Mes Deux-Siciles – Tempéraments volcaniques et sensualité


article publié une première fois le 11 février 2016 et remanié

les îles Eoliennes à l'horizon

Aimer et admirer

     « … A midi, sur les pentes à demi sableuses et couvertes d’héliotropes comme d’une écume qu’auraient laissée en se retirant les vagues furieuses des derniers jours, je regardais la mer qui, à cette heure, se soulevait à peine d’un mouvement épuisé et je rassasiais les deux soifs qu’on ne peut tromper longtemps sans que l’être se dessèche, je veux dire aimer et admirer.
      Car il y a seulement de la malchance à n’être pas aimé : il y a du malheur à ne point aimer. Nous tous, aujourd’hui, mourons de ce malheur…»

Albert CamusL’Été, extrait de Retour à Tipasa, 1952

   Adolescent, je me suis retrouvé un soir d’été, sur l’esplanade d’une petite ville de Calabre dominant la mer Tyrrhénienne — je pense que c’était Palmi — juste en face des îles Éoliennes, cet archipel composé de sept îles volcaniques dont seules deux d’entre elles, Stromboli et Vulcano, ont leurs volcans encore actifs. Derrière la ville se profilait les hauteurs du massif de l’Aspromonte, terre ingrate et sauvage qui avait vu naître ma grand-mère Rosaria mais qu’elle avait fait dû fuir pour échapper à la folie et la violence aveugle cumulée de la terre et des hommes. Mais ce soir là, c’était le calme et la sérénité qui dominaient et il semblait que tous les habitants de la ville s’étaient donné rendez-vous sur l’esplanade dominant la mer après avoir arpenté dans les deux sens la rue principale pour bénéficier de la fraîcheur du soir et du spectacle grandiose qu’offrait généreusement la nature. De belles filles brunes marchaient sagement en groupe,  se tenant parfois par la main, parlant fort et affichant un air faussement indifférent aux remarques que leur lançaient des garçons effrontés et moqueurs mais ceux-ci ne devenaient réellement entreprenants qu’auprès des déesses blondes scandinaves ou allemandes qui exposaient sans vergogne de généreuses portions de leur peau hâlée par le soleil. L’air était saturé d’une chaude moiteur, du parfum des bougainvilliers et d’éclats de voix et l’on ressentait dans l’âme et le corps comme une tension violente de nature érotique qui ne demandait qu’à se libérer à l’occasion d’un événement qui serait survenu soudainement, d’une vision, d’une rencontre… Il ne s’est rien produit ce soir là pour moi sauf qu’à l’heure du crépuscule j’ai vu vu le soleil rougeoyant sombrer lentement dans la mer bleutée et s’y perdre embrasant l’horizon derrière le chapelet d’îles dont l’une était surmontée d’un panache de fumée blanche. L’image de ces îles mythiques à la fois si proches et si lointaines est restée pour toujours ancrée dans ma mémoire et je m’étais promis de les aborder un jour, projet qui ne s’est toujours pas réalisé malgré que je sois retourné en ces lieux à plusieurs reprises. Je devais de nouveau contempler ce fabuleux spectacle à partir de la terrasse de la casa d’un cousin éloigné sur les pentes dominant Gesso, une petite ville de Sicile proche de Messine, la ville où était né mon grand-père Giuseppe et où ma mère Ina avait passé sa prime enfance. Au-dessus de la terrasse s’étendait la frondaison d’un figuier vénérable qui croulait sous les fruits, fruits que l’on cueillait paresseusement pour les déguster sans avoir pris la peine de nous lever de nos sièges; nous n’avions pour cela qu’à étendre simplement le bras au-dessus de nos têtes non sans avoir précédemment tâté les figues une à une afin de choisir les plus mûres et les plus juteuses. Croquer la chair tiédie par les rayons d’un soleil incandescent, à la consistance la fois douce et râpeuse, gorgée de sucs sucrés et goûteux qui se répandaient dans la bouche avait une dimension charnelle et intensément sensuelle. Ce n’est pas pour rien que les mots fica et figa désignent en italien vulgaire le sexe féminin et que le fruit défendu de l’arbre de la connaissance dans le récit du Livre de la Genèse est, dans la tradition juive, non pas la pomme mais la figue. Au hasard de mes lectures et des films que je visualise, ces souvenirs se ravivent et la nostalgie et l’imagination se déploient mais, le temps passant, je me demande s’il n’est finalement pas plus profitable de cultiver et maintenir vivant un ardent désir ancien plutôt que de le clore en voulant à tout prix le satisfaire. Nos actes manqués qui laissent libre cours au déploiement du rêve et de l’imagination sont parfois plus importants que les actes que nous avons accomplis…

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Stromboli et Vulcano – Au sujet de deux films tournés en 1949

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île Stromboli


     Le 6 avril 1949, Roberto Rossellini débute le tournage de Stromboli Terra di Dio avec l’actrice suédoise devenue sa maîtresse Ingrid Bergman qui joue le rôle de Karine, une jeune réfugiée lituanienne qui à la fin de la seconde guerre mondiale est retenue dans un camp en Italie pour avoir été la maîtresse d’un officier allemand. Sa demande pour gagner l’Argentine ayant été refusée, elle se résout totalement désemparée à épouser sans amour Antonio un jeune pêcheur italien originaire de Stromboli qui l’emmène dans son île mais avec lequel la barrière de la langue et la différence culturelle et sociale l’empêche de communiquer. A son arrivée dans l’île, Karine va être confrontée à une population méfiante, figée dans ses traditions, ses superstitions et ses préjugés. Le volcan violent et imprévisible est le deus ex machina qui rythme la vie des îliens et fait planer sur leur tête un danger permanent. C’est dans ce cadre oppressant renforcé par l’insularité que Karine va perdre pied et escalader une nuit le volcan dans une folle tentative d’échapper d’une manière ou d’une autre à son désespoir.

