génétique
pelage en Gore-Tex garanti

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Pour les autres Funny haïkus d’enki, c’est ICI :    (I)   ,   (III)   ,  (IV)   ,   (V)   ,   (VI)

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Le paysage m’observe…

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le paysage m'observe... (DSC_0545)

rochers au Cap Sizun (Finistère) – photo Enki

le paysage m'observe... (DSC_0544)

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meraviglia…

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Bob Wallace - Lotus aft, vers 1937 (George Eastman House Collection) Bob Wallace - Lotus fore, vers 1937 (George Eastman House Collection) –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––– ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Mondes parallèles – A propos d’une photographie remarquable de naufrage, en 1874.

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épave : à l’origine provient de l’adjectif latin expavidus qui signifie épouvanté. Cet adjectif désignait une bête terrifiée et en fuite.

Ce n’est pas la montagne qui s’avance dans la mer,
Ce sont des promontoires vivants que la mer a rejeté.
! Jonas ! ! Jonas !
Les naufrages commencent à l’intérieur des terres
Sur les galets se déverse le polluant thanatos cétacés.
Le cimetière marin.
La grande architecture d’os et de désarroi où je me trouve échouée.
                 Elvira Hernàndez – Carta de viaje, 1989

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Naufrage du Minnehaha aux Îles Scilly en 1874

Naufrage du quatre-mâts Minnehaha aux Îles Scilly en 1874 – photo John Gibson

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     Image surréaliste fascinante que constitue cette photo prise en janvier 1874 dans les Îles Scilly au large de la Cornouaille britannique par l’un des membres d’une lignée de photographes qui s’était spécialisée dans la prise de vue de naufrages, la famille Gibson. Confrontation de deux situations, de deux espaces mentaux mis en présence l’un de l’autre qui se côtoient sans se mêler. D’un côté, un monde cataclysmique créé par le déchaînement aveugle, violent et destructeur des éléments naturels où les assauts répétés des vagues sous l’effet de la tempête jette l’immense structure de bois, de gréements et de voiles sur les brisants, la secoue en tous sens tel un fétu de paille, la désarticule, la broie et finit par la précipiter dans les profondeurs de l’océan en emportant avec elle dix vies; un monde répulsif d’épouvante et de mort mais qui paradoxalement va fasciner les hommes par l’étrange sentiment mêlé de beauté sublime et d’horreur funeste qu’il suscite. De l’autre, c’est un autre monde totalement différent et même totalement opposé qui lui fait face : un monde paisible et sûr empreint de stabilité et de sérénité qui semble éloigné de tout danger et où des hommes confortablement installés sur le sol rocheux et paraissant aussi détendus que s’ils se trouvaient assis dans une salle de spectacle contemplent avec  un intérêt non dissimulé le spectacle dantesque qui, à quelques mètres de leurs yeux, s’offre à eux, …
   Ces deux mondes opposés qui se situent pourtant au même lieu et au même moment dans le système de l’espace temps, une ligne invisible les sépare, une ligne oblique virtuelle parallèle aux mâts du navire qui se sont un moment penchés vers la côte sous l’action du gite et à l’alignement des rochers plongeant dans l’océan. Franchir cette ligne invisible, c’est passer de l’autre côté du miroir, c’est passer de la vie à la mort et vice versa. C’est ce qu’on réussit  à accomplir les neufs marins miraculés qui, pour échapper aux flots montants, se sont réfugiés dans les gréements et y sont restés accrochés durant tout le reste de la nuit. Au petit matin, l’épave ayant été poussée par la marée contre la côte et les mâts s’étant heureusement penchés vers la côte, ils réussirent à atteindre la terre ferme en passant par la baume du foc… Dix autres marins, dont le capitaine, n’auront pas survécu; la plupart d’entre eux avaient été surpris par la l’irruption soudaine de l’eau alors qu’ils dormaient dans leurs couchettes….
  Comment ne pas penser, à la vue de cette image, à la condition de l’homme moderne qui, confortablement assis sur son canapé, regarde sur l’écran de la télévision le spectacle tragique du monde : catastrophes naturelles, guerres, épidémies, etc… Deux univers qui se côtoient, se font face, se tangentent mais ne se mélangent que rarement…

