Regards croisés

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Tout cela pour un simple trou dans un arbre creux…

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Lac d’Annecy – photo Enki

Nekuia

    Curieux, ce désir de ne pas se satisfaire du paysage quel qu’il est mais de vouloir le « mettre en scène », c’est à dire vouloir lui faire jouer un rôle qui n’est pas le sien à moins que ce soit moi qui dans ce cas joue un rôle : suis-je, comme sur la fresque retrouvée sur un mur de la maison de la via Graziosa sur l’Esquilin, l’une des sept collines de Rome, Ulysse, l’orphelin d’Ithaque guidé par Circé et avide de vérité qui a débarqué de sa nef à la confluence des fleuves infernaux pour convoquer les morts ou bien l’une de leurs âmes avides de sang noir montées tout spécialement de l’au-delà pour délivrer leur message…

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Ulysse contemplant les morts

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Arrivée d’Ulysse aux Enfers, Fresque de la maison de la via Graziosa sur l’Esquilin (vers 40 avant J.-C.), environ 1,50 x1,50 m, Rome, Musées du Vatican, Bibliothèque vaticane

    En fait, Ulysse n’est pas « descendu » à l’Hadès ( Enfers ), ce que les anciens grecs nommaient katábasis (catabase), « descente, action de descendre » comme avaient pu le faire avant lui quelques rares héros grecs et Orphée, le musicien-poète à la recherche de son Eurydice, il s’est contenté sur les conseils de la magicienne Circé de s’en approcher et de convoquer sur son seuil les âmes des morts dont celle du devin Tirésias en leur sacrifiant une génisse et un mouton noir. C’est, décrit dans le chant 11 de l’Odyssée d’Homère, l’épisode de la Nekuia (νέκυια, « sacrifice pour l’évocation des morts »).

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L’Odyssée d’Homère (traduction de Leconte de Lisle, 1818-1894)

Chant 11Ulysse accède au territoire de l’Hadès. Il converse avec sa mère et avec ses anciens compagnons guerriers. Il parle avec le devin Tirésias qui lui donne des indications pour rentrer chez lui.