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Anna Magnani et Ingrid Bergman : la brune volcanique et la blonde éthérée


    Deux mois plus tard exactement, le 6 juin 1949, sur une autre île volcanique située à quelques km, la bien nommée Vulcano, un autre réalisateur, l’américain William Dieterle commence lui aussi le tournage d’un film dans lequel un volcan tient  un rôle déterminant avec l’actrice italienne au tempérament volcanique Anna Magnani, l’ex-maîtresse de Rossellini avec qui il avait tourné Rome, ville ouverte et qu’il avait quitté un an plus tôt pour filer le parfait amour avec la belle suédoise. Le problème était que Rossellini avait proposé dans un premier temps le rôle de Stromboli à Anna Magnani qui se sentant à juste titre flouée et humiliée avait récupéré le scénario original et s’était efforcée de sortir son film la première. Elle joue dans Vulcano le rôle de Maddalena, une prostituée qui vient de sortir de prison et qui est assignée à résidence dans son île natale « oubliée de Dieu » qui se battra pour regagner son honneur…. Les deux films tournés dans une ambiance paranoïaque sortiront tous les deux en 1950 et connaîtront chacun un cuisant échec. Les deux femmes n’auront finalement jamais l’occasion de se rencontrer…

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L’île de Vulcano avec le sulfureux Vulcano Fossa, le volcan le plus dangereux des îles Éoliennes


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Regards croisés

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Rénovation de la Casa Falk à Stromboli – LGB architetti

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la casa Falk dans l’île Stromboli

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La casa Falk après sa rénovation par le cabinet LGB architetti

Sotto al volcan – Casa Falk à Stromboli

    La casa Falk dans le quartier de Piscità à Stromboli, près du secteur du « Sciara del Fuoco » est la maison qui avait servi de décor pour le logis dans lequel habitait Karin (Ingrid Bergman) et le pêcheur italien qu’elle venait d’épouser, Antonio (Vitale) dans le film de Roberto Rossellini, Stromboli terra di Dio. Cette maison située sur les premières pentes du Stromboli (Sciara del Fuoco veut dire l’allée de Feu), admirablement placée face à la mer, juste au-dessus de la grotta d’Eolo, mais en très mauvais état avait été mise en vente par son propriétaire peu après le tournage du film.

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L’état de la maison en 1949, au moment du tournage du film. Au premier plan, Ingrid Beregman et Vitale

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Hans Falk (1918-2002)

     La maison a été dans un premier temps acquise, dans les années soixante, par le peintre et graphiste suisse Hans Falk qui l’a rénové de manière drastique en respectant toutefois les caractéristiques de l’architecture des maisons Éolliennes. Je n’ai malheureusement pas pu trouver de documents relatifs à cette première rénovation. Le peintre y a vécu  jusqu’en 1968 créant des œuvres abstraites inspirées des de l’île. Il utilisait comme matière première pour ses toiles et ses collages des matériaux trouvés dans l’ile : sable, chaux,  lambeaux de sacs de ciment et le roseau utilisés par les artisans locaux. La lave à la teinte anthracite, la craie et la chaux immaculées, les tiges des canisses lui inspiraient des images abstraites et de secoueurs inédites.  En 1968 il déménage à Londres où il se réconcilie avec l’expression figurative, puis gagne en 1973, New York, c’est dans ces deux villes qu’il atteindra une consécration internationale. En 1977-1978, l’artiste accompagne durant trois mois la tournée du cirque Knie et réalise plus de 1.000 dessins sur le thème du cirque. Après un court retour en Suisse et une période de voyage à l’étranger, Hans Falk retourne en 1987 dans sa chère casa de Stromboli où il continuera de peindre avec passion jusqu’à sa mort survenue en 2002.

Hans Falk - Stromboli, 1961

Hans Falk – Stromboli, 1975

    Dans cette oeuvre, censée être « non figurative », peut-on se permettre de discerner la masse blanche d’une façade se détachant du fond noir de la lave avec l’amorce d’un chemin tortueux se dirigeant vers la mer ? Mais le propre de toute œuvre d’art non figurative n’est-il pas  de permettre au spectateur de laisser son imagination se projeter dans toutes les directions et d’inventer lui-même le sujet de l’œuvre…

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Sotto al volcan : le projet de rénovation de la Casa Falk par le cabinet LGB architetti

      Cinq années après la mort de Hans Falk, en 2007, la maison est acquise par son propriétaire actuel, un collectionneur d’art et de meubles qui confie le projet de rénovation complète à l’architecte Giorgi Luciano du cabinet LGB architetti. Voilà comment l’architecte présente les principes qui ont conduit à la l’étude et la réalisation de son projet.

Giorgi Luciano (né en 1966)

