Du bist die Ruh – Schubert


« Du bist die Ruhe » (Tu es le calme) de Franz Schubert interprété par le bariton Dietrich Fischer-Dieskau : enregistrement de 1965

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You are peace,                         Du bist die Ruh,                        Tu es le calme
The mild peace,                       Der Friede mild,                       La douce paix
You are longing                       Die Sehnsucht du                     Tu es désir nostalgique,
And what stills it.                    Und was sie stillt.                    Et ce qui l’apaise

I consecrate to you                 Ich weihe dir                             Je te consacre
Full of pleasure and pain      [ Voll ] Lust und Schmerz       Mon œil et mon cœur
As a dwelling here                 Zur Wohnung hier                  Remplis de désir et de douleur
My eyes and heart.                Mein Aug ind Herz                   Pour que tu en fasses ta demeure

Come live with me,                [ Kehr win bei mir ]                 Entre chez moi
And close                                 Und schließe du                        Et tout doucement
quietly behind you                [ Still hinter dir                         Derrière toi,
the gates.                                 Die Pforten zu ]                         Ferme les portes à clé

Drive other pain                    Treib andern Schmerz            Chasse toute autre douleur 
Out of this breast                   Aus dieser Brust !                     De cette poitrine !
May my heart be full            Voll sei dies Herz                       Que ce cœur soit plein
With your pleasure.              Von deiner Lust.                        De ton désir.

The tabernacle of my eyes   Dies Augenzelt                           Cet œil
by your radiance                   Von deinem Glanz                     Eclairé par ton seul éclat,
alone is illumined,                 Allein erhellt,                            Oh, remplis le
O fill it completely !               O füll es ganz !                           Entièrement !

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     Et le même air enregistré lors d’un récital donné au festival d’Edimbourg en 1949 par la cantatrice anglaise trop tôt disparue Kathleen FerrierBruno Walter au piano.


Enfance : ravissement


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Julia Margaret Cameron – I wait, 1872 (photo recadrée)

Ravissement d’une âme d’enfant

     — Non, pour la musique, je ne dirais pas que j’ai éprouvé, jadis, quand j’étais enfant, un coup de foudre. Ça n’a pas été non plus une vocation. Ç’a été plus terrible et j’étais encore beaucoup trop petite pour que ce soit une vocation. C’est très proche d’une sensation de vertige panique. Mon père était musicien —  et pourtant cela ne concernait pas mon père. C’était comme dans l’angoisse. On a l’impression d’être engloutie par un tourbillon d’émotions dont on ne resurgira pas. On ne remontera pas. On coule. Il n’y a plus de bord. on ne retrouvera plus l’équilibre. Cela arrive quand on est très amoureuse. Pour moi c’est la définition. Sentez-vous ce vertige ? C’est le signe. L’abîme est là et il s’ouvre vraiment et il aspire vraiment. J’ai connu cette sensation totale, qui fait tomber corps et âme, une seule fois. J’étais vraiment petite. Je ne savais pas encore lire.

      Nous, les deux enfants, nous n’avions pas le droit de monter à l’étage de mon grand-père. […]
      Je fonce dans l’escalier, je fonce sur le parquet noir du couloir, je ne sais plus quel est le motif, je ne sais plus quel peut bien être le défi, j’ouvre la porte. Ils étaient tous les quatre en train de jouer. Cela faisait un bruit si intense. Plus fort que l’océan. Je n’avais jamais rien entendu d’aussi fort. Chacun avait son lampadaire auprès de lui. Chacun avait son pupitre en bois devant lui. Mon grand-père avait le visage couché sur son violon. Il était le plus vieux des quatre et il tenait les yeux fermés. Mon père  — qui avait tous les dons  — était capable de jouer n’importe quel instrument. Il devait tenir la partie d’alto. Personne ne m’avait entendue entrer. Ils jouaient quelque chose d’incroyablement rapide. Ils jouaient une œuvre bouleversante. Je pense maintenant que c’était du Schubert.