 naufrage du Minnehaha aux Îles Scilly, analyse

Le Minnehaha était un quatre-mâts de 845 tonnes construit en 1857 qui a été détruit le 18 Janvier 1874 sur la côte des îles Scilly au large de la Cornouaille britannique. Le navire transportait alors du guano venait du port de Callao au Pérou et se dirigeait vers Dublin. Son pilote avait confondu dans le brouillard la lumière de St Agnes et celle du Wolf Rock et pensait qu’il empruntait le chenal passant entre entre les îles Scilly et le Wolf Rock. Un vent de Nord-Ouest soufflait quand à 3 heures, le capitaine Jones donna un ordre qui ne fut pas respecté par le pilote et le navires, toutes voiles dehors, se fracassa sur les rochers à proximité de la pointe de Peninnis Head. Il coula si rapidement qu’une grande partie de l’équipage est morte noyée dans ses couchettes. Ceux qui avaient pu rejoindre le pont et monter sur les gréements et s’y réfugier jusqu’à l’orée du jour purent rejoindre la terre ferme par l’intermédiaire de la baume du foc avant et furent sauvés.. Le capitaine, le pilote et huit autres membres d’équipage se sont noyés. Le navire repose aujourd’hui à 18 m de fond. 

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Une autre vue du Minnehaha. Au tout premier plan, on distingue quelques spectateurs

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Le fondateur de la dynastie John Gibson et son fils aîné Alexander

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James Gibson à la tâche

Gibson family : Durant 125 ans (de 1872 à 1997), la famille s’est consacrée à la prise de vue photographique. C’est le patriarche John Gibson, un ancien marin devenu un photographe professionnel qui a commencé en 1860. Sa première photographie d’épave date de 1869. Depuis la famille a bravé les dangers des bancs rocheux assaillis par la mer et le vent, des vagues et du sable pour capturer des scènes envoûtantes de navires déchiquetés,  de sauvetages dramatiques de personnes et de cargaisons et des sépultures des victimes des eaux traîtresses du sud de l’Angleterre. Les fils de John, d’abord Alexander en 1865,  puis plus tard Herbert, ont rejoint l’entreprise qui a été reprise par la suite par ses fils James et Frank. Plus de 200 épaves ont été photographiées par la famille durant ces 125 années.

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Photographier le Nu dans la Nature – Regards croisés entre le lituanien Rimantas Dichavicius et l’américaine Anne Brigman (1869-1950)

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Rimantas Dichavicius

    Rimantas Dichavičius est un photographe et illustrateur lituanien reconnu internationalement qui va allègrement vers sa soixante-dix huitième année. Son livre Žiedai bâche žiedų (Fleurs parmi les Fleurs) confronte le corps de la femme avec la Nature. Thème dix mille fois exploité me direz-vous et vous aurez en cela parfaitement raison mais les photos de Dichavičius ont quelque chose de différent de ce que l’on a l’habitude de voir sur le sujet. Le plus souvent le nu photographié dans le paysage apparait comme incongru et artificiel. Cette impression est le plus souvent due au choix des modèles sortis tout droit des studios des photographes et aux poses composées et attitudes peu naturelles qu’on leur demande de prendre. Le fait est que le genre s’est avec le temps fortement déprécié. Dans cette série de clichés tous en noir et blanc où règne une atmosphère surannée, Dichavičius lui redonne ses lettres de noblesse. Les nus apparaissent en totale symbiose avec les sites naturels dans lesquels ils apparaissent. Le choix des modèles et leur comportement naturel y est pour quelque chose.
auto-portrait de Anne Brigman publié dans The San Francisco Call, 1908.  En contemplant les photos de Dichavičius, j’ai immédiatement pensé aux photos prises un siècle plus tôt par l’américaine Anne Brigman, photographe à l’esprit libre, seule membre à l’ouest du Mississippi du groupe de la Photo-Secession fondé par Alfred Stieglitz, qui photographiait des nus dans les montagnes de la Sierra Nevada de Californie. Il m’a semblé intéressant de confronter les prises de vue de Dichavičius avec quelques unes de celles réalisées par cette photographe un peu oubliée dont la relation symbiotique avec la nature s’exprime pleinement dans la narration de sa rencontre avec un arbre remarquable de la Sierra : « Un jour, au cours d’une de mes pérégrinations, je suis tombé sur un genévrier – le plus merveilleux des genévrier que j’avais rencontré au cours des dix-huit années d’amitié que j’avais entretenu avec eux … C’était comme un grand personnage au même titre que Galilée, Moïse le Législateur, le Bouddha ou Abraham Lincoln … Les violents orages et la dureté du climat de la Sierra Nevada l’avait rendu puissant et magnifique. Je suis monté dessus. C’était l’endroit idéal pour prendre une photo;  ici, l’arbre m’offrait l’emplacement parfait pour placer mon bras droit au repos, et même si mes pieds étaient rendus maladroits à cause de mes bottes, je pouvais voir et sentir l’endroit où ils pourraient se caler parfaitement dans la fente qui s’élargissait à sa base. » Pour Anne Brigman, l’homme ou la femme dans ce décor fantastique offert par la Sierra n’était en aucune manière des pièces rapportées que le photographe avait pour tâche « d’intégrer ». Ils faisaient partie, par essence, du décor comme tout être vivant habitué de ces lieux mais à condition d’être débarrassé des oripeaux dont la civilisation les affublait, dans un état de nudité originel. « Au cours de mes années de travail avec l’objectif, écrit-elle, j’ai rêvé et aimé travailler avec la figure humaine – de l’incarner dans les roches et les arbres, afin qu’elle fasse partie intrinsèquement des éléments, qu’elle ne se situe pas en dehors de eux. » Lorsque les personnages qu’elle met en scène dans ses compositions sont habillés ou retouchés, ce qui est rare dans son œuvre, ils le sont pour représenter des personnages ou des créatures mythiques proches de la nature tels que gnomes, faunes ou esprit des arbres. Pour arriver à ce résultat, elle n’hésitait pas à retoucher le négatif en le surchargeant ou le grattant. Il a fallu une grande force de caractère à cette jeune femme pour s’exposer nue en pleine nature et braver la morale puritaine de l’Amérique de ce début du vingtième siècle. Cette construction de la composition qui caractérise l’œuvre de Brigman est ce qui sépare les deux photographes; Dichavičius fait preuve de beaucoup plus de discrétion pour montrer la symbiose du corps humain avec la nature, on sent qu’il n’a aucun « message » à faire passer. L’intégration  à la nature s’effectue naturellement et sans aucun artifice par le choix des corps mis en scène – corps sains aux formes pleines – qui rappellent, dans leur physionomie et leur attitude naturelle, les corps des paysannes peints par le peintre suédois Anders Zorn dans ses tableaux de nus. De plus l’espace naturel lituanien fait de vastes plaines cultivées ou boisées à la végétation sage et de bords de mer sableux se prête difficilement à une représentation de type expressionniste de la nature. Le sentiment de sérénité que semble exprimer les modèles mis en scène s’accorde parfaitement avec le décor offert par cette nature calme et apaisée. Je n’ai malheureusement trouvé sur internet aucun texte de Rimantas Dichavičius concernant sa pratique et les principes sur lesquels il s’appuie pour réaliser son œuvre .

