Vertiges et révélations


William Blake - l'Ancien des Jours traçant le cercle du monde (1794) William Blake – l’Ancien des Jours traçant le cercle du monde (1794)

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      Parmi les thèmes les plus traités dans ce blog, celui portant sur le phénomène de « révélation » est l’un des plus importants et des plus fréquemment nommé. la rubrique ABCDaire qui recense et classe par ordre alphabétique les articles de ce blog (cliquer sur le tableau des thèmes présenté sous la photo d’en-tête) indique que 14 articles ont déjà été à ce jour consacrés à ce thème ou ont à voir avec lui  :

Révélation (apparition, rencontre, découverte, dévoilement, éclairement, illumination, irradiation, surgissement, épiphanie, divination, initiation, conversion, ravissement, envoûtement, enchantement, magie, sortilège, saisissement, rapt, captation, possession, emportement, ébranlement, vertige, extase, sentiment océanique).

L’appel du vide ou du néant

La conversion religieuse

la puissance magique de l’art

L’émergence soudaine du Cosmos

Le vertige métaphysique ou anthropologique.

Le vertige amoureux, le coup de foudre.

Voir aussi le thème Vertigo et ses annexes dans le tableau des thèmes.

Et aussi quelques morceaux musicaux et chantés qui me transportent et m’envoûtent…

  • « Vide cor meum » de Patrick Cassidy inspirée par la Vita Nuova de Dante.
  • L’adagio de la Symphonie n°5 de Gustav Mahler sous la direction d’Herbert von Karajan.
  • « Ich bin der Welt abhanden gekommen » (Me voilà coupé du Monde) de Mahler
  • « Du bist die Ruh » de Schubert chanté par Dietrich Fischer-Dieskau : « Une peinture étonnamment épurée d’une paix transcendantale ».
  • « La chanson de Solweig » d’Edvard Grieg interprétée par Anna Netrebko et le groupe électro Schiller.
  • « L’Adieu » (final du chant de la Terre) de Mahler interprété par Kathleen Ferrier sous la direction de Bruno Walter.

orantsReprésentations de l’Orant : à gauche gravure anthropomorphique de Los Barruecos en Espagne – au milieu, peinture rupestre del Pla de Petracos en Espagne (- 8.000 ans) – à droite, l’Orante sur une fresque de la catacombe de Priscille à Rome (IVe siècle). (images tirées d’un article de ce blog sur le peintre Hodler, c’est ICI)

Qu’est-ce qu’une révélation ?

     Selon la définition du philologue allemand Walter F. Otto, la « révélation » (Offenbarung) désigne chez l’être humain le phénomène « d’ouverture venant d’en haut, du surhumain sur l’homme; une ouverture qu’avec la meilleure volonté du monde il est incapable de se donner, qu’il ne peut que recevoir de la parole d’une autorité, avec gratitude et docilité ». Se penchant sur les liens profonds qui unissent la révélation et le mythe, Walter Otto poursuit en affirmant que celui-ci « n’est pas le résultat d’une réflexion, vu que la vérité qu’il contient et qu’il est n’a pas été conclue au terme d’une démarche de la pensée, une seule possibilité demeure : loin d’être saisi et appréhendé par l’homme, le mythe, à l’inverse, a saisi et appréhendé (voir ébranlé) l’homme lui-même (ce qu’atteste l’attitude immédiatement active (…) qui en résulte). La vérité ne devient donc pas manifeste à l’homme à la suite de ses propres investigations, elle ne peut se révéler qu’elle-même. » (Essai sur le mythe, p.55)

      Tout semble dit dans ce texte. La « révélation », ce sentiment puissant qui vous « appréhende » et vous « ébranle » ne provient pas, selon ce penseur de votre for intérieur, ou tout au moins, n’est pas contrôlé par vous. Tout au contraire, il s’impose à vous, venant d’en haut, ce qui signifie qu’il vous est imposé avec autorité par une entité supérieure à laquelle vous ne pouvez qu’obéir avec gratitude et docilité… C’est donc à un ravissement auquel nous avons à faire. La révélation agit comme le ferait un charme par un effet d’un sortilège qui annihile la volonté de celui qui en est frappé. On retrouve là tous les attributs du sacré tels qu’il a été défini par le compatriote homonyme de Walter Otto, le théologien Rudolf Otto dans son essai Das heilige (le Sacré) et vulgarisé plus tard par l’historien des religions roumain Mircea Eliade : Le sacré ne se contrôle pas, il se « manifeste » et s’impose à nous par un acte mystérieux transmettant quelque chose de « Tout autre » étranger à notre monde… Ajoutons que l’adhésion n’est pas toujours docile comme nous le présente Walter F. Otto qui faisait plutôt référence dans ses écrits à la conversion religieuse, n’oublions pas que le mot ravissement  issu du latin rapereentraîner avec soi », « enlever de force ») possède le double sens de « adhésion par subjugation » et d’ « enlèvement par la force ». La révélation peut aussi se manifester avec violence sous l’effet d’un choc déstabilisateur qui diminue les facultés de défenses du sujet.

