Debilum tremens…


Avoir l’intelligence d’une pomme de terre

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« Cultivé en France », bel exemple de « culture » à la française, sans doute…

Nous avons caché le nom du fournisseur pour ne pas lui faire de publicité car le pire, c’est que cette pub vulgaire pourrait marcher…


dialogue inter-Net : Pas touche au coq gaulois ! (Attention : écrit politiquement hautement incorrect)

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Gérard de Lairesse - Allegorie de la Liberté du commerce, 1672

     « La guerre et le commerce ne sont que deux moyens différents d’atteindre le même but : celui de posséder ce que l’on désire. Le commerce n’est qu’un hommage rendu à la force du possesseur par l’aspirant à la possession. C’est une tentative pour obtenir de gré à gré ce qu’on n’espère plus conquérir par la violence. Un homme qui serait toujours le plus fort n’aurait jamais l’idée du commerce. C’est l’expérience qui, en lui prouvant que la guerre, c’est-à-dire l’emploi de sa force contre la force d’autrui, l’expose à diverses résistances et à divers échecs, le porte à recourir au commerce, c’est-à-dire à un moyen plus doux et plus sûr d’engager l’intérêt d’un autre à consentir à ce qui convient à son intérêt. La guerre est l’impulsion, le commerce est le calcul.  ».   (B. Constant, 1815)     Allégorie de la Liberté du commerce
        Gérard de Lairesse, 1672.

    J’ai bien conscience que cet article est politiquement incorrect, qu’il va être taxé de faute absolue, que l’on va m’accuser d’anti-germanisme primaire, de vouloir réveiller les vieux démons qui ont conduit par deux fois l’Europe à la catastrophe mais on sait également depuis Freud qu’un conflit condamné à l’intériorisation par des préjugés ou un tabou induit des conséquences néfastes sur notre équilibre mental et qu’il est préférable de s’en libérer par la parole ou par l’écrit. Quel est mon problème avec l’Allemagne ? Je dois dire que j’en ai vraiment plus qu’assez d’une certaine arrogance allemande qui s’exprime sur les plans économique et diplomatique et sur les médias par l’intermédiaire de la publicité. Sur le plan économique, OK ! Reconnaissons-le, l’Allemagne apparaît exemplaire : paix sociale, industrie performante, balance des paiements largement bénéficiaire, excédent budgétaire mais ces bons chiffres sont en grande partie la résultante d’une politique de recherche de compétitivité forcenée sur le dos de ses partenaires européens et de la France en particulier.  De 1998 à 2010, le pouvoir d’achat de chaque salarié avait baissé de 1% en Allemagne alors qu’il avait progressé de 18% en France ce qui a eu pour effet de faire passer le pourcentage de travailleurs pauvres dans ce pays (l’Allemagne) de 8% à 10% (Alternatives économiques – Gilles Raveaud, avril 2014). Cette « déflation salariale » a permis d’améliorer la compétitivité de l’Allemagne et maintenir l’emploi au détriment de ses partenaires mais en même temps cette politique a eu pour effet de déprimer sa consommation intérieure ainsi que celle du reste de l’Europe car la plupart des pays européens ont été contraints de procéder à la même politique que l’Allemagne pour rééquilibrer leur compétitivité et redresser leurs exportations, amorçant ainsi une spirale de déflation salariale et économique dont l’Europe n’est toujours pas sortie et qui est l’une des causes du marasme actuel. On sait également que l’actuelle perte de compétitivité de l’agriculture française par rapport à l’agriculture allemande résulte pour une part d’un coût salarial inférieur en Allemagne dû au fait que les travailleurs agricoles émigrés dans ce pays sont rémunérés aux conditions de leur pays d’origine ce qui n’est pas le cas en France. Alors, un exemple de l’éternelle fable de la cigale et de la fourmi ? Non, car le monde ne peut être constitué que de fourmis  : « Si tout le monde mène la politique allemande centrée sur les exportations, il n’y aura plus personne pour acheter celle des autres. Dans le commerce mondial, il ne peut y avoir plus d’excédents que de déficits : la Terre ne peut pas encore exporter vers la Lune ! »  (L’Allemagne, modèle ou repoussoir – Le point économie). Alors, oui, succès sur toute la ligne pour l’Allemagne mais au détriment de ses partenaires car les excédents qu’elle accumule provoquent les déficits de ceux-ci.
     Alors, dans ces conditions, le déferlement des publicités des marques allemandes vantant la supériorité du made in Germany telle la publicité « Das Auto » de Wolkswagen (on sait ce qu’il en est réellement depuis la révélation du scandale des moteurs truqués) ou « Deutsch Qualität » de la marque OPEL qui met en scène un bellâtre arrogant a de quoi énerver. De plus j’ai un compte personnel à régler avec une marque allemande de machine à laver pour un modèle que j’avais acheté fort cher (la fameuse « Deutsch Qualität ») et qui m’a lâché…