     Une jeune femme très belle, au violon, les yeux grands ouverts, face à moi, ne me voyait pas. Elle me souriait mais elle ne me voyait pas.
    C’était une tristesse trop grande, vertigineuse, qui ne cessait pas, qui même s’accroissait.
    Tristesse trop grande même s’il n’y a jamais de tristesse trop grande pour les petits. Les petits connaissent les terreurs qui sont les premières, les terreurs princeps, celles qui sont sans référence dans l’expérience, qui plus jamais ne se retrouvent sur leur chemin. Les pires. Les tristesses abyssales.
     Je restai assise par terre, le dos contre la porte. Toute la surface de ma peau était couverte de grains de poule. Tous mes petits poils à peine poussés d’enfant étaient hérissés. Je tremblais. Ce n’était pas du bonheur ou du malheur. Ce n’était pas psychologique. Je ne sais pas de quoi mon corps tremblait. je les ai écoutés jusqu’au bout. Quand tout a été fini, pendant qu’ils rangeaient leurs instruments dans les boîtes noires, je suis allée demander à mon grand-père  — lui parlant tout bas dans son oreille — si je pouvais venir les autres fois où ils joueraient.

     —  Si tu restes assise dans un coin bien sage comme tu l’as fait aujourd’hui, bien sûr, Éliane.

Pascal Quignard, Villa Amalia – édit. folio Gallimard, pp. 169 à171


Franz Schubert String Quartet : La Mort et la jeune fille, Second mouvement

     Une musique à la fois rapide, bouleversante et triste de Franz Schubert jouée par un quartet, je n’ai pas trouvé mieux que la Mort et la Jeune fille (Der Tod und das Mädchen) dans son deuxième mouvement…


Romantisme : dites le avec des fleurs – Retour à Gustave Roud et détour par Wilhelm Müller et Franz Schubert…

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Washington (Pentagone) - Manifestation en 1967 contre la Guerre du Vietnam - photographe Marc Riboud

Washington (Pentagone) – Manifestation en 1967 contre la Guerre du Vietnam – photographe Marc Riboud

     Le drame de Charlie Hebdo m’a saisi en pleine lecture de Gustave Roud (1897-1976), cet écrivain et poète vaudois qui n’est guère sorti durant toute sa vie de la ferme familiale où après la mort de ses parents  il vivait solitaire en compagnie de sa sœur dans le petit village de Carrouge dominant Lausanne et à partir de laquelle il sillonnait inlassablement les chemins de la région du Haut-Jorat qu’il aimait tant et qu’il a décrit admirablement dans nombre de ses écrits. Pour m’évader un peu de cette atmosphère déprimante et alors que le froid et la neige venaient de nouveau de faire leur apparition, je me suis un moment replongé dans la lecture de cet écrivain. Que penserait-il de cet événement, lui qui avait vécu comme dans un cocon dans la Suisse rurale, homogène et paisible des années d’avant et après guerre et qui s’intéressait surtout aux paysages, aux plantes, aux travaux des champs et aux hommes, vigoureux et fiers, qui les travaillaient ?

    L’ouvrage que j’ai parcouru est un petit recueil de 110 pages qui s’intitule Les Fleurs et les saisons et qui rassemble des textes épars de l’écrivain-poète écrits autour des années 1935 et 1942  et qui a fait l’objet d’une double édition en 1991 et 2003 par les éditions La Dogana à Genève. Quelques photographies prises par l’auteur accompagnent le texte.