Le 6 avril 1637, Coup de foudre de Pétrarque pour Laure de NovesLe 6 avril 1637, Coup de foudre de Pétrarque pour Laure de Noves

Le Caravage - Conversion de Paul de Tarse sur le chemin de Damlas, vers 1600.jpgLe Caravage – Conversion de Paul de Tarse sur le chemin de Damas, vers 1600

William Blake - The Great Red Dragon and the Woman Clothed in SunWilliam Blake – Le Dragon rouge et l’homme solaire, vers 1803

      Dans les articles qui suivront nous poursuivrons la réflexion commencée avec nos articles précédents sur la relation intrinsèque qui semble unir le phénomène de révélation — qu’elle soit artistique (expérience du «sublime», inspiration), sensuelle (coup de foudre) ou spirituelle (conversion) — avec les concepts de profane et de sacré et sur le rapport qui unit le sacré et le religieux. Doit-on considérer que le sacré est toujours de nature religieuse ou peut-on envisager la forme paradoxale d’un sacré qui serait de nature « laïque » ? Une réponse positive à cette question aurait pour effet de le réintégrer dans la dimension du profane… Pour tenter de répondre à ces questions, nous étudierons chez divers penseurs et artistes qui ont déclarés avoir vécu l’expérience de révélation le contenu qu’ils donnaient à ce phénomène et comment ils expliquaient son apparition.

      Peut-être avez-vous vous-mêmes fait l’expérience d’une révélation que vous voudrez nous faire partager…


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À la recherche du « sentiment océanique » – Romain Rolland et Sigmund Freud


article du 22 juillet 2016 complété le 21 nov. 2017

sentiment océanique

Pourquoi suis-je ici, sinon pour m’émerveiller ? – Goethe

Origine du concept de sentiment océanique

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    « Mais j’aurais aimé à vous voir faire l’analyse du sentiment religieux spontané ou, plus exactement, de la sensation religieuse qui est (…) le fait simple et direct de la sensation de l’éternel (qui peut très bien n’être pas éternel, mais simplement sans bornes perceptibles, et comme océanique).
      Je suis moi-même familier avec cette sensation. Tout au long de ma vie, elle ne m’a jamais manqué ; et j’y ai toujours trouvé une source de renouvellement vital. En ce sens, je puis dire que je suis profondément « religieux », – sans que cet état constant (comme une nappe d’eau que je sens affleurer sous l’écorce) nuise en rien à mes facultés critiques et à ma liberté de les exercer – fût-ce contre l’immédiateté de cette expérience intérieure. J’ajoute que ce sentiment « océanique » n’a rien à voir avec mes aspirations personnelles. (…) C’est un contact – Et comme je l’ai reconnu, identique (avec des nuances multiples), chez quantité d’âmes vivantes, il m’a permis de comprendre que là était la véritable source souterraine de l’énergie religieuse ; – qui est ensuite captée, canalisée, et desséchée par les Églises : au point qu’on pourrait dire que c’est à l’intérieur des Églises (quelles qu’elles soient) qu’on trouve le moins de vrai sentiment « religieux ». Éternelle confusion des mots, dont le même, ici, tantôt signifie obéissance ou foi à un dogme, ou à une parole (ou à une tradition), tantôt : libre jaillissement vital. »

Romain Rolland, lettre à Freud.