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by Rimantas Dichavicius

Rimantas Dichavičius

Rimantas Dichavicius - Door of perception

Rimantas Dichavičius

Rimantas Dichavicius - fleurs

Rimantas Dichavičius

by Rimantas Dichavicius

Rimantas Dichavičius

by Rimantas Dichavicius

Rimantas Dichavičius

Blossoms among blossoms by Rimantas Dichavičius

Rimantas Dichavičius

Anne Brigman - the water nixie - 1914

Anne Brigman – the water nixie – 1914

by Anne Brigman

Anne Brigman – The bulle, published in Camera Work 1909

by Rimantas Dichavicius

Rimantas Dichavičius

by Rimantas Dichavicius

Rimantas Dichavičius

Vénus Anadyomène, Botticelli

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La photo qui précède et celle qui suit de Rimantas Dichavičius qui montrent deux jeunes filles dont les longues mèches de cheveux se répandent sur leur poitrine et flottent au vent font irrésistiblement penser au tableau de Sandro Botticelli « la Naissance de Vénus ». Le photographe avait-il ce tableau en tête avant de prendre ces photos et a t’il été influencé par lui pour sa prise de vue ou bien la similitude est-elle due à un heureux hasard ? Quoi qu’il en soit, la référence à Vénus anadyomène, jaillissant de la mer, pleine d’innocence et de candeur, nue de corps et d’esprit et ouverte à ce monde nouveau qui se découvre à elle nous semble tout à fait correspondre au propos qui était celui de Rimantas Dichavičius pour la réalisation de cette série dont le thème est la femme en harmonie dans la Nature.

by Rimantas Dichavicius

Rimantas Dichavičius

by Anne Brigman

photo Anne Brigman

Anne Brigman

    L’une des photos les plus célèbres d’Anne Brigman; il s’agit du genévrier de forme remarquable qu’elle cite dans le texte reproduit ci-dessus. Remarquez le bras droit étendu qui épouse parfaitement la forme de l’une des branches et les jambes qui s’encastrent dans la profonde fissure de l’arbre. Le corps semble jaillir du tronc de l’arbre telle une branche maîtresse et équilibre la branche située à l’autre extrémité du tronc tout en reproduisant la courbe de sa structure. Le corps de la femme est devenu l’une des branches du vénérable genévrier. Pourrait-on imaginer la même scène avec un personnage qui serait habillé ?