OPEL - Deutsch Qualität

      D’où, pour me défouler, le pamphlet cocardier qui va suivre, de totale mauvaise foi, je l’admets bien volontiers. Ce qui est dommage c’est que c’est un écrit de Günther Anders qui a servi de prétexte à ce défoulement. Ce penseur et essayiste autrichien d’origine allemande a souffert en Allemagne, en tant que juif, de l’antisémitisme et a du s’exiler en France puis aux Etats-Unis et ne peut donc être accusé de nationalisme. De retour en Europe en 1950, il refusera d’ailleurs de retourner en Allemagne de l’Ouest, préférant s’installer pour un temps en RDA, puis en Autriche. Il deviendra en 1968 membre du Tribunal Russell sur les crimes contre l’humanité.

     Une dernière mise au point : que cet article ne vous empêche surtout pas de lire Günther Anders

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Article d’origine :  « Le poulet éternellement picorant » du blog Nana Marton, Une dans l’Ain, (c’est  ICI) dans lequel elle écrit « J‘ai noté, il y a un certain temps, de lire Günther Anders, philosophe allemand disparu en 1992 qui dénonce le péril nucléaire. Je n’ai pas encore pris le temps de le faire. Et voilà que je tombe sur un extrait de Sténogrammes philosophiques, ouvrage qui rassemble ses pensées au fil de la plume.
Je vais, de ce pas, lire Günther Anders. »

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      « Que nos repas désignent des temps dévolus à notre restauration est le signe de notre humanité. Car entre les repas se déploie le temps libre de toute consommation et le vaste horizon du monde non consommable, le territoire de l’absence, de ce qu’on ne peut contempler, envisager, le territoire du possible – bref : le monde de l’esprit. Vraiment ? Aujourd’hui encore ? Guère. Car la tendance pointe vers une consommation ininterrompue, vers une existence vers laquelle sans cesse nous consommons comme nous respirons : sans cesse nous mâchons du chewing-gum ; sans cesse, nous écoutons la radio. Et comme il n’est rien qui ne devienne produit de consommation, la substitution d’un produit par un autre garantit la non-interruption de la consommation. Une situation animale. Non, la situation des animaux les plus vulgaires. Pas celle des animaux qui embrassent l’horizon, du regard ou en le survolant, afin d’atteindre leurs proies. L’horizon de ceux-ci est encore vaste ; leur temps, dans sa plus grande partie, libre de consommation. Mais celle du poulet, éternellement picorant. »

Günther Anders, Sténogrammes philosophiques, Fario

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Aigle et coq

     « Quoi ! Qu’est-ce qu’il avait contre les poulets, Günther Anders ? Pourquoi les méprisait-il ? Ne perçevait-il pas les conséquences de la comparaison qu’il établissait entre les poulets vulgaires qui picorent et les animaux nobles qui « embrassent l’horizon du regard ou en le survolant, afin d’atteindre leurs proies. » Voilà une position bien maladroite. Aurait-il voulu opposer l’aigle germanique au coq gaulois qu’il ne s’y serait pas pris autrement. C’est y pas malheureux après trois siècles de guerres franco-allemandes dont deux mondiales ! D’abord, le poulet, s’il picore, c’est parce qu’il mange avec mesure et humilité alors que tout le monde l’aura remarqué, l’aigle baffre de manière brutale et sanguinaire… Et pourquoi pensait-il, ce Günther Anders, que l’on est idiot lorsque l’on picore ? Contrairement à l’aigle tout entier absorbé par la traque, la capture, le transport puis le déchiquetage et l’ingurgitation de ses proies, le poulet, en picorant, a tout le loisir de penser et réfléchir, lui… Oui, Monsieur Anders, de penser et réfléchir, car le picorage est un automatisme qui loin de brider la pensée, la libère et lui permet de se projeter et de s’épanouir. Et lui, Günther Anders, n’avait-il jamais lu son journal au petit déjeuner et, entre deux brötchen, parlé philosophie ou commenté l’actualité ? Et puis, d’après lui, que fait un animal soi-disant noble comme est réputé être l’aigle germanique, entre deux agapes ? Il pratique la poésie ou la philosophie peut-être ? à moins que par inclination romantique, il admire le paysage et médite sur celui-ci ? Non, Monsieur Anders, entre deux agapes, l’aigle germanique n’a qu’une seule activité : rechercher et traquer d’autres proies car son appétit est insatiable et il ne pense qu’à baffrer, cet animal là ! Et lorsque l’on est tenaillé par la faim et que l’on traque, on est tout entier obsédé et absorbé par cette tâche, on n’a pas le temps de penser, Monsieur Anders ! Et puis, Monsieur Anders, toujours lors de votre frühstück, lorsque vous trempiez vos mouillettes dans votre  œuf à la coque, c’était un œuf d’Aigle Impérial, peut-être ?  Alors, s’il vous plait, un peu moins de condescendance et faites preuve de respect pour les gallinacés. »

