la forêt des sortilèges

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     C’est un coin de forêt qui marque sa différence. À cet endroit les bancs rocheux de molasse sont affleurantes au sol et la couche de terre et d’humus est réduite, les racines des arbres n’ont donc pu s’enfoncer profondément et se répandent à la surface du sol formant des entrelacs tourmentés à la façon des nœuds de serpents. Ce système racinaire qui court en surface n’offre que peu de résistance aux assauts du vent et de nombreux arbres abattus par les tempêtes jonchent le sol aujourd’hui tapissé de feuilles d’automne, livrés à la lente action de la désagrégation causée par l’écoulement du temps, les intempéries et la pourriture. Ça et là, se dressent des restants de souches et des moignons de troncs aux formes étranges sculptés par les insectes et les vers ainsi que des enchevêtrements de branches mortes qui forment des clôtures à l’allure maléfique. Les troncs des arbres encore debout portent les stigmates causés par les chutes de leurs voisins : branches arrachées dont l’ancienne naissance forment des globes oculaires qui semblent vous fixer ou des becs d’oiseaux menaçants, vide laissé par les plaques d’écorces décollées formant des motifs géométriques à l’allure de signes cabalistiques, blessures profondes ressemblant à des bouches autour desquelles la sève a façonnée au cours du temps comme des lèvres débordantes monstrueuses. Tout un bestiaire étrange se dresse autour de vous, agrippé aux troncs des arbres, tapi dans les bosquets ou fondu dans le paysage qui vous fixe. Il semble que toutes ces créatures et ces signes séparés ne sont que les expressions multiples d’une pensée ou d’une volonté unique, celle de cette partie de la forêt qui paraît tout entière vouée aux sortilèges.

paréidolies, signes, langages, messages

matinée du samedi 3 décembre – Forêt au pied du Semnoz – photos Enki

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Samedi 14 novembre 2015 au goût de cendre

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sur le plateau du Semnoz : Mont Blanc - photo Enki (IMG_2804)

sur le plateau du Semnoz – photos Enki

sur le plateau du Semnoz - photo Enki

     Après avoir passé une partie de la nuit et de la matinée qui avait suivie à écouter, horrifiés, les informations en boucle sur les évènement de Paris, nous avions décidé, pour échapper au profond sentiment de dégoût qui nous submergeait, de fuir vers les sommets, loin de la bassesse humaine. Sur la montagne du Semnoz, au-dessus du lac d’Annecy, le spectacle était comme à l’accoutumée, grandiose : sous un soleil d’été, le Mont-Blanc immaculé émergeait en majesté; du côté de la Savoie, des chaînes de montagnes bleutées se succédaient dans les lointains, à nos pieds des nappes de brumes ouatées se lovaient au fond des vallées et les pentes rivalisaient de couleurs sous les derniers feux de l’automne. Une impression de beauté romantique, de paix et de sérénité qui nous donnait à penser que la nature, toute entière absorbée par la tâche qu’elle s’était assignée de mettre un terme à l’été dans une apothéose de couleurs et de lumière et préparer l’arrivée prochaine de l’hiver, se montrait totalement indifférente aux péripéties que vivaient les fourmis humaines. Le peu de promeneurs qui erraient en ce moment sur le plateau sommital renforçait en nous le sentiment de solitude et nous permettait de mesurer le degré de notre insignifiance face à la grandeur et la majesté du paysage.

Sur le Plateau du Semnoz - photo Enki 2

Viva la muerte

      Nous ne pouvions néanmoins chasser de notre esprit que cette sérénité et cette magnificence, plus d’une centaine de personnes, des jeunes pour la plupart, amoureux eux aussi de la vie et de la beauté du monde ne pourront plus jamais les contempler, les ressentir, en jouir et s’en nourrir comme nous le faisions nous-mêmes et que des centaines d’autres, blessés, famille, amis, resteront marqués pour le restant de leur vie dans leur âme et dans leur chair par les blessures physiques et morales qui leur auront été infligées. Ceci, parce qu’une poignée de fous, de psychopathes fanatiques qui ne les avaient jamais rencontré, qui ignoraient tout de leur vie comme eux ignoraient tout de la leur, en avaient décidé autrement, en les choisissant au hasard dans la multitude humaine. Pour quelles raisons ? dans quel but ? Ils voulaient nous faire croire et se faire croire à eux-mêmes que c’étaient des raisons morales supérieures légitimées par la religion et la politique qui avaient armées leur mains criminelles. Nous savons qu’il n’en était rien, les seules motivations à l’origine de leurs actes ignobles relevaient de la pathologie mentale. Comme les exécutants des attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Casher en janvier dernier, ils n’étaient que des lâches habités par la haine des autres et le mépris d’eux-mêmes et qui, lassés et honteux de leur petite vie étroite et médiocre de spectateurs envieux et passifs du monde, privés de la volonté de se battre et de s’imposer pour se faire une place dans la société comme l’avaient faits dans le passé des millions d’autres avant eux, qu’ils soient immigrés, enfants ou petits-enfants d’immigrés, s’étaient arrogés le droit de vie et de mort sur leurs semblables et par un acte d’éclat insensé, pensaient se couvrir de gloire en rejoignant la cohorte sanguinaire des héros auto-proclamés d’Allah. Ils déclaraient agir pour la justice et leur religion mais ils n’avaient agi que par rancœur, jalousie et haine. Avaient-ils été seulement une fois dans leur vie mus par un sentiment de curiosité et d’admiration du spectacle du monde, leur cœur avait-il vibré au moins une fois devant les merveilles de la nature et de la vie ? Il faut croire que non car si cela avait été le cas, ils n’auraient pu de sang-froid abattre lâchement et de manière méthodique autant de jeunes gens de leur âge et se faire hara-kiri pour rejoindre le Paradis d’Allah. Ce n’étaient que des humains inaccomplis dénoués de sensibilité, de raison et de conscience qui, par leurs actes barbares et absurdes, se sont retranchés eux-mêmes de la communauté humaine. Ce n’étaient plus des êtres humains, ils étaient devenus des zombies, des morts-vivants qui avaient fait allégeance à la mort.