     Romain Rolland, dans cette correspondance avec Freud, reprochait à ce dernier, dans la critique de la religion mise en œuvre dans son ouvrage L’avenir d’une illusion, d’ignorer les vraies sources et la nature réelle des sentiments religieux qui naissaient d’un état d’âme, d’un désir fusionnel avec le monde et qu’il appelait « sentiment océanique ». Cette expression ramène aux philosophies et religions mystiques tendant à l’éveil spirituel (Zen, Vedanta, etc.) dont Romain Rolland était familier et qui font appel fréquemment à l’image métaphorique de l’océan représentant l’univers dans lequel se dissous la vague représentant l’individu. Pour Romain Rolland le monde possède une âme qui l’anime et cette animation est inspirée par la présence du « Dieu vivant » dont il disait avoir fait l’expérience « plusieurs fois, directement (de) son toucher de feu » qu’il distinguait du « Dieu d’histoire sainte » de l’institution. C’est cette âme universelle qui fait que l’univers n’est pas livré au chaos, que la nature est vivante et que ce libre jaillissement vital qui l’anime ne peut se réduire à la simple définition rationnelle fournie par les sciences. On retrouve cette anima Mundi dans la musique qui ouvre parfois la voie au sentiment océanique et dans le cas d’une symphonie Romain Rolland n’hésite pas à établir une analogie entre la singularité de chaque note musicale et l’âme de chacun des êtres peuplant le monde : « Une mer bouillonnante s’étend ; chaque note est une goutte, chaque phrase est un flot, chaque harmonie est une vague. […] C’est l’Océan de vie […]. Et cette mer de tendresse est toute pénétrée d’un soleil invisible, une Raison extasiée dans l’intuition sacrée du Dieu, de l’Unité, de l’Âme universelle. (…)  L’âme qui palpite en ces corps de musiciens ravis par l’extase n’est pas une âme, c’est l’Âme. C’est la vôtre, c’est la mienne, c’est l’unique, – la Vie. Ego sum Resurrectio et Vita… »


Sigmund Freud (1856-1939)

     Freud répliquera avec ironie à son « Grand ami océanique »  qu’en temps qu’ « animal terrestre », il n’avait pour sa part jamais ressenti ce sentiment dont il ne niait cependant pas l’existence chez certains individus et qu’il décrivait comme « un sentiment d’union indissoluble avec le grand Tout, et d’appartenance à l’universel », mais qu’il expliquait pour sa part par un effet de l’union narcissique primaire entre la mère et le petit enfant qui préside aux relations mère-enfant dans la petite enfance. C’est le sentiment de toute-puissance inculqué au bébé par la mère lorsqu’elle répond à ses besoins et les anticipe qui donne l’illusion à celui-ci qu’il est un être indifférencié qui se confond avec le monde. Par la suite l’enfant prenant peu à peu conscience de son autonomie, recherchera la protection paternelle pour se constituer en être autonome qui entretiendra des relations ambiguës, à la fois harmonieuses et  conflictuelles, avec le monde mais il restera toujours en son esprit  une nostalgie de sa toute-puissance initiale et du sentiment fusionnel avec le monde que la dépendance à la mère induisait. C’est cette nostalgie de cet état qui serait pour Freud à la source du sentiment océanique. Se relier (« religare ») avec le Grand Tout serait un mécanisme de défense en réponse à une angoisse existentielle et un moyen pour l’homme de dénier le danger dont le Moi perçoit la menace en provenance du monde extérieur.


     Dans sa contribution à un ouvrage paru sur le thème « Humanisme et religions, Albert Camus et Paul Ricœur » (Ed. Jean-Marc Aveline). La psychanalyste Julia Kristeva écrit que toute personne à l’écoute de son « for intérieur » éprouve le besoin de croire et le désir de savoir. Elle retrouve l’expression du besoin de croire dans deux expériences psychiques qui sont le « sentiment océanique » selon la définition qui en a été faite par Romain Rolland et « L’identification primaire avec le père de la préhistoire individuelle ». Voici ce qu’elle écrit au sujet du sentiment océanique :

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       La première (expérience) renvoie à ce que Freud, répondant à la sollicitation de Romain Rolland, décrit non sans réticences comme le « sentiment océanique » (Malaise dans la civilisation). Il s’agirait de l’union intime du Moi et du monde environnant, ressentie comme une certitude absolue de satisfaction,de sécurité, aussi bien que de perte de soi au profit de ce qui nous entoure et nous contient, au profit d’un contenant, et qui renvoie au vécu du nourrisson n’ayant pas encore établi de frontières entre son Moi et le corps maternel. Indiscutable et impartageable, donné seulement à « quelques uns » dont la « régression peut aller suffisamment loin », et cependant authentifié par Freud comme une expérience originelle du Moi, ce vécu prélinguistique ou translinguistique, dominé par les sensations, serait au cœur de la croyance. La croyance, non pas au sens d’une supposition mais au sens fort d’une certitude inébranlable, plénitude sensorielle et vérité ultime que le sujet éprouve comme une survie exorbitante, indistinctement sensorielle et mentale, à proprement parler ek-statique. Certaines œuvres esthétiques en témoignent : j’ai pu le constater en particulier chez Proust. Le narrateur fait état de rêves sans images (« le rêve du second appartement »), tissés de plaisirs et de douleurs que « l’on » « croît » (précise-t-il) innombrables, qui mobilisent l’extrême intensité des cinq sens et que seule une cascade de métaphores peut tenter de « traduire » : le récit de ces rêves se laisse interpréter comme un triomphe sur l’autisme endogène qui habite le tréfonds inconscient de chacun, selon la le psychanalyste Frances Tustin. L’écrivain serait-il celui qui réussit là où l’autiste échoue ?