Giorgi Luciano

     Nous avons choisi de mener une approche basée sur un processus de minimalisation et de simplification en cherchant à affirmer le caractère presque métaphysique de l’architecture induit par ses volumes géométriques abstraits aux ouvertures sculpturales et ses volumes éblouissants créés par ce blanc mystique qui compte comme du marbre gesso dans la lumière du jour.
   Le jardin de la propriété est entouré par les murs des maisons voisines, presque comme dans une « casbah », mais en même temps il offre une ouverture vers les deux éléments essentiels de l’île, la mer et la volcan. À l’intérieur des murs de la propriété, le rôle donné à l’espace ouvert est fondamental : après être entré dans la propriété par l’entrée principale, l’un des jeux du jardin méditerranéen qui agit comme un filtre entre l’extérieur et l’intérieur est de vous conduire par un défilé de terrasses, de patios et de sentiers pavés de pierres de lave sur les différents niveaux qui jalonne la liaison entre les différents bâtiments et la mer.
      La connexion au premier étage des maisons n’est possible qu’en utilisant les escaliers extérieurs d’origine, que nous avons décidé de maintenir. Notre choix des matériaux, inspiré par la situation antérieure, est radical. L’idée, qui a été immédiatement approuvée entre le propriétaire et moi-même, a été d’utiliser des matériaux fabriqués en Italie, d’origine locale, dont la pierre de lave provenant de la zone de l’Etna, du bois de châtaignier trouvé dans les forêts de Sicile et le « statuario », le marbre tiré des célèbres grottes de Carrare qui nous rattache à la célèbre tradition de la sculpture italienne ainsi que l’utilisation de bronze pour les fenêtres et les portes, qui ont été réalisées près de Venise, là où la vieille tradition de Carlo Scarpa reste un « must » de l’architecture contemporaine.
        La même pierre de lave des terrasses et chemins est également utilisée à l’intérieur des étages pour le revêtement de sol afin de le faire ressembler à une grande plate-forme grise qui permettra de souligner dans le même temps la connexion entre l’intérieur et l’extérieur. Sur les premiers étages le marbre « statuario » est également utilisé pour s’harmoniser avec les murs blancs afin de créer une sorte de boîte où lumineuse de clarté. Portes et fenêtres sont presque invisibles pour le spectateur en raison de la manière dont nous avons joué avec les murs, et étant en bronze, leur face extérieure s’oxydera naturellement.
     Dans les chambres, le mobilier fixe a été conçu par moi-même, et réalisé principalement à base de bois de châtaignier, d’aspect très neutre, ce qui permet au propriétaire de jouer avec une sélection raffinée d’objets anciens ou en édition limitée, de meubles et d’œuvres d’art.
     les premiers étages sont dédiés aux suites privées qui comprennent chacune une chambre et une salle de bains, avec terrasse privée et une vue imprenable sur la mer et le volcan. L’une suite possède une cheminée rugueuse extravagante faite de béton et pierre de lave, conçue à l’origine dans les années soixante-dix par le propriétaire précédent Hans Falk, et dont la forme rappelle le cou d’une girafe.
    Le rez-de-chaussée des quatre bâtiments sont principalement conçu comme de grands espaces communs : la cuisine à côté de la salle à manger, un studio-bibliothèque avec une cheminée, un salon avec un spa avec bain de vapeur et une grande salle de séjour, avec en face, d’un côté la mer et de l’autre côté, un patio verdoyant que nous réalisé en démolissant une partie du bâtiment, une décision assez radicale pour souligner l’objectif principal du projet : le luxe et la nature est quelque chose qui ne peut pas aller dehors.

Traduction modifiée par Enki

 

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     La représentation de la  casa Falk rénovée par le cabinet LGB Architteti a été magnifiée par  le photographe Tommaso Sartori, qui est l’auteur de la plupart des photos de la villa présentées ici, et qui a réussi à présenter l’architecture de la villa « en situation » avec les éléments naturels constitutifs du site, volcan, rochers, nuages, aménagements extérieurs.

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Vues de l’extérieur : environnement & façades

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Vues intérieurs : volumes, aménagement et décoration

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Tentative d’analyse de l’idéologie inductrice des choix architecturaux.

     Le modèle ayant conditionné les choix choix fonctionnels, architecturaux et décoratifs des architectes est le modèle de la maison rurale type des îles Éoliennes forgé au cours des siècles passés et qui a connu son apogée et son aboutissement fin XVIIIe-début XIXe siècle lors de l’amélioration des conditions de vie liées au développement du commerce entre les îles et leur environnement géographique. C’est à cette époque que les éléments fondamentaux constitutifs de cette architecture comme la terrasse recouverte d’une pergola rustique, la bagghiu, et les frontons des façades se sont sophistiqués par l’adjonction d’éléments architecturaux complémentaires à la fois fonctionnels et décoratifs comme les bisoli, ces bancs faïencés entre piliers et les frontons à volutes surmontés de pinacles. Ce qui est surprenant, c’est que ces évolutions se sont effectuées sur l’ensemble des îles de manière unitaire en référence à des modèles types acceptés et reconduits par tous. On est surpris aujourd’hui de voir, sur l’ensemble des îles, les propriétaires, anciens ou nouveaux, respecter le plus souvent ces modèles pour la rénovation de leurs maisons tout en faisant preuve d’imagination et d’une grande liberté de choix pour la réalisation et la mise en place de ces éléments constitutifs de leur architecture notamment dans le traitement des détails et des couleurs) et du mobilier qui l’accompagne. 

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Pot-pourri des aménagements contemporains de la maison éolienne : la réutilisation systématique des éléments constitutifs de l’architecture traditionnelle n’empêche pas la fantaisie et la liberté de ton.

Ainsi, on peut distinguer trois phases dans l’évolution de la maison éolienne :

  • la phase de définition et de fixation du modèle architectural de base que l’on qualifiera de primitif correspondant à la période d’activités économiques spécifiquement rurale et halieutique qui a précédée le XIXe siècle et où sont fixés les canons des techniques et de l’art de la construction. Cette période est une période de grande pauvreté, où l’économie de moyens est recherchée dans l’utilisation des techniques et des matériaux et la part des éléments décoratifs est réduite au minimum. On est en présence d’une architecture minimaliste où l’ensemble des éléments constitutifs qui feront l’originalité de l’architecture éolienne sont présent mais de manière frustre, sans aucunes fioritures. Ce qui compte alors, pour les habitants, c’est la satisfaction des besoins suscités par la vie domestique et le travail agricole, au moindre coût en matière d’investissement et de temps passé. Les deux gravures présentées ci-après expriment bien cet aspect des choses : la terrasse couverte qui prolonge à l’extérieur le volume intérieur, le bagghiu, est réalisé de manière rustique avec une grande économie de moyen. les sièges aménagés entre les piliers de pierre support de la pergola,, les panerà, ne sont que blocs de pierre ou des murets bas mal dégrossis. Son sol est graveleux et encombré des objets nécessaires à l’exploitation agricole. On ne retrouve aucun des éléments décoratifs qui flatteront l’œil et amélioreront l’habitabilité et le confort de vie.