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Campanule des Alpes

    Je vous livre le premier texte du recueil  intitulé Langage des fleurs dans lequel l’auteur, en introduction de son ouvrage, nous livre une véritable profession du foi concernant son rapport à la Nature. Pour Gustave Roud les plantes, les fleurs nous parlent… Elles s’expriment, s’adressent à nous par un langage mystérieux et secret que seule la poésie est capable de transcrire et de pouvoir répondre. Séparé des hommes par son homosexualité non assumée qu’il appelait pudiquement sa différence, Gustave Roud, pour compenser ses frustrations, reconstituait la société dont il était privé, avec les éléments du paysage au milieu duquel il vivait : collines, bosquets, arbres, fleurs étaient devenus pour lui des entités dotées d’une certaine forme de vie et d’esprit avec lesquels il pouvait dialoguer et à qui il prêtait des formes et des sentiments humains. Lors de ses longues promenades solitaires, sa sensibilité exacerbée faisait qu’il était constamment à leur écoute et ressentait profondément dans tout son être la présence de ces esprits. Cette forme d’animisme anthropomorphique transparait dans toute son œuvre et nous a donné des pages sublimes dans lesquelles sa communion de nature romantique avec la Nature – au sens où l’entendaient les romantiques allemands qu’il connaissait bien – s’exprime de manière bouleversante. Le plateau du Jorat se trouve à cheval sur la ligne de crête qui correspond à la ligne de partage des eaux entre le bassins fluviaux du Rhin au nord et du Rhône au sud. Ligne de partage des eaux qui est en même temps ligne de partage entre les mondes germanique et latin. On peut considérer à ce titre que l’œuvre littéraire et poétique de Gustave Roud, par la nature des thèmes abordés et la sensibilité exacerbée qui en émane, effectue la synthèse entre les deux cultures.

Gustave Roud (1897-1976)

Gustave Roud (1897-1976)

     Quel chœur de cuivres, ces pavots de juin où pose un instant mon regard au-dessus du feuillet, au-dessous d’une prairie sournoisement sapée par la faucheuse et deux chevaux de soie ! Et le vent chasse avec des bonds de chien berger tout un troupeau d’odeurs. Je puis toucher une rose, lire hors du verre bleu, dans cette molle mêlée de pétales désunis, le mystérieux langage des formes. Couleurs, parfums, présence formelle, qui ne les sait entendre ? Qui résiste à ce désir humain de leur suggérer un sens, d’en faire la figure et l’écho d’une passion, d’une pensée ? Nous vivons – quelques-uns vivent – depuis toujours de ces « correspondances ». Mais c’est d’un autre langage des fleurs que j’aimerais parler, un langage direct, sans « comme », sans la docilité du symbole, un appel soudain tout proche, déchirant, désespéré comme s’il savait déjà qu’aucune réponse ne peut lui être donnée.
     Je revois ce petit bosquet au flanc d’une colline desséchée jusqu’à son cœur de roc par une suite de soleils sans merci. Les fenaisons étaient finies ou presque : la terre sous l’herbe rase dure au pieds comme une dalle de ciment. Sur les collines de l’horizon, une chaîne de nuages bruns et roses… Quelle vacance du corps et de l’âme au cœur de ce désert ! Quel morne sentier pas à pas suivi vers cette tache de feuillage où l’ombre tiède, on le devine, ne dispensera nul repos ! Voici les premières branches, et sitôt écartées des poings et des genoux, la saisissante surprise d’une présence. C’est quelqu’un qui est debout sur la frange du sentier, quelqu’un qui attend, qui appelle, qui implore, tourné vers la trouée de jour où le paysage se liquéfie dans la fournaise. C’est une très haute campanule des bois couverte de cloches et de feuilles à demi flétries, la suppliante au nom de cette forêt qui halète de soif, tout près de périr elle-même, guetteur d’un impossible orage, véhément porte-parole au seuil du bois torturé.
    Porte-parole… J’ai choisi l’appel de cette campanule solitaire comme un cheminement vers quelque chose de plus mystérieux encore. Cet appel avait un objet tout de suite discernable, et si de tout un peuple végétal une plante seule parlait, c’est, avec la sienne, al souffrance de toutes qu’elle s’efforçait de traduire. On pouvait lui répondre, caresser les corolles de cette main même qu’on pose au front des fiévreux… Mais que répondre à l’appel d’autres fleurs ?
      Au chemin presque chaque matin suivi, mal éveillé de sa rosée et de son ombre fleur-de-lin derrière la tendre muraille de coudriers, de viornes, d’églantines, j’ai vu tout le long de mai les bancs de myosotis, immobiles entre le ruban de poussière et la paroi de feuilles, m’implorer d’un regard vague et poignant peu à peu vaincu par l’herbe grandissante. Toute arrivée humaine dans un jardin d’aube, par exemple, ne peut être qu’une intrusion et rompt aussitôt mille colloques de fleurs, mais là-haut c’était une atmosphère d’attente indubitable où je pénétrais, attente toujours déçue, puisque ma maladresse d’homme ne trouvait pas la parole attendue, et ne la trouvera sans doute jamais.
     « Eloignement infini du monde des fleurs », dit Novalis, en traduisant avec une netteté, une brièveté singulières une certitude que nous avons tous entrevu. Mais Novalis lui-même, bien avant Baudelaire, ne trouve-t-il point entre cet univers lointain et le nôtre mille précieuses correspondances ? Et cet autre langage des fleurs que nous essayons de faire pressentir, cette imploration timide, cet appel qui est aussi une plainte, s’il exige parfois pour être entendu certaine circonstances définies, une solitude assez profonde, une vacance quasi totale de l’esprit – en un mot : que l’on n’en fasse qu’à son cœur (et ce cœur n’est pas heureux) – je ne puis le croire imaginaire . Pourquoi le myosotis ne serait-il pas la fleur qui « dit son nom » à Rimbaud, au détour du sentier ? Ce nom, ce « ne m’oubliez pas », c’est lui qui l’a dicté aux hommes, depuis des siècles, depuis qu’on a pu lire confusément sa prière à chaque printemps recommencé.
    Il est difficile de parler de ces découvertes liées à des états de l’être exceptionnels et surtout fugaces, plus difficile encore de les rendre contagieuses. seul le poème, allusivement, y parviendrait, ou mieux encore un groupe de poèmes assez vaste pour qu’un climat poétique ait le temps de naître et de rayonner. Ces poèmes existent. Si la poésie souffrait d’être traduite, avec quelle joie nous tenterions de transcrire ici les lieds de la Belle Meunière, ceux du moins où parait le thème des fleurs – si tragiquement lié au thème de l’amour triomphant et bafoué, puis à celui e la mort ! Comme Schubert, dont la musique a rendu ses vers célèbres, Wilhelm Müller est capable de tout. Il est aussi de ceux qui n’en font qu’à leur cœur, et le cœur ne se tait point au long de ses chansons.