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Apollon et Daphné transformée en laurier. Epitre d'Othea. Lille (détail)

     L’objet du premier amour de Phoebus [Apollon] fut Daphné, fille du fleuve Pénée ; cet amour ne naquit pas de l’aveugle hasard, mais de l’implacable colère de Cupidon.
… du carquois contenant ses flèches, Cupidon tira deux traits, destinés à deux besognes tout opposées : l’un met en fuite, l’autre fait naître l’amour.
… une atteignit la nymphe, fille du Péné ; mais du premier, il blessa Apollon, traversant ses os jusqu’aux moelles. Aussitôt, l’un aime ; l’autre fuit le nom d’amante …
      A bout de forces, Daphné a pâli et, succombant à la fatigue de cette fuite rapide, tournant les yeux vers les eaux du Pénée : « Secours-moi, mon père, dit-elle, si vous, les fleuves, vous avez un pouvoir divin, et fais-moi perdre, en la transformant, cette apparence qui m’a valu de trop plaire ! ».
      Et Daphné se transforma alors en laurier
… Alors le dieu : « Eh bien! puisque tu ne peux être mon épouse, tu seras du moins, dit-il, mon arbre. Toujours c’est de toi que ma chevelure, de toi que ma cithare, ô laurier, de toi que mon carquois s’orneront… »  – Les Métamorphoses d’Ovide

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by Anne Bringman

Anne Bringman (ci-dessus)

by Anne Brigman

Rimantas Dichavičius

Anne W. Brigman : The Heart of the Storm (1912) et Nude by tree (1915)

Anne Brigman : The Heart of the Storm (1912) et Nude by tree (1915)

Anne Brigman - The Lone Pine - 1908

Anne Brigman – The Lone Pine – 1908

by Rimantas Dichavicius

Rimantas Dichavičius

by Anne Brigman

Photo Anne Brigman

by Rimantas Dichavicius

Rimantas Dichavičius

Anne Brigman - Le Chant du Grillon, 1908

Anne Brigman – Le Chant du Grillon, 1908

by Rimantas Dichavicius

Rimantas Dichavičius

by Rimantas Dichavicius

Rimantas Dichavičius

Anne Brigman - The Heart of the Tree, 1926

Anne Brigman – The Heart of the Tree, 1926

by Rimantas Dichavicius

Rimantas Dichavičius

Anne Brigman - l'aube

Anne Brigman – l’aube

by Rimantas Dichavicius

Rimantas Dichavičius

Anne Brigman - the Faun, 1921

Anne Brigman – the Faun, 1921

Anne Bringman -  Piping Pan, vers 1915

Anne Bringman –  Piping Pan, vers 1915

by Rimantas Dichavicius

Rimantas Dichavičius

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En relation avec cet article

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regards croisés photographie et peinture : Anne Brigman (1869-1950) ou la recherche de la symbiose avec la Nature
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Anne Brigman

      Née à Hawaï, Anne Brigman a déménagé en Californie quand elle avait seize ans. Peintre de formation, elle se tourne vers la photographie en 1902, année où Alfred Stieglitz l’invite à rejoindre le mouvement de la Photo-Secession dont elle sera le seul membre féminin. Ses clichés les plus célèbres ont été pris entre 1900 et 1920 et mettent en scène des nus féminins dans un contexte naturaliste. Anne Brigman s’est souvent représentée elle-même dans ses images. Elle retouchait ses négatifs à la peinture et au fusain pour mieux exprimer l’esprit du sujet qu’elle voulait représenter. Plus récemment, ses photographies ont été considérées comme une déclaration de principes féministes, l’expression d’une aspiration à une sorte de liberté inaccessible. A une époque où le modèle de la femme américaine était la femme modeste, s’occupant de la maison et s’épanouissant dans la maternité, Anne Brigman courait la sierra en pantalon et n’hésitait pas se mettre a nu sur ses photographies.

pour la suite, c’est ICI

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Anders Zorn, peintre suédois (1860-1920) : les jeux de la lumière sur l’eau et la peau … – (I) Biographie
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Anders Zorn - Signe, 1912

     Anders Zorn est l’un des artistes suédois les plus connus internationalement. Sa renommée à l’étranger a dans un premier temps été fondée sur sa technique du portrait pour laquelle il faisait preuve d’une grande virtuosité et qui lui permettait de saisir de manière incisive et fidèle les traits physiques, le caractère et la personnalité de la personne représentée, ensuite ses nombreuses études du nu féminin dans lesquelles la nudité des femmes du peuple est représentée de manière naturelle et lumineuse. Il est d’autre part auteur d’une œuvre graphique important dans le domaine de la gravure. « Trop jeune pour être un impressionniste, trop vieux pour être un moderniste, » a dit de lui le conservateur du « Isabella Stewart Gardner museum » de Boston, Olivier Tostmann.