Casa a Serra

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  • la seconde phase est celle qui à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle correspond à l’amélioration des conditions de vie par le développement du commerce et la multiplication des échanges matériels et humains avec le continent et la Sicile. Les îles s’ouvrent au monde et le monde découvre cette poignée d’îles singulières et pittoresques. Une certaine aisance apparaît chez certaines familles qui vont alors chercher, à l’échelle des moyens limités que peuvent offrir les îles,  à imiter le modèle aristocratique et bourgeois. C’est de cette époque que datent les traitements sophistiqués des « bisoli« , ces sièges de pierres placés entre les « pannerà » dont la liaison avec ces derniers sera réalisé en forme de courbe d’adossement et qui seront revêtus de carreaux de céramiques. C’est également à cette époque qu’apparaîssent le traitement en « dentelle » du sommet des murs de façade et l’apparition à leurs angles, de pinacles et de clochetons décoratifs et le revêtement systématique des murs de pierres des façades par un enduit blanc immaculé ou teinté de couleurs vives. Des pièces ou espaces nouveaux sont aménagées comme la salle de bain et la cuisine en remplacement du coin réservé au cufularu (nom de lancine foyer).

Bagghiu, Pulera et Bisoli

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maison à Stromboli, 1999 – photographie Dominique Bollinger

    On peut considérer que la phase actuelle de rénovation de l’habitat existant et de développement des constructions nouvelles n’est que le prolongement de cette phase d’évolution expansive et de complexification du modèle architectural primitif pour le faire répondre, sur les plans pratique et idéologique, au modèle bourgeois qui n’est lui-même qu’un avatar appauvri de l’architecture aristocratique. 

  • Une troisième phase d’importance beaucoup plus restreinte est celle apparue à la fin du XXe siècle qui correspond à une démarche intellectuelle et artistique que l’on qualifierait d’élitiste visant à revenir à la simplicité formelle du modèle primitif en épurant les formes et éliminant le superflu. C’est par l’exaltation de la pureté et de l’austérité du modèle primitif qu’on va sublimer l’architecture et lui conférer un caractère presque sacré.

     L’architecte Giorgi Luciano, dans sa notice explicative de la démarche employée pour concevoir son projet, insiste sur cette recherche du minimalisme et de la « simplification » et utilise un vocabulaire mystique  : il est question notamment de « caractère presque métaphysique de l’architecture induit par ses volumes géométriques abstraits aux ouvertures sculpturales », de « volumes éblouissants créés par ce blanc mystique ». Très peu de meubles, de couleurs et de parements faïencés dans cette architecture qui, s’ils étaient employés risqueraient de rivaliser avec l’essence même de la forme et l’amoindrir, car ce qui compte vraiment dans cette architecture, c’est moins la forme elle-même que l’idée que l’on s’en fait et que l’on veut exprimer et magnifier. Comme l’écrit l’architecte, il s’agit de créer les conditions d’une atmosphère mystique propice à l’adoration de la forme ramenée à son état le plus pur.

 Déesse Artémis, vers 520 av. JC aux couleurs reconstituées     À l’instar des esthètes qui préfère la statuaire grecque ramenée à sa matière brute après que l’usure du temps l’ait débarrassé de son habillage polychrome à la statuaire multicolore authentique d’origine, les zélateurs de cette démarche veulent élever la « machine à habiter » , comme l’avait qualifié Le Corbusier, jusque là vivante et évolutive qu’était la maison éolienne à une œuvre d’art figée, certes productrice de sens, mais d’un sens artificiel très éloigné du sens pratique qui était jusque là prosaïquement attaché à une maison d’habitation. Le nouveau propriétaire de la casa Falk rénovée par le cabinet LGB architetti est un collectionneurs d’art et de meubles anciens qui ne pouvait apparemment considérer son lieu d’habitation que comme étant lui-même une œuvre d’art à exposer et à contempler.

     Si l’enveloppe architecturale de la maison doit rappeler jusqu’à l’excès le modèle rural primitif, il n’en est pas de même des revêtements intérieurs tel le carrelage qui n’est pas constitué de pierres de laves issues du volcan tout proche mais de marbre de Carrare plus à même de susciter l’ambiance « métaphysique » et « mystique » recherchée. De même les menuiseries ont été réalisées en bronze façon ancienne et le mobilier comporte des meubles anciens uniques ou de création contemporaine mais à production restreinte. Paradoxalement et en rupture avec l’idée initiale de minimalisme et de simplification, l’affirmation, dans le choix des objets d’accompagnement d’un luxe exacerbé poussé à l’extrême apparait comme l’un des moyens d’atteindre l’Unique et la Perfection. On en n’est pas à une contradiction près…

    Le problème se pose de savoir si au delà de la satisfaction de son égo, aussi démesuré soit-il, il est possible de vivre confortablement, de manière naturelle et sereine, dans une œuvre d’art…

Enki sigle°

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février 2016

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Casa Falk à Stromboli – Retour sur un tournage


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Casa Falk, La Sciara del Fuoco à Stromboli

     La Casa Falk est la maison rénovée par le cabinet LGB architetti de la masure dans laquelle Karin (Ingrid Bergman) et son mari Antonio (Mario Vitale) habitaient dans le film de Roberto Rossellini, Stromboli terra di Dio, tourné en 1949 dans l’île Éolienne de Stromboli.


Stromboli terra di Dio : l’amour, c’est du cinéma…

Ingrid Bergman (1915-1982)« J’ai vu vos films « Rome, ville ouverte » et « Pais », et je les ai beaucoup aimés. Si vous avez besoin d’une actrice suédoise  qui parle très bien anglais, qui n’a pas oublié son allemand, qui n’est pas très compréhensible en français et qui, en italien, ne sait dire que « Ti amo », je suis prête à venir faire un film avec vous. » – Lettre d’Ingrid Bergman reçue le 8 mai 1948 par Roberto Rossellini.

Tournage du film Stromboli Terra di Dio - Karen (Ingrid Bergman) descend l'escalier avec Antonio

Tournage du film Stromboli Terra di Dio – Karen (Ingrid Bergman) descend l’escalier avec Antonio (Mario Vitale)

     Fin mars 1949, Ingrid Bergman quitte Hollywood, laissant derrière elle son mari, le neuro-chirurgien Petter Aron Lindström qu’elle avait épousée 12 années plus tôt et sa fille Pia alors âgée de 11 ans et gagne Rome. Roberto Rossellini, quant à lui a engagé le divorce avec sa première femme. Des groupes religieux, des associations féministes, des politiciens et la presse américaine et européenne se déchaînent alors contre le couple adultère.