Lever du soleil sur les Aravis vu des hauteurs dominant POISY – le 11/11/2014 à 7h 54 – photo Enki, IMG_6133
                   Ciel de gloire en Haute-Savoie – photo Enki

L’une de mes expériences de « sentiment océanique », c’est  ICI


 

Ressentir l’Âme du monde

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Ressentez-vous quelque chose ?

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le sentiment océanique ?     C’est ce qu’on éprouve devant ça !

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Pourquoi suis-je ici, sinon pour m’émerveiller ?
                                                        Johann Wolfgang Goethe

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L’envers du sentiment océanique : l’expérience du vide chez Jean Grenier

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JeanGrenierwiki

Jean Grenier (1898-1971)

Landscape - Photography by Cy Twombly

     « Les grandes révélations qu’un homme reçoit dans sa vie sont rares, une ou deux le plus souvent. Mais elles transfigurent, comme la chance. A l’être passionné de vivre et de connaître, ce livre offre, je le sais, au tournant de ses pages, une révélation semblable. Il est temps que de nouveaux lecteurs viennent à lui. Je voudrais être encore parmi eux, je voudrais revenir à ce soir où, après avoir ouvert ce petit volume dans la rue, je le refermerai aux premières lignes que j’en lus, le serrai contre moi, et courus jusqu’à ma chambre pour le dévorer enfin sans témoins. Et j’envie, sans amertume, j’envie, si j’ose dire, avec chaleur, le jeune homme inconnu qui, aujourd’hui, aborde ces îles pour la première fois… »          Albert Camus

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front_cover_large     Jean Grenier a fait paraître pour la première fois son essai Les Îles en 1933 et l’a réédité dans une version augmentée de plusieurs chapitres en 1959. Il y décrit sa relation avec son chat Mouloud et son errance réelle ou imaginaire dans diverses îles (îles Kerguelen, Fortunées, de Pâques et Borromées) et autres lieux auxquels l’auteur confère le statut d’«îles». S’y ajoute un chapitre sur l’Inde, pays dont il s’était épris de la culture et de la philosophie (il lisait le sanskrit). Pour Grenier, le voyage devait s’entreprendre « non (pas) pour se fuir, chose impossible, mais pour se trouver » et s’effectuait dans le domaine de l’imaginaire et de l’invisible plutôt que dans celui du réel car ce n’est pas par la dialectique que l’esprit peut espérer atteindre l’Absolu et la connaissance mais par l’intuition et par la révélation. Le voyage de Jean Grenier s’apparentera à une quête métaphysique qui révélera la solitude profonde de l’homme en ce monde dans la mesure où, dans son « impatience d’absolu »,  il apparait écartelé entre entre l’amour de soi et le désespoir. Cette vision pessimiste du monde a été relevée par son ami Albert Camus qui avait été son élève en cours de philosophie au lycée d’Alger lorsqu’il écrira : « Jean Grenier n’est pas un humaniste  » et opposera au pessimisme de son ami sa propre conception de la révolte et l’espoir.

Intensification de la vie et élargissement du champ des possibles

     Mais Jean Grenier rejoint Camus lorsque, face à son insatisfaction il  manifeste sa volonté de vouloir faire de sa vie quelque chose de différent  et de plus élevé que ce qui nous était proposé et pour cela de la placer sous les signes de la philosophie et de l’art : « La philosophie peut, lorsqu’elle est prise au sérieux, mettre à nu cette blessure qui est celle de la condition humaine, elle laisse souvent à l’art ou à la religion, ou aux deux à la fois, le soin de la guérir ».  Il s’agit pour chaque homme de se bâtir un lieu où il pourra élargir le champ des possibles et intensifier sa vie pour en faire une source de promesses et de réjouissance sans fin. Pour atteindre ce but, il s’appuiera sur les trois expériences fondatrices qui caractérisent sa pensée :

  • les expériences quasi mystiques d’extase ou de suspension de la conscience où le temps « semblait n’avoir ni origine, ni fin »)
  • ses attaches spirituelles chrétiennes et liées à l’Inde et à la Chine incluant le concept de vide.
  • le problème de la liberté et du choix et de leurs conséquences.