Pour la suite, c’est  ICI.

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Sous l’emprise du rayon vert – les photos d’Enki.

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   Mardi 8 avril 2014, Lac d’Annecy au lieu-dit Le Piron dans la commune de Sévrier, aux environs de 17 h 30. Le ciel était resté couvert toute la journée et il avait plu abondamment. Brusquement, en début de soirée, le plafond neigeux s’est dégagé en divers points  et  des rayons de lumière obliques ont illuminé intensément certaines parties du paysage contrastant fortement avec les lourds nuages sombres pleins de menaces encore présents . Au bout de l’allée, entre les haies bordant les propriétés du bord du Lac, une tache lumineuse de couleur vert opaline, presque phosphorescente s’est imposée, vous attirant comme un aimant tel le petit pan de mur jaune de Vermeer dans  La Recherche du Temps perdu…   (Photos prises avec mon IPhone.)

Lac d'Annecy, le Piron - mardi 8 avril 2014, vers 17 h 30 - IMG_2465

   Mardi 8 avril 2014, Lac d’Annecy  au lieu-dit Le Piron dans la commune de Sévrier, aux environs de 17 h 30. Le ciel était resté couvert toute la journée et il avait plu abondamment. Brusquement, en début de soirée, le plafond neigeux s’est dégagé en divers points  et  des rayons de lumière obliques ont illuminé intensément certaines parties du paysage contrastant fortement avec les lourds nuages sombres pleins de menaces encore présents . Au bout de l’allée, entre les haies bordant les propriétés du bord du Lac, une tache lumineuse de couleur vert opaline, presque phosphorescente s’est imposée, vous attirant comme un aimant tel le petit pan de mur jaune de Vermeer  dans La Recherche du temps Perdu…   (Photos prises avec mon IPhone.)

Johannes Vermeer - Vue de DelftJohannes Vermeer – Vue de Delft

Lac d'Annecy, le Piron - mardi 8 avril 2014, vers 17 h 30 - IMG_2468Lac d'Annecy, le Piron - mardi 8 avril 2014, vers 17 h 30 - IMG_2469Lac d'Annecy, le Piron - mardi 8 avril 2014, vers 17 h 30 - IMG_2470

Lac d'Annecy, le Piron - mardi 8 avril 2014, vers 17 h 30 - IMG_2472

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Rien à voir, me direz-vous ? Pas si sûr…

    Dans La Recherche du Temps Perdu, l’un des personnage du roman, l’écrivain Bergotte, visitant une exposition de tableaux de Vermeer, tombe en arrêt devant la toile « Vue de Delft » sur laquelle figure un petit pan de mur au jaune lumineux traité par le peintre de manière si extraordinaire que la couleur semble vibrer.  

« Enfin il fut devant le Ver Meer qu’il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu’il connaissait, mais où, grâce à l’article du critique, il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient ; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu’il veut saisir, au précieux petit pan de mur. ‘C’est ainsi que j’aurais dû écrire, disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune.’  » (III, p. 692)*

      En atteignant l’entrée de l’allée qui conduisait au lac, ce rectangle lumineux de couleur vert opaline si inhabituelle, bien délimité par les deux haies latérales et les rives du Lac qui l’entouraient comme le cadre d’un tableau, émettait lui aussi des vibrations visuelles qui m’ont fait penser immédiatement au petit pan de mur jaune de Proust. « Artialisation », c’est par ce terme, déjà utilisé par Montaigne, que le spécialiste du paysage, Alain Roger, nomme le processus de « médiation du paysage par l’art » par lequel le paysage devient une construction culturelle, subjective et relative… Ceci dit, je constate que le tableau de Vermeer représente une vue de Delft un jour d’orage, puisque l’on voit de lourds nuages noirs dominer la scène et plus loin des nuages immaculés resplendissants de lumière; des conditions semblables à celles qui prévalaient sur le Lac d’Annecy lorsque j’ai pris ces photos. La luminosité exceptionnelle qui s’attache à certains points des deux paysages est liée au contraste fort qui résulte de leur opposition aux zones encore ombrées : ombres des nuages et ombres portées. Pour cette couleur verte qui est apparue si intensément un cours moment, je n’ai trouvé aucune explication satisfaisante. On attribue généralement cette couleur au plancton qui est abondant au printemps mais pourquoi disparaîtrait-il aussi brusquement ? Si certains ont une explication sur ce sujet, je serais intéressé qu’ils veuillent bien m’en faire part…