Les Fleurs et les saisons – Edit. La Dogana, 2003 – Langage des fleurs, p. 11 à 15.

myosotis alpestris - myosotis des alpes

myosotis des Alpes

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     Le poète Wilhelm Müller auquel fait allusion Gustave Roud à la fin de son texte est un un poète allemand auteur de nombreux textes à l’époque romantique. Il est surtout connu pour ses textes utilisés par Franz Schubert pour la composition de ses lieder (La Belle Meunière, Voyage d’hiver). Schubert a découvert « La Belle Meunière » en 1823, à l’âge de 26 ans, 5 ans avant sa mort. Il est si enthousiasmé par cette œuvre que l’année même de sa découverte, il choisit 20 des poèmes parmi le cycle de 25 écrit par Müller et les met en musique.
    Ces poèmes racontent l’histoire d’un jeune meunier qui, ayant terminé son apprentissage, quitte son maître et s’en va chercher sa première place. En descendant le cours d’un ruisseau, il arrive à un moulin et la fille du meunier, « Die schöne Müllerin », retient tout de suite son attention… Par chance, le meunier lui donne du travail auprès de cette aimable figure, et voila notre jeune homme tombant amoureux de la jeune fille. Après les incertitudes et les angoisses propres à l’amoureux, la belle meunière cède à ses avances, mais le bonheur sera de courte durée : un chasseur passant par là va attirer le regard de la jeune fille fille volage qui s’éprendra de lui et abandonnera notre apprenti meunier en proie à la jalousie et à la colère. Malgré cette trahison, le jeune homme ne parviendra pas à la haïre et lui pardonnera comprenant que l’amour éternel est impossible. Désespéré, le meunier va se promener le long le ruisseau devenu son fidèle ami et seul ami et confident.