Enki sigle

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Pas d’accord ?

J-D Echenard - Coq Brahma perdrix doré

Coq Brahma perdrix doré  (J-D Echenard)

Le coq gaulois 

       Le choix du coq comme « emblème » de la France fait référence aux origines gauloises de ce pays en jouant sur le jeu de mot latin gallus (coq) et Gallus (Gaulois), comme le faisait remarquer l’auteur latin Suétone. Il faut néanmoins souligner que malgré son utilisation  comme symbole de la France, il n’a jamais été choisi comme symbole officiel de la République française. C’est à partir de l’époque de la Renaissance que le coq commence à symboliser le roi de France, puis son royaume. Il figure, en même temps que la fleur de Lys, sur de nombreux emblèmes officiels de rois de France des dynasties des Valois et des Bourbons. La Révolution le met à l’honneur comme symbole de la Vigilance et du Travail et il est souvent représenté coiffé d’un bonnet phrygien. Napoléon Ier lui préférera l’aigle impérial car « le coq n’a point de force, il ne peut être l’image d’un empire tel que la France« .  L’avènement de la monarchie de Juillet marquera son retour et plus tard, au cours des IIIe, IVe et Ve Républiques le coq gaulois ornera occasionnellement les timbres, les pièces de monnaie en franc. Lors de la Première guerre mondiale, le coq sert la propagande officielle, notamment par le biais d’affiche, se dressant en rempart et en veilleur courageux face à la menace allemande. A la fin du conflit, il orne de nombreux monuments aux morts. Créé par décret en 1951, l’insigne officiel des maires aux couleurs nationales est conforme au modèle ci-après: « Sur un fond d’émail bleu, blanc et rouge portant + MAIRE + sur le blanc et + R.F.+ sur le bleu; entouré de deux rameaux de sinople, d’olivier à dextre et de chêne à senestre, le tout brochant sur un faisceau de licteur d’argent sommé d’une tête de coq d’or barbée et crêtée de gueules« .

Pour une histoire plus complète du coq gaulois, regarder  ICI

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articles liés

  • un article de Max Gallo de l’Académie française : Deutsche Qualität, c’est  ICI

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Une anecdote sur les « coqs humains » de la cour d’Angleterre

      La fascination pour les monstres animaux et humains existait dans le Bas-empire romain et un commerce florissant avait cours après la « fabrication » de monstres humains à partir d’enfants confiés à des nourrices très spéciales par des marchands sans scrupules. Cette fascination s’est perpétuée en Europe jusqu’au XVIIe siècle. Le roman de Victor Hugo, « L’Homme qui rit » conte l’histoire d’un jeune homme qui a été défiguré enfant pour arborer un sourire permanent. Des tribus nomades originaires de l’Inde qui avaient émigré en Europe portant le nom de Dacianos avaient la réputation de fabriquer des monstres et fournissaient à la cour d’Angleterre des « coqs humains » qui après une intervention mutilante sur le larynx, ayant perdu l’usage de la parole, ne pouvaient s’exprimer que par des sons gutturaux ressemblant au chant du coq. Les « coqs humains » avaient charge à la cour de chanter l’avènement de chaque heure et étaient rétribués pour cette tâche. Cette horrible tradition qui remontait au début du Moyen Âge a perduré jusqu’au règne du roi George II (1683-1760) qui y mit un terme non sans avoir fait exécuter le coq.
     L’histoire ne dit pas pourquoi ce pauvre personnage aurait été exécuté. Peut-être avait-il manqué une heure faisant un rendez-vous à son illustre maître ? Ou bien avait-il troublé trop tôt son sommeil…