       Le 6 avril 1949, Roberto Rossellini débute le tournage de Stromboli Terra di Dio avec l’actrice suédoise devenue sa maîtresse Ingrid Bergman et déjà enceinte qui joue le rôle de Karin, une jeune réfugiée lituanienne qui à la fin de la seconde guerre mondiale est retenue dans un camp en Italie pour avoir été la maîtresse d’un officier allemand. Sa demande pour gagner l’Argentine ayant été refusée, elle se résout totalement désemparée à épouser sans amour Antonio un jeune pêcheur italien originaire de Stromboli qui l’emmène dans son île mais avec lequel la barrière de la langue et la différence culturelle et sociale l’empêche de communiquer. A son arrivée dans l’île, Karin va être confrontée à une population méfiante, figée dans ses traditions, ses superstitions et ses préjugés. Le volcan violent et imprévisible est le deus ex machina qui rythme la vie des îliens et fait planer sur leur tête un danger permanent. C’est dans ce cadre oppressant exacerbé par l’insularité que Karin va perdre pied et escalader une nuit le volcan dans une folle tentative d’échapper d’une manière ou d’une autre à son désespoir.

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Stromboli – Ingrid Bergman (Karin) et Mario Vitale (Antonio)

       A son arrivée dans l’île de Stromboli, Karin prend conscience qu’il lui sera impossible de vivre dans cet endroit d’autant plus qu’Antonio les installe dans une pauvre masure décrépie sans aucune commodité ni confort.

Maison du tournage de Stromboli

Nadine de Rothschild devant la maison du tournage

      Nadine de Rothschild dans son roman biographique Sur les chemins de l’amour (Robert Laffont) est venue se recueillir sur les lieux où a eu lieu le tournage. voici ce qu’elle écrit au sujet de la masure où Karen et Antonio sont censés vivre dans le film : 

     « La maison qu’Ingrid-Karin habite dans le film est au bout d’une ruelle qui descend vers la mer. Malgré son état de décrépitude — pire que dans le film, c’est dire ! —, je reconnais aussitôt la porte qui ouvre sur la terrasse au premier étage, les petits murets qui délimitent le jardin, les fenêtres où Karin contemple désespérément la mer. Le volcan s’élève juste derrière, et sa silhouette a quelque chose d’inquiétant. La maison est aujourd’hui à vendre, huit cent mille euros, ce qui est cher pour une ruine, mais l’endroit est historique…
     Mon pèlerinage n’est pas fini. il me reste un dernier décor à découvrir. Et celui-là est naturel. À cinq minutes de ces maisons, un petit chemin escarpé descend à travers les rochers vers une crique et la fameuse Grotta di Eolo… Non seulement Ulysse y est venu, mais aussi Ingrid Bergman ! C’est ici qu’elle retrouve le gardien de phare le beau Mario Sponza, et qu’elle le séduit. Grâce à l’argent qu’il lui donne, elle croit pouvoir s’enfuir. Je revois parfaitement la scène, tandis que je foule le sable noir et brillant, comme semé de petits diamants. Assise sur une pierre volcanique, à l’entrée de la grotte, je prends le temps de souffler et me laisse aller à mes pensées.
    Stromboli est double, et c’est là tout son charme. L’île peut être le plus paradisiaque des cadres et aussi le plus angoissant. sans doute est-ce là le propre des îles. On rêve tous d’une île déserte, parce que cela signifie échapper à la foule et à la réalité matérielle, mais en même temps cet isolements st dur à supporter. Surtout quand il y a un volcan qui gronde en permanence… Cela ne favorise pas la sérénité. en choisissant cet endroit pour à la fois tourner son film et vivre son histoire d’amour, Roberto Rossellini prenait un gros risque. Il est déjà difficile de mêler travail et vie privée, alors dans ces conditions… Peut-être était-ce là le moyen de tester Ingrid, de la bousculer et de la débarrasser de tous ses oripeaux hollywoodiens… Mission réussie : elle en sort grandie »

Tournage du film Stromboli Terra di Dio - Karen (Ingrid Bergman) monte l'escalier.png

     La masure qui a servi de décor pour le film de Rossellini et que Nadine de Rothschild décrit avec commisération est un exemple typique de l’architecture rurale des îles Eoliennes. Elle se situe dans le hameau de Piscita sur la zone de La Sciara del Fuoco, une coulée de laves descendue du volcan jusqu’à la mer.

Quartier de Piscità

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Emplacement de la maison dans le hameau de Piscita

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le quartier de  Piscita  la zone de La Sciara del Fuoco (l’allée de Feu) où se situe la masure

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les femmes du quartier avec la maison en arrière-plan


Extrait du film montrant Karin, filmée complaisamment par Rossellini, errant dans le village


Ingrid Bergman (Karin) dans le site, pot-pourri de photos (crédit au site stromboli-fil.skyrock, c’est  ICI ). Pour relier ces photos à l’architecture rurale traditionnelle des îles Éoliennes, voir l’article de ce blog intitulé La maison traditionnelle des îles éoliennes, c’est  ICI. (Cliquez sur les photos pour les agrandir)


la maison traditionnelle des îles éoliennes (Italie du sud)

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Les îles Éoliennes vues d’avion

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     Les îles Éoliennes (Isole Eolie en italien) ou îles Lipari du nom de la plus grande île forment un ensemble de dix sept îles volcaniques dont sept seulement sont habitées et trois accessibles aux automobiles. Elles se situent dans la mer Tyrrhénienne au nord de la Sicile et à l’ouest de la Calabre. L’archipel est rattaché administrativement à la Sicile  et est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2000. L’économie est aujourd’hui tournée principalement vers le tourisme.