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les photos d’Enki – graphisme d’hiver : le col de Leschaux dans les Bauges (Haute-Savoie)

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Graphisme d'hiver - col de Leschaux dans les Bauges - photo Enki le 16/02/2014 à 12h 51 (IMG_157)6

Graphisme d'hiver - col de Leschaux dans les Bauges - photo Enki le 16/02/2014

Graphisme d'hiver - col de Leschaux dans les Bauges - photo Enki le 16/02/2014 à 13h 07 (IMG_1604)

Graphisme d'hiver - col de Leschaux dans les Bauges - photo Enki le 16/02/2014 à 13h 08 (IMG_1610)

Graphisme d'hiver - col de Leschaux dans les Bauges - photo Enki le 16/02/2014 à 13h 21 (IMG_1623)

Graphisme d'hiver - col de Leschaux dans les Bauges - photo Enki le 16/02/2014 à 14h 00

Graphisme d'hiver - col de Leschaux dans les Bauges - photo Enki le 16/02/2014 à 13h 09 (IMG_1612)

Graphisme d'hiver - col de Leschaux dans les Bauges - photo Enki le 16/02/2014 à 13h 09 (IMG_1616)

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Le photographe vu comme voyeur ou prédateur – Extrait du Roi des Aulnes de Michel Tournier…

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le Fulgurator, appareil projeteur d'imagesle Fulgurator, appareil projeteur d’images

      Les mots de la photographie sont ambigües et ont été souvent été empruntés au vocabulaire du combat, de l’agression et de la violence : on « prend » ou on « vole » une photo contre le gré du sujet photographié, on « saisit » un événement, on va à la « chasse aux images » et on « mitraille ». Certaines populations refusent d’être photographiées par peur que par ce moyen on puisse leur « voler » quelque chose – leur âme ou leur image – et que par ce moyen on puisse user de pouvoirs à leur encontre.

Louis Figuier (1891) Les merveilles de la Science, ou descriptions populaires des inventions modernes, supplément n°2, p.76-80, édition Jouvet et Cie, Paris.

 « Le photo-revolver se porte dans la poche ou dans un étui à courroie. Dans le canon est un objectif, et neuf châssis, contenant des glaces de 4 centimètres de surface, qui peuvent venir successivement s’impressionner au fond du canon. L’objectif est aplanétique, c’est-à-dire reproduit tous les objets placés à plus de 5 ou 6 pas avec une égale netteté, de sorte que la mise au point est inutile. Par la dimension considérable de ses lentilles, par rapport aux glaces, l’objectif donne assez de lumière pour produire des épreuves instantanées, et son champ pour que l’image se trouve au centre, sans qu’il soit nécessaire de viser bien juste. L’obturateur est réglé par un mouvement d’horlogerie ; pour faire une épreuve il suffit de tourner le barillet et de presser la détente. » (Louis Figuier, 1891)

« La photo, c’est la chasse. C’est l’instinct de chasse sans l’envie de tuer. C’est la chasse des anges… On traque, on vise, on tire et clac ! Au lieu d’un mort, on fait un éternel. »  –  Chris Marker.

« J’avais toujours pensé que la photographie était une occupation diabolique. C’était là un de mes sujets de réflexion favoris, et je me suis sentie vraiment perverse la première fois où je m’y suis livrée ». Mais elle ne dit pas pour quelles méphistophéliques raisons. Seraient-elles à chercher du côté du voyeurime et de la prédation ? Diane Airbus.

 « la photographie, et surtout l’acte de la prendre, met au défi les notions d’intimité et de propriété car, par nature, elle est envahissante, abusive, que ce soit par intention ou par effet« .  –   co-commissaire de l’Exposition à la Tate Gallerie de Londres, Simon Baker.

« Dans un sens étroit, le voyeur est celui qui cherche une satisfaction sexuelle par les yeux, au lieu de la chercher « normalement », par un organe plus approprié. Dans un sens large, c’est celui qui aime pénétrer, saisir, posséder par le regard – et pas nécessairement en vue d’un acte sexuel.
Dans ce sens, tout photographe est voyeur. Je me considère du nombre et je reconnais le voyeurisme comme l’une des clefs de ma maison. »  –  Franck Horvat.