    Mais ce faisant, l’homme dérange l’ordre du monde et se trouve confronté  à son hostilité : « une fois que l’Être nécessaire est atteint, le monde ne voit pas seulement mise en jeu sa contingence, mais son existence; et la liberté du de l’homme… devient un scandale ». C’est dans cette opposition irréductible entre le monde et les désirs de l’homme expressions de « l’amour de soi » que réside le pessimisme fondamental de Jean Grenier.

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Expériences du vide

    Les textes qui suivent décrivent plusieurs expériences mystiques que Jean Grenier déclare avoir éprouvé. Sont-elles à ranger dans la catégorie des expériences spirituelles relevant du « sentiment océanique » défini par Romain Rolland et Sigmund Freud que nous avons présenté dans un article précédent (c’est ICI) ? Non, assurément, car alors que le sentiment océanique est décrit par ces deux auteurs comme un sentiment symbiotique d’intégration au Grand Tout représenté par la Nature et l’Univers, les expériences décrites par Grenier sont le plus souvent des expériences traumatisantes de rupture, de confusion et de chaos dans lesquelles se révèle le néant (5) & (6) ou de révélation de son propre Être (1). Même quand l’une des ces expériences fait référence à la vision harmonieuse et paradisiaque (7), cette vision est présentée alors comme le pendant d’une vision pessimiste abyssale où le sujet risque de s’engloutir.

Cy Twombly, Hero and Leander (To Christopher Marlowe) [Rome], 1985

Cy Twombly, Hero and Leander (To Christopher Marlowe) [Rome], 1985

Les Îles (Jean Grenier) – Extrait du chapitre  » Pourquoi voyager « 

       (1) – On vous demande pourquoi vous voyagez.
Le voyage peut être, pour les esprits qui manquent d’une force toujours intacte, le stimulant nécessaire pour réveiller des sentiments qui, dans la vie quotidienne, sommeillaient. On voyage alors pour recueillir en un mois, en un an, une douzaine de sensations rares, j’entends celles qui peuvent susciter en vous ce chant intérieur faute duquel rien de ce qu’on ressent ne vaut.
(… )
     On peut donc voyager non pour se fuir, chose impossible, mais pour se trouver. Le voyage devient alors un moyen, comme les Jésuites emploient les exercices corporels, les bouddhistes l’opium et les peintres l’alcool. Une fois qu’on s’en est servi et qu’on touche au but, on repousse du pied l’échelle qui vous a servi à monter. On oublie les journées écoeurantes du voyage en mer et les insomnies du train quand on est parvenu à se reconnaître (et par-delà soi-même autre chose sans doute), et cette « reconnaissance » n’est pas toujours au terme du voyage qu’on fait : à vrai dire, lorsqu’elle a eu lieu, le voyage est achevé.
     Il est donc bien vrai que dans ces immenses solitudes que doit traverser un homme de la naissance à la mort, il existe quelques lieux, quelques moments privilégiés où la vue d’un pays agit sur nous, comme un grand musicien sur un instrument banal qu’il révèle, à proprement parler, à lui-même. La fausse reconnaissance, c’est la plus vraie de toutes : on se reconnaît soi-même : et quand devant une ville inconnue on s’étonne comme devant un ami qu’on avait oublié, c’est l’image la plus véridique de soi-même que l’on contemple.

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La vie quotidienne (Jean Grenier) –  » L’évasion « 

     (2) – N’y a-t-il pas une porte dérobée par laquelle nous puissions nous enfuir ?
     Telle est l’interrogation que se posent tous les hommes, volontairement ou malgré eux.
     Quelle que soit la confiance que nous mettions dans la progression, elle ne remplace pas l’évasion. 

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Les Îles (Jean Grenier) – Extrait du chapitre Les Îles Kerguelen : « le secret »

     (3) – A côté de Venise qui s’ouvre sur la mer et s’étale au soleil, voici Vérone, fermée et impénétrable.
      Il y a toutes sortes de raisons pour que Roméo et Juliette se passe à Vérone plutôt qu’à Venise. Je ne veux retenir que celle-là .
       Quand j’habitais aux environs d’une vieille ville italienne, je suivais pour rentrer chez moi une ruelle étroite et mal dallée, resserrée entre deux murs très hauts . (On n’imagine pas la hauteur de ces murs en pleine campagne). C’était en avril ou en mai. A un endroit où la ruelle faisait  coude, une odeur puissante de jasmins et de lilas tombait sur moi . Je ne voyais pas les fleurs cachées qu’elles étaient par la muraille. Mais je m’arrêtais longuement pour les respirer et ma nuit en était embaumée. Comme je comprenais ceux-là qui enfermaient si jalousement ces fleurs qu’ils aimaient !
     Une passion veut des forteresses autour d’elle, et à cette minute j’adorais le secret qui faisait toute chose belle, le secret sans lequel il n’est pas de bonheur.