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design et stratégie publicitaire : la ligne de lunettes « Capri Edition » de la marque Persol

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la déclinaison Homme de la ligne Casa Malaparte de la marque Persol

   Quels peuvent être les rapports entre une ligne de paires de lunettes de soleil et une œuvre architecturale mythique, la Casa Malaparte à Capri ?

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     La célèbre marque italienne de Vénétie Persol déclarait s’être inspirée de de la fameuse villa de Capri conçue par l’écrivain Malaparte et l’architecte Adalberto Libera en 1937 pour réaliser son nouveau modèle de lunettes créé en 2012. C’est ainsi que plusieurs des symboles de la marque créée en 1938 par Giuseppe Ratti pour protéger les yeux des pilotes de l’aviation italienne et les coureurs automobiles comme le célèbre Fangio, des effets de l’air, des intempéries et du soleil, auraient été redessinés en prenant comme référence certains détails architecturaux de la villa. Cela aurait été le cas pour la «flèche d’argent suprême», ce tenon cache-vis emblématique de la marque noyé dans la charnière, du système spécifique Meflecto en C qui permet aux branches des lunettes une grande flexibilité et qui aurait été modifié pour rappeler la la forme si particulière de la courbe du mur blanc oblique de la toiture terrasse de la villa immortalisée par la bain de soleil de Brigitte Bardot dans le film le Mépris de Godard… et enfin  des stries temporales horizontales du plat de l’extrémité des branches censées apporter confort et garantir la bonne tenue qui reproduiraient désormais l’alignement de marches du fameux escalier d’accès à la toiture.

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marque Persol - Flèches suprêmes du  modèle classique légendaire 649 et du modèle de la ligne Capri

marque Persol – Flèches suprêmes du  modèle classique légendaire 649 et du modèle de la ligne Capri (ci-dessus) – similitude de formes entre la villa et la flèche (ci-dessous)

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l'escalier de la villa Malaparte à Capri et le détail des branches de lunettes Persol

l’escalier de la villa et le détail des branches de lunettes Persol

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     Vouloir trouver une relation d’ordre esthétique entre les stries d’une extrémité de branches de lunettes et le développement d’un escalier est ridicule et les promoteurs de ce rapprochement n’y croient sans doute pas eux-mêmes. En fait, on se trouve une nouvelle fois en présence de la technique publicitaire classique de survalorisation d’un produit à promouvoir par le détournement ou la captation de valeur d’une œuvre artistique universellement reconnue à forte connotation positive (musique, œuvres d’art, images, appellations, écrits, etc…) et ceci en créant dans l’esprit du consommateur une association mentale  des deux produits. C’est la raison pour laquelle des automobiles sont vendues sous l’appellation « Picasso » ou que des marques de lessives font leur promotion sous les airs de morceaux d’opéras célèbres… Cette association en référence à tout ou partie de l’objet initial « modèle » fonctionne selon un processus bien connu en psychologie : le phénomène d’association est une tentative inconsciente du consommateur d’accéder au produit  désiré par l’intermédiaire de son avatar.

      La Casa Malaparte, chargée d’un capital esthétique prestigieux et d’un fort potentiel de développement de l’imaginaire a souvent été utilisée comme cadre pour la réalisation de films (Le Mépris de Jean-Luc Godard avec Brigitte Bardot et Michel Piccoli, La pelle (la peau) de Liliana Cavani avec Marcello Mastroianni, Burt Lancaster et Claudia Cardinale), de campagnes publicitaires (Persol, campagne Hugo Boss, parfum Uomo) ou de prises de vue photographiques.