    Le voyeur a trente-quatre ou soixante-douze ans, il est vêtu misérablement ou avec recherche, mais toujours, son attitude provoque la méfiance : il ressemble à un homme égaré en plein midi au milieu de la ville.
    Vous l’apercevrez comme frappé de stupeur devant une porte cochère, un arbre, un immeuble en démolition. Planté devant la fenêtre entrouverte d’un rez-de-chaussée, il paraît suivre avec une extrême attention la scène qui se déroule à l’intérieur -et lorsque vous vous approchez, vous constatez que le logement est vide.
    Certains affirment qu’il « voit », d’où son nom, d’autres qu’il imagine seulement. Il est possible que le voyeur ait surpris une fois au moins une « faille » dans les façades qui bouchent les regards ; sinon on s’expliquerait mal son obstination. Il croit à un complot permanent des apparences que, seule, la fatigue trahit parfois. Et c’est ce moment de faiblesse qu’il espionne avec une inlassable patience, trappeur des grandes cités opaques  –  André Hardellet (Sommeils).

    Le regard photographique — différent en cela d’autres formes de regard médiats — est un arrachement et, comme le regard humain, une mise en contiguïté, une opération relationnelle (voir, c’est choisir et relier), mais stabilisée, ossifiée, alors que le dispositif œil/cerveau recompose en permanence la perception. D’où l’inquiétante étrangeté qui se dégage des images de photographes acceptant pleinement cette logique, au risque de se perdre dans cette subversion esthétique. Car l’enjeu n’est plus un art dont la fonction serait de faire advenir par la présentation un être dans sa plénitude. Dans les travaux les plus radicaux, la question de la vérité ne se pose plus. Le critère serait plutôt l’efficacité à ne pas être là où on l’attend, ou ce que, à défaut de mieux, j’appellerais, à dé-plaire : à défaire l’équilibre, à violenter le spectateur, à le provoquer en permanence, en lui refusant tout plaisir. Point d’émotion esthétique donc (le beau, le sublime, l’harmonie, tous ces mots sont bannis), point de jouissance physique, mais plutôt une frustration permanente, une épaisseur qui est refus, déni d’interprétation, bien loin du mystère romantique. Car, aux antipodes d’un Weston ou d’un Cartier-Bresson, les images de ces photographes ne cachent rien, découragent la lecture (symbolique ou autre). Peut-être confirment-elles la conclusion que tire Jean-Marie Shaeffer de son analyse de la photographie : « La photographie. . . dans ses meilleurs moments, ouvre l’horizon d’un réel enfin « profane », qui se contente d’être ce pour quoi il se donne, sans promesse d’un ailleurs qui serait plus fondamental. . . . Une image où il y a à voir, mais rien — ou si peu — à dire. »  – QU’EST-CE QU’UN REGARD PHOTOGRAPHIQUE ? Jean Kempf.

 

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Une perversion du regard : le voyeurisme vu par Jean-Luc Cacciali

   La psychanalyse explique le voyeurisme par une éducation autoritaire où la sexualité aurait été réprimée. Le voyeur, se trouverait alors bloqué à un stade sexuel immature et il serait incapable d’avoir une activité sexuelle épanouie et adulte. Le voyeurisme devient pathologique lorsqu’il exprime à lui seul une source d’excitation sexuelle. Le voyeur préférant alors éviter tout rapport sexuel et se contente de rester spectateur : le fait de voir et d’observer est sa seule source de plaisir. Le plaisir est décuplé par le risque d’être découvert en pleine observation.

   Dans un article paru dans la revue JFP (Journal français de psychatrie) en 2002, après avoir noté que le voyeurisme à la différence de l’exibitionnisme n’a jusqu’à ce jour que peu intéressé les chercheurs, le psychiatre Jean-Luc Cacciali expose son objectif de définir la nature du rapport entre le voyeur et le « vu » et si le voyeurisme a une composante sociale :

« J’essaierai de mettre en évidence la spécificité du rapport que le voyeur institue avec l’objet regard, ce qui nous permettra de préciser ce qu’est cet objet regard que Lacan prend soin de distinguer de la vision ; et pour terminer, nous verrons si nous sommes autorisés aujourd’hui à parler d’un voyeurisme social, c’est-à-dire d’une perversion qui effectivement se généraliserait dans le champ social. »

Jean-Luc Cacciali « Une perversion du regard : le voyeurisme », Journal français de psychiatrie2/2002 (no16), p. 33-34.
URL : www.cairn.info/revue-journal-francais-de-psychiatrie-2002-2-page-33.htm.
DOI : 10.3917/jfp.016.0033.