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Les Îles (Jean Grenier) – Extrait du chapitre  » L’attrait du vide « 

       (4) – La perfection, je le sais, n’est pas de ce monde, mais dès qu’on entre dans ce monde, dès qu’on accepte d’y faire figure, on est tenté par le démon le plus subtil, celui qui vous souffle à l’oreille :
       Puisque tu vis, pourquoi ne pas vivre ? Pourquoi ne pas obtenir le meilleur ?
       Alors ce sont les courses, les voyages…
       Mais quels beaux instants que ceux où le désir est près d’être satisfait.
       Il n’est pas étrange que l’attrait du vide mène à une course, et que l’on saute pour ainsi dire à cloche-pied d’une chose à une autre. La peur et l’attrait se mêlent, on avance et on fuit à la fois; rester sur place est impossible. Cependant un jour vient où ce mouvement perpétuel est récompensé:
        la contemplation muette d’un paysage suffit pour fermer la bouche au désir.
        Au vide se substitue immédiatement le plein.
      Quand je revois ma vie passée il me semble qu’elle n’a été qu’un effort pour arriver à ces instants divins...

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Les Îles (Jean Grenier) – Extrait du chapitre  » L’attrait du vide « 

     (5) – Il existe dans toute vie et particulièrement à son aurore un instant qui décide de tout. Cet instant est difficile à retrouver ; il est enseveli sous l’accumulation des minutes qui sont passées par millions par-dessus lui et dont le néant effraie. Cet instant n’est toujours pas un éclair. Il peut durer tout l’espace de l’enfance ou de la jeunesse et colorer d’une irisation particulière les années en apparence les plus banales. La révélation d’un être peut être progressive. Certains enfants sont si ensevelis en eux-mêmes que l’aube ne paraît jamais se lever sur eux, et l’on est tout surpris de les voir se dresser comme Lazare, secouant leur linceul qui n’était que des langes. C’est ce qui m’est arrivé : mon premier souvenir est un souvenir de confusion, de rêve diffus s’étendant sur des années. On n’a pas eu besoin de me parler de la vanité du monde : j’en ai senti mieux que cela, la vacuité.
        Je n’ai pas connu d’instant privilégié à partir duquel mon être aurait pris un sens, un de ces instants auxquels par la suite j’aurais rapporté ce qui m’avait été révélé de moi-même. Mais dès l’enfance j’ai connu beaucoup d’états singuliers qui n’étaient, pour aucun d’entre eux, des prémonitions mais des monitions. Dans chacun, il me semblait ( car peut-on employer d’autre mot que celui-là) toucher quelque chose situé en dehors du temps. Ma grande affaire aurait dû être de me demander ce que signifiaient exactement ces contacts, d’opérer un liaison entre eux, bref de faire comme tous les hommes qui veulent se rendre compte de ce qui se passe en eux, et le confronter avec le monde, transformer mes intuitions en système – un système assez souple pour ne pas stériliser ces intuitions. Mais au contraire j’ai laissé ces fleurs se faner l’une après l’autre. J’ai couru de l’une à l’autre – dans des voyages qui n’avaient guère d’autre but.

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Cy Twombly – composition

       Quel âge avais-je ? Six ou sept ans, je crois. Allongé à l’ombre d’un tilleul, contemplant un ciel presque sans nuages, j’ai vu ce ciel basculer et s’engloutir dans le vide : ç’a été ma première impression du néant, et d’autant plus vive qu’elle succédait à celle d’une existence riche et pleine. Depuis, j’ai cherché pourquoi l’un pouvait succéder à l’autre, et, par suite d’une méprise commune à tous ceux qui cherchent avec leur intelligence au lieu de chercher avec leur corps et leur âme, j’ai pensé qu’il s’agissait de ce que les philosophes appelent le « problème du mal ».
       Or, c’était bien plus profond et bien plus grave. Je n’avais pas devant moi une faillite mais une lacune. Dans ce trou béant, tout, absolument tout, risquait de s’engloutir. De cette date commença pour moi une rumination sur le peu de réalité des choses. Je ne devrais pas dire « de cette date » puisque je suis convaincu que les événements de notre vie – en tout cas les événements intérieurs – ne sont que les révélations successives du plus profond de nous-mêmes. Alors les questions de date importent peu. J’étais un de ces hommes prédestinés à se demander pourquoi ils vivaient plutôt qu’à vivre. En tout cas, à vivre plutôt en marge.
       Le caractère illusoire des choses fut encore confirmé en moi par le voisinage et la fréquentation assidue de la mer. Une mer qui avait un flux et un reflux, toujours mobile comme elle l’est en Bretagne où elle découvre dans certaines baies une étendue que l’oeil a peine à embrasser. Quel vide ! Des rochers, de la boue, de l’eau… Puisque tout est remis en question chaque jour, rien n’existe. Je m’imaginais la nuit sur une barque. Aucun point de repère. Perdu, irrémédiablement perdu ; et je n’avais pas d’étoiles.