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Michel Piccoli contemplant Brigitte Bardot prenant son bain de soleil sur la terrasse de la villa dans le film Le Mépris de Jean-Luc Godard (ci-dessus) et Brigitte Bardot seule sur la terrasse. (ci-dessous)

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La Peau de Liliana Cavani - Marcello Mastroianni et Alexandra King dans la Cas Malaparte

La Peau de Liliana Cavani – Marcello Mastroianni et Alexandra King longeant la Casa Malaparte

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campagne publicitaire Hugo Boss – printemps 2011 : aucun effort, la vulgarité basique…

campagne publicitaire parfum Uomo : l’ascension vers l’absolu et au sommet,  la femme…

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La redéfinition du concept de désir par René Girard


René Girard

    L’une des idées maîtresses sur lesquelles est bâtie l’oeuvre de René Girard apparaît dans son premier livre paru en 1961, Mensonge romantique et vérité romanesque, essai de littérature comparée entre les œuvres de cinq romanciers, Cervantès, Stendhal, Flaubert, Dostoïevski et Proust. Dans cet ouvrage, l’auteur fait la constatation que bien que vivant dans des sociétés différentes à des époques différentes, les auteurs de ces romans se rejoignaient dans la conception qu’ils avaient d’un désir sous-tendu par l’imitation : l’homme est incapable de désirer par lui seul, il faut que l’objet de son désir lui soit désigné par un tiers. Ce tiers peut être extérieur à l’action romanesque comme les héros des romans de chevalerie pour Don Quichotte ou des romans d’amour pour Emma Bovary. Il est le plus souvent intérieur à l’action romanesque : l’être qui génère leurs désirs aux héros des romans de Stendhal, de Flaubert, de Proust ou de Dostoïevski devient lui-même un personnage du livre. Ainsi, le rapport n’est pas direct entre le sujet et l’objet : la relation est triangulaire. À travers l’objet, c’est le modèle, que Girard appelle médiateur, qui attire ; c’est l’être du modèle, qui est recherché. Entre le héros et son médiateur se nouent alors des rapports complexes d’admiration, d’envie, de jalousie et de haine.

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Don Quichotte sombre dans la folie à la lecture des livres de chevalerie par son identification à ses héros. Gravure de Gustave Doré


Qu’est-ce que le désir ?

      L’homme fixe-t-il de manière autonome son désir sur un objet qui posséderait ainsi de manière intrinsèque une valeur susceptible de polariser ce désir où bien est-il attiré par cet objet parce que celui ci est déjà possédé ou susceptible de l’être par un Autre à qui nous avons donné de manière consciente ou inconsciente le statut de modèle ? De là naîtraient les sentiments tels que l’envie et la jalousie, liés au désir. Les techniques publicitaires jouent pleinement sur ce référencement à l‘Autre, possesseur d’un objet dont nous n’éprouvions pas jusqu’alors le besoin et ne connaissions parfois pas même l’existence. Nous sommes envieux du prestige que confère à l’Autre, la possession de l’objet. Dans cette hypothèse, nous tirerions plus de satisfaction au fait que l’Autre soit privé d’objet que dans notre possession de cet objet. Le mécanisme du désir humain ne serait donc par fondé sur les relations découlant du binôme SUJET – OBJET mais sur un celles générées par le schéma triangulaire : SUJET – MODELE (ou MEDIATEUR) – OBJET.  Ce désir triangulaire (appelé aussi « désir métaphysique ») est désir « selon l’autre », c’est-à-dire désir d’être l’autre en possédant ce qu’il possède.

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      René Girard appuie sa réflexion sur l’analyse des grandes œuvres romanesques (Cervantès, Stendhal, Proust et Dostoïevski). Etre envieux d’un modèle, c’est admettre, même inconsciemment, qu’il nous est supérieur; c’est reconnaître notre insuffisance d’Être. Cette antériorité du Modèle sera niée par le sujet car la reconnaître serait par là même accepter son infériorité. Ainsi, même s’il n’en éprouve pas une conscience claire, le sujet envieux du Modèle est quelqu’un qui se méprise profondément. Reconnaître la supériorité du Modèle, son prestige au sein de la société par la qualité de son « Être », c’est reconnaître que cette supériorité est fondée et inaccessible. Mieux vaut vaut mettre cette supériorité sur le compte d’un ou des objets que le Modèle possède et à qui l’on confère la source de cette supériorité. Ainsi le désir qu’a le sujet pour l’Objet n’est rien d’autre que le désir qu’il a du prestige qu’il prête à celui qui possède l’Objet (ou qui s’apprête à désirer en même temps que lui l’Objet).