    On comprend, au récit de cette histoire, pourquoi elle a autant séduit Gustave Roud qui y retrouvait les signes de sa propre désespérance et de la consolation que la Nature lui apportait. L’auteur connaissait les romantiques allemands et maîtrisait parfaitement la langue allemande pour avoir réalisé une traduction par ailleurs remarquée de Novalis. Bien que Roud déclare dans son texte que la poésie de Müller est « intraduisible » nous présentons ci-après la traduction française de trois des lieds mis en musique par Schubert dans lesquels il est question de fleurs. Nous ignorons le le nom du traducteur.

Wilhelm Müller et Schubert

Wilhelm Müller (1794-1827) et Franz Schubert (1797-1828)

Die schöne Müllerin

8-Morgengruss  (Bonjour du matin)

Bonjour, belle meunière !
Eh ! Pourquoi tourne-tu la tête,
Est-ce mon bonjour qui te fâche ?
Est-ce mon regard qui te trouble ?
Alors, faut-il que je m’en aille ?
Ô laisse-moi regarder ta fenêtre
De loin, rien que de loin,
Pour voir tes cheveux blonds
A la porte, comme une étoile du matin
Fleurs engourdies par la rosée,
Que craigniez-vous du soleil ?
La nuit a été si douce que vous en pleuriez ?
Levez le voile de vos rêves
Et offrez-vous, rieuses, au matin divin.
L’alouette grisolle là-haut,
Et du fond du coeur jaillissent souffrance et peine

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8-Morgengruss

Guten Morgen, schöne Müllerin!
Wo steckst du gleich das Köpfchen hin,
Als wär dir was geschehen?
Verdrießt dich denn mein Gruß so Schwer?
Verstört dich denn mein Blick so sehr?
So muß ich wieder gehen.

O laß mich nur von ferne stehn,
Nach deinem lieben Fenster sehn,
Von Ferne, ganz von ferne!
Du blondes Köpfchen, komm hervor!
Hervor aus eurem runden Tor,
Ihr blauen Morgensterne!

Ihr schlummertrunknen Äugelein,
Ihr taubetrübten Blümelein,
Was scheuet ihr die Sonne?
Hat es die Nacht so gut gemeint,
Daß ihr euch schließt und bückt und weint
Nach ihrer stillen Wonne?

Nun schüttelt ab der Träume Flor
Und hebt euch und Frisch und frei empor
In Gottes hellen Morgen!
Die Lerche wirbelt in der Luft,
Und aus dem tiefen Herzen ruft
Die Liebe Leid und Sorgen.

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Morgengruß de Schubert’s (Die schöne Müllerin) – Bariton : Olaf Bär, piano : Geoffrey Parsons, 1986.
Ce lied est celui que je préfère parmi ceux de la série composée par Schubert. J’ai choisi l’interprétation du baryton allemand Olaf Bär que je préfère à celle de Dietrich Fisher-Dieskau.

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9- Des Müllers Blumen (Les fleurs du meunier)

Fleurettes aux yeux bleus et brillants
Au bord du ruisseau cher au meunier.
Vous brillez comme les yeux de ma bien-aimée.
Juste sous sa fenêtre, je vous planterai.
Dans le calme de la nuit, vous l’appellerez
Et dans son rêve, vous lui chuchoterez :
«Ne m’oublie pas, ne m’oublie pas !»
Et au matin, quand elle ouvrira la fenêtre,
Jetez-lui un regard amoureux.
La rosée dans vos yeux sera mes larmes.

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10- Tränenregen  (Pluie de larmes)

Assis tous les deux au bord du ruisseau,
Nous contemplons ses eaux vives.
La lune s’est levée,et après elle les étoiles
Dans le miroir d’argent, je ne vois ni lune ni étoiles
Mais seulement son image et ses yeux.
Elle lève la tête et regarde les fleurs bleues
Le ciel tout entier sombre dans le ruisseau
Et m’appelle dans sa profondeur :
«Ami, ami, suis-moi !»
Alors mes larmes perlent, et rident le miroir.
Elle dit : «Il va pleuvoir ! Adieu ! Je rentre à la maison.»

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