Cy Twombly, Treatise on the Veil (Second Version), 1970, Oil-based house paint and wax crayon on canva,

Cy Twombly, Treatise on the Veil (Second Version), 1970
Oil-based house paint and wax crayon on canva

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Les Îles  (Jean Grenier) – Extrait du chapitre  » Le chat Mouloud »

     (6) – « J’évoquais cette fin d’après- midi lointaine où, adossé contre un mur, je vis l’arbre que je regardais fixement (un pommier) disparaître comme une tache qu’on enlève, m’entraîner avec lui et m’engloutir. »

Cy Twombly, Sans titre (Sperlonga), 1959 - peinture industrielle, pastel à l'huile et crayon sur papier

Cy Twombly, Sans titre (Sperlonga), 1959
peinture industrielle, pastel à l’huile et crayon sur papier.

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Les Grèves  (Jean Grenier) – Extrait de  » Jacques »; page 437

    (7) –  « Je retrouvais tout à coup en lui un certain accord entre une vision globale, un sentiment de l’immensité dans lequel je me sentais absorbé et perdu, et une harmonie qui me rendait la nature familière et accueillante, bref entre une sorte d’abîme qui risquait de m’engloutir et une sorte de paradis qui me réconciliait avec l’ensemble des choses et sauvegardait mon humanité .»

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Inspirations méditerranéennes (Jean Grenier) – Extrait 1

     (8) – « Il existe je ne sais quel composé de ciel, de terre et d’eau, variable avec chacun, qui fait notre climat. En approchant de lui, le pas devient moins lourd, le cœur s’épanouit. Il semble que la Nature silencieuse se mette tout d’un coup à chanter. Nous reconnaissons les choses. On parle du coup de foudre des amants, il est des paysages qui donnent des battements de cœur, des angoisses délicieuses, de longues voluptés. Il est des amitiés avec les pierres des quais, le clapotis de l’eau, la tiédeur des labours, les nuages du couchant.
     Pour moi, ces paysages furent ceux de la Méditerranée. »

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Cy Twombly (Am. 1928-2011), Trees, 1994

Cy Twombly – Trees, 1994

Inspirations méditerranéennes (Jean Grenier) – Extrait 2

      (9) – N’est-ce pas la définition de la Méditerranée : une brièveté qui suggère l’infini, comme un enfant d’une seule image fait un monde ?
     Et cette côte blanche qui s’étire sous nos yeux ajoute à cette pureté un charme un peu trop féminin, une odeur de miel qui sent l’Orient…
     …Quelque chose s’exhalait de ce paysage qui a pris toutes les formes dans les yeux et dans les cœurs.
      Mais qu’est-ce que ce « quelque chose » ? Je n’ose lui donner de nom.
      Est-ce après tant de siècles une voix que personne n’a entendue ?
      Qu’est-ce que j’aime donc tant ce paysage et dans quelques autres qui lui ressemblent ?
La majesté, la sérénité, l’harmonie ? Peut-être.
      Mais alors pourquoi aussi ce désir de jouissance, cette soif ? L’indifférence ?
      Mais pourquoi cette inquiétude comme une main qui s’agite  au moment du départ ?
       Et pourquoi tout cela compose-t-il ma félicité ?
      Peut-être est-ce justement le poids de toutes les formes passées, le contour de tous les désirs éteints qui errent sur ces terrasses. Cet absolu du sentiment, cette plénitude de vie auquel nous croyons toucher parfois n’est sans doute que le parfum d’un vase vide longuement caressé.
      Non pas des formes, mais des ombres.
      Non pas des voix, mais des échos.
Ce qui donne ici un certain vertige cérébral, c’est la cendre, tant de cendre accumulée et si fine sous une lumière impalpable.
    Le puits du passé est si profond que nous avons beau nous pencher, nous n’entendons pas résonner la pierre que nous avons jetée et nous restons là incertains, songeant aux étranges végétations agrippées aux parois, aux diverses fraîcheurs des terrains,  à l’eau qui peut être au fond…que sais-je ? peut-être attendant un appel.
     Un appel peut donc surgir de choses si différentes, si mortes irrévocablement l’une après l’autre et se confondre en une seule voix ?