     Étant arrivés à la mer, nous traînâmes d’abord notre nef à la mer divine. Puis, ayant dressé le mât, avec les voiles blanches de la nef noire, nous y portâmes les victimes offertes. Et, nous-mêmes nous y prîmes place, pleins de tristesse et versant des larmes abondantes. Et Kirkè à la belle chevelure, Déesse terrible et éloquente, fit souffler pour nous un vent propice derrière la nef à proue bleue, et ce vent, bon compagnon, gonfla la voile.
     Toutes choses étant mises en place sur la nef, nous nous assîmes, et le vent et le pilote nous dirigeaient. Et, tout le jour, les voiles de la nef qui courait sur la mer furent déployées, et Hèlios tomba, et tous les chemins s’emplirent d’ombre. Et la nef arriva aux bornes du profond Okéanos.
      Là, étaient le peuple et la ville des Kimmériens, toujours enveloppés de brouillards et de nuées ; et jamais le brillant Hèlios ne les regardait de ses rayons, ni quand il montait dans l’Ouranos étoilé, ni quand il descendait de l’Ouranos sur la terre ; mais une affreuse nuit était toujours suspendue sur les misérables hommes. Arrivés là, nous arrêtâmes la nef, et, après en avoir retiré les victimes, nous marchâmes le long du cours d’Okéanos, jusqu’à ce que nous fussions parvenus dans la contrée que nous avait indiquée Kirkè. Et Périmèdès et Eurylokhos portaient les victimes.
      Alors je tirai mon épée aiguë de sa gaine, le long de ma cuisse, et je creusai une fosse d’une coudée dans tous les sens, et j’y fis des libations pour tous les morts, de lait mielleux d’abord, puis de vin doux, puis enfin d’eau, et, par-dessus, je répandis la farine blanche. Et je priai les têtes vaines des morts, promettant, dès que je serais rentré dans Ithakè, de sacrifier dans mes demeures la meilleure vache stérile que je posséderais, d’allumer un bûcher formé de choses précieuses, et de sacrifier à part, au seul Teirésias, un bélier entièrement noir, le plus beau de mes troupeaux. Puis, ayant prié les générations des morts, j’égorgeai les victimes sur la fosse, et le sang noir y coulait. Et les âmes des morts qui ne sont plus sortaient en foule de l’Érébos. Les nouvelles épouses, les jeunes hommes, les vieillards qui ont subi beaucoup de maux, les tendres vierges ayant un deuil dans l’âme, et les guerriers aux armes sanglantes, blessés par les lances d’airain, tous s’amassaient de toutes parts sur les bords de la fosse, avec un frémissement immense. Et la terreur pâle me saisit.
      Alors j’ordonnai à mes compagnons d’écorcher les victimes qui gisaient égorgées par l’airain cruel, de les brûler et de les vouer aux Dieux, à l’illustre Aidés et à l’implacable Perséphonéia. Et je m’assis, tenant l’épée aiguë tirée de sa gaine, le long de ma cuisse ; et je ne permettais pas aux têtes vaines des morts de boire le sang, avant que j’eusse entendu Teirésias.
      La première, vint l’âme de mon compagnon Elpènôr. Et il n’avait point été enseveli dans la vaste terre, et nous avions laissé son cadavre dans les demeures de Kirkè, non pleuré et non enseveli, car un autre souci nous pressait. Et je pleurai en le voyant, et je fus plein de pitié dans le coeur. Et je lui dis ces paroles ailées :
      – Elpènôr, comment es-tu venu dans les épaisses ténèbres ? Comment as-tu marché plus vite que moi sur ma nef noire ?
      Je parlai ainsi, et il me répondit en pleurant :
      – Divin Laertiade, subtil Odysseus, la mauvaise volonté d’un Daimôn et l’abondance du vin m’ont perdu. Dormant sur la demeure de Kirkè, je ne songeai pas à descendre par la longue échelle, et je tombai du haut du toit, et mon cou fut rompu, et je descendis chez Aidés. Maintenant, je te supplie par ceux qui sont loin de toi, par ta femme, par ton père qui t’a nourri tout petit, par Tèlémakhos, l’enfant unique que tu as laissé dans tes demeures ! Je sais qu’en sortant de la demeure, d’Aidès tu retourneras sur ta nef bien construite à l’île Aiaiè. Là, ô Roi, je te demande de te souvenir de moi, et de ne point partir, me laissant non pleuré et non enseveli, de peur que je ne te cause la colère des Dieux ; mais de me brûler avec toutes mes armes. Élève sur le bord de la mer écumeuse le tombeau de ton compagnon malheureux. Accomplis ces choses, afin qu’on se souvienne de moi dans l’avenir, et plante sur mon tombeau l’aviron dont je me servais quand j’étais avec mes compagnons.
      Il parla ainsi, et, lui répondant, je dis :
       – Malheureux, j’accomplirai toutes ces choses.
      Nous nous parlions ainsi tristement, et je tenais mon épée au-dessus du sang, tandis que, de l’autre côté de la fosse, mon compagnon parlait longuement. Puis, arriva l’âme de ma mère morte, d’Antikléia, fille du magnanime Autolykos, que j’avais laissée vivante en partant pour la sainte Ilios. Et je pleurai en la voyant, le coeur plein de pitié ; mais, malgré ma tristesse, je ne lui permis pas de boire le sang avant que j’eusse entendu Teirésias. Et l’âme du Thébain Teirésias arriva, tenant un sceptre d’or, et elle me reconnut et me dit :
      – Pourquoi, ô malheureux, ayant quitté la lumière de Hèlios, es-tu venu pour voir les morts et leur pays lamentable ? Mais recule de la fosse, écarte ton épée, afin que je boive le sang, et je te dirai la vérité.
      Il parla ainsi, et, me reculant, je remis dans la gaîne mon épée aux clous d’argent. Et il but le sang noir, et, alors, l’irréprochable divinateur me dit :
       – Tu désires un retour très-facile, illustre Odysseus, mais un Dieu te le rendra difficile ; car je ne pense pas que Celui qui entoure la terre apaise sa colère dans son coeur, et il est irrité parce que tu as aveuglé son fils. Vous arriverez cependant, après avoir beaucoup souffert, si tu veux contenir ton esprit et celui de tes compagnons. En ce temps, quand ta nef solide aura abordé l’île Thrinakiè, où vous échapperez à la sombre mer, vous trouverez là, paissant, les boeufs et les gras troupeaux de Hèlios qui voit et entend tout. Si vous les laissez sains et saufs, si tu te souviens de ton retour, vous parviendrez tous dans Ithakè, après avoir beaucoup souffert ; mais, si tu les blesses, je te prédis la perte de ta nef et de tes compagnons. Tu échapperas seul, et tu reviendras misérablement, ayant perdu ta nef et tes compagnons, sur une nef étrangère. Et tu trouveras le malheur dans ta demeure et des hommes orgueilleux qui consumeront tes richesses, recherchant ta femme et lui offrant des présents. Mais, certes, tu te vengeras de leurs outrages en arrivant. Et, après que tu auras tué les Prétendants dans ta demeure, soit par ruse, soit ouvertement avec l’airain aigu, tu partiras de nouveau, et tu iras, portant un aviron léger, jusqu’à ce que tu rencontres des hommes qui ne connaissent point la mer et qui ne salent point ce qu’ils mangent, et qui ignorent les nefs aux proues rouges et les avirons qui sont les ailes des nefs. Et je te dirai un signe manifeste qui ne t’échappera pas. Quand tu rencontreras un autre voyageur qui croira voir un fléau sur ta brillante épaule, alors, plante l’aviron en terre et fais de saintes offrandes au Roi Poseiaon, un bélier, un taureau et un verrat. Et tu retourneras dans ta demeure, et tu feras, selon leur rang, de saintes hécatombes à tous les Dieux immortels qui habitent le large Ouranos. Et la douce mort te viendra de la mer et te tuera consumé d’une heureuse vieillesse, tandis qu’autour de toi les peuples seront heureux. Et je t’ai dit, certes, des choses vraies.