Georgle Clooney dans la célèbre pub Nespresso

George Clooney dans la célèbre pub Nespresso

« c’est parce qu’elle montre que les Jones possèdent X que la publicité donne aux Smith l’envie de l’acquérir et, d’ailleurs, il n’y a pas besoin de publicité pour cela, les Smith sont assez torturés par l’envie qu’ils éprouvent pour les Jones pour découvrir tout seuls ce que ces derniers possèdent. »  – J.-P. Dupuy dans l’Enfer des Choses (Seuil)

Maurice Roney (Philippe), Alain Delon (Tom) et Marie Laforêt (Marge)

Le triangle du désir mimétique au cinéma : Maurice Roney (Philippe), Alain Delon (Tom) et Marie Laforêt (Marge) dans Plein Soleil


L’illusion romantique

     Cette théorie du désir postule que tout désir est une imitation (mimésis) du désir de l’autre. Elle prend le contre-pied de ce que René Girard appelle l’«illusion romantique», selon laquelle le désir que tel Sujet a pour tel Objet serait singulier, unique, inimitable. Le sujet entretient en effet l’illusion  que son « propre » désir est suscité par l’objet de son désir (une belle femme, un objet rare); mais en réalité son désir est suscité par un modèle (présent ou absent) que le sujet admire et finit souvent par jalouser. Contrairement à une idée reçue, nous ne savons donc pas ce que nous désirons, nous ne savons donc pas sur quel objet (quelle femme, qu’elle nourriture, quel territoire) porter notre désir. Ce n’est qu’après coup, rétrospectivement, que nous donnons un sens à notre choix en le faisant passer pour un choix délibéré (« je t’ai choisi(e) entre mille »), alors qu’il n’en est rien.

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Que disent les sciences du cerveau à ce sujet ?

« Notre troisième cerveau » de Jean-Michel Oughourlian
    L’exemple est un classique des situations qui se nouent dans le cas du triangle amoureux : Prenons le cas d’un homme qui a perdu avec le temps tout intérêt pour son épouse. Si un étranger survient et en fait l’objet de son désir, l’intérêt du mari pour son épouse renaît soudainement. Nous ne désirons rien tant que ce que désire l’autre. Pour le meilleur et pour le pire et dès la naissance : notre psyché elle-même est une copie de celle de nos parents ! La découverte des neurones miroirs impose une relecture complète de la psychologie et de la psychiatrie. La particularité de ces neurones tient au fait qu’ils déchargent des potentiels d’action pendant que l’individu exécute un mouvement (c’est le cas pour la plupart des neurones du cortex moteur et prémoteur) mais aussi lorsqu’il est immobile et voit (ou même entend) une action similaire effectuée par un autre individu, voire seulement quand il pense que ce dernier va effectuer cette action. Les neurones miroirs sont donc définis par deux propriétés :

  • leur caractère « miroir » : le fait qu’ils réagissent aussi bien aux actions de soi qu’à celles d’autrui.
  • leur sélectivité : chaque neurone ne répond qu’à un seul type d’action, mais ne répond pas (ou peu) quand il s’agit d’un autre geste. Par exemple, un neurone sensible à un mouvement préhension de la main ne réagira pas si l’individu effectue un autre geste (comme une extension des doigts) ou si cet autre geste est effectué par un autre individu.

   Ainsi l’étude du cerveau montre que les mêmes zones sont activées si je fais une action ou si je la regarde faire par un autre. Cette altérité nous constitue. Elle peut être vécue comme un apprentissage par imitation du modèle, ou comme une rivalité, ou comme un obstacle à la réalisation du désir que l’autre m’a suggéré. Modèle, rival ou obstacle sont les trois visages de l’autre. Chacun d’eux peut engendrer une personnalité « normale », ou névrotique, ou psychotique.
   Pour Jean-Michel Oughourlian cette approche jette les bases d’une nouvelle psychologie et une nouvelle psychiatrie et impose une nouvelle gestion de l’altérité, fondée sur la « dialectique des trois cerveaux » : le premier, le cerveau cognitif, le second, le cerveau émotionnel, et le troisième, ou « cerveau mimétique« , qui est donc celui de l’altérité, de l’empathie, de l’amour comme de la haine. 


sites et articles liés :
Apport de la Théorie mimétique à la psychopathologie (thèse d’état par Ludovic Mavabeo) : http://www.rene-girard.fr/offres/file_inline_src/57/57_A_15800_1.pdf