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–––– le Roi des Aulnes de Michel Tournier –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Michel Tournier, prix Goncourt 1970 avec le Roi des aulnesMichel Tournier, prix Goncourt 1970 avec le Roi des aulnes 

 Giovanni+Bellini+-+St+Christopher+  .

Rappelons le thème du roman Le Roi des Aulnes : le héros, Abel Tiffauges, dont l’enfance a été marquée par le manque de tendresse et l’humiliation est devenu un ennemi de la société et un prédateur qui s’attaque aux enfants, un ogre. Le titre du roman fait référence au poème ambigüe de Goethe, Der Erlköning, dans lequel un jeune enfant enveloppé dans les bras de son père qui chevauche une nuit de brume près d’une rivière où poussent des aulnes est ravi à la vie par un spectre, le Roi des Aulnes et ses filles…

    L’extrait suivant est tiré du chapitre I « Ecrits sinistres d’Abel TIffauges » et décrit de manière explicite les rapports pervers que le héros entretient avec la photographie. 

La photographie vue par Abel Tiffauges

     1er mai 1939. Lorsque je divague par les rues dans ma vieille Hotchkiss, ma joie n’est vraiment complète que si mon rollei pendu en sautoir à mon cou est bien calé entre mes cuisses. Je me plais ainsi équipé d’un sexe énorme, gainé de cuir, dont l’œil du Cyclope s’ouvre comme l’éclair quand je lui dis « regarde ! » et se referme inexorablement sur ce qu’il a vu. Merveilleux organe, voyeur et mémorant, faucon diligent qui se jette sur sa proie pour lui voler et rapporter au maître ce qu’il y a en elle de plus profond et de plus trompeur, son apparence ! Grisante disponibilité du bel objet compact et pourtant mystérieusement creux, balancé à bout de courroie comme l’encensoir de toutes les beautés de la terre ! La pellicule vierge qui le tapisse secrètement est une immense et aveugle rétine qui ne verra qu’une fois – tout éblouie – mais qui n’oubliera plus.

     J’ai toujours aimé photographier, développer, tirer, et dés mon installation au Ballon, j’ai transformé en laboratoire une petite pièce facile à obscurcir et pourvue d’eau courante. Je mesure aujourd’hui à quel point cet engouement était providentiel, et comme il sert bien mes préoccupations actuelles. Car il est clair que la photographie est une pratique d’envoûtement qui vise à s’assurer la possession de l’être photographié. Quiconque craint d’être « pris » en photographie fait preuve du plus élémentaire bon sens. C’est un mode de consommation auquel on recourt généralement faute de mieux, et il va de soi que si les beaux paysages pouvaient se manger, on les photographierait moins souvent.

     Ici s’impose la comparaison avec le peintre qui travaille au grand jour, par petites touches patientes et patentes pour coucher ses sentiments et sa personnalité sur la toile. A l’opposé, l’acte photographique est instantané et occulte, ressemblant en cela au coup de baguette magique de la fée transformant une citrouille en carrosse, ou une jeune fille éveillée en jeune fille endormie. L’artiste est expansif, généreux, centrifuge. Le photographe est avare, avide, gourmand, centripète. C’est dire que je suis photographe-né. (…) Quoi que l’avenir me réserve, je conserverais l’amour de ces images brillantes et profondes comme des lacs où je fais certains soirs solitaires des plongées éperdues. La vie est là, souriante, charnue, offerte, emprisonnée par le papier magique, ultime survivance de ce paradis perdu que je n’ai pas fini de pleurer, l’esclavage. L’envoûtement et ses pratiques exploitent déjà la possession mi-amoureuse mi-meurtrière du photographié par le photographe. Pour moi, l’aboutissement de l’acte photographique sans renoncer aux pratiques de l’envoûtement va plus loin et plus haut. Il consiste à élever l’objet réel à une puissance nouvelle, la puissance imaginaire. L’image photographique, cette émanation indiscutable du réel, est en même temps consubstantielle à mes fantasmes, elle est de plain-pied avec mon univers imaginaire. La photographie promeut le réel au niveau du rêve, elle métamorphose un objet réel en son propre mythe. L’objectif est la porte étroite par laquelle les élus appelés à devnir des dieux et des héros possédés font leur entrée dans mon panthéon intérieur.

le Roi des Aulnes de Michel Tournier

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Frankenstein de James Whale

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Pour l’article du blog sur Le Roi des Aulnes de Goethe, c’est ICI

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