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Extrait du livre d’Yves Millet, Jean Grenier, Une philosophie du vide

Yves Millet ) Jean Grenier, la philosophie du vide       « … mon premier souvenir est un souvenir de confusion, de rêve diffus s’étendant sur des années. On n’a pas eu besoin de me parler de la vanité du monde : j’en ai senti mieux que cela, la vacuité » [L.Î., 24]. Ce sentiment du vide, reconnu très tôt chez Grenier, évoluera. On peut en effet dire que selon les différents témoignages qu’il donne, ce sentiment passera d’un vide ressenti comme angoissant, dont l’analyse fera souvent référence aux textes de la métaphysique indienne, à un « vide-plénitude » dont la référence, exemplaire pour lui, est celle exprimée par les textes de la tradition taoïste. Ce passage, de la vastitude au vide, de l’étendue à la vacuité, connaîtra une étape intermédiaire : son séjour méditerranéen. Lorsque Grenier, « élevé dans un pays brumeux et froid », se reconnaît dans les paysages de la Méditerranée [I.M., 88], il y reconnaît un pays pour l’homme, fait à sa mesure, et peut ainsi croire pouvoir oublier ou fuir celui d’indifférence qui le façonna : cet Océan générateur d’inquiétude. Le jeune Grenier, presque à son insu, a comme subi la patiente et longue érosion des vagues, la limpidité des horizons disparaissants, celle du ciel regardé des heures durant dans l’insouciance et qui soudain s’efface. Lentement y ont cédé les certitudes et la volonté d’action. Lentement s’est creusé un vide à l’aune duquel chaque chose était mesurée et retombait dans l’indifférence, auprès duquel toute valeur ne pouvait s’entendre que dans sa pure relativité. L’in-quiétude répond à l’in-différence, de quotidienne elle devient métaphysique et les grandes questions s’y engouffrent sans trouver d’assises sur lesquelles échafauder une résistance, un choix, un parti pris. Grenier choisira l’exil. Plus exactement, Grenier concède qu’il n’a pas opté pour le départ mais que le sentiment du vide l’y a conduit naturellement, comme si ce manque avait ouvert une dynamique, comme si le vide obligeait au mouvement, à la recherche d’une plénitude : « Il n’est pas étrange que l’attrait du vide mène à une course (…) La peur et l’attrait se mêlent – on avance et on fuit à la fois ; rester sur place est impossible. » Les séjours entrepris seront donc aussi bien d’ordre géographique que d’ordre intellectuel, par l’intermédiaire de paysages aussi bien que par celui d’horizons philosophiques jusqu’au jour où, ajoute-t-il, « (…) ce mouvement perpétuel est récompensé : la contemplation muette d’un paysage suffit pour fermer la bouche du désir. Au vide se substitue immédiatement le plein » [L.Î., 29]. L’épreuve du vide est une épreuve physique, elle est le vécu d’un sentiment profondément concret qui délie chaque instance sur un fond d’indifférence, voue l’initiative à un suspens parfois tragique, parfois résigné, où une sensibilité détachée se partage entre scepticisme et déréliction. Ce déliement n’aboutirait qu’à un silence prostré si elle n’était en même temps – du moins est-ce le cas pour Grenier – le signe d’une ouverture. Il crée un appel et la distance que cette ouverture instaure au sein de l’œuvre qui s’écrit apparaît comme le résultat d’une soustraction laissant place à autre chose dont l’énigme suscite parfois la nostalgie.

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     Parmi les nombreux intellectuels occidentaux qui ont marqué un intérêt pour l’Extrême-Orient, le philosophe et écrivain Jean Grenier (1898-1971), offre un modèle qui ne ressort ni de l’exotisme littéraire ni de la recherche scientifique mais de l’expérience : celle du Vide. Multipliant les genres et les lectures, les voyages et les essais, il n’aura de cesse de répondre à cette expérience inaugurale. 
      Yves Millet est professeur au département d’études françaises, Hankuk University of Foreign Studies (Corée du Sud). Il est chercheur au CNRS, Architecture. Milieu. Paysage (AMP)/UMR 7218 CNRS LAVUE, France dans le domaine de la philosophie de l’art et de l’esthétique de l’environnement.

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Documentation et textes liés

  • Extrait de l’essai Les Îles (22 pages)  : c’est ICI

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