Les sept îles principales habitées sont par ordre d’importance:

  • Lipari, 10.554 habitants, dont Lipari est la capitale et qui possède des carrières de pierre-ponce.
  • Salina, 2.300 habitants, ainsi nommée à cause de ses exploitations de sel.
  • Vulcano, 717 habitants, dont le volcan est toujours actif et qui possède des bains de boue sulfureuse.
  • Stromboli, 420 habitants, dont le volcan est également actif mais de manière importante.
  • Panarea, 280 habitants, de faible superficie (3,4 km2)
  • Filicudi, 250 habitants, qui comporte pas moins de 6 volcans éteints
  • Alicudi, 150 habitants, l’île située le plus à l’ouest.

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    La légende veut que le nom de l’archipel soit issu du nom d’Eole qui, dans la mythologie grecque, est considéré comme le maître des vents bien que les faits attachés à son nom soient assez confus puisqu’il existe dans la mythologie trois personnages portant ce nom : Éole, fils d’Hippotès, cité par Homère dans l’Odyssée comme ayant accueilli Ulysse, Éole, fils d’Hellen, ancêtre des Hellènes et Éole, fils de Poséidon et frère jumeau de Béotos, ancêtre des Béotiens.

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Vulcano – Le repos d’Eole

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Un passé tourmenté

    Victime pendant de nombreux siècle des raids de pirates barbaresques, les maisons îlliennes se sont d’abord implantées loin du rivage dans des endroits difficile d’accès aisément défendables. C’est ainsi qu’en 839, Lipari est investie par des troupes musulmanes et ses habitants massacrés ou emmenés en esclavage, fait renouvelé en 1544 par le célèbre Barberousse, un renégat chrétien qui s’est mis au service des Turcs.  L’aspect blanc immaculé qui constitue l’une des caractéristiques de l’architecture des îles n’était alors pas de mise, il convenait plutôt de ne pas être visible et se fondre dans le paysage. Ce n’est qu’après le retour de la paix, à partir du XVIIe siècle, que les maisons ont commencées à s’implanter sur les plaines et douces pentes des bords de mer pour des raisons fonctionnelles liées à la pratique de la pêche et au développement du commerce avec le continent et la Sicile mais aussi pour des raisons pratiques et d’agrément.

264 ans d’occupation musulmane

     Après leur victoire de 827 à Capo Granitola contre les troupes byzantines qui occupaient alors la Sicile, l’armée musulmane occupa tout le sud de la Sicile mais il faudra attendre l’année 878 pour que Syracuse tombe à son tour et 965 pour que la dernière place forte que les byzantins tenaient sur l’île, Rometta, soit investie après un siège de deux années. Cette occupation durera jusqu’en février 1061, année du débarquement des normands Robert et Roger Guiscard dans l’ile et de leur prise de Messine. Palerme tombera en 1072 après 241 années d’occupation musulmane et la dernière ville encore tenue par les musulmans, Noto, tombera en 1091. Les musulmans avaient fait de Palerme, conquise en 831, leur capitale; sous la dynastie des Kalbites qui avaient pris le pouvoir en 947, la ville comptait 350.000 habitants, ce qui en faisait la deuxième ville la plus importante d’Europe derrière Cordoue qui en comptait 450.000. Les îles Éoliennes situées entre 50 et 80 km de la côte sicilienne tombèrent sous la domination des musulmans au moment où ceux-ci contrôlèrent le détroit de Messine. la population presque entière fut massacrée ou réduite en esclavage.

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Constructions du bord de mer dans l’île de Stromboli

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Une architecture méditerranéenne influencée par la culture musulmane

un village de l'île de Stromboli    Lorsque par bateau, on se rapproche des côtes de la Sicile et des îles qui l’entoure et que l’on voit apparaître les villages et les groupes d’habitations qui s’accrochent sur les flancs des montagnes et des volcans, on est surpris de leur ressemblance avec les constructions urbaines du Magreb voisin. Les maisons sont constituées d’un agglomérat de volumes cubiques à toitures terrasses qui se développe sur un à deux niveaux et sont disposées sur la pente de telle manière  que chaque maison possède une vue dégagée sur la mer. Les maisons peuvent être isolées ou groupées en bordure de ruelles étroites qui montent à l’assaut des pentes en zigzag. Cette architecture renvoie sur le plan généalogique à la maison gréco-romaine antique, au modèle des premières installations islamiques en Mésopotamie et en Égypte et aux constructions archaïques berbères de l’Afrique du Nord qui sont à l’origine des Kasbah et des Ksours, ces ensembles de maisons en terre des zones désertiques d’Algérie et du Maroc.

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Maison typique de l’île Lipari

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maisons sur l’île de Panarea : le décrochement sur la pente permet la préservation des vues

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Maison dans l’île de Panarea

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La structure de base de la maison

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   La conception de la maison s’établit à partir d’un système modulaire qui permet, selon les besoins, la juxtaposition ou la superposition d’éléments cellulaires cubiques.  La maison rurale d’origine était le plus souvent unicellulaire et s’est agrandie avec le temps pour devenir bi-cellulaire, tri-cellulaire et même multi-cellulaire pour répondre aux besoins nouveaux  de ses habitants. L’une des cellules abritait la pièce de vie avec la cuisine, une deuxième, les lits des occupants.
      Dans les implantations anciennes où l’espace était réduit, l’extension des maisons s’effectuait de manière verticale par l’adjonction d’un ou plusieurs volumes cubique sur la terrasse de la maison d’origine. Les deux niveaux étaient alors reliés le plus souvent par un escalier extérieur en arc-boutant. L’étage inférieur était alors dévolu aux pièces de jour, cuisine et salle à manger et l’étage, aux chambres. Lorsque l’ancienne terrasse n’était pas entièrement occupée par l’extension, elle était rendue accessible par le nouvel escalier.
schémas ci-contre : évolution modulaire d’un habitat d’origine unicellulaire et escalier extérieur d’accès au niveau supérieur et à sa terrasse.