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photographies liées

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Wabi-sabi au Japon

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« Le lac est l’œil de la terre » (Henry David Thoreau)

    « Un lac est le trait le plus beau et le plus expressif du paysage. C’est l’œil de la terre, le spectateur, en y plongeant le sien, sonde la profondeur de sapropre nature. Les arbres fluviatiles voisins de la rive sont les cils délicats qui lefrangent, et les collines et rochers boisés qui l’entourent, le sourcil qui le surplombe. »  – H.D. Thoreau, Walden

René Magritte - The False Mirror, 1928

René Magritte – The False Mirror, 1928

« L’œil est la fenêtre de l’âme »  ( Léonard de Vinci)

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meraviglia : Auguste, né Caius Octavius – Imperator Caesar Divi Filius Augustus

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le regard qui tue…

Gaius Julius Caesar Octavianus (63 av. JC - 14 ap.JC) - bronze

Caius Julius Caesar Octavianus (63 av. JC – 14 ap.JC) – bronze

      Fils adoptif posthume de son grand-oncle maternel  Jules César à la suite de l’assassinat de ce dernier en 44 av. JC, il met en place un triumvirat avec ses alliés Marc-Antoine et Lépide pour lutter contre les assassins de son oncle. Après la défaite de ces derniers le triumvirat se défait suite aux ambitions personnelles. Lépide est envoyé en exil et Marc Antoine, vaincu, se suicide. Auguste devient alors empereur des Romains.

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fresques de la maison de la petite fontaine à Pompei 

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Cette fresque est l’une des parties d’une fresque plus importante révélée par le dessin exécuté sur place vers 1833-1834 par l’architecte français Prosper Morey au cours d’un voyage d’étude (ci-dessous).

dessin d'une fresque de la maison de la petite fontaine  réalisé par l'architecte Prosper Morey, vers 1833-1834

paysage maison petite fontaine

Complément de la fresque (partie gauche)

Navire à voiles et ses passagers, fresque 50-60 après J-C., maison de la petite fontaine, Pompei

Sur un autre mur est représenté ce superbe navire à voile et ses passagers – fresque datant de 50-60 après J-C., maison de la petite fontaine, Pompei.