     Peut-on, doit-on, trouver des excuses à leurs actes en les expliquant par la ségrégation et l’injustice sociale dont certains se sentaient victimes ? Ce serait nier tout principe humain et devoir de responsabilité. Rien ne peut justifier la barbarie de tels actes qui constitue la preuve manifeste que leur situation défavorisée, si elle existait, résultait autant de l’injustice de la société que des faiblesses et des tares de leur personnalité propre. On sait aujourd’hui que de nombreux terroristes de la même mouvance ont effectué des études supérieures et étaient bien intégrés socialement à la société occidentale. Ce n’est donc pas pour résoudre leurs problèmes sociaux que ceux-ci avaient accomplis leurs forfaits, ce n’était que pour pouvoir épancher leur rancœur et leur haine et s’enivrer du sentiment d’exister quelqu’en soit le prix et le sens donné à cette existence, à la manière de ce grec de l’antiquité qui avait incendié le temple d’Artémis à Aphèse, l’une des sept merveilles du monde, pour acquérir la célébrité, tout comme aujourd’hui les barbares de l’EI détruisent et pillent aujourd’hui les merveilles archéologiques du patrimoine de l’humanité.

Qu’ils finissent en Enfer !

     Le Paradis d’Allah ? Mais si leur Dieu existait vraiment, comment pourrait-il ressembler à ce qu’ils l’imaginent… Seul des esprits malades et pervers peuvent imaginer qu’un dieu créateur ne peut être que sanguinaire, se complaire dans l’injustice et se réjouir du meurtre de victimes innocentes. Ce sont eux qui par leurs actes commettent un blasphème vis à vis de leur religion. Et quel aveuglement et folie  délirante révélatrices de l’étendue de leur frustration et leur perversité de croire que ce dieu pourrait récompenser des psychopathes auteurs d’actes aussi ignobles et contre nature en leur accordant la jouissance éternelle de « houris », ces « vierges aux grands yeux » à la virginité toujours renouvelée… Comment ce dieu pourrait-il infliger à des créatures au statut d’ange, la présence éternelle de monstres.  Nul doute que pour les châtier, ce serait eux qu’il livrerait pour l’éternité en enfer à des créatures de leur espèce et à des djinns.

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sur le plateau du Semnoz : la Bête de l’Apocalypse

    Tant de beauté ne pouvait nous faire oublier ces événements tragiques, ce n’était d’ailleurs pas le but assigné à cette promenade sur les hauteurs. Nous l’avions accompli dans un but de ressourcement après ce déferlement de barbarie mais pour ma part, je ne pouvais m’empêcher de retrouver tout le long de ma marche les signes  métaphoriques de  cette barbarie : troncs et souches d’arbres morts aux formes torturées évocateurs de bêtes apocalyptiques, compositions votives sur le sol, perspectives fantastiques constituant des appels vers l’infini, sol fangeux figé par la sécheresse, murs fissurés, volet de tôle rouillée percée d’un trou semblable à un impact de balle, pieux aiguisés en attente contre un mur, abreuvoir paraissant en lévitation évoquant un cercueil ou l’esquif des morts, eau croupie, trophées barbares, cynorhodons couleur de sang, tertre hérissé à son sommet de mas pointés vers le ciel, fosses-sépultures creusées le long du chemin et camping car argenté tel un corbillard en attente

Semnoz : la bête de l'Apocalypse - photo Enki (IMG_2840)

Semnoz : La Bête de l'Apocalypse, l'oiseau pilote - photo Enki (IMG_2848)

Semnoz : La Bête de l’Apocalypse, le rapace pilote

Semnoz : La Bête de l'Apocalypse - photo Enki (IMG_2860)

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Semnoz : la Bête rampante

Plateau du Semoz - la Bête rampante - photo Enki (IMG_2877)

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Prégnances…

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