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  murs constitués de pierres de lave irrégulières

      Les fondations et le reste de la structure porteuse sont constitués de grosses pierres de lave locales de formes irrégulières, posées à secs du nom de « ruppidu » . De préférence les murs de façade étaient construits avec des blocs de pierre ponce dont les milliers de bulles d’air emprisonnées offraient un bonne isolation.  Les planchers et la toiture terrasse horizontale accessible appelée ici « astricu » étaient réalisés avec des poutres en bois disposées à environ 40 cm de distance les unes des autres sur lesquelles ont été disposés un premier lattis en nattes de roseaux que l’on a recouvert d’un lit de  petites pierres poreuses et légères, appelé « rizzu », et un mortier de chaux battue avec un pilon en bois au long manche le « mataffo« , mélange qui une fois compacté avait la particularité d’être perméable à la vapeur d’eau et  étanche à l’eau. Le séchage de cette chape devait être lent et régulier pour éviter sa fissuration et devait durant toute sa durée être protégé du soleil par un lit de fougères sèches qu’on humidifiait régulièrement. Chez les propriétaires aisés, le sol de l’astricu pouvait être recouvert de carreaux de sol. Ce système constructif avait comme avantage d’utiliser très peu d’ouvrages de structure en bois, ce qui était appréciable dans un site où le couvert forestier était très faible et parfois même inexistant.

Capture d’écran 2016-02-15 à 15.18.55     Ces planchers et cette toiture, légers et friables et non liés intrinsèquement aux rigides murs porteurs permettaient de résister aux tremblements de terre fréquents dans la région. Dans une région où l’eau venait souvent à manquer du fait de la sécheresse et de pente prononcée du sol et où les sources étaient rares et d’un débit limité, la toiture terrasse, l’ « astricu » était aménagé de manière à récupérer l’eau de pluie qui était ensuite recueillie dans des grands pots ou canalisée à travers un canal en terre cuite nommé « casulera » jusqu’à un réservoir souterrain situé le plus souvent sous la maison mais aussi à l’extérieur, l’ « isterna« . Avant d’atteindre la citerne, l’eau devait passer par un bac formant siphon qui retenait les poussières, le sinsectes et les feuilles. L’accès à la citerne s’effectuait à partir de la terrasse extérieure.

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ouverture de la citerne

occhio tunnu (ouverture circulaire pour la ventilation)-    En général, les ouvertures de la maison étaient orientées sud-Est pour bénéficier l’hiver de l’apport solaire et les autres façades étaient en général closes afin d’éviter les courants d’air froids à l’exception toutefois de celles sur lesquelles donnaient une cuisine qui se devait alors d’être ventilée. La forte chaleur de l’été était atténuée grâce à l’inertie et l’isolation des pierres volcaniques des murs et souvent par la présence d’une vigne qui filtrait les rayons du soleil en jouant le rôle de pare-soleil. Quelques ouvertures circulaires typiques de ces îles que l’on appelle œil (les occhiu tunnu) faites de poteries sans fond ou de pierres taillées et percées intégrées aux murs qui pouvaient être fermées à l’aide d’une trappe servaient également à la ventilation en été. Celle ci pouvait également être assurée grâce à l’utilisation de portes à trois battants, dont l’un des battants placés dans la moitié supérieure de la porte permettait de créer un courant d’air lorsque celle-ci était fermée. À l’origine, les ouvertures ne comportaient ni fenêtres, ni vitrages, leur fermeture était assurées par des volets de bois aux gonds fortement ancrés dans les murs et fermées par des verrous de fer.
(photo  : occhiu tunnu au-dessus de la porte munie d’une tenture)

Casa a Serra

illustrations ancienne d’un Bagghiu et de ses Pulera (piliers massifs) au rez-de-chaussée d’une maison éolienne et son four

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Un espace essentiel : la terrasse protégée ou « bagghiu »

       Le retour de la sécurité avait permis de construire sur les terrains plats ou peu pentus du bord de mer et de manière plus éclatée sur des surfaces de terrains plus importante. De ce fait les extensions se réalisaient de préférence sur le plan horizontal et il était alors possible de d’aménager une « bagghiu« , nom donné à la grande terrasse du rez-de-chaussée aménagée devant la façade principale orientée au sud-est. Cette terrasse jouait alors un rôle primordiale. Pour ces maisons dépourvues de dégagements entre les différentes pièces, elle servait d’espace de connexion des différents espaces et à la belle saison d’espace de vie où on effectuait divers tâches telles les préparations des repas, le séchage des aliments, le stockage. On pouvait aussi s’y détendre, manger et goûter les fruits délicieux de la treille  ou des arbres fruitiers plantés à la périphérie.

maison éollienne - Pulera et Bisoli

Îles Éoliennes – deux exemples contemporains de bagghiu avec pulera (piliers) et bisoli (bancs de pierres)

Bagghiu, Pulera et Bisoli

Capture d’écran 2016-02-15 à 15.22.37         La bagghiu pouvait être couverte d’une pergola sur laquelle on étendait des canisses ou on faisait courir ou une vigne qui en plus de l’agrément de la récolte du raisin permettait d’atténuer les rayons du soleil l’été. la pergola était constituée de solives de bois fixées sur le mur de façade de la maison et sur des « Pulera« , ces piliers de pierres cylindriques construits en limite extérieure de la terrasse et sur entre lesquels on aménageait des « Bisoli« , sièges de pierres recouverts de faïences polychromes. Ils étaient reliés aux Pulera par des structures de pierres en quart de rond permettant le calage de la tête lorsque vous étiez allongés.