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Pierre-Henri de Valenciennes : une représentation nouvelle de la nature en peinture

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Pierre-Henri de Valenciennes (1750-1819)Pierre-Henri de Valenciennes (1750-1819)

    Pierre-Henri de Valenciennes étudie la peinture et le dessin à l’Académie royale de Toulouse de 1770 à 1771 suivant l’enseignement de Jean-Baptiste Despax, peintre d’histoire mais il fut essentiellement un peintre autodidacte. Après un premier voyage en Italie en 1769, à l’âge de 19 ans, en compagnie de son mécène, Mathias Dubourg, conseiller au parlement de Toulouse. A son retour, il se rend à Paris où il sera pour un temps élève dans l’atelier de Gabriel-François Doyen. De 1777 à 1784-85, il est en Italie, à Rome, d’où il effectuera divers excursions et voyages notamment au Moyen-Orient. Ce séjour sera crucial pour sa formation de peintre. A Rome, il s’agit pour lui de rechercher et mettre à jour la vérité cachée de la ville « et non pas un ramassis indigeste des monuments en tous genres » afin d’en restituer « l’histoire et non pas son roman ». Il s’entraîne pour ce faire à saisir la nature sur le fait et exécute pour ce faire de nombreuses études en plein air qui témoignent d’une sensibilité nouvelle devant la nature. Il donne ainsi une grande importance du travail sur le motif et préconise l’étude en plein air en préalable à la composition en atelier des compositions historiques qui étaient à la mode à l’époque. Il revient en France en 17851786  et se fixe à Paris. C’est là que se déroulera la plus grande partie de sa carrière. Il est admis à l’Académie de peinture en 1787 et obtient en 1805 une première médaille d’or au Salon où il va exposer régulièrement. Il ouvre son propre atelier où, entre 1795 et 1800, où il formera entre autres Jean-Victor Bertin et Achille Etna Michallon, eux-mêmes futurs maîtres de Corot, ainsi que Louis Étienne Watelet, louise-Joséphine Sarrazin de Belmont, Jean-Baptiste DesperthesLouis-François Lejeune et le premier peintre de panoramas français Pierre Prévost, en s’appuyant sur ses études de plein air comme base de son enseignement. Ses efforts seront couronnés par la fondation, en 1816, d’un prix du Paysage Historique à l’École royale des Beaux-Arts, prix plus tard supprimé, en 1863. 

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Les œuvres de la période italienne

Pierre-Henri de Valenciennes - Vue du couvent d'Ara Coeli parmi les pins

Pierre-Henri de Valenciennes – Vue du couvent d’Ara Coeli parmi les pins, 1780.

Pierre-Henri de Valenciennes - Le palais de Nemi, vers 1780

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P.H. de Valenciennes : galerie de quelques tableaux de la période italienne
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    Pierre-Henri de Valenciennes exerce également son influence comme théoricien et pédagogue. En Italie, il a étudié la perspective et donne des cours de perspective à l’École polytechnique. Il présenta ses idées dans son ouvrage  Éléments de perspective pratique à l’usage des artistes, suivis de réflexions et conseils à un élève sur la peinture et particulièrement sur le genre du paysage, publié vers 1800 et traduit en allemand en 1803. Il est nommé professeur de perspective le 14 juillet 1812, à lÉcole impériale des Beaux- Arts, succédant à Charles-Pierre Dandrillon. Il sera décoré de la Légion d’honneur. Il meurt à Paris le 16 février 1819, où il est enterré au cimetière du Père-Lachaise.
   On le considère comme un des précurseurs du paysage moderne. Il fut non seulement un artiste de grand talent, mais aussi un théoricien. Oublié quelques décennies après sa mort, Valenciennes exercera pourtant une profonde influence sur les générations suivantes, principalement en ce qui concerne l’art du paysage qui, de genre mineur qu’il était au XVIIIe siècle, deviendra à la fin du siècle suivant le lieu d’expériences esthétiques radicales.

