Ils ont dit… (3)


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Paradoxe

 

     « (…) aujourd’hui encore, quand ils prêtent serment, les présidents américains posent la main sur une Bible. De même, dans bien des pays à travers le monde, dont les États-Unis et le Royaume-Uni, les témoins, à la cour, posent la main sur une Bible en jurant de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. Il est paradoxal qu’ils jurent de dire la vérité sur un livre débordant de fictions, de mythes et d’erreurs  »

Yuval Noah Harai, Hom deus, Une brève histoire de l’avenir
Edit. Albin Michel, 2017


Vérité et violence

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Blaise Pascal (1623-1662)

      C’est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaie d’opprimer la vérité. Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité, et ne servent qu’à la relever davantage. Toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence, et ne font que l’irriter encore plus. Quand la force combat la force, la plus puissante détruit la moindre ; quand l’on oppose les discours aux discours, ceux qui sont véritables et convaincants confondent et dissipent ceux qui n’ont que la vanité et le mensonge ; mais la violence et la vérité ne peuvent rien l’une sur l’autre.
     Qu’on ne prétende pas de là néanmoins que les choses soient égales : car il y a cette extrême différence que la violence n’a qu’un cours borné par l’ordre de Dieu qui en conduit les effets à la gloire de la vérité qu’elle attaque, au lieu que la vérité subsiste éternellement et triomphe enfin de ses ennemis ; parce qu’elle est éternelle et puissante comme Dieu même.

PascalLes provinciales, 1656, XII

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     Datée de septembre 1656, la douzième Provinciale répond aux Impostures où le jésuite et théologien Jacques Nouët traite Pascal d’impie, de bouffon, d’ignorant, d’imposteur, de calomniateur, de fourbe, d’hérétique et le déclare possédé d’une légion de diables. La protestation de Pascal dépasse son cas particulier car la persécution vise Port-Royal : l’assemblée du Clergé prépare en effet un formulaire condamnant Jansénius, l’évêque d’Ypres initiateur du mouvement janséniste destiné à être signé par tous les ecclésiastiques. Les religieuses de Port-Royal sont alors très exposées. Ce texte de Pascal est un symbole pour tous ceux qui sont exposés à la violence et à la persécution.

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Eloge de la sagesse ou quand la philosophie se fait hara-kiri….

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Quand François Julien nous invite à poser le fardeau de la philosophe occidentale…

    Quand, passant en Chine, on se retourne vers la pensée qu’on a quittée et qu’on commence alors à la voir se profiler devant soi comme un paysage, soi-même ne l’habitant plus tout à fait,on est frappé soudain de cette voie qu’on voit traverser tout le tableau et l’ouvrir à son au-delà, y creusant la perspective, et qui jusque-là n’avait cessé d’orienter notre pensée : de ce chemin q’une quête qui n’en finit pasquête de la vérité, quête du sens. Car, en se substituant à la Vérité, le Sens prend le relais, il est la question « moderne » (ainsi, de la métaphysique, on serait passé à l’herméneutique, de l’ontologie à l’axiologie, etc.). Comme lorsqu’on dit : le sens de la vie. Une question que nous ne pouvons pas nous poser, mais dont nous mesurons, à partir de la Chine, comme elle relève d’un choix particulier (notre métaphysique du sens succédant à celle de la vérité) et dont nous voyons s’estomper la pertinence (d’ailleurs, comment la traduire en chinois ? Car on peut toujours traduire – le confort des linguistes – mais qu’est-ce que l’expression traduite réussirait à laisser passer ?) : quand on la considère à partir de la Chine, cette question du « sens de la vie », qui nous paraissait s’imposer, ne nous dit plus rien – elle ne nous parle plus. Aux yeux de la sagesse, la question du sens de la vie perd son sens. Aussi le sage ne se fixera-t-il pas plus sur elle que sur la vérité.

     Est sage, dirons-nous donc enfin, qui ne se pose plus la question du Sens (à qui ne parle plus cette alternative : le mystère ou l’absurde; elle ne lui parlera pas plus que celle du vrai ou du faux). Est sage celui pour qui, enfin, le monde et la vie vont de soi. Celui qui se contente de dire, et par là même n’a plus besoin de dire : les choses vont ainsi. Non pas « ainsi soit-il », comme dit la religion, dans sa volonté d’acquiescement; ni non plus « pourquoi en est-il ainsi ? », comme le dit la philosophie, dans un sursaut d’étonnement. Ni acceptation ni interrogation – mais « ainsi est-il ». Est sage qui parvient à réaliser que (c’) est ainsi.

François Jullien : Un sage est sans idée Ou l’autre de la philosophie – Editions du Seuil, 1998

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François Jullien, octobre 2013

Ancien élève de l’école normale supérieure de la rue d’Ulm et agrégé de l’Université, il a étudié aux universités de Pékin et de Shanghai et a été ensuite responsable de l’Antenne française de sinologie à Hong-Kong, puis pensionnaire de la Maison franco-japonaise à Tokyo. Docteur de 3ème cycle, puis docteur d’État en études extrême-orientales. Il a été président de l’Association française des études chinoises; directeur de l’UFR Asie orientale de l’Université Paris VII; président du Collège international de philosophie, professeur à l’Université Paris Diderot et directeur de l’Institut de la pensée contemporaine et du Centre Marcel-Granet. Il est actuellement titulaire de la chaire sur l’altérité de la Fondation Maison des sciences de l’homme.

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