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Bagghiu d’une maison de l’île de Panarea : Pulera (avec sa niche pour abriter la mumieri) et bisuoli

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Un après-midi sous le figuier

Sous le figuier

  « J’ai le souvenir heureux d’un après-midi d’été passé sur le bagghiu d’une casa posée sur une colline surplombant Milazzo en Sicile, où, assis confortablement à l’ombre d’un vénérable figuier, soulé du chant des cigales, j’admirais dans les lointains bleutés, les îles Éoliennes, et que je n’avais qu’à lever le bras pour chercher à l’aveugle, parmi le feuillage, la figue la plus molle, donc la plus mûre, que j’allais l’instant d’après, déguster avec délice…»

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Les dépendances et aménagements extérieurs

     Au début du XIXe siècle, les conditions de vie se sont fortement améliorées dans les îles et le développement du commerce a favorisé l’émergence d’une petite bourgeoisie. Les exploitations agricoles situées à proximité des centres urbains et implantées sur les meilleures terres qui fonctionnaient jusque là de manière autarcique sont devenues de véritables fermes  engagées dans une économie de commerce et d’échange. Des constructions et équipements nouveaux peu utilisés jusque là sont devenues indispensables et ont dus être construits en accompagnement du bâtiment principal. Parmi ces dépendances figurent la « pinnata« , sorte de dépôt réserve et d’abri pour animaux l’été, le « palmento » ou « parmienta« , espace  fermé où était placée la meule pour presser les fruits. Il faut savoir que dans le passé, les habitants étaient à la fois agriculteurs et pêcheurs et que de ce fait, les espaces de dépôt et de rangement devaient être importants. Il n’était pas rare de voir dans l’un de ces dépôts le matériel de pêche côtoyer les barils de câpres, les bouteilles de vin et les jarres à huiles. De plus, l’hiver, le petit bateau de pêche devait être abrité dans un endroit protégé. Parmi les volumes annexes, il pouvait figurer la « stadda » (l’écurie), la « mannira » (la bergerie)
    Un autre équipement avait fait son apparition, c’était la « vagnu« , la salle de bains, qui, par manque de place ne pouvait être installée le plus souvent qu’à l’extérieur. Des écuries pour les animaux et des entrepôts étaient construits en dehors du bâtiment principal ou à la verticale sur le côté principal. Dans les maisons appartenant à des familles riches, la propriété pouvait également comprendre une petite chapelle.

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    C’est également sur le bagghiu que l’on installait le plus souvent le « furnu » l’énorme four en pierre en forme de dôme hémisphérique adossé à la façade de la maison que l’on utilisait pour la cuisson. il comportait souvent deux espaces de cuissons, un grand pour le pain et un petit pour les confiseries.

à gauche dispositifs pour le triage du grain (u crivu) et pressage du raisin (u parmientu) - à droite dispositif de concassage des olives

L’intérieur d’un palment – à gauche : dispositifs pour le triage du grain (u crivu) et pressage du raisin (u parmientu) – à droite : dispositif de concassage des olives

Capture d’écran 2016-02-15 à 15.22.48     Toujours à l’extérieur de la maison, se trouvait la « pile« , un réservoir utilisé pour le lavage des vêtements et le « princu« , un lavoir taillé dans une pierre de lave qui était placé sur la pile elle-même

Traitement des façades   

ARCHITETTURA3      Avec l’amélioration des conditions de vie, les façades, qui laissaient initialement leur structure de pierres apparente pour rendre la maison moins visible dans le paysage, ont été aménagées avec plus de soin, recevant un enduit extérieur de couleur blanche ou colorées de diverses nuances d’ocre et couronnés d’éléments décoratifs en briques courbes en « dentelle » et enrichies avec des pointes et des clochetons d’angles. Les pilastres pouvaient également revêtis de couleurs vives.

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Intérieur typique d’une ancienne maison îlienne : noter l’espace de rangement en mezzanine suspend aux poutres et les niches pratiquées dans l’épaisseur des murs.

L’aménagement intérieur

   Dans l’un des angles de la pièce principale et face à l’entrée était installé la « cucina« , la cuisine qui comportait le « cufularu » constitué d’aménagements maçonnés surélevé à un, deux ou trois foyers pour chauffer les aliments ou les conserver au chaud avec un compartiment inférieur pour entreposer le bois de chauffage. Un poêle pouvait être intégré à l’ensemble.  Les surfaces verticales et la surface horizontale du soubassement sur laquelle on pouvait s’asseoir ou déposer des objets étaient revêtues de carreaux polychromes. A-dessus de la l’ensemble de cuisson, une hotte pyramidale permettait l’évacuation des fumées, elle reposait sur une large poutre de bois débordante qui faisait office d’étagère. Les meubles se limitaient à une table, quelque chaises, un banc et des coffres.

  Les chambres individuelles aménagées dans les cubes moduleras, « càmmira stari« , ne communiquait pas entre elles et était accessibles uniquement par l’extérieur. Les lits étaient constitués de planches de bois posées sur une ossature en fer sur lequel était posé un matelas emplis de crin ou de feuilles de palmier séchées. Lorsqu’il y avait un berceau, celui-ci était suspendu au plafond par des cordes. Les vêtements et les objets étaient rangés dans un grand coffre.

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Ancien cufularu

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La cuisine typique plus récent d’une maison éolienne

     On a vu que le « furnu« , le four au dôme hémisphérique, compte tenu de ses dimensions importante, était placé à l’extérieur, adossé contre l’un des murs de façade. Dans certains cas les foyers s’ouvraient à l’intérieur de la maison, dans la cuisine, à proximité du cufularu.
    Le mobilier était extrêmement simple et réduit à l’essentiel. Les armoires et les étagères, « stipula » et « iazzana« , étaient aménagées dans des cavités réalisées dans l’épaisseur des murs. dérivées de petites chambres en retrait dans l’épaisseur de la paroi de périmètre. Dans de nombreux cas, il existait un espace rangement constitué de planches posées sur des poutres pour servir de stockage pour les produits agricoles et les outils.<
    Le soir l’éclairage était assuré par la « lumieri« , une lampe à huile ou une chandelle placée une niche aménagée dans l’épaisseur des murs. on trouvait le même système d’éclairage pour la terrasse extérieure,  le bagghiu, une niche étant aménagée dans des piliers de pierres supportant la pergola pour protéger la flamme du vent..

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Pot-pourri d’images de maisons des îles Éoliennes et de leurs aménagements typiques

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