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Les grands tableaux historiques

Nicolas Poussin - Paysage avec Orphée et Eurydice, 1650-1653

Nicolas Poussin – Paysage avec Orphée et Eurydice, 1650-1653

   La représentation à la mode à l’époque de Valenciennes est celle, qui n’avait pas évolué depuis Poussin, du « paysage historique » qui représente un événement historique qui se situe dans un environnement ancien que le peintre doit représenter tel qu’il était – ou que l’on imaginait qu’il était – à son époque. Dans le tableau présenté ci-après « l’éruption du Vésuve », Pierre-Henri de valenciennes s’est référé aux textes écrits par Pline le Jeune qui décrit la mort de son beau-père, Pline l’Ancien, lors de l’éruption du volcan.
    Mais cette référence au fait historique s’effectue moins de manière explicite par la figuration d’éléments historiques ou littéraires que par le traitement des éléments naturels du paysage. C’est dans ceux-ci que doivent être recherchés les supports du sens. « L’artiste ne fait pas alors le froid portrait de la nature insignifiante et inanimée, il la peint parlant à l’âme, ayant une action sentimentale, une expression déterminée, qui se communique facilement à tout homme sensible. » (PH de Valenciennes). 

Pierre-Henri de Valenciennes - l'éruption du Vésuve, 1813

Pierre-Henri de Valenciennes – l’éruption du Vésuve, 1813.

Pierre-Henri de Valenciennes - Orage en bord de mer, 1788

Pierre-Henri de Valenciennes – Orage en bord de mer, 1788

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P.H. de Valenciennes : galerie de quelques grands tableaux historiques
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Pierre-Henri de Valenciennes et l’étude de nature

    Vers 1800, une nouvelle préoccupation apparaît chez les peintres européens du paysage, celle de la représentation des phénomènes naturels éphémères ou transitoires de la nature. Lorsque un peintre peint un paysage, il est en effet confronté à la variation permanente de celui-ci en fonction de l’évolution des conditions atmosphériques.  C’est ainsi que d’heure en heure et parfois même de minute en minute, l’intensité et la direction des rayons lumineux varient, la densité et la forme des formations nuageuses se modifient sous l’action des vents, tous ces phénomènes influant sur la configuration des parties éclairées et ombrées, leur contraste, et l’expression des couleurs. Pierre-Henri de Valenciennes enseignait à ses élèves que le peintre ne dispose dans la journée que de deux heures pour fixer le spectacle de la nature et de seulement une demi-heure au lever et au coucher du soleil :

« il est bon de peindre la même vue à différentes heures du jour, pour observer les différences que produit la lumière sur les formes… les changements sont si sensibles que l’on ne peut plus reconnaître les objets… » 

   Dés lors les peintres ajouteront à l’art très codifié de la composition basé sur la maîtrise de la géométrie et de la perpective, l’art de la représentation ou de l’interprétation des effets naturels fugaces et pittoresques tels que les reflets de l’eau, la consistance des nuages, les variations de teintes et du luminosité des feuillages, la structure des formations géologiques mais le tableau est toujours construit à partir de « l’invention » (inventio), par laquelle l’artiste introduit un ordre dans la composition fondé sur la perspective centrale qui joue rôle essentiel : pour l’inventio, la nature est orientée vers le sujet qui la perçoit et, inversement, ce dernier constitue le fondement du paysage. On aborde ici le problème du paysage comme catégorie esthétique, tel que l’a par exemple défini le philosophe Georg Simmel par opposition à la nature en 1957 : le « paysage », construction d’une unité, ne naît que de la contemplation active d’un individu, de sa situation dans la nature.

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Pierre-Henri de Valenciennes - Paysage italien

Pierre-Henri de Valenciennes – paysage italien, date inconnue

Pierre-Henri de Valenciennes - Effet de nuages

Pierre-Henri de Valenciennes – Effet de nuages

Pierre-Henri de Valenciennes-L’île de Cézembe vue de St-Malo au soleil couchant.

Pierre-Henri de Valenciennes-L’île de Cézembe vue de St-Malo au soleil couchant.

Pierre-Henri de Valenciennes - étude d'arbres et de buissons, date inconnue

Pierre-Henri de Valenciennes – étude d’arbres et